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« Deviens la MEILLEURE version de toi » : L'ARNAQUE qui nous détruit

Amistory

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[0:01]Se réveiller à 5h du mat, traquer son sommeil, son rythme cardiaque, son humeur, faire ses 10000 pas par jour, avoir un planning de chaîne minimétré de 5h à 23h. Vivre dans un appartement minimaliste avec un bureau suroptimisé, être un parent toujours calme, un mari ou une femme attentionnée, et surtout pas de distraction. Tu dois toujours être en progression.

[0:29]Sur YouTube, TikTok et Instagram, ces vidéos sont partout. On nous explique comment optimiser chaque minute de notre journée, comment reprendre le contrôle total sur nos vies, comment devenir 1% meilleur chaque jour. Parce que oui, chaque élément de ta vie peut être optimisé. Ton alimentation, ta famille, ton appartement, ton sommeil, ton cerveau, on vit dans un monde où tout peut et doit être amélioré. Et à première vue, ça paraît plutôt positif. Après tout, vouloir s'améliorer, progresser, donner le meilleur de soi, c'est profondément humain. Personne se lève le matin en se disant j'ai envie d'être une version pourrie de moi-même. Le problème, c'est que paradoxalement, pendant qu'on apprend à devenir plus productifs, plus disciplinés, plus performants, les chiffres sont alarmants. Selon l'OMS, les troubles anxieux ont bondi de 25% en un an. En France, un jeune sur trois présente des symptômes anxieux. 44% des salariés français sont en détresse psychologique et les burn-out explosent. L'explosion du burn-out. Le burn-out. Le burn-out. Le burn-out.

[1:40]Et le plus troublant, ça touche souvent des gens qui, justement, essaient de tout bien faire. Tout le monde essaie d'aller de mieux en mieux. Mais on va de moins en moins bien. Alors, comment quelque chose d'aussi positif que de vouloir s'améliorer peut finir par nous détruire?

[2:00]Derrière tous ces conseils pour devenir plus disciplinés, plus productifs, plus performants, il y a souvent une promesse qui revient, celle de réussir sa carrière. Et même si, comme on va le voir, chercher à optimiser chaque seconde de son temps, c'est pas toujours la meilleure chose pour notre bien-être. Passer des heures sur la paperasse administrative quand on lance son activité, c'est pas forcément beaucoup mieux. Et c'est là que Legal Place peut vraiment simplifier les choses. Legal Place, c'est une plateforme française qui permet de créer facilement son entreprise en ligne. Aujourd'hui, ils accompagnent déjà plus de 13% des créations d'entreprise en France, ce qui est énorme. Concrètement, le principe est simple. Vous répondez à quelques questions directement sur leur site et ensuite, ils s'occupent de toute la partie administrative. Les statuts, la vérification du dossier, le dépôt du capital, l'immatriculation de la société, tout ce qui peut vite devenir compliqué quand on connaît pas bien les démarches. Pour avoir créé mon entreprise récemment, je sais de quoi je parle. Ça peut prendre un temps infini et faire perdre patience, alors si j'avais su, je serais passé directement chez eux sans réfléchir. Surtout qu'en plus de la création d'entreprise, Legal Place propose aussi un accompagnement sur la comptabilité, ce qui est obligatoire quand on crée une société. Ils sont experts comptables en ligne. Vous aurez donc un comptable dédié et un logiciel qui permet de gérer facilement ses devis, ses factures ou ses déclarations fiscales. Et si jamais vous avez un projet de création d'entreprise, ils vous proposent 15% sur la création de votre société avec le code AMISTORY15. Je vous mets le lien en description si vous voulez aller voir.

[3:31]Le culte de la performance a envahi nos vies. Est-ce que tu as remarqué ce changement subtil dans notre vocabulaire depuis quelques années? On parle plus de se reposer, on parle d'optimiser sa récupération. On parle plus de faire du sport, on parle d'augmenter sa dépense physique. On parle plus de faire de son mieux, on parle de devenir inarrêtable. Ça peut paraître anodin, mais en réalité, ça traduit un changement beaucoup plus profond dans notre société. Le culte de la performance ne concerne plus seulement le travail. Il s'est étendu à l'ensemble de notre vie quotidienne. Il suffit de jeter un œil aux réseaux sociaux, aux émissions télé, aux articles de blog, aux livres pour réaliser qu'aujourd'hui, une idéologie domine. Chaque sphère de notre vie doit être optimisée, améliorée. Prenons le sport. Avant, on allait courir pour se vider la tête. Aujourd'hui, il faut atteindre une fréquence cardiaque optimale, suivre ses performances, analyser ses progrès et si un matin tu cours sans montre, tu as presque l'impression que ça compte pas. On vit plus l'expérience, on optimise un score. C'est la même logique avec l'alimentation. Manger à peu près équilibré, ça suffit plus. Il faut peser ses aliments, compter ses macros, scanner chaque produit, préparer ses repas à l'avance. Et le couple et la famille n'y échappent pas. En couple, tu dois plus seulement aimer, tu dois performer. Tu dois savoir exprimer tes besoins sans accuser, écouter attentivement, avoir une sexualité régulière et épanouie, des projets communs ambitieux, une vision partagée du futur. Et si vous traversez une période plus plate, si la routine s'installe, c'est plus seulement la vie, c'est un problème à résoudre. Même chose pour la parentalité. Être un bon parent, ça suffit plus. Tu dois lire sur les neurosciences, appliquer la discipline positive, multiplier les activités pour développer le potentiel de ton enfant et s'il est pas dans les meilleurs, tu te demandes si tu as pas raté quelque chose. Et à côté de tout ça, tu dois bien sûr garder une vie sociale remplie et épanouie, mais aussi avoir un intérieur toujours rangé et impeccablement propre pour te permettre d'y voir plus clair dans tes objectifs. Ça fait beaucoup, vous avez pas tort. En fait, quand on prend un peu de recul, on réalise vite qu'il suffit plus d'être bon dans un domaine et de globalement faire de son mieux. Parce que ce que la société et ce que nous-mêmes attendons souvent nous, c'est le package complet. On doit être parfait dans tous les domaines. chercher sincèrement à être chaque jour la meilleure version de moi. Et ça passe par me prouver des choses. Et si tu y arrives pas, on te fait clairement comprendre que tu as raté ta vie. Tu as fait quoi? Qu'est-ce que tu as fait? Tu as fait quoi? Hein? Dis-moi, ça fait 1 an là. 1 an est passé, tu as fait quoi? Concrètement, est-ce que tu as changé ta vie? Non. Est-ce que ta mère est à l'abri? Non. Est-ce que tu as accompli des putains de choses dans ta vie? Non. Et ouais, 1 année sont passées sans que tu fasses rien. Tu en es encore là, mon frère. Tu as pas changé. Tu devrais vouloir être dans la meilleure forme physique de toute ta vie. Tu devrais vouloir être dans la meilleure forme mentale de toute ta vie. Et si tu ne veux pas chacune de ces choses, alors moi, je ne veux même pas être associé à toi. Parce que comme on l'entend partout, le but ultime, c'est de devenir la meilleure version de nous-même. On nous explique que c'est en atteignant cet idéal qu'on sera enfin pleinement épanoui. Chaque minute doit alors servir. Aucune ne peut être gaspillée. Et à partir de là, ton temps change de statut. C'est plus seulement du temps, c'est un capital. Le hic dans tout ça, c'est qu'on a tous que 24 heures dans une journée. Mais heureusement, dans ce type de discours, à chaque problème sa solution. Et ici, la solution paraît évidente, optimiser sa productivité. Il existe un moyen d'être tellement productif que les gens penseront que tu te clones. La productivité. La productivité, la productivité, la productivité est la clé vers la liberté.

[7:21]Des conseils sur le sujet, il y en a absolument partout. Et souvent, le message est le même. Si tu y arrives pas, c'est que tu n'es pas assez organisé. Alors, on vend des méthodes qui ressemblent à des modes d'emploi. Planifie ta journée, découpe ton temps, priorise, exécute. Certains vont même jusqu'à découper toute la journée en blocs de 15 minutes, voire carrément par minute. En gros, on va diviser sa journée en plusieurs blocs. Mais quand tu attaqueras un bloc, tu vas travailler comme si ta vie en dépendait. Tu seras dans un état de concentration tellement intense que le monde entier arrête d'exister à part ton bloc. Si tu veux des résultats exceptionnels, tu dois prendre des mesures exceptionnelles. Je planifie chaque minute de ma journée. Puis j'essaie de battre le temps que j'avais prévu, donc tout ce que je fais devient un jeu. Ma formule pour une journée ultra productive, masquer toutes les fenêtres et supprimer toute distraction visuelle. La manière la plus rapide d'aller plus vite, c'est de te donner la moitié de temps dont tu penses avoir besoin. Si je pense que quelque chose va me prendre 2 semaines, je me donne 1 semaine. Et pour justifier tout ça, ces méthodes s'appuient souvent sur un vocabulaire très scientifique. On te parle de dopamine, de neuroscience, de routine cognitive, de biohacking comme si la vie était une sorte de machine qu'il suffirait de configurer correctement pour atteindre la performance maximale. Alors évidemment, dans cette optique, les distractions deviennent l'ennemi numéro 1. Netflix, un piège à dopamine. Voir ses amis sans objectif, du temps perdu. Dormir plus, un manque de discipline. En fait, même ton temps libre doit produire quelque chose. Si tu lis un livre, c'est pour apprendre. Si tu sors te balader, c'est pour aérer ton cerveau. Et si tu te sens anxieux par tout ça, on t'explique que c'est une bonne chose. L'anxiété n'est pas mauvaise. L'anxiété est une bonne chose. Les gens parlent seulement de pourquoi c'est mauvais, parce que ce n'est pas confortable. Mais en réalité, pense à toutes les bonnes choses qu'elle fait, ça te fait performer, être attentif, ce qui fait qu'au quotidien tu peux faire avancer ta vie. Cette injonction à l'hyperproductivité, elle est présente partout tout le temps. Prenons Mr Beast, le youtubeur numéro 1 au monde, qui est admiré par des dizaines de millions de jeunes. Quand on lui demande sa routine de travail, il répond qu'il ne prend jamais de jour de repos et qu'il travaille quasiment jusqu'au burn-out. Je travaille chaque jour, chaque heure de la journée jusqu'au burn-out. On trouve aussi des gens qui calculent la perte de productivité que leur occasionne un mariage ou des enfants. Si j'avais pas mon fils, je produirais beaucoup plus. Avec ma femme, on serait encore beaucoup plus productif et on aurait plus d'argent. Il y a carrément des trends comme la tendance lock-in qui veut littéralement dire se verrouiller, qui te disent de te couper de tout. Amis, loisirs, parfois même de sommeil pour rentrer dans un état de concentration totale, quasi obsessionnel jusqu'à atteindre tes objectifs. Selon eux, si tu ressens de la fatigue, de la solitude ou une perte de motivation, c'est pas un signal d'alerte. C'est seulement le signe que tu n'es pas encore assez verrouillé. Dans la même vibe, on a le winter arc qui circule chaque hiver sur TikTok, qui consiste à se couper volontairement du monde pendant plusieurs mois pour travailler sur soi. Tu as qu'à en 10 jours pour atteindre ton prime. Bienvenue dans le winter arc. Le Winter Arc c'est dans deux jours et que je pense tu n'as toujours pas trouvé tes objectifs et les règles que tu dois suivre. L'objectif, c'est simplement de devenir un petit peu une meilleure personne. Ce qui est inquiétant, c'est que ces contenus ciblent de plus en plus les jeunes. On a des conseils qui montrent aux étudiants comment enchaîner des sessions de travail de 12h et qui glorifient le surmenage. Pourquoi je peux étudier plus de 70 heures par semaine sans m'épuiser? Voici le type de commentaires qu'on trouve en dessous. Je suis au collège, ça marche en 6ème et je suis abonné. Et pour s'assurer qu'on tienne le rythme et évolue bien dans notre quête de progression, des nouveaux outils ont explosé. Montre connectée, bracelet de suivi, application de tracking. Tu es levé tôt et j'ai une bonne nouvelle pour toi. Regarde ce score. Prêt pour quelque chose de challengeant aujourd'hui? Et si j'allais courir?

[11:27]Sur le papier, c'est génial. Ces technologies te donnent accès à des infos qu'avant, tu n'avais qu'en allant chez un médecin ou un spécialiste. Et elles peuvent vraiment mesurer un tas de trucs. Ton sommeil, ton activité, ton rythme cardiaque, ton cycle menstruel, ton stress, même ton humeur peut être traqué. Certaines applis te demandent chaque jour comment tu te sens et ton état émotionnel devient alors lui aussi une donnée. Le truc, c'est qu'on collecte pas tout ça juste pour le plaisir ou pour apprendre à mieux se connaître. Souvent, si on collecte tout ça, c'est dans un objectif simple. Comparer nos données pour progresser. Concrètement, nos chiffres du jour sont généralement mis face à une norme ou un objectif fixé. Et facilement, tu peux voir si tu es dans le vert ou dans le rouge.

[12:16]Et si ça plaît autant, c'est que ça marche. C'est ultra motivant. Tu coches des cases, tu fermes des anneaux, tu complètes ta journée. C'est un peu comme si ta vie entière était gamifiée. Mais ce qu'on oublie souvent, c'est que ces outils sont pas neutres. Ils traduisent une vision du monde où tout doit être mesuré, comparé, amélioré. C'est l'apogée du culte de la performance parce que même ton corps n'est plus seulement ton corps, mais un projet avec des KPI à suivre. Je suis obsédé par l'idée de tirer toujours un peu plus de moi-même.

[12:49]Je suis obsédé par le fait de prendre extrêmement soin de moi. Je suis obsédé par l'envie d'être le meilleur. Il existe énormément de chemins possibles vers l'excellence.

[12:59]Et rapidement, ce double numérique peut devenir plus important que l'expérience réellement vécue. Par exemple, il y a des tonnes de personnes qui expliquent se réveiller reposé, prêt à attaquer la journée. Puis, ils regardent leur Apple Watch et voient score de sommeil 62/100, phase de sommeil profond insuffisante. Et d'un coup, il commence à se sentir fatigué. Un peu comme si une montre savait mieux que toi si tu as bien dormi ou non. On reçoit énormément de patients qui ont été rendus anxieux par ce genre d'applications.

[13:38]Et le pire avec ces données, c'est qu'il y a jamais vraiment de seuil suffisant. Il y a toujours une marge d'amélioration, un pourcentage à gagner, de sorte que tu es jamais vraiment pleinement satisfait. Et le plus fou, c'est que souvent, tu sais même pas vraiment d'où viennent ces normes que tu poursuis. Par exemple, pourquoi le fameux objectif de 10000 pas? Qui a décidé que ce chiffre était la ligne entre j'ai bien fait et j'ai raté ma journée? Tu tires et tu marches, tu pousses et tu marches, tu tires. Ce chiffre, on l'entend partout, donc on suppose que c'est scientifique. Mais si on creuse, on découvre que c'est surtout du marketing. Dans les années 1960, avant les JO de Tokyo, l'entreprise japonaise Yamasa lance un podomètre appelé Manpokei, littéralement compteur de 10000 pas. Pourquoi 10000? Simplement parce que le kanji pour 10000 ressemble à une silhouette qui marche et que le chiffre était rond, facile à retenir, donc parfait pour le marketing. Les spécialistes s'accordent d'ailleurs à dire que si on devait fixer un nombre de pas santé, ce serait plutôt autour des 4000 à 7000 pas par jour, même si ça reste arbitraire et que ça dépend des personnes. Sauf qu'aujourd'hui, ce 10000 est devenu une norme intégrée dans les applications. Résultat, tu marches plus pour toi, tu marches pour valider un chiffre arbitraire, codé par des algos. On a oublié à quoi sert la marche. La marche c'est pas juste du cardio locost, c'est pas juste un chiffre sur le même un nombre de pas, c'est un des rares moments où notre corps et notre cerveau ils peuvent respirer en même temps. Et là, je sais qu'une partie d'entre vous sont en train de se dire, bah, ça va, c'est pas si grave. C'est mieux d'en faire trop que pas assez. Et de manière générale, c'est vrai qu'on peut se dire ça dans tous les domaines. En quoi ça serait mal de chercher à être un grand sportif, à avoir une alimentation parfaite, une santé optimale et à être le meilleur parent. En quoi ça serait mauvais de chercher à atteindre la meilleure version de nous-même, la perfection?

[15:43]Et bah la réalité, elle est très loin de ce qu'on imagine.

[15:56]Regardez cette femme. Alors qu'elle se filme pendant sa séance de sport, elle confie à partir de quand la productivité devient toxique. J'ai l'impression que toute ma vie tourne autour de faire, faire, faire et d'atteindre des objectifs. Je suis tellement focalisée sur les résultats que j'ai perdu la capacité d'être vraiment présente dans ma vie de tous les jours.

[16:19]Pareil, j'ai l'impression de vivre uniquement de deadline en deadline, d'événement en événement, d'objectif en objectif, mais je traverse tout ça en me dissociant. J'arrive même plus à profiter de mes réussites. Je ressens ça à un niveau extrême. Je m'en suis rendu compte quand j'ai perdu mes règles pendant des mois. Je pensais être la seule. C'est comme si maintenant la vie de millions de personnes consistait uniquement à réaliser les objectifs qui se sont fixés. J'ai un problème avec la productivité. Tout part d'une idée très simple: si quelque chose est bénéfique, alors en faire d'avantage devrait être encore mieux. Le bonheur viendra seulement lorsque tu auras atteint ton grand objectif. J'ai le sentiment de devoir être productif en permanence pour réussir, et ça finit par enlever tout le plaisir des choses simples du quotidien. Et c'est pas si étonnant parce qu'en réalité, ce culte de la performance, de la productivité extrême a créé un respect de soi conditionnel. On se respecte que si on arrive à atteindre ses objectifs. Tu ne te respectes qu'à certaines conditions, seulement si tu as accompli tout le travail que tu avais prévu pour cette journée, cette heure, cette semaine ou ce mois. Ce n'est qu'à ce moment-là que tu peux te sentir bien avec toi-même. Et c'est comme ça qu'on peut arriver à une situation ultra paradoxale. Parce qu'alors qu'on fait tous ces efforts pour devenir une meilleure version de nous-mêmes et ainsi nous sentir plus solide, plus confiant, plus heureux, c'est parfois tout l'inverse qui se produit. Parce que même si au début souvent ça marche, on progresse, on coche des cases, on nous félicite. Rapidement, on est nombreux à avoir une pensée s'installer. Dès qu'un entraînement, une discussion ou une réunion se termine, tu commences à te demander, est-ce que j'ai été à la hauteur? Est-ce que j'aurais pu mieux faire? Vu qu'on veut bien faire, on a l'impression que chaque situation devient une évaluation. C'est ce qu'on appelle l'anxiété de performance. L'anxiété de performance, c'est un stress intense qui apparaît dès qu'il faut performer. On la voit dans le milieu scolaire, le travail, le sport, mais aussi dans la sexualité ou la vie sociale. Partout où il y a une impression d'être évalué. Le souci, c'est que souvent, plus cette anxiété monte, plus notre performance baisse. Alors que je rappelle que justement à la base, si on se met cette pression, c'est parce que c'est important pour nous de bien faire. Donc c'est un peu le comble. En fait, ce culte de la performance est tellement présent dans notre société qu'on se retrouve face à des générations rongées par l'anxiété et la dépression. Plus d'un jeune sur deux est touché par un stress régulier. Près de 200000 nouvelles maladies déclarées en France chaque année sont causées directement par le stress. Autrement dit, le stress n'est plus un épisode ponctuel. Il est devenu un état de fond. Et pour nous éclairer sur ce phénomène, j'ai interviewé Albert Mukheiber, docteur en neuroscience et psychologue clinicien. Il y a une augmentation des troubles anxieux. Il y a des troubles anxieux et les burn-out sont en train d'augmenter. Et il y a plusieurs pistes, c'est effectivement la pression de devoir tout le temps faire des trucs bien. On a besoin, il semblerait, on a besoin de se laisser tranquille. Psychology Today révèle notamment que la productivité toxique est l'une des premières causes de cette anxiété généralisée. Et malheureusement, en France, on se retrouve en 2024 avec plus de 9 millions de personnes qui ont pris des benzodiazépines. Des médicaments généralement prescrits pour soulager l'anxiété, le stress ou l'insomnie, au point qu'on est le deuxième pays européen en consommation. Ce point est tellement présent que les psychologues parlent d'un phénomène appelé le perfectionnisme socialement prescrit. Pour la faire courte, c'est la conviction que les autres attendent de nous qu'on soit parfait. Si vous discutez avec des personnes perfectionnistes, vous constaterez non seulement qu'elles ont des exigences élevées envers elles-mêmes, mais aussi qu'elles ont le sentiment que les autres attendent beaucoup d'elles. Ce qui les pousse à vouloir être parfaites. Nous appelons cela le perfectionnisme socialement prescrit. Et pour être honnête, si je tenais à vous faire ce sujet aujourd'hui, c'est parce que ça fait des années que j'en souffre au quotidien. Que ça soit le travail, le sport, mon alimentation ou même l'éducation de mon chien, j'ai l'impression de m'écrouler sous le poids de me sentir forcé de tout faire parfaitement. Je vais pas m'étendre dans cette vidéo, mais du coup, je viens de partager un réel sur Instagram où je vous partage un peu plus en détail mon expérience. Parce que je sais que ça pourra faire du bien à certains d'entre vous de se reconnaître dans mon parcours et de voir que vous n'êtes pas les seuls à vivre ça. Parce que contrairement à ce qu'on pense, on est vraiment nombreux. Une méta-analyse menée sur 40000 étudiants au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada, montre que ce perfectionnisme socialement prescrit a augmenté de plus de 35% depuis les années 1990. La pression sociale à être parfait n'a jamais été aussi forte et surtout, elle commence de plus en plus tôt. Des recherches menées en Allemagne le montrent clairement. Les parents ont des attentes de plus en plus élevées envers leurs enfants. À la question de savoir si leur enfant doit faire partie des meilleurs dès le début, 40% ont répondu oui et 20% l'ont même fait avec force.

[21:12]Même si ça part souvent d'un bon sentiment parce qu'on veut le meilleur pour nos enfants, ça peut générer de l'anxiété de performance chez des enfants dès l'âge de 3 à 4 ans. Si c'est aussi puissant chez eux, c'est parce qu'ils peuvent rapidement intégrer l'idée qu'ils sont valorisés, voire aimés, que s'ils performent assez. Comme l'explique Tom Curran, professeur de psychologie, les jeunes perçoivent que les autres sont de plus en plus exigeants envers eux. C'est une culture de compétition qui nous rend tous malades. Résultat, on observe des enfants qui développent des phobies scolaires et refusent d'aller à l'école par peur de mal faire. On amène en quelque sorte les enfants, on amène les adolescents, mais on amène aussi les adultes à cultiver la valeur performance. La performance, c'est quoi? C'est c'est la manière dont un cheval de course cavale. Le problème, c'est que malgré toutes ces conséquences négatives connues, on nous encourage à ne pas écouter les signaux envoyés par notre corps. Par exemple, si vous n'y arrivez plus, on vous conseille de forcer. Comprendre qu'il faut faire les choses même si on n'a pas envie de les faire. Tu y arrives pas à travailler, tu reportes le lendemain, tu t'y mets, tu te mets sur ton projet et tu avances. Alors, même si on sent qu'on commence à perdre du plaisir, de devenir un peu irritable, fatigué, on redouble d'efforts pour tenir la cadence. Et c'est comme ça qu'on passe à côté de tous les signaux d'alerte. On dort moins bien, on perd du poids, on prend beaucoup de poids de manière inexpliquée, on est stressé, on est anxieux, on se réveille la nuit pour regarder le téléphone. Il y a plein de signes avant-coureurs, mais souvent, on y est aveugle nous-mêmes, ou bien, on les attribue à autre chose. On dit ah bah maintenant, on passe par une période plus difficile, ah mais non, machin. Surtout que notre société valorise le fait d'être surbooké. Laetitia Vitaud le résume très bien: dire je suis sous l'eau, c'est presque devenu une manière de dire je suis important. Pourquoi? Parce qu'être débordé, c'est devenu une forme de statut social. Si tu es débordé, c'est que tu es compétent, ambitieux et demandé. Une étude de Columbia Business School montre notamment que les gens considérés comme busy, ceux avec des agendas pleins et qui sont multitâches, sont perçus comme ayant un statut social plus élevé que les gens considérés comme plus relax, ceux qui prennent le temps de partir en vacances, de faire des activités et cetera. Vu que ton temps est considéré comme une valeur marchande, si tu as pas le temps, c'est un peu que tu es VIP. Ce sont les personnes que nous mettons sur un piédestal et elles vous diront, parce que c'est ce que la société veut entendre, qu'elles ont travaillé très dur, qu'elles ont fait des sacrifices, qu'elles sont sorties de leur zone de confort et que c'est pour ça qu'elles ont réussi. Et je pense que c'est pour cela que nous voyons le perfectionnisme dans les grandes réussites, parce que partout autour de nous, on nous dit que c'est ça qu'il faut. Mais évidemment, on reste humain. Alors, quand on fonctionne en surrégime sur le long terme, beaucoup observent comme une forme de détachement qui commence à apparaître. Concrètement, on fait tout ce qu'il faut, on coche nos cases, mais sans y être vraiment, comme si on passait en pilote automatique. Et c'est généralement là, où si on fait pas attention, tout peut lâcher. On peut tomber dans le burn-out.

[24:16]Clairement, les chiffres sont en train d'exploser. On allait tellement loin dans l'ultra performance qu'on est en train de générer un burn-out des humains et des écosystèmes. En France, en 2025, près d'un salarié sur deux se déclare en détresse psychologique, selon le baromètre Empreinte Humaine sur la santé mentale au travail. Et les moins de 30 ans sont parmi les plus touchés. Certaines études indiquent que jusqu'à 55% de jeunes salariés sont considérés par un risque de burn-out ou une détresse psychologique importante. Faut bien se rendre compte que c'est plus de la moitié. C'est juste énorme. Et quand on pense au burn-out, on pense immédiatement que c'est lié à l'activité professionnelle. Mais en vérité, pas forcément. On parle aussi maintenant de burn-out parental, qui touche de plus en plus de parents qui ont l'impression de ne jamais en faire assez. Il y a aussi le burn-out relationnel ou le burn-out existentiel, cette sensation diffuse d'être vidé, sans énergie, sans sens. Pas forcément à cause d'un travail précis, mais parce que toute ta vie est devenue un terrain d'exigence. Et dans le fond, même si c'est triste, c'est une conséquence plutôt logique. Parce que quand notre objectif de performance devient permanent, l'épuisement n'est plus un accident. Il devient inévitable. Mais même ça, on le perçoit comme un signal de faiblesse personnelle. On se dit, j'ai raté, je n'ai pas su gérer mon stress, je manque de résilience. Au lieu de se poser une autre question. Et si le problème ne venait pas forcément de nous? Et ce petit changement a une importance. Parce que tant qu'on présente l'épuisement comme un défaut individuel, on fait que soigner ses symptômes. On nous propose alors du coaching express, double ta productivité en 5 jours et reprends le contrôle de ton quotidien. De la méditation optimisée, 5 minutes de méditation par jour pour réduire le stress et booster votre productivité. On essaie toujours de soigner la victime, mais on laisse subsister la machine qui la broie. Cette course infinie à la performance, glorifiée dans notre société. Mais alors, une question s'impose. Pourquoi on se met une telle pression? Pourquoi on se met cette pression?

[26:32]À l'origine, cette logique de devenir performant le plus possible n'a rien à voir avec le développement personnel. Et je serais curieuse de savoir si vous avez la bonne intuition. À votre avis, est-ce qu'à la base, ça vient plutôt? Réponse A, de l'armée. Réponse B, d'Internet et sa comparaison constante. Réponse C, de l'usine. Réponse D, de l'école. Je vous laisse écrire votre réponse en commentaire. Ça sera marrant de voir si on a globalement une idée de son origine. Et la bonne réponse, c'est la réponse C.

[27:12]Cette logique de performance vient des usines. Au moment de la révolution industrielle, les entreprises commencent à se poser une question très simple: comment produire plus avec le même nombre d'ouvriers? Et pour répondre à cette question, elles vont inventer toute une science de l'optimisation du travail. Au début du 20e siècle, un ingénieur américain, Frederick Taylor, développe une méthode qui va profondément transformer l'organisation du travail. Son idée est simple: observer les ouvriers, découper chaque tâche en micro gestes, mesurer le temps exact nécessaire pour les accomplir. Puis, trouver la manière la plus efficace possible de travailler. C'est ce qu'on appelle le taylorisme. Chaque mouvement est chronométré, chaque geste est optimisé, chaque minute doit être rentable. L'objectif, éliminer tout ce qui peut être considéré comme une perte de temps. Comme par exemple, se déplacer trop lentement, faire un geste inutile, prendre une pause un peu trop longue. Tout devait être rationalisé. Et cette logique, elle va ensuite être poussée encore plus loin avec le fordisme, les chaînes de montage et la standardisation du travail. Si vous économisez 10 pas par jour à chacun des 12000 employés, à la fin de l'année, vous économiserez 75 km de mouvements gaspillés et d'énergie inutile. Mais ce qui est intéressant, c'est que pendant longtemps, cette logique restait confinée à l'usine. Elle concernait les machines, la production, les ouvriers, mais la vie personnelle, elle, elle restait relativement séparée de cette logique. On travaillait, puis on rentrait chez soi. Mais progressivement, quelque chose a changé. Avec la tertiarisation de l'économie, de plus en plus de gens se sont mis à travailler avec leur cerveau plutôt qu'avec leurs mains. Et là, un nouveau problème est apparu. Parce qu'on peut forcer quelqu'un à porter des caisses, on peut surveiller sa cadence sur une chaîne de montage. Mais comment obliger quelqu'un à penser mieux? À être créatif, à s'impliquer émotionnellement dans son travail. La solution trouvée par le management moderne va être radicale. Au lieu de contraindre les gens de l'extérieur, on va leur apprendre à s'optimiser eux-mêmes. Et c'est là que la logique industrielle quitte l'usine pour rentrer directement dans nos têtes. Améliorer la main-d'œuvre, ce qui était au départ un objectif de l'entreprise, devient de plus en plus un projet personnel. Plus de performance, plus de productivité, plus de profit. Les gens intériorisent la logique du capitalisme. Le travail, les amis, l'amour, la santé, peu à peu, tout devient objet d'optimisation et donc sujet de perfectionnisme. Comme l'explique le philosophe Byung-Chul Han, nous sommes passés d'une société qui disait: tu dois à une société qui te dit: tu peux. Ça peut paraître subtil et même en soi plus cool. C'est plus sympa d'entendre, tu peux réussir, que tu dois obéir. Sauf que sans qu'on s'en rende compte, cette petite bascule va avoir des grandes répercussions. Parce qu'avant, la pression venait de l'extérieur. Un patron ou une hiérarchie par exemple. Mais aujourd'hui, elle vient de l'intérieur. On devient notre propre manager, on planifie notre temps, on optimise notre sommeil, on mesure nos performances, de sorte que maintenant, on s'auto-exploite. Comme si chacun d'entre nous était devenu une petite entreprise à faire tourner.

[30:37]Et dans cette logique, on n'est plus seulement des individus. On devient ce que certains économistes appellent du capital humain. C'est-à-dire un ensemble de compétences, de talents, de qualités qu'on doit développer et rentabiliser au maximum. Nous sommes notre propre capital humain, que nous mettons sur le marché et essayons de rentabiliser au maximum.

[31:09]Et ça, c'est bien plus puissant et pervers. Parce que quand cette pression vient de nous-même, elle n'a plus de limite. Elle nous suit partout. Au point qu'aujourd'hui, ça paraît normal de se demander si on optimise bien notre temps. Mais faut réaliser que c'est un phénomène très récent dans l'histoire humaine. Pendant la majorité de notre histoire, les gens se demandaient pas s'ils étaient productifs. Le temps, c'était pas considéré comme une ressource à optimiser. On travaillait quand il fallait travailler et on se reposait quand on pouvait se reposer. Maintenant, chaque minute est vue comme un investissement ou une perte. Les gars, ma journée, elle est toujours chronométrée au millimètre. Je ne laisse aucune place au putain de hasard. Les gars, il y a pas de place au hasard. Les gars, ma journée, elle est toujours chronométrée au millimètre. Je laisse aucune place au putain de hasard. Les gars, il y a pas la place au hasard. C'est d'ailleurs de là que vient l'expression qu'on entend partout aujourd'hui, le temps c'est de l'argent. Le problème, c'est que même avec les meilleures techniques de productivité, on aura toujours que 24 heures dans notre journée. Comme le résume très bien Albert Muckerber dans cette haute interview, si je veux être le meilleur neuro scientifique possible, malheureusement le temps est ce qu'on appelle un jeu à somme nul. C'est-à-dire par exemple, maintenant on est en train de filmer ce podcast, ça veut dire que je peux pas être ailleurs. Donc si moi je veux être la meilleure version de moi-même de neuro scientifique, ça veut dire que par exemple, je vais jouer moins au jeux vidéo. Donc je vais être moins une moins bonne version de moi-même en tant que joueur de jeux vidéo ou une moins bonne et cetera. Et donc automatiquement, on est en train de perdre d'autres trucs. Et ça, c'est quelque chose que les injonctions à l'optimisation oublient souvent de dire. Dans la réalité, maximiser partout, c'est tout simplement impossible. Et c'est exactement là que l'une des phrases les plus populaires du développement personnel devient beaucoup moins innocente qu'elle en avait l'air. La fameuse, deviens la meilleure version de toi-même. À première vue, ça paraît plutôt positif. Qui aurait envie de devenir une moins bonne version de lui-même? Ça paraît forcément une bonne chose de vouloir s'améliorer. Le souci, c'est que cette phrase contient aussi un message beaucoup plus cruel. Parce qu'elle suggère que ta version actuelle n'est pas suffisante. Et surtout, qu'il existe quelque part une version de toi plus disciplinée, plus productive, plus performante que tu devrais absolument attendre. Alors que cette version idéale, elle n'existe jamais vraiment. Parce que dès que tu progresses quelque part, l'objectif se déplace. Tu peux toujours être un peu plus organisé, un peu plus sportif, un peu plus cultivé. Autrement dit, tu te retrouves dans une course où la ligne d'arrivée recule en permanence. Plus on s'approche d'une chose, plus elle s'éloigne. Le résultat de tout ça, ne garantit pas une vie meilleure.

[33:45]Ce truc de vouloir tout le temps faire mieux, c'est une sorte aussi de looping effect dans le sens où j'essaie d'aller mieux, mais j'ai pas de d'objectifs. Il y a pas il y a pas une sorte de thermomètre où je dis même de balance où je dis si j'arrive, je sais pas, à 60 kg, j'arrête. Il y a chaque fois que j'arrive à une étape, il y a mieux. Ça devient une sorte de moving target qui qui fait que en fait tu ne vas jamais arriver à te dire OK, là c'est bien. Et ça s'applique dans plein de trucs qu'on se met cette pression de performance. Comme l'explique Céline Lami, pédopsychiatre et auteure du livre Le drame des enfants parfaits, ce n'est pas vraiment être en compétition avec l'autre, mais surtout se battre avec soi-même. Et tant qu'on n'a pas les deux genoux à terre et montré qu'on a tout fait, il existera perpétuellement une autre version, meilleure, qui pourra plus satisfaire mon prochain. Et évidemment, toute une industrie s'est construite autour de cette idée. Le marketing du développement personnel fonctionne précisément là-dessus. On te montre une version imparfaite de toi-même, fatigué, désorganisé, procrassinatrice. Puis on te montre la version optimisée, disciplinée, productive, rayonnante. Et entre les deux, il y a une solution à acheter, un programme, une formation, une méthode miracle. Ça rapporte tellement gros qu'ils ont tout intérêt à constamment nous faire comprendre qu'on devrait s'améliorer.

[35:54]Parce qu'on a l'impression que les autres y arrivent, c'est devenu une sorte de norme sociale complètement illusoire. Tout le monde meurt en guillemets pas mort dans le sens mensonge intentionnel. C'est devenu très performatif. Au final, il y a certaines personnes qui arrivent, mais on appelle ça les billets du survivant, c'est-à-dire on voit juste les gens qui arrivent et on n'a pas conscience de la masse énorme de gens qui sont en train d'essayer et qui arrivent nulle part. Et si ce culte de la performance fonctionne autant, c'est aussi parce qu'il répond à un besoin très profond, le besoin de contrôle. Je pense qu'il y a quand même une sorte de volonté de maîtrise, d'essayer de réduire les risques à zéro, parce qu'on vit dans une époque aussi où on essaie d'éloigner autant que possible les risques. Et on se dit si je fais tout très très bien, bah mes enfants vont être meilleurs, ma santé va être meilleure, je vais avoir moins de chances d'avoir un cancer. Le problème, c'est que la vie ne fonctionne pas comme un tableur Excel. Il y aura toujours des imprévus, des erreurs, des choses qu'on contrôle pas. Et quand on a construit toute notre identité autour de la performance, ces moments deviennent beaucoup plus difficiles à accepter. Parce que l'erreur n'est plus simplement une étape normale de la vie, elle devient une preuve qu'on n'est pas à la hauteur. Mais alors, on peut se demander c'est quoi la solution? Certains optent pour une approche aux antipodes de tout ce qu'on vient de voir avec le slow living, qui veut littéralement dire vivre lentement. Le slow living, c'est un courant qui propose de ralentir volontairement. On ralentit notre rythme de vie, notre travail, notre consommation, nos obligations sociales et l'expérience du moment présent. Si on prenait enfin le temps de respirer, de vivre autrement, de ralentir et de se reconnecter avec ce qui compte vraiment pour nous. Et bien, c'est ce que représente le slow life, un art de vivre beaucoup plus lent, beaucoup plus doux. Concrètement, ça nous encourage à réduire volontairement notre nombre d'objectifs, à accepter des journées vides ou non optimisées et à remettre des temps morts réels dans notre agenda. Et surtout, à refuser l'idée que chaque moment doit absolument être utile. La Slow Life, c'est aussi déconnecter. Ranger son téléphone, son ordinateur et tout ce qui nous rattache à ce qu'il se passe ailleurs, qui nous éloigne et nous distrait de ce qu'il se passe maintenant.

[38:18]Sur le papier, ça peut être une bonne idée, mais c'est loin d'être une solution universelle. Déjà, parce qu'il suppose souvent des conditions matérielles favorables, avoir du temps, une sécurité financière, parfois la possibilité de travailler moins ou autrement. Et ça, ça le rend peu accessible à beaucoup de salariés, de parents ou de personnes en situation de précarité. Ensuite, assez paradoxalement, il peut devenir à son tour une nouvelle injonction à ne plus courir, mais à performer le calme, à performer la sérénité. Tu dois ralentir, tu dois te reposer, tu dois vivre lentement pour cocher les cases de ce nouveau mode de vie. Du coup, à la place, de plus en plus de spécialistes appellent à décentrer la productivité. Décentrer la productivité signifie essentiellement que l'on commence à faire des choses qui ne servent pas un objectif productif particulier. L'idée, c'est d'arrêter de faire de la productivité le critère essentiel pour juger une journée réussie ou non et plutôt la replacer comme un outil parmi d'autres, au lieu d'une boussole morale permanente. Une journée peut être réussie même si on n'a pas tout coché, même si on s'est reposé et même si on a rien produit. Après évidemment, le but c'est pas de ne plus chercher à progresser. Vouloir apprendre, se dépasser, ça fait partie de ce qui nous fait avancer dans la vie. Le problème, c'est pas l'amélioration en elle-même. Le problème, c'est l'injonction permanente à l'amélioration. Alors je sais, la différence peut sembler subtile, mais elle est fondamentale. Parce que la vraie question n'est peut-être pas est-ce que je m'améliore, mais plutôt pourquoi est-ce que je veux m'améliorer? Est-ce que je fais ça parce que j'en ai réellement envie ou parce que j'ai l'impression que je dois le faire pour être valorisé dans notre société? Prenons un exemple très simple, aller courir. Si tu le fais parce que ça te fait du bien, parce que tu aimes ça, parce que tu te sens vivant en courant, c'est une forme de progression saine. Mais si tu cours parce que tu as l'impression d'être paresseux si tu t'entraînes pas, ou parce que tu as peur de ne plus être au niveau, alors ce n'est plus vraiment la même expérience. Le comportement est identique, mais l'intention derrière change tout. Et peut-être que l'un des antidotes à cette culture de la performance, c'est aussi de réhabiliter quelque chose qui est devenu presque tabou aujourd'hui, le droit d'être moyen. Comme le dit Albert Mukheiber, la majorité d'entre nous sommes moyens. C'est la définition même de la moyenne. Parfois, il faut savoir lâcher l'affaire, quoi, c'est-à-dire, OK, sur ce truc, je vais être moyen. Et dans ce tout truc, je vais être nul, mais c'est pas grave. Parce que ça va me faire du bien de savoir que je suis relativement nul dans ce truc et c'est OK. Et c'est très bien. Parce que vouloir être excellent partout, c'est tout simplement impossible. Donc, accepter d'être moyen quelque part, c'est pas un échec. C'est simplement la condition normale de la vie humaine. Il faut faire attention de ne pas tomber dans l'autre écueil de genre, ne vous mettez plus la pression et donc ne faites plus rien non plus. Pour moi, c'est ça qui est cool dans la vie, c'est un défi derrière l'autre, un défi derrière l'autre.

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