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L'amitié : Une Masterclass de André Guigot

Editions M-Editer

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[0:00]Hein, voilà, je C'est avec beaucoup de plaisir que je vous retrouve d'abord, j'ai des très bons souvenirs.
[0:00]Parce que il me semble que la philosophie euh naît également de cela, bien souvent.
[0:00]Paradoxalement, on n'est pas forcément inspiré avant d'écrire, c'est en écrivant que la machine se met en route et c'est un peu la même chose avec la réflexion commune, j'ai je l'ai souvent remarqué.
[0:00]Alors je pour pour démarrer, je partirai du cynisme, qui est un peu l'opposé de l'amitié, d'ailleurs.
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[0:00]PHILOSOPHIA en partenariat avec les librairies L'Odyssée (Vallet), Durance (Nantes) & Les Editions M-Editer ont le plaisir de vous présenter André GUIGOT Leçon de philosophie : L'amitié Bonsoir à bonsoir à tout le monde d'abord. Hein, voilà, je C'est avec beaucoup de plaisir que je vous retrouve d'abord, j'ai des très bons souvenirs. Et euh ce thème de l'amitié, je vais pas étendre à en faire le tour, hein, ça serait absurde et prétentieux, c'est pas du tout mon but, c'est simplement proposer quelques quelques pistes, quelques réflexions en écho avec euh l'essai euh sur l'amitié euh que j'ai produit et puis également euh dans l'idée de de prolonger euh ce petit exposé par des échanges. Parce que il me semble que la philosophie euh naît également de cela, bien souvent. Paradoxalement, on n'est pas forcément inspiré avant d'écrire, c'est en écrivant que la machine se met en route et c'est un peu la même chose avec la réflexion commune, j'ai je l'ai souvent remarqué. Alors je pour pour démarrer, je partirai du cynisme, qui est un peu l'opposé de l'amitié, d'ailleurs. Parce que l'époque, l'époque est vraiment euh est vraiment au cynisme. Nous vivons sans doute pour bien des aspects dans une forme de République du soupçon. Aujourd'hui, j'ai remarqué que et ça c'est pitoyable au fond, les échanges humains euh sont de plus en plus violents. Euh quand les gens sont pas d'accord entre eux, il y a toujours eu des des polémiques, des bagarres, des choses. Aujourd'hui, ça prend un tour parfois un petit peu malsain, nausé à bon et il me semble en tout cas que l'amitié est une manière de résister à cette violence dans les échanges. On peut très bien être en désaccord avec un ami et euh c'est pas bien grave d'ailleurs et on s'en sort très bien. Il peut y avoir des polémiques, on en parlera tout à l'heure avec un ami, sans que ça prenne ce tour. Il me semble qu'aujourd'hui, plus que jamais et c'est peut-être à cause des réseaux sociaux d'ailleurs, et bien les échanges humains sont de plus en plus violents. Parallèlement à ça, euh depuis plusieurs générations, on a une forme de mise en question presque systématique des idéaux. Euh on arrive à ce qu'on appelle une forme d'aquabonisme militant, voilà. Il suffit d'avoir des idées contraires au monde pour se sentir au fond un peu étranger à cette réalité qu'on nous vend également comme l'avènement du progrès. Il me semble que l'amitié résiste aux déconstructions, à ces trois déconstructions que sont la violence euh le l'aquabonisme, le cynisme, à quoi bon au fond un tel ou tel idéal et également cette forme de progrès de course en avant effrénée, qu'on nous vend comme un progrès et qui me semble à peu près la le contraire. Est-ce qu'il est raisonnable au fond euh d'avoir confiance dans ses amis ? Est-ce qu'il vraiment c'est raisonnable de vouloir avoir tant et tant d'amis ? La prudence, hein, la prudence, c'est cette partie de la sagesse qui considère classiquement euh le lien entre l'action réfléchie et nos intérêts. L'amitié peut être constatée comme quelque chose d'éternel, qui a toujours existé et que rien ne viendra ne viendrait troubler. Donc l'amitié de fait s'oppose au cynisme qui considère que est bien celui qui réussi. Le raisonnement du cynique, si je pouvais le présenter comme ça, c'est j'ai raison parce que j'ai gagné. Euh fondamentalement, dans l'amitié, on a quelque chose de gratuit et qui résiste aux intérêts. Je vais vous prendre un exemple très concret, euh même si c'est peut-être étonnant, le meilleur compliment qu'on puisse faire à un ami, c'est de dire que vraiment, bah vraiment je avec tout avec ce que tu es, ce que tu racontes m'intéresse pas beaucoup. Tu m'ennuies de temps en temps, tel ou tel défaut, vraiment, je me montre ce que je fais avec toi, j'ai aucune raison d'être ton ami. En fait, c'est c'est c'est un éloge, hein, en réalité, parce que l'amitié ne repose pas sur un intérêt réfléchi. C'est-à-dire que malgré euh l'inexistence d'intérêt ou malgré l'absence d'intérêt média, et bien l'autre, il se trouve que il peut être malgré tout et envers et contre tout notre ami. Certains euh se donnent manifestement plus de mal à avoir des ennemis que des amis. Sans doute parce que ça les fait exister et que ça leur fait du bien, bon. Je crois que quand on se donne beaucoup de mal à faire quelque chose, c'est que ça fait du bien. Alors il y a pas de mal à se faire du bien, c'est sûr, on a pas assez imposer des lui à ou à imposer des lui à des congénères. Mais il se trouve que se sentir exister en clivant, se sentir exister en se fabriquant des ennemis, aujourd'hui c'est c'est malheureusement le cas souvent aussi, y compris dans les réseaux sociaux où des où certains polémistes malheureusement célèbres et bien passent leur vie à cliver. Il me semble que c'est à peu près l'opposé de la de la démarche positive de l'amitié. C'est-à-dire que aujourd'hui, je crois que on pourrait mesurer le degré de sagesse à la faculté de rassembler les gens. Et pas à la capacité de les diviser. C'est une idée très simple, c'est pas une idée neuve, ça n'a rien de neuf, hein, mais c'est l'idée qui n'est plus du tout à la mode. Vous allez voir, on va en sortir quelques-unes des idées qui sont plus à la mode et qui me semble important de retrouver aujourd'hui. Dans la vie, on a malheureusement peu de grands et de vrais amis. Il y a pas de petits amis, hein, vous avez remarqué, on parle de de petits amis, mais pas de petits ennemis, bon. Comme l'amour, la haine est un absolu, qui se nourrit d'excès, hein, comme une forme d'ouragan, quelque chose comme ça. L'amitié a le mérite de calmer, euh peut calmer les esprits, de neutraliser parfois les affres de de l'amour, de de la haine également. Ne jamais oublier qu'un bon ami qui nous rappelle ou qui nous appelle, c'est une sorte de soleil. Une sorte de soleil dans dans l'existence, c'est précieux, c'est banal et on a tendance à considérer cela comme une forme de dû. On oublie que c'est quelque chose de magique et d'exceptionnel. Euh, on se rend compte malheureusement trop souvent que les amis sont précieux au moment où et bien, justement, ou dans l'amour ou dans la vie, euh on traverse quelque chose de très difficile. Refuser le cynisme, sourire au fond de soi, n'interdit pas la prudence, n'interdit pas la méfiance. Je pense à cette phrase de Spinoza qui écrivait l'homme sage qui vit au milieu d'ignorant s'applique autant qu'il peut à éviter leur bienfaits. J'ai toujours trouvé qu'il y a une forme de je le reprends, l'homme sage qui vit au milieu d'ignorant s'applique autant qu'il peut à éviter leur bienfaits. Donc Spinoza donc écrivait cela. Donc les amis peuvent faire du mal en voulant du bien. En voulant faire du bien. Donc l'essentiel est à apprendre et à distinguer le plaisir qu'on donne et le bien qu'on fait. On peut croire ou on peut confondre d'ailleurs faire plaisir et faire du bien.

[7:44]C'est vrai que les sucreries font plaisir à un enfant, en excès, bien sûr, elles lui font pas du bien. C'est une métaphore de l'existence, c'est vrai de beaucoup de choses et sans vouloir faire du mal ni même sans produire vraiment quelque chose de néfaste, on passe beaucoup de temps à supporter d'ailleurs et bien des gens qui veulent nous faire plaisir et qui nous font du mal à court ou à moyen terme.

[8:06]Alors sans jouer les les êtres supérieurs sans se faire voler un petit bout de notre propre vie par ce que Chateaubriant nommait ainsi ainsi roule torrent de l'inutilité, bon. Alors personnellement, je je crois seulement à ce petit diable qui est l'ennui et bien dans l'amitié, bizarrement, on supporte l'ennui. C'est-à-dire qu'avec un véritable ami, et bien on supporte le silence, qui n'est pas forcément l'ennui, d'ailleurs et on ne reproche pas à un ami de ne rien dire ou de trop parler, parce que il y a des amis qui parlent tout le temps, c'est vrai. Et voilà bon voilà, mais mais sont le reproche pas cela. Même l'ennui et même une blague pas drôle. Même un humour raté, ça nous culpabilise pas avec un véritable ami, parce qu'il y a quelque chose en plus, qu'on ira on essaiera de croiser tout tout à l'heure. Alors j'aimerais évoquer euh par par ce petit préambule, ce que j'appelle la spiritualité de l'amitié. Alors le mot spirituel, il est très chargé de sens, il peut avoir un sens religieux. Et il peut avoir le sens, et c'est celui que je prends, moi, de simplement non matérialiste. En philosophie, on distingue ce qui est spiritualiste et ce qui est matérialiste, tout simplement. Donc, quand on est spiritualiste, on n'est pas forcément religieux au sens classique, c'est pas du tout ça, simplement on considère que la matière toute seule n'est pas capable de donner un sens à l'existence. Elle lui donne une de ses lois, mais pas son sens. Donc, si on prend comme exemple l'amitié, que c'est de ça dont il s'agit ici, il me semble que les plus grands esprits ont considéré qu'il y a une forme de vérité dans l'amitié. Je citerai Cicéron, ceux qui retranchent de la vie, l'amitié s'enlève retirer le soleil au monde, qu'à nous car nous n'avons rien reçu de meilleur des dieux immortels, rien de plus délicieux. Il y a dans l'amitié une forme de douceur, voilà, moi c'est là-dessus que j'aimerais insister, qui tranche avec la violence, qui tranche avec le rythme effréné du quotidien, qui nous rappelle sans cesse à l'ordre, c'est-à-dire à une forme d'injonction de performance. Et bien, dans l'amitié, il n'y a pas cette injonction de performance. Euh sauf les tout petits, 6-7 ans, qui font des classements, c'est ma meilleure amie, c'est mon deuxième meilleur ami, c'est ma troisième meilleure amie. Bon, c'est rigolo d'ailleurs, une forme de je connais non plus de ça, mais ils font tous quelque chose comme ça. Sauf euh des adultes euh j'ai envie de dire qu'ils sont dans l'erreur, qui vont considérer que avoir euh 325 amis, c'est très important et avoir 850, c'est encore mieux, et cetera. On verra tout à l'heure que ça n'a pas de sens. L'amitié, il y a quelque chose euh qui résiste donc à cette injonction de performance et qui me semble précieux et pas nouveau. Cicéron ajoute, quant à la valeur de les différentes choses, la plupart des hommes varient dans l'estimation qu'ils en ont. Pour l'amitié, tous sont du même avis. N'est-il pas insensé que ceux auquel la richesse procure une grande influence, le pouvoir et ses avantages, tous les dons que l'argent confère, chevaux, esclaves, riche ajustement, vases précieux, ne puisse par elle obtenir des amis. La plus précieuse et la plus belle parure de la vie. Et pourtant, ajoute-t-il enfin, donc chaque homme peut dire combien il a de chèvres ou de moutons, mais non combien il a d'amis. Alors sans sans tout saisir de cette comparaison bizarre, ce qu'il faudrait évidemment comprendre, c'est que on passe notre temps à considérer que l'important dans la vie est de savoir est de savoir quantifier euh ce qui a euh ce qui a un coup par exemple. Mais pas ce qui n'a pas de prix. Or euh il est possible que l'amitié parfois nous coûte quelque chose, mais bizarrement, ça peut nous coûter quelque chose et pour autant, ça n'a pas de prix. C'est-à-dire que la valeur de l'amitié est entièrement qualitative. Dans le monde morbide d'ailleurs, je pense qu'on met beaucoup de soin à choisir des objets, des animaux. L'achat d'une voiture, d'un téléphone, tout ça c'est rarement laissé au hasard. Beaucoup de calculs, beaucoup de stratégies, beaucoup de recherches, tout simplement parce que dans notre société, et bien, il est difficile d'échapper à l'injonction d'un possession, hein, je possède donc je suis. Je suis ce que je possède, donc plus je peux montrer ce que j'ai, plus j'ai le sentiment d'exister dans les regards de ceux, au fond, qui voudront bien m'accorder leur admiration. Bon. Tout ça, ce n'est pas euh moi, je le diabolise pas, hein. Sans mon, sans nous en rendre compte, on affiche ainsi quelque chose qui pourrait être de l'ordre euh de la quantité qui nous ferait exister. Il me semble qu'on confond l'être et l'avoir. Or l'amitié est du côté de l'être. L'amitié est une relation ontologique à l'autre et non pas une relation de possession. Quand on dit j'ai des amis, le verbe avoir, il est en fait probablement bizarrement utilisé. Parce que euh c'est une relation à l'autre particulière qui existe dans l'amitié. C'est pas une relation de possession, en fait. On est l'ami de quelqu'un, l'autre est notre ami, le verbe avoir, il est probablement un peu décalé, voilà. J'ai une montre, j'ai une voiture. Je suis l'ami de quelqu'un ou il est mon ami, mais je suis pas certain euh que euh je possède quelque chose. Voilà, je rentre en relation d'amitié avec l'autre, plus que je le possède. Pourquoi l'amitié est-elle spirituelle ? Parce que elle n'est pas prévisible. Rendre l'amitié prévisible ou calculable, ça serait éliminer tous les risques et c'est peut-être ça qui est recherché par les réseaux sociaux. C'est-à-dire faire une sorte de tri après tout euh ce me me me mort que lorsqu'on achète un ordinateur ou une voiture. Peut-être que le le jour viendra, j'espère pas, mais ou il y aura une forme d'argus des vieux amis. Il faudrait se recaser euh comment on pourra se recaser tous les deux, voilà, avec du temps bon voilà. Donc des amis qui font plus recette, hein, n'est-ce pas ? Ceux qui débarquent avec des mauvaises manières, des rides, euh avec euh avec de l'âge, hein, ceux qui ne servent plus très bien se tenir. Voilà, qui qui débarquent toujours au mauvais moment qu'on enverrait bien sur une autre planète, hein, pour avoir un petit peu moins honte. Bon, faut pas paniquer parce qu'il y a des grands cerveaux qui sont en train d'inventer actuellement des logiciels de rencontre entre amis branché, super compatible, prévisible, histoire de changer l'ami, qu'on les consommer comme des canettes, hein, voilà, de les jeter également. On appelle ça le progrès, bon. Décevoir un ami, dans ce sens-là, c'est impossible puisque il y a plus de précipice, tout est rendu prévisible, justement. Et ben, c'est précisément, il me semble que la spiritualité de la spiritualité de l'amitié, c'est d'échapper à cette logique ou de l'amitié prévisible, de la quantification de l'ami, parce que je crois profondément qu'il y a quelque chose qui échappe et même l'ami un peu lourd dingue qui sait qui sait plus très bien se tenir. Hein, qui a voilà, telle ou telle apparence physique, qui fait de l'humour pas drôle ou au mauvais moment, et on en a tous connu, hein, qui sont exactement ce qu'il faut pas au moment où il faut pas, par exemple. On se dit mais quand même, bon voilà, on peut lui en vouloir, bien sûr, on peut lui en vouloir quelque quelque temps, ça ne touche en rien la relation à l'amitié parce qu'il y a quelque chose qui résiste à ça. Quelque chose qui résiste à ça et on ne sait pas très bien pourquoi d'ailleurs. Et le plus beau compliment qu'on puisse dire à quelqu'un, c'est que vraiment on a aucune raison de l'aimer, aucune raison avec ce qu'il est, avec ce qu'il fait et puis euh et ben c'est pas grave. C'est l'autre qu'on aime quand même. Puisque je vais faire quelque chose d'un peu synthétique, j'aimerais également aborder que le fait que dans la spiritualité spiritualité de l'amitié, il y a le fait que de mon point de vue, l'amitié est une forme d'amour. C'est une forme d'amour, je ne crois pas du tout qu'il faille distinguer et opposer l'amour de l'amitié. Il y a des il y a différentes façons d'aimer. On n'aime pas ses enfants ou euh ou ses parents qu'on a aimé comme ou euh voilà comme on aime un ami. On n'aime pas son son conjoint, son épouse, son époux, comme son compagnon, simplement de vie, comme on aime un ami. Et pourtant il s'agit bien d'amour, quoi. Donc je crois pas du tout, je crois que c'est le plus mauvais service qu'on puisse rendre à l'amitié, c'est d'en faire une forme d'homone de l'amour, quoi. Ou de compensation de l'amour, c'est pas du tout une compensation, c'est un un amour plein. La preuve c'est qu'il y a même des jalousies d'amitié. Ça existe des jalousies d'amitié. Dans les jalousies d'amitié, on réserve souvent à l'enfance, en principe. On ne supporte pas ça nous. C'est vrai que les enfants c'est très net, les enfants ils ont des jalousies d'amitié, voilà, ils se mettent à bouder, et puis la bouderie comme Sartre et l'avaient montré, c'est un spectacle, quand on boude en principe, ça aussi c'est fait, c'est réservé aux enfants. L'enfant qui boude se donne à voir. Si on le voit pas, c'est raté donc il est pas content. Si on fait comme on ignorait le fait qu'il boude, ça marche pas donc il va se mettre souvent d'une manière telle qu'on puisse le voir bouder, quoi. Et ce qu'un enfant qui boude n'aime pas, c'est en plus quand on le fait rire, parce qu'il se gâche tout, il va se forcer à montrer qu'il rit pas. Il va se forcer, voilà, en principe c'est réservé à l'enfance. Dans l'âge adulte, il y a pas ce côté spectaculaire et un peu théâtral de la bouderie, mais il reste des jalousies d'amitié. Il me semble, c'est une une hypothèse que la jalousie d'amitié dans la dans dans à l'âge adulte, nous rappelle à un abandon passé. Si c'est mal vécu, c'est probablement parce que ça fait écho, fait écho. C'est pas l'autre qui invente cette souffrance, ça fait écho à une souffrance qu'on a vécu avant et qui nous rappelle quand on était laissé de côté par deux ou trois amis dans une cour d'école ou ou au travail avant et cetera. On a on a tous connu ça, donc ce qui est fait souffrir à l'âge adulte, bien sûr, euh dans la jalousie d'amitié, ce qui montre bien que c'est il s'agit bien d'une histoire d'amour, l'amitié, c'est le fait c'est le fait de mal supporter la solitude. Et j'aimerais dire un mot tout à l'heure sur la relation entre la solitude et l'amitié justement, voilà. Doit-on dire la vérité à un ami ? J'aimerais aborder cette question-là, la question de la vérité et du mensonge par rapport à l'amitié et je commencerai par la déception. Euh décevoir un ami, c'est vraiment lancer à une forme de défi négatif à sa fidélité. C'est parier sur le fait que malgré cela et bien, il restera notre ami. Je crois qu'il n'y a pas grand-chose de pire que la trahison d'un ami parce que l'amitié repose ce que j'appellerais un pacte invisible. Un pacte non écrit, mais un pacte quand même. Un pacte assez lent à établir en fait la plupart du temps, même si on peut on pourrait échanger, il y a peut-être des coups de foudre d'amitié, mais je crois que le propre de l'amitié, contrairement au coup de foudre passionnel, par exemple, c'est justement probablement une forme de lenteur. Ça échappe à une certaine logique, parce que ça échappe à une logique d'intérêt, même si ça peut venir d'un intérêt, il y a quelque chose de plus que l'intérêt dans l'amitié et pourtant il y a un pacte invisible. Il n'y a pas de théorie, il y a pas de contrat dans l'amitié. Le lien se forge avec le temps et souvent au cœur des choses les plus simples. On est toujours triste d'apprendre qu'un ami nous a menti, nous a trahi. Non seulement parce que ça trahit notre confiance. Non seulement parce que ça attaque une belle image que nous croyions avoir un de nous-mêmes, mais peut-être aussi parce que c'est une part de nous-même qui est prise. C'est comme si on nous prenait une partie de nous-mêmes, quand un ami nous trahi, et par exemple, c'est comme si il se ce souvenir que l'on a d'être ensemble était renvoyé au passé, alors qu'on croyait qu'il était encore au présent. Et renvoyer une amitié au passé, c'est c'est quelque chose de très triste et très violent, en fait. Et je crois que la la trahison renvoie euh l'amitié au passé, ou en tout cas, la met en question, et ça, c'est très dur à supporter. Et on voit bien que l'amitié est une histoire d'amour, c'est comme quand quelqu'un qu'on aimait ou qu'on t'aime d'ailleurs nous dit, ben qui ne nous aime plus, c'est c'est comme si alors, il faut qu'on fasse cette conversion extrêmement difficile, euh de transformer cet amour en souvenir.

[20:56]Alors quand je ne veux pas, on veut que ça soit du présent et on veut que ça soit de l'avenir et l'autre nous dit par sa trahison, bah en tout cas que c'est un enjeu, peut-être que ça, peut-être qu'il faudra le transformer en en souvenir. On ne peut pas mentir à des amis, mais on peut mentir pour eux.

[21:15]L'enfance encore une fois est parsemée de ces petits mensonges. Voilà, dans une classe, d'ailleurs, ou on protège l'autre, et parfois même, c'est ce c'est ces petits mensonges qui font naître l'amitié. L'idée que nous faisons du lien qui nous attache à à l'autre, alors, nous protège au fond de de des punitions, nous protège des actes, nous protège de de ce qu'il peut arriver. Albert Camus disait la vérité, comme la lumière aveugle. Le mensonge au contraire est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. Albert Camus transigeait pas sur la vérité. Et pourtant, il affirmait, je crois en la justice, mais je préférerais défendre ma mère plutôt que la justice. Autrement dit, dans l'amour et donc aussi dans l'amitié, il peut arriver que l'on fasse passer le sentiment avant cette exigence de vérité. Ça met la philosophie en péril parce que depuis le départ, Socrate euh enjoi les philosophes à considérer qu'il fallait entre un ami et la vérité opter pour la vérité. Par définition, la philosophie, c'est le choix de la vérité, ou en tout cas le choix d'être quelque chose de de quête. Et l'ami, il est mis en question de tous les mensonges possibles. Donc, c'est c'est compliqué, pourquoi ? Parce qu'il y a une vérité propre à l'amitié, c'est une valeur, la vérité propre à l'amitié appartient au domaine des valeurs. Et euh si je considère comme c'est le cas ici que l'amitié peut donner un sens à l'existence, ou en tout cas, peut nous débarrasser des faux sens, peut nous débarrasser des angoisses inutiles et de tout ce qui enferme l'individu sur l'immeuble, l'amitié a des vertus miraculeuse, véritablement pour faire sortir de soi-même. Et ben, je crois que paradoxalement, l'amitié peut nous faire mentir aussi parfois pour protéger l'autre. Mais alors dans ce cas-là, et ça c'est c'est important pour moi, même sans le développer pour pas être trop long, mais si elle peut nous faire mentir l'amitié, c'est pas pour nous que l'on ment, c'est pour l'autre. C'est la différence avec le mensonge, j'ai envie de dire classique où le mensonge généralement, c'est la négation de la vérité, là où la mauvaise foi, ce serait la négation de la liberté. Et bien, le mensonge dans la vérité, ou le mensonge de dans l'amitié, pardon, ou pour l'amitié, a ceci de particulier et de tout à fait exceptionnel de ne pas mentir pour son propre intérêt, mais pour sauver l'autre. Ça ne peut jamais être une solution euh éternelle, ça ne peut pas être une solution morale, ça ne peut pas même être un idéal moral. Mais je veux le site, pourquoi ? Parce que si elle peut nous faire mentir, elle donne son prix à la vérité. C'est-à-dire que c'est souvent à un ami également que l'on va dire les vérités les plus dures. Justement parce qu'il est notre ami.

[24:21]Et qu'on le ferait pas à l'autre, en tout cas. Alors l'amour suspend le temps, mais à mon avis, l'amitié neutralise le temps, voilà. On dit que l'amour suspend le temps, voilà, si on parlait du temps des amis, parce que je voudrais absolument évoquer ça avec vous. On dit souvent que l'amour suspend le temps parce que voilà, les amoureux sont dans un espace et dans un temps qui n'est pas celui du quotidien, sans doute. L'amitié a cette vertu de beaucoup plus tranquille. Alors la littérature est traversée par des images de fusion amoureuse, parfois en tout soit pour décrire la passion, un petit peu à la manière philosophique des cliniciens, parfois pour imaginer des choses extraordinaires dans dans les passions amoureuses. Or, il me semble que ça n'est pas la même chose avec l'amitié. Les vieux amis quand on les retrouve, alors qu'on a pas parlé avec eux depuis très longtemps, on est capable de retrouver quasiment le milieu de la conversation, on les avait laissés. Ce qui s'oppose donc à l'amitié authentique, c'est pas tellement le temps qui passe, c'est plutôt lorsque le silence s'accompagne d'un malaise. Ce qui met en question l'amitié, là où elle est euh en difficulté, c'est lorsque c'est ce que j'appellerais le malaise du silence. Si nous en venons à penser, je aurais préféré que nous fussions étrangers l'un à l'autre, c'est que l'amitié est morte. Ou en tout cas, qu'elle n'a pas réussi à repousser, voilà, on pourrait le dire comme ça. Alors les plus grands penseurs se sont affrontés un peu par livre interposé. Moi, j'ai souvent interprété l'histoire de la philosophie comme une forme d'interminable histoire épistolaire, chacun écrit un courrier à l'humanité en visant des auteurs auxquels s'atteste du moment répond, jusqu'au jour où un autre lui réponds, sans jamais cesser de s'adresser à la terre entière d'ailleurs, même si les plus avisés des lecteurs savent toujours qu'un écrivain comme on me l'a souvent dit d'ailleurs, écrit toujours le même livre. Au début, j'étais un peu vexé, à écrire toujours le même livre. Et euh probablement qu'il y a c'est un peu excessif évidemment, mais il y a du vrai là-dedans. Et peut-être que justement, dans ce sens-là, les conflits qu'il y a entre les grands auteurs ne sont pas à l'opposé d'une amitié possible. Alors il y a des conflits entre les grands penseurs, entre Descartes et Pascal, entre Rousseau entre Rousseau et tout le monde. Je me suis toujours demandé comment c'était possible de se fâcher avec lui, le caractère qu'il avait, mais enfin bon, entre Schopenhauer, bien sûr, et Hegel, entre Nietzsche, Nietzsche et tout le monde aussi, d'ailleurs, Nietzsche et Wagner, Nietzsche et Freudian, déjà Freud et Biswanger, Sartre et Camus, Sartre et Foucault, Sartre et les Vistos, Sartre et les communistes, Sartre et les Sartriens d'ailleurs, les Sartriens entre eux, voilà, on sait très bien que dans ce milieu-là et dans le milieu des Sartriens, il y a beaucoup de bagarres intellectuelles comme ça.

[27:29]Parfois ça peut ça peut tomber visible plus bas. Lorsqu'il s'agit de vexation et moi, j'ai souvent été un peu déçu par les plus grands esprits que j'ai cité un petit peu tout à l'heure, en voyant que les querelles étaient intellectualisées, alors qu'au fond, ça reposait sur des questions de positionnement. Et euh, je sais pas si c'est bien de le dire comme ça, mais ça me dérange pas. Euh, on gagnerait du temps parfois à faire davantage d'éthologie que de philosophie et de psychologie tout simplement, on étudie le comportement pour savoir que simplement, parfois, c'est c'est des querelles de positionnement de querelles liées à des vexations, par exemple. Si c'est vrai en philosophie, c'est vrai dans le milieu scientifique. C'est vrai dans tous les milieux, et on se sert des grandes idées euh pour faire passer euh parfois des conflits qui relèvent simplement, simplement de de querelles euh qui relèvent de vexations, par exemple. L'amitié fait euh nourrit un débat passionné, d'opposition et on peut puiser dans l'autre, dans l'ami, une forme d'oxygène. Mais on remarque que paradoxalement, on discute et on s'oppose d'autant mieux avec avec des gens que sur le fond, on a forcément des points d'accord fondamentaux avec eux. On ne s'oppose bien qu'avec des gens avec qui au fond, on est d'accord, voilà. Ça peut paraître étonnant de dire ça, mais ça veut dire qu'on est d'accord sur l'essentiel, qu'il ne sera jamais dit, et ben, ce qu'ils n'ont dit, c'est peut-être le sens de l'amitié. Il y a une amitié célèbre entre Einstein et Gödel, par exemple. Euh Einstein qui était un immense savant, Gödel aussi, savant et philosophe. Et Gödel qui avait un tempérament extrêmement angoissé, renfermé sur lui-même, qui a terminé dans la paranoïa, le génie de Gödel. Einstein qui avait un tempérament beaucoup plus tranquille en apparence, en tout cas, bon vivant, et il l'apaisait énormément cette amitié qui était profonde entre ces deux grands hommes qui est qui s'opposaient surtout sur le point de caractère. Mais qui se comprenaient intellectuellement, peut-être que à ce niveau de pensée, de de génie, il faut trouver son alter ego, ce qui est sans doute difficile. Et j'aimerais aborder un petit peu pour avant de de vous passer la parole et de continuer à changer là-dessus, la célèbre définition de l'amitié de Montaigne. Je voudrais je ne résiste pas au plaisir de vous relire ce passage. parce que Montaigne est là-dedans, c'est là-dedans, donc voilà ce qui est écrit Montaigne dans le le livre un, chapitre donc 28 des essais, au demeurant, ce que nous appelons ordinairement ami et amitié, ce ne sont qu'accoointances et familiarité nouée par quelque occasion ou commodité par le moyen de laquelle nos nos âmes s'entretiennent. En amitié de quoi je parle, elle se mêle et se confondent l'une en l'autre d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant parce que c'était lui, parce que c'était moi. Alors, c'est l'auteur d'un seul livre, au fond, hein, Montaigne, les essais. Mais Montaigne invente le récit autobiographique et le fait qu'il exprime son attachement pour Etienne de la Boétie en décrivant précisément la gratuité de l'amitié. Il explique, il y a un autre passage, il y a les choses suivantes, une force inexplicable et fatale médiatrice de cette union. Il énonce ici un mystère. Moi, je ne peux pas lire ce passage sans comprendre tout de suite qu'il s'agit d'une déclaration d'amour. Non pas au sens où ça impliquerait le le la relation au corps, mais au sens où c'est un amour, l'amitié est est véritablement une forme d'amour qui implique quelque chose d'exclusif, quelque chose d'éternel, puisque contrairement à un contre sens très fréquent, c'est après la perte de son ami qu'il écrit ça.

[31:35]Donc en fait, c'est un c'est à la fois extrêmement élogieux, mais très triste, parce qu'il écrit ça pour en parler au passé. Et non pas simplement parce que c'est lui, parce que c'est moi et cetera, c'est pas seulement ça. C'est aussi une forme d'éloge qui implique une dimension tragique. Mais il y a autre chose que je voudrais dire sur l'amitié, c'est le fait que l'on considère que si l'amitié est bien une preuve d'amour, elle est étrangère à la sexualité. Mon frère Michel Onfray dit que l'amitié, en fait, c'est une relation à l'autre, c'est l'amour sans le rapport au corps. Moi, je crois qu'il se trompe, ce il se trompe là-dessus, c'est vrai, il c'est vrai, euh on est pas tout à fait d'accord, je crois qu'il se trompe, il c'est un fra là-dessus. Pourquoi ? Bah tout simplement parce que avec des amis, on peut faire, je vais vous donner un exemple très simple, des randonnées. On peut faire du sport, on peut bricoler, on peut faire du jardinage, on peut faire des choses très physiques. Il y a bien un rapport au corps au contraire qui parfois fait naître une amitié, quand on est militaire, par exemple, c'est l'ami qui n'existait pas avant, c'est celui à qui on va tendre la main, sans que un gradé nous voit trop d'ailleurs, pour le sortir de la fausse célèbre, voilà, dans un parcours de combattant. Bon, ou il est poussé un peu pour qu'il passe le dernier obstacle, c'est ça l'ami. Mais c'est pas quelque chose qui est forcément intellectualisé, mais ça passe bien par le corps. La cuisine, par exemple, me dit qu'on aussi il y a un Michel, par ailleurs, et bien, ça implique aussi un rapport au physique et au corps. Mais et moi c'est ma thèse, l'amitié inclus un rapport au corps, mais exclu le désir. L'amitié, c'est l'amour sans le désir. C'est pas l'amour sans le corps, je crois que c'est ce plan là-dessus, mais c'est l'amour sans le désir. On ne passe pas d'une logique du désir à une logique d'amitié, sans détruire l'un ou l'autre. Alors, peut-être que certains parviennent à passer avec le temps d'une d'une relation passionnelle, amoureuse avec le désir et donc de la sexualité, à quelque chose qui serait une relation d'amitié, c'est possible. Mais je crois que l'amitié est bien une forme d'amour qui peut être très haute, très élevée et qui ne gagne rien et qui perd sa définition même d'amitié avec le désir. C'est autre chose, ce n'est ni mieux, ni moins bien, mais c'est autre chose. Ça ne veut pas dire d'ailleurs qu'on ne peut pas passer de l'un à l'autre, mais ça veut dire qu'on change la nature de la relation, tout simplement. Et par exemple, passer d'une relation d'amitié à une relation d'amour avec le désir, par exemple, et bien, ça donne un autre une autre signification à l'apparence. Ça donne une autre signification au silence, ça donne un autre sens également à la déception. On ne déçoit pas un amant ou une voilà une une amande, voilà, comme on déçoit un ami. Ça n'a pas la même signification, c'est très dommageable dans les deux cas, mais ça n'a pas le même sens. Par contre, d'ailleurs, j'ajouterai que dans la relation avec le désir, il y a un rapport au corps de l'autre qui est une totalisation, le corps de l'autre. On désire jamais un dit du corps de l'autre, d'ailleurs, je crois pas du tout qu'on puisse désirer un corps. Bon, le corps, la logique du désir, ça n'appartient pas du tout à une logique du besoin. Le désir n'a rien de naturel, ça serait si j'ai si j'ai envie de boire un verre d'eau, d'ailleurs, je vais le faire tout de suite, parce que j'ai soif. Si j'ai soif, eh bien, voilà, je désire pas du tout le verre, parce que dans le désir, c'est vraiment le désir de l'autre qu'on désire. Dans le désir, il y a de la liberté, il y a de l'imagination, on peut pas désirer sans imaginer. Même le pire des gros beux qui voudrait penser qu'il n'est qu'un animal, il ne peut pas désirer sans imaginer un minimum. Donc il est moins primaire qu'il le croit. Bon, il y en a certains des fois, j'ai des doutes, mais alors même eux, même eux, même eux, ils ont une faculté de se représenter l'autre, par exemple. Et enfin, il y a quand même dans le désir toujours une forme de responsabilité qu'on éprouve. Moi, je ne peux pas me sentir coupable d'avoir faim ou d'avoir soif ou d'avoir sommeil ou d'avoir chaud ou froid. Si vous dites à votre voisin, j'ai chaud, il va pas vous regarder en disant, mais tu me déçois énormément.

[36:57]Jamais je n'aurais pu ça de toi, vraiment, c'est on sait, c'est bien, si vous dites à votre voisin que vous avez soif et qu'il vous dit, mais vraiment, il y aura un avant et un après et cetera, ce que c'est que c'est qu'il y a un problème. Alors que dans le désir, c'est autre chose. Le désir fait naître un événement particulier, c'est un événement, c'est un manque, c'est un manque qu'on éprouve, mais c'est c'est pas un manque du corps de l'autre, c'est un manque corps et âme confondu. Vraiment corps et âme confondu. On ne peut pas désirer un esprit tout seul parce que si vous dites à quelqu'un, bon bah, je t'aime beaucoup, mais uniquement intellectuellement, il y aura quelque chose de décevant. Et si vous dites à l'autre, je t'aime beaucoup, mais ce que tu penses m'intéresse pas du tout, surtout tes toi, c'est extrêmement réducteur, mais dans les deux cas, c'est réducteur. En fait, on voit bien que dans le désir, c'est le manque de l'autre comme totalité, corps et âme et une partie du corps vaut la totalité du corps. Bien sûr, dans la dans l'amitié, on n'est pas du tout dans cette logique-là. L'autre peut nous manquer, il nous manque aussi corps et âme, c'est son attitude, c'est son visage, c'est sa voix. C'est son rire, c'est ses blagues idiotes qui peuvent nous manquer. Euh il y a quelque chose de parfois, on peut rire le faux rire dans l'amitié, c'est quelque chose de particulier, par exemple, c'est quelque chose de physique aussi, le faux rire. Et pourtant, on est complètement sans forme de désir. Pourquoi ? Il dit parce que précisément dans l'amitié, ça ne s'adresse pas au manque de l'autre comme manque de soi. Il n'y a pas la volonté dans dans l'amitié qui appartiendrait au domaine de la sexualité. Pour parler de manière encore plus directe, il n'y a jamais dans l'amitié quelque chose qui relèverait du désir et de sa consommation. C'est complètement hors sujet, complètement hors sujet. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que parfois, il peut arriver que dans un couple, l'un des deux dise ou ne le dise pas dans ce cas-là, mais que l'un des deux ressente que l'autre a davantage de de de comment on pourrait dire, de liberté à parler de certains sujets avec un ami ou avec une amie qu'avec soi-même. Parfois même avec quelqu'un qui serait d'un autre d'ailleurs d'une autre orientation sexuelle, qu'importe qu'avec soi-même. Et on peut se sentir un peu vexé sur le coup, on est quand même, bon, eh bien, justement, justement, parce que dans l'amitié, il n'y a pas d'enjeu de déception possible et donc ça ouvre peut-être une forme de liberté, hein, qu'il y a peut-être moins dans une relation comme ça de de couple, en tout cas ça, ça peut arriver. Et je terminerai mon propos, parce que je suis déjà trop long, je vais déjà un peu déborder, par le fait de considérer que l'amitié si trop d'amis, plus d'amitié, et c'est un peu l'idée que j'ai pas eu le temps de développer mais qui importe on pourra en parler après. Je pense que dans l'amitié, l'amitié hors cette faculté de résister. Quand Kant a parlé de la faculté de connaître, de la faculté d'agir, la faculté de désirer, je crois que dans l'amitié, il y a la faculté de résister. L'amitié permet de résister à beaucoup de choses, au fait de se prendre soi-même, moi, ça, soi-même déjà. Résister à soi-même, c'est-à-dire le fait de se prendre au sérieux, d'avoir la grosse tête parfois, l'amitié remet les choses à leur place. Voilà, je crois que c'est cette vertu-là. L'amitié fait résister aussi aux aux tuiles qui immanquablement nous tombent dessus dans la vie. L'amitié permet de résister aussi à cela, l'amitié est une faculté de résistance aussi, passe à une oppression. C'est dans l'oppression que l'amitié devient presque une modalité de la survie, souvent historiquement, on a vu plus d'une fois. Et enfin, je crois que dans l'amitié, moi, je je terminerai par ça, il y a cette légèreté qui manque tellement et qu'on copie lourdement avec le cynisme et avec ce ce par quoi j'ai commencé tout à l'heure, c'est-à-dire avec la la volonté au fond de de de descendre les idéaux, l'amitié reste un idéal à la portée de tous. Et il me semble que si l'amitié a ou dispose de cette faculté de résister, c'est aussi une faculté de se rendre léger. L'amitié allège la vie, un peu comme Nietzsche parlait de la danse et de la musique qui allège la vie, comme il l'écrit, sans la musique, la vie serait une erreur. Je crois que l'amitié donne cette cette légèreté et c'est cette légèreté là qui est la forme de l'esprit par rapport à ce que j'appelle la matérialité. Et dans ce sens-là, je conclurais mon petit propos, voilà, en disant que l'amitié nous offre euh cette liberté, c'est cette légèreté, je vous remercie.

[41:38]© Tous droits réservés Philosophia, les librairies L'Odyssée et Durance, Editions M-Editer

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