[0:03]Alors Fred, qu'est-ce que tu fais? Tu joues les artistes peintres? Exactement. Je suis en train de faire le portrait de la Méditerranée, Jamy. Et ben, tu peins maintenant. Tu devrais venir m'aider à la découvrir. Il paraît qu'elle dissimule plein de trésors naturels. Des trésors sous-marins. Des trésors sous-marins. Des trésors sous-marins. Ah là, on ne bouge plus. Fais voir. Fais voir.
[0:28]Ah oui, joli bleu. Tu te débrouilles pas mal quand même. Allez Marcel, en Méditerranée parce que c'est encore un peu vague comme portrait.
[1:15]Alors Fred, tu es où? Ah, ça va peut-être t'étonner, Jamy, mais ici je suis dans Marseille. Comment ça, dans Marseille? Tu es marriote? Non non, mais tu vois cette langue de mer qui pénètre entre les falaises, et bien elle fait partie des fameuses calanques de Marseille. Alors c'est un site qui est protégé et encore sauvage et pourtant ici, nous sommes bien dans le 9ème arrondissement de Marseille, pas très loin du centre-ville. Et tu sais qu'en dessous, il y a aussi une incroyable diversité de paysages qui abrite un très grand nombre d'espèces animales et végétales. Ah, une plongée dans les eaux de la Méditerranée, j'en rêvais. Elles ne sont pas seulement chaudes et claires, elles sont aussi pleines de vie. De la rive nord à la rive sud et d'est en ouest, on peut admirer des décors exubérants où vivent des espèces très variées. Parmi les stars de ces fonds, il y a le poisson-lune. Mais aussi les raies ou encore les mérous. Certains peuvent atteindre 1 mètre 30 de long.
[2:25]En Turquie ou en Grèce, on peut aussi croiser l'un des derniers phoques moine. Et plus au large, c'est le territoire des grands mammifères marins comme les dauphins et les baleines. On peut aussi parfois tomber nez à nez avec un requin, mais rassurez-vous, ils vivent surtout à de grandes profondeurs. Fred, pourquoi tu viens pas plonger avec moi? C'est incroyable tout ce qu'il y a en dessous. Bon, tu m'excuses, mais j'ai rendez-vous en mer avec une équipe de biologistes pour aller explorer les profondeurs de la Méditerranée. À tout à l'heure. C'est parti.
[3:06]C'est ça, à tout à l'heure. Commençons par faire le tour du propriétaire. La mer Méditerranée est en fait un puzzle constitué de plusieurs pièces. À côté du bassin principal, il y a la Mer Tyrrhénienne coincée entre la Sardaigne et l'Italie, la Mer Adriatique entre l'Italie et la Croatie, la Mer Ionienne entre le talon de la botte italienne et la Grèce, et la Mer Égée entre la Grèce et la Turquie. Bah, et la Mer Noire, alors? Et bien non, justement. La Mer Noire, à beau communiquer avec la Mer Méditerranée via le détroit du Bosphore et la Mer de Marmara, elle n'en fait pas partie. C'est donc une mer fermée, enfin, quasi fermée, qui ne communique avec la Mer Noire, on vient de le voir, que via le détroit du Bosphore, avec l'océan Atlantique via le détroit de Gibraltar, un étroit passage d'à peine 13 km, et avec l'océan Indien via le canal de Suez et la Mer Rouge. Au total, un bassin de 2,5 millions de kilomètres carrés, cinq fois la France, alors vu d'ici, c'est immense, tandis qu'à l'échelle de la planète, et bien, c'est un tout petit confetti, à peine 1% des eaux des océans du globe. Un confetti qui aligne quand même 46 000 kilomètres de côte, dont près de la moitié est constituée par le pourtour de multiples îles éparpillées dans le bassin. Corse, Baléares ou Dalmatie, elles offrent des paysages très variés, des côtes rocheuses très découpées aux plages de sable fin. Sur ces côtes, les vagues sont petites car la houle n'a pas d'immensité pour grossir, et surtout, l'amplitude des marées ne dépasse pas 50 centimètres. Cela est dû à l'étroitesse du bassin. Le volume d'eau soulevé par l'attraction de la lune est si faible que son déplacement est presque imperceptible. Oh, Jamy! Oui, Fred. Mais tu es où? C'est quoi ce bateau? J'ai changé d'embarcation. Tu as vu le voilier que j'ai trouvé pour découvrir la Méditerranée. Qu'est-ce que tu en penses? Oh oui, dis donc, il est drôlement bon. Tu aurais pu nous attendre avec Marcel, on aurait pu te donner un petit coup de main pour la navigation. Pas vrai, Marcel? Ne t'inquiète pas, je suis très bien entouré par une équipe de scientifiques, ce sont des biologistes marins qui connaissent parfaitement bien les fonds de la Méditerranée et tu vas voir que cette aventure va nous emmener de plus en plus profond. Et on va commencer par une plongée en bouteille. Et ben, d'ailleurs, on va te préparer, on t'attend, Fred, tu es en retard. Allez, j'y vais, à tout de suite.
[5:38]Merci. Et voilà. Ah, bah, parfait. Au fait, Jamy, je sais pas si tu as remarqué, mais la mer Méditerranée est nettement plus salée que l'Atlantique et que d'autres mers, d'ailleurs. Si si, je confirme. Je me suis toujours demandé pourquoi d'ailleurs. Et bien, c'est parce que le sel y est moins dilué que dans l'océan Atlantique, par exemple. 35 g par litre dans l'océan Atlantique, 37 dans la Méditerranée. Pourquoi? Et bien, d'abord, il faut se rappeler que les mers et les océans sont alimentés par les fleuves qui s'y jettent. Ce phénomène permet de les maintenir en permanence au même niveau en compensant l'évaporation. Le problème, dans le bassin méditerranéen, c'est qu'il y fait très chaud. Par conséquent, l'évaporation est plus importante que dans l'océan Atlantique. Par ailleurs, les fleuves qui s'y jettent sont moins nombreux et leur débit ne parvient pas à compenser l'évaporation. Ah, attends attends attends attends. Tu veux dire que la Méditerranée se vide de son eau? Heureusement non, sinon son taux de salinité serait en constante hausse. En fait, la mer Méditerranée est également alimentée par l'océan Atlantique. Chaque seconde, 1,5 millions de mètres cubes passent de l'océan Atlantique dans la mer Méditerranée et c'est ce qui explique son taux de salinité élevée. En effet, cette mer n'est pas alimentée que par de l'eau douce, mais également par de l'eau salée, de l'eau salée qui provient de l'océan Atlantique, tandis que lui, l'océan Atlantique n'est alimenté que par de l'eau douce. Ah mais dis-moi, on était en train de se dire quelque chose, imagine qu'un jour le Détroit de Gibraltar se referme. Ce jour-là, la mer Méditerranée pourrait se retrouver complètement à sec, non? C'est ça. Des scientifiques ont calculé qu'il suffirait de 1000 ans pour que la Méditerranée s'assèche. C'est tout? Absolument. D'ailleurs, le phénomène s'est déjà produit il y a environ 6 millions d'années au moment où cette mer s'est refermée suite au rapprochement des plaques africaines et eurasiennes. À ce moment-là, le bassin s'est quasiment totalement vidé, et il a fallu attendre le creusement du Détroit de Gibraltar 600 000 ans plus tard pour que le bassin se remplisse à nouveau. On a reproduit le phénomène sur cette image. Vous voyez ici le détroit de Gibraltar, la péninsule ibérique et la mer Méditerranée qui se remplit. La plupart des espèces qui vivent aujourd'hui en mer Méditerranée ont commencé à arriver à cette époque, certaines venant du nord, d'autres du sud et cela au gré des épisodes climatiques. Ces espèces se sont réparties en fonction de leurs affinités entre les eaux plus chaudes au sud et celles plus froides au nord. Et puis certaines plantes et certains animaux ont évolué au fil du temps et ont donné naissance à de nouvelles espèces. Des espèces qu'on trouve qu'en Méditerranée, c'est le cas d'un grand nombre d'éponges, c'est drôle d'animaux qui vivent fixés sur les rochers.
[8:44]Jo, tu nous emmènes où pour cette première plongée? Dans les petits fonds rocheux et dans les forêts de Posidonie. Donc c'est quoi? C'est 10, 15 mètres à peu près? Maximum. D'accord. Allez, on y va.
[8:58]Alors là, on est seulement à quelques mètres de profondeur, 4 ou 5 mètres, 6 mètres. On arrive sur les premiers fonds rocheux.
[9:10]Et c'est une source d'une richesse car c'est plein d'abris. Qu'est-ce qu'on on sait à peu près combien d'espèces de poissons vivent dans ces profondeurs là?
[9:26]Sur ce site même, à peu près 45 espèces de poissons. Alors ce ce poisson là, c'est joli, c'est un céran. Ça c'est le sar commun, le Scrodus Sargus. Ça doit être bon ça. Tiens voilà, un mérou. Ça c'est un mérou qui se cache sous le rocher là. C'est un mérou qui se cache. On surprend peut-être un peu, Jamy. Donc à cette profondeur, pas très profond en fait, on trouve des mérous. Combien? Moins de 10 mètres?
[10:04]Alors Fred, on arrive maintenant dans la forêt de Posidonie. Alors, c'est quoi ces ces forêts? Ce ne sont pas des algues en fait. Non non, ce sont des plantes, des plantes à fleurs. Alors si on s'arrête, on va en fait, c'est quoi? Ce sont les racines? Alors ce qu'on le voit, c'est ce sont les tiges verticales, ce qu'on appelle un rizome qui forme un sol, ce qu'on appelle la matte. Et ce ce il y a sur ces rizomes sont plantés des bouquets de feuilles, des faisceaux de feuilles qui peuvent atteindre 80 centimètres de long. En tout cas, c'est un milieu qu'il faut vraiment préserver, il est important en fait pour la régénération des espèces, c'est vraiment l'écosystème le plus caractéristique de la Méditerranée. Cet herbier de Posidonie pousse sur le plateau continental à faible profondeur, pas à plus de 30 mètres. Logique, c'est une plante qui a besoin de lumière pour faire sa photosynthèse. Alors, une foule d'espèces y a élu domicile. Il faut dire que l'herbier de Posidonie abrite plusieurs types d'habitats. Commençons par les étages. Les feuilles, quand elles sont mises bout à bout, elles constituent une vaste surface sur laquelle vivent de petits animaux fixés comme ici ou là des algues microscopiques, et où se cachent de petits poissons, des juvéniles comme ici, c'est-à-dire des bébés poissons. Les feuilles de l'herbier de Posidonie constituent également un garde-manger très abondant pour les poissons brouteurs tel que les soupes. Descendons maintenant au rez-de-chaussée, au niveau des rhizomes. Cet enchevêtrement de tiges est le royaume des oursins et des petits crustacés. La nuit, ils remontent le long des tiges pour se gaver de feuilles de Posidonie. On y trouve également des étoiles de mer, des sèches et des éponges. Au sous-sol maintenant, dans la fameuse matte, on trouve essentiellement des vers et des mollusques, mais parfois aussi des locataires plus volumineux comme cette murène, des mérous ou encore des labrevert comme celui-ci qui est en train d'y construire son nid. Évidemment, ça saute pas aux yeux comme ça, mais à eux seuls, les herbiers attirent près d'un quart des espèces méditerranéennes, dont 70 espèces de poissons qui viennent y manger ou y trouver refuge.
[12:29]On y voit aussi des grandes nacres, un des plus gros coquillages de la planète qui est une espèce protégée. L'herbier est un des écosystèmes les plus productifs du globe. Dans 1 m² il peut y avoir plus de 1000 faisceaux de feuilles. Cela représente une biomasse très importante pour la chaîne alimentaire et c'est un véritable poumon pour la Méditerranée car les feuilles rejettent de l'oxygène. La Posidonie est une espèce très ancienne qui a probablement survécu à l'assèchement de la Méditerranée, il y a 6 millions d'années, en subsistant dans des sortes de sanctuaire. Depuis, elle s'est répandue sur tout le littoral méditerranéen. Mais les herbiers sont fragiles. Les rejets en provenance des côtes les étouffent et parfois les intoxiquent. Et les ancres des bateaux de plaisance arrachent des parties entières de la mat. Bien qu'elle soit théoriquement protégée, dans beaucoup d'endroits, ces forêts sous-marines régressent. Je poursuis ma plongée avec Thierry cette fois, qui me fait découvrir un autre paysage emblématique de la Méditerranée, le coralligène, des tombants recouverts d'une multitude d'organismes. Ici, à plus de 30 mètres de profondeur, la lumière se fait rare, tout est un peu violacé, mais en allumant nos torches, c'est une explosion de couleurs. Ces grandes branches sont des gorgones. Certaines peuvent atteindre à plus d'un mètre d'envergure. Ce ne sont pas des végétaux, mais des animaux, des animaux de la même famille que les coraux. Thierry m'entraîne ensuite dans une grotte, il me fait découvrir l'un des trésors de la Méditerranée, le corail rouge, celui qui sert à faire des bijoux. Mais il a été tellement récolté que les grands éventails rouges qu'il formait autrefois ont presque disparu, il ne reste plus que de petits individus.
[14:28]Beaucoup d'autres animaux fixés peuplent ce coralligène, des vers, notamment comme ce spirographe. La plupart de ces animaux se nourrissent en filtrant les particules en suspension dans l'eau. Et ça, c'est une éponge. Le coralligène se développe entre 30 et 90 mètres de profondeur et contrairement à ce que beaucoup pensent, ce ne sont pas des coraux qui sont à l'origine de ces structures, mais des algues rouges et rigides. Ces algues captent le calcaire qui est en suspension dans l'eau pour se fabriquer de véritables squelettes, puis avec le temps, les algues meurent et leur squelette, le calcaire s'accumule pour constituer des édifices comme celui-ci. Alors, ces structures sont très importantes pour maintenir la biodiversité sous-marine. En effet, d'autres espèces, des algues viennent se greffer sur ces monticules, des animaux aussi tels que les gorgones et ce n'est pas tout. Les animaux foreurs s'attaquent au calcaire, ils creusent des galeries, des cavités dans lesquelles d'autres animaux vont s'installer. Bref, vous l'avez compris, ce coralligène constitue un habitat indispensable au développement de certaines espèces, les castagnoles, les mérous, les chapons et même les murènes qui viennent s'y loger.
[15:49]En tout, on a répertorié plus de 1000 espèces vivant dans cet écosystème, dont de nombreuses étoiles de mer, des anémones et même des limaces de mer comme ces Doris Dalmatiens. Le coralligène c'est aussi l'habitat privilégié des langoustes et du Saint-Pierre. Comme l'herbier, c'est un habitat fragile. Les gorgones sont très sensibles aux variations de température et de nombreuses colonies dépérissent à chaque canicule. Elles peuvent aussi être endommagées par le passage des filets de pêche ou par les plongeurs venus les admirer. Un simple coup de palme suffit à détruire des années d'une lente construction biologique. Le corail rouge, quant à lui, est surtout victime de la coquetterie humaine. Cela fait 2500 ans qu'on le ramasse pour en faire des bijoux. Et même si la récolte est désormais très réglementée, les colonies peinent à se reconstituer car il pousse d'à peine 0,3 millimètre par an.
[16:53]Bah, Fred, tu as encore changé de bateau? Tu te lances dans la pêche au gros maintenant? Mais non, Jamy, c'est un bateau de recherche scientifique et j'ai trouvé mieux que des bouteilles d'air comprimé pour plonger dans les profondeurs de la Méditerranée. Viens voir! Regarde, un sous-marin, pas mal, non? Il s'appelle le Remora. Il appartient à la Comex et il est actuellement utilisé par un groupe de scientifiques pour aller explorer des zones assez mal connues de la Méditerranée, ce sont les canyons qui se situent pas très loin des côtes et qui pourtant plongent très vite à plus de 2000 mètres de profondeur. Fred, tu es prêt? On y va! OK, j'arrive!
[17:40]Et on est parés pour la mise à l'eau. Voilà, c'est parti pour une descente vers les canyons. Allez hop, ça y est. Immersion.
[17:58]Allez, c'est parti, Jamy, pour la plongée, donc avec Fred, mon pilote. Alors, dis-nous quelques mots sur ce Remora, quand même, parce que c'est un un un joli sous-marin. Alors, ça c'est un sous-marin qui peut descendre à 2000 pieds, c'est pour ça qu'il s'appelle le Remora 2000. Mais 2000 pieds, ça fait 610 mètres. C'est déjà beaucoup pour un petit sous-marin. C'est déjà pas mal, ouais. Alors petite précision, là, on s'est posé momentanément, on est à combien? 180 mètres de profondeur à peu près. Et on attend le rove. Alors le rove, c'est c'est un on va appeler ça un petit robot, en fait, qui est équipé de caméra, d'un bras aussi pour pouvoir faire des prélèvements. Et il est guidé depuis le navire par Bertrand. Le voilà, le rove de la Comex qui vient de nous rejoindre. Il se rapproche de nous. Et ce rove est également équipé d'un bras que l'on voit juste devant nous et qui permet d'aller faire des prélèvements. Autant vous dire que ça, c'est un engin qui est extrêmement précieux pour les scientifiques. Voilà, Jamy, alors nous sommes à 200 mètres de profondeur et nous arrivons sur un canyon qui se situe face à la ville de Cassis, pas très loin de Marseille. Ce canyon s'appelle le canyon de Cassidaigne. Alors c'est quoi un canyon? Mais en fait, c'est une grande vallée sous-marine. Celle-ci fait environ 5 kilomètres de large, mais ça descend très profond, puisque là, on peut atteindre à peu près 2000 mètres de profondeur. C'est ça, c'est ça.
[19:35]Nous nous avançons avec une visibilité assez faible et je crois Jamy que tu vas pouvoir nous apporter tes lumières. Pas de problème. Non non, enfin, pas une pile électrique, on est équipé, on a ce qu'il faut. Je voulais simplement dire une petite maquette pour nous expliquer comment ce canyon a pu se former. Fred se trouve en fait ici, à la frontière entre le plateau continental et cette pente vertigineuse qui descend très rapidement jusqu'aux plaines abyssales, le fond de la mer Méditerranée. Bonjou, quand on s'approche un peu, on s'aperçoit que cette pente est creusée de profonds sillons, ici, ici et là. Et bien, ce sont les canyons qui jalonnent cette pente, ce talus. D'où viennent-ils? Et bien, ce sont les lits d'anciennes rivières. En effet, il faut se souvenir que durant les différentes périodes glaciaires, le niveau de la mer Méditerranée était 100 mètres plus bas qu'aujourd'hui, comme ici, à cause de la pente. Le courant des fleuves qui se jetaient dans cette mer était beaucoup plus fort qu'aujourd'hui et l'érosion également. Et bien, les océanographes pensent que le gros du travail de sape s'est effectué durant cette période. Puis, quand le niveau de la mer est remonté, et bien, ce sont les courants marins qui ont pris le relais et qui ont poursuivi ce travail d'érosion qui continue encore aujourd'hui. Alors à cette profondeur, Jamy, la lumière du soleil ne pénètre plus, il n'y a donc plus de vie végétale. En revanche, on constate qu'il y a beaucoup d'espèces animales à commencer par du corail. Et oui, je rappelle quand même que le corail est un petit animal qui se fabrique un squelette en carbonate de calcium, en calcaire si vous préférez. Alors, habituellement le corail on l'imagine toujours dans les mers chaudes, dans les mers tropicales, à de faibles profondeurs. Et là, ce qui est assez étonnant, on va dire, c'est qu'on trouve du corail à partir de 200 mètres de profondeur. C'est ce corail blanc que l'on peut voir et lui a particularité donc de vivre dans une eau froide, puisque l'eau ici, elle est à peu près combien? Alors l'eau l'eau en Méditerranée, elle fait 12 en gros. Ah, ici à peu près à cette profondeur, elle fait 12 degrés. C'est ça. Ces coraux d'eau froide ne supportent d'ailleurs pas une température supérieure à 13 degrés. C'est pour cela qu'on les trouve uniquement en profondeur, jusqu'à près de 1000 mètres de fond. Comme tous les coraux, ils sont constitués de milliers de polypes, des sortes de minuscules anémones qui vivent à la surface d'un même squelette. Pour se nourrir, ils attrapent tout ce qui passe à leur portée, les minuscules crustacés qui forment le zooplancton, mais aussi la matière organique qui tombe de la surface. Comme leurs cousins de mer tropicale, ces coraux d'eau froide construisent des édifices où de nombreuses espèces peuvent venir s'accrocher, s'abriter, trouver de la nourriture. Ça, c'est une araignée de mer avec une éponge sur la tête. J'ai la capacité à construire bien bien moins importante que les coraux tropicaux, et n'empêche qu'à partir du moment où ces coraux sont présents, il y a une explosion de vie, une biodiversité qui est formidable, on l'a encore vu sur sur les plongées d'aujourd'hui, on avait vraiment des des des paysages et des et une une faune qui était exubérante, pleine de couleurs, et ce n'était pas uniquement euh les coraux qui qui constituaient ces ces paysages là, c'était des tas d'espèces qui qui interfodaient euh à ces à ces coraux. Ces récifs d'eau froide, les océanographes du monde entier en découvrent de plus en plus en Méditerranée, mais aussi le long des côtes ouest de l'Atlantique, dans le golfe du Mexique et autour de l'Australie. Il est important de les localiser pour pouvoir mieux les protéger car ils peuvent être endommagés par la pêche au chalut ou les forages pétroliers. Bon, Fred, il faudrait peut-être songer à remonter maintenant, hein. On va remonter tranquillement et on va laisser le rove travailler et on va l'attendre là-haut à la surface. Salut, petit rove. Grâce au rove, les chercheurs peuvent faire leur marché à distance et collecter tout un tas d'organismes encore inconnus. Bravo, Pierre! Alors, qu'est-ce que vous avez dans votre panier? Ben, écoute, pour l'instant, on a prélevé une grande éponge blanche, une éponge qui ne vit que dans les grandes profondeurs. C'est une éponge qui forme des grandes lames blanches qui se qui se positionnent dans le courant. Et pour l'instant, on n'est pas on n'est pas exactement sûr de son nom et donc on a besoin de la récolter pour pour l'analyser en laboratoire. Au fil des campagnes, les chercheurs tentent de mieux comprendre la composition, le fonctionnement et le rôle de ces écosystèmes profonds. Ils servent peut-être de nurserie pour certaines espèces de poissons. Et puis il y a un dernier étage qu'on commence également à mieux connaître, la plaine abyssale, entre 2000 et 5000 mètres de profondeur, et apparemment, il y a pas grand monde. Alors, en apparence, c'est extrêmement homogène et monotone, on va dire, hein, parce que en général, la plaine abyssale est caractérisée par par de la vase avec très très peu de choses qui en qui qui dépasse de ça. Il y a il y a extrêmement peu d'espèces qui sont euh qui sont grandes, qui sont qui sont développées, qui sont fixées même. La plupart des espèces vivent à l'intérieur du sédiment, et sont extrêmement petites. Par contre, elles sont extrêmement diversifiées. Mais pour l'instant, ces grands fonds gardent encore une bonne partie de leurs mystères. Qui sait, d'autres animaux plus monstrueux s'y cachent peut-être. Bon ben, c'est fini, je range mes pinceaux. Bon, Fred, tu vas quand même pas t'arrêter là? On a même pas visité les Abysses. Abysses? Mais oui, les Abysses, les fonds marins. Ah, les pieuvres, les calmars géants. Ah non non non non, pas les Abysses, hein. Bah, où tu vas? C'est pas par là! Je prends le large! Bon, là, on touche le fond.



