[0:23]Les femmes encore, les femmes martyres, et c'est un jeune garçon qui va venir plaider devant vous, un élève en terminale S au lycée pensionnat de Versailles à Baster en Guadeloupe.
[0:36]Et il a choisi euh de défendre aujourd'hui ou de s'élever à nouveau contre la lapidation.
[0:43]Sa qui est un symbole des femmes martyres du monde musulman, on applaudit Romain Léatam.
[1:16]Un coup.
[1:19]Deux coups.
[1:23]Trois coups.
[1:26]99 coups de fouet.
[1:31]Vous imaginez-vous, vous imaginez-vous recevoir 99 coups de fouet devant votre enfant.
[1:44]C'est humiliant, me direz-vous. Vous imaginez-vous mourir par lapidation ?
[1:51]C'est de la barbarie, me direz-vous. Et pourtant, telle est la douloureuse épreuve de flagellation qu'a subi Sakineh Mohammadi Ashtiani.
[2:03]Telle est aussi la sentence d'une exécution par lapidation à l'encontre de cette femme, symbole de lutte contre l'oppression iranienne.
[2:13]Comment en est-on arrivé à cela ? Comment en est-on arrivé à cette barbarie ?
[2:23]Souvenez-vous, tout commence en 2005. À cette époque, cette mère de famille de 38 ans, mariée à un homme de 14 ans son aîné, est arrêtée suite au meurtre de son époux, Ebrahim Kaderzadeh.
[2:37]Bien qu'elle ait été accusée des faits, ses enfants n'ont pas porté plainte contre elle comme le leur permet l'article 205 du Code pénal, démarche qui, je vous l'affirme, aurait pu aboutir à sa condamnation à mort immédiate.
[2:54]Au lieu de cela, Sakineh était inculpée et déclarée coupable au titre de l'article 612 du Code pénal pour sa participation présumée au meurtre et condamnée à 10 ans d'emprisonnement, la peine maximale.
[3:10]En mai 2006, à l'issue de l'enquête sur le meurtre de son mari, Sakineh était reconnue coupable d'avoir eu des relations illicites avec deux hommes.
[3:22]Pour ces faits, elle a reçu 99 coups de fouet en présence de son fils, Sajjad Kaderzadeh.
[3:31]Comme si cela ne suffisait pas, elle a ensuite été inculpée d'un autre chef d'accusation, celui d'adultère et condamnée à à et condamnée à 10 ans d'emprisonnement puis à la mort par lapidation, châtiment rendu obligatoire par l'article 83 du Code pénal iranien.
[3:50]Trois juges, sur la base de leur intime conviction, l'ont déclaré coupable en s'appuyant sur une disposition du droit iranien qui permet de déterminer de manière subjective si un accusé est coupable ou innocent, même en l'absence de toute preuve manifeste ou irréfutable.
[4:07]Pourtant, Sakineh avait déclaré que ces aveux lui avaient été arrachés et qu'ils étaient faux.
[4:17]De surcroix, deux autres juges de la même formation que précédemment citée l'ont déclaré non coupable au motif qu'elle risquait vraisemblablement d'être punie deux fois pour la même infraction.
[4:30]Ajoutant même que les éléments de preuve requis par le droit iranien n'avaient pas été fournis.
[4:36]Malgré l'intervention de Sakineh et de ses deux juges, cela n'a servi à rien car en mai 2007, les autorités iraniennes ont confirmé sa peine de mort par lapidation.
[4:51]Par la suite, la commission d'amnistie et de grâce a rejeté par deux fois sa demande de grâce.
[4:57]Aujourd'hui, Sakineh est devenu un symbole de lutte des droits de l'homme dans le monde.
[5:06]Comment en est-on arrivé à cette prise de conscience internationale ? Comment ce nom résonne-t-il en chacun de vous qui m'écoutez aujourd'hui dans cette salle où nous sommes sensibles aux droits de l'homme ?
[5:24]En effet, au terme du droit international relatif aux droits humains, la peine capitale ne doit pas être prononcée pour des actes non violents, tels que des relations sexuelles entre adultes consentants.
[5:39]En 2009, Amnesty International, apprenant la situation de Sakineh, a lancé un appel urgent en sa faveur.
[5:48]En juin 2010, Mohammad Mostafaei, célèbre avocat spécialisé dans la défense des droits humains, qui faisait alors partie des avocats de Sakineh, a appelé le monde entier sur le fait qu'elle pouvait être lapidée à tout moment.
[6:03]Le 10 juillet 2010, le haut responsable du Conseil iranien a déclaré que cette affaire serait réexaminée.
[6:13]Mais il a confirmé que le droit iranien autorisait les exécutions par lapidation.
[6:21]Au lendemain de cette déclaration, le chef des autorités judiciaires de la province de l'Azerbaïdjan oriental a fait savoir que la condamnation prononcée contre Sakineh pour meurtre en étant mariée et adultère était toujours en cours et qu'elle pouvait être appliquée à tout moment.
[6:39]Ce qui est déplorable, c'est que le 11 août et le 15 septembre, Sakineh, au cours d'une interview télévisée, a été contrainte sous la torture d'avouer sa participation au meurtre de son mari.
[6:56]Ce type d'aveux télévisés de prisonniers formulés sans la présence et sans l'accord des avocats constitue une violation au droit de ne pas témoigner contre soi-même et leur contenu ne peut être considéré comme fiable.
[7:12]D'ailleurs, d'autres personnes ayant formulé de tels aveux ont secrètement déclaré par la suite y avoir été forcées au moyen de la torture ou d'autres mauvais traitements, notamment de menaces visant des membres de leur famille.
[7:32]Cela dépasse l'entendement, me direz-vous, on aurait pu s'en arrêter là.
[7:41]Et bien, non.
[7:44]Les autorités iraniennes ne cessent de jouer de la vie de cette jeune femme.
[7:51]En effet, le 29 août 2010, le Haut Conseil iranien des droits humains a confirmé que Sakineh avait d'abord été condamnée à 10 ans d'emprisonnement pour meurtre et à la lapidation pour adultère.
[8:06]Le 29 août, dans une interview accordée à une chaîne de télévision américaine, le président de la République islamique d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad a nié que Sakineh avait été condamné à la lapidation malgré les documents attestant du contraire.
[8:27]Et aujourd'hui, que devient Sakineh ?
[8:31]Depuis sa première apparition à la télévision en août, elle est privée de toute visite de ses enfants et de son avocat.
[8:40]Elle demeure dans la prison centrale de Tabriz, à la merci des autorités.
[8:44]Rappelez-vous, une dernière menace exécution a encore été prononcée le 3 novembre dernier.
[8:54]Dans une lettre transmise à Bernard Lévy, philosophe français, très engagé dans la défense de cette femme.
[9:03]Les enfants de Sakineh lance un cri d'appel.
[9:08]Je cite, nous vous supplions du fond du cœur de continuer de penser à nous et à toutes ces personnes condamnées surtout qu'elles n'ont pas la possibilité de se défendre, alors qu'elles sont innocentes.
[9:28]Oui, nous vous prions.
[9:32]Nous vous supplions.
[9:36]Ce cri a récemment été entendu par 80 personnalités du monde entier, tels Catherine Ashton, haute représentante de la diplomatie européenne, Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986, Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste français ou encore le chanteur Sting.
[9:55]Mesdames et messieurs, Sakineh Mohammadi Ashtiani est aujourd'hui une femme parmi d'autres victimes de l'arbitraire d'un régime controversé qui, nous l'a encore démontré le 9 et 11 décembre dernier lors d'une reconstitution du meurtre présumé sur une chaîne officielle d'État.
[10:13]Nous ne portons pas de jugement sur le système juridique iranien car ce qui est important aujourd'hui, c'est la vie d'une femme qui est en jeu.
[10:28]Un coup.
[10:33]Deux coups.
[10:36]99 coups.
[10:41]Vous rappelez-vous le supplice que j'ai évoqué au début ?
[10:48]Les ressentez-vous dans votre chair, cette flagellation déjà subie ?
[10:56]Les fouets sont la violation des droits de l'homme.
[11:01]Alors, imaginez encore, une pierre grosse comme une mandarine et des lambeaux de peau qui tombent, du sang qui gicle et la douleur sourde.
[11:17]Deux pierres, cette fois-ci, une plaie à vie.
[11:22]Imaginez encore, 99 autres pierres ou peut-être plus, une pluie de pierres arrivant sur vos yeux, vos temples, vos oreilles.
[11:35]Ressentez-vous cette douleur vive, lancinante qui vous ronge, qui vous dévore, qui vous explose le crâne jusqu'à la mort ?
[11:47]Une mort par lapidation.
[11:50]Qui peut rester insensible ? Qui peut rester insensible au cri de Sakineh qui en juillet dernier lançait ce terrible appel dans un message publié à Londres ?
[12:08]Je cite, le jour où j'ai été fouetté sous les yeux de mon fils, j'ai été dévastée.
[12:20]Et ma dignité, autant que mon cœur, ont été brisés.
[12:28]Le jour où j'ai reçu la peine par lapidation a été comme une chute dans les abîmes et j'ai perdu connaissance.
[12:44]Souvent, la nuit, avant de m'endormir, je me demande comment quiconque peut se préparer à me jeter des pierres à la figure, à viser mon visage et mes mains.
[13:03]Pourquoi ? J'ai peur de mourir.
[13:09]Aidez-moi à rester en vie et à pouvoir serrer mes enfants dans mes bras.
[13:19]Entendez-vous cet appel ? Entendez-vous ce cri de douleur ? Je vous en supplie du fond du cœur. Continuons de penser à elle.
[13:36]Merci pour Sakineh.
[13:46]Romain Léatam.
[14:46]J'en profite pendant que vous savourez ces dessins d'Emmanuel pour vous dire tout à l'heure au moment des délibérations, si vous le souhaitez, de vous rendre, vous inviter à vous rendre dans la librairie du Mémorial de Camp. Bien sûr, vous y trouverez euh moult ouvrages sur l'histoire d'hier, celle du 20e siècle, les actualités géopolitiques, les catalogues du Mémorial, mais aussi du cartooning.



