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Capital Comment Steve Jobs à changé le monde (Spécial) HD Version complète

fabouwridou

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[0:03]Hi, I'm Steve Jobs. Que vous le croyez ou non, Steve Jobs n'a rien inventé. Ce n'est pas un ingénieur, ce n'est pas un génie de l'informatique ni un chercheur. Et pourtant, sans lui, vous n'auriez jamais connu le Macintosh ni l'iMac, jamais écouté de la musique sur un iPod, jamais téléphoné avec un iPhone et bien sûr, vous n'auriez jamais navigué sur un iPad. Ces produits, il ne les a pas conçu lui-même, mais il a compris avant tout le monde qu'ils allaient changer nos vies. Regardez-moi ça, je peux pivoter l'écran du bout des doigts. Ce qu'il y a d'incroyable avec l'iPod, c'est que toute votre musique tient dans votre poche. Un iPod, un téléphone et un navigateur internet en un seul appareil, et nous l'appelons l'iPhone. iPhone. Regardez, je peux lire le New York Times et vous avez vu comme c'est rapide. Chacune de ses nouveautés est présentée comme des prophéties de nos vies futures et en plus, il rend tout ça extrêmement cool. C'est un visionnaire, un patron incroyablement charismatique, un redoutable communiquant mais il est aussi autoritaire, impitoyable et mégalomane. Steve Jobs se voit comme l'un des plus grands leaders culturels ou politiques de notre temps. Selon lui, il n'y a que quelques grands hommes dans l'histoire, Shakespeare, Newton et il se voit comme l'un d'eux et le reste de l'humanité, ce sont des fourmis sans valeur et sans intérêt. Alors, comment cet autodidacte qui a une telle image de lui a-t-il bâti l'une des plus grandes compagnies de son époque? Steve Jobs, c'est d'abord l'histoire d'un homme qui voulait dominer le monde grâce à l'informatique, un monde cruel dans lequel tous les coups sont permis. C'est à San Francisco en Californie que Steve Jobs voit le jour le 24 février 1955. Et tout ne commence pas si bien que ça puisque qu'il est abandonné dès sa naissance par ses parents biologiques. Sa mère, une étudiante célibataire et son père, un jeune professeur d'origine syrienne ne peuvent pas s'en occuper. On le confie alors à une famille, Paul et Clara Jobs, un couple très middle class qui n'a pas fait beaucoup d'études. Mais les Jobs s'engagent à faire tous les sacrifices pour envoyer Steve à l'université.

[2:34]Enfant adoptif, il grandit au sud de San Francisco avec ses nouveaux parents dans ce petit pavillon de banlieue. Ici, au cœur d'une vallée parsemée de champs de pommiers qui deviendra bientôt la Silicon Valley.

[2:54]Mais nous n'en sommes pas encore là, l'informatique n'en est qu'à ses débuts. À l'école, Steve n'est pas un bon élève, il s'ennuie. Il y a quand même un domaine qui l'intéresse l'électronique mais c'est loin d'être un génie. C'était un amateur, un bricoleur du dimanche dans l'électronique mais il n'était pas vraiment doué.

[3:19]Steve Jobs n'est peut-être pas vraiment doué, enfin, tout du moins au début, mais il a de bons copains, surtout un, Steve Wozniak, son voisin de 5 ans son aîné. Tous deux partagent la même passion pour l'électronique à une différence près, Steve Wozniak, lui est nettement plus calé. Dans un quartier cossu de Los Gatos en Californie, nous avons retrouvé chez lui Steve Wozniak, le complice de l'époque. Il se souvient que plus jeune, il consacrait tout son temps libre à bricoler, à imaginer toutes sortes de systèmes électroniques et que ça lui réussissait plutôt bien. J'étais génial, vraiment génial pendant des années j'ai trouvé des solutions dingues dans ma tête. C'est difficile à croire tout ce que j'ai fait ou même d'expliquer comment je l'ai fait, en fait, j'ai essayé pendant des années de toujours me dépasser et ce, sans jamais lire le moindre bouquin. Ces prouesses du passé Steve Wozniak n'en revient toujours pas lui-même. Il faut dire qu'il y a de quoi, c'était un génie très précoce. À trois ans, il sait déjà lire. À sept ans, il fabrique de ses mains sa propre radio. À 13 ans, l'électronique n'est déjà plus un secret pour lui. L'adolescent enchaîne les inventions. Sa plus étonnante c'est la Blue Box, la boîte bleue, le premier téléphone qui permet de passer des coups de fil illimités partout dans le monde sans rien payer. Vous émettiez certaines tonalités particulières de votre téléphone et alors il vous connectait à n'importe quelle ligne téléphonique dans le monde et tout ça sans facture. Le procédé fonctionne parfaitement mais c'est illégal. Il ne peut donc rien en faire. Ce n'est que quelques années plus tard que Steve Wozniak va inventer la machine du futur. Oui, la voici, cette caisse en bois fabriquée avec les moyens du bord, on dirait un jouet, c'est pourtant le premier ordinateur personnel de l'histoire. L'aspect est rustique d'accord, mais c'est révolutionnaire. Nous sommes en 1976 et à l'époque les ordinateurs ressemblent encore à ça. D'énormes machines qui remplissent des salles entières, pas de clavier ni d'écran, on est loin de notre ordinateur d'aujourd'hui. Comparé à ces monstres, la petite machine de Steve Wozniak est une avancée spectaculaire, mais comme d'habitude, il ne réalise pas la portée de son invention. Jusqu'au jour où il la montra à ses amis et notamment à Steve Jobs. Sur une table, j'ai installé un écran et mon nouveau prototype d'ordinateur pour impressionner mes amis. Tout le monde s'est installé autour, franchement bluffé qu'avec si peu de pièces, j'ai réussi à créer un ordinateur.

[6:14]Pour Steve Jobs, c'est une révélation, il n'a dès lors qu'une idée en tête, commercialiser cet ordinateur. Steve Wozniak se souvient que son jeune ami qui n'a alors que 21 ans, se révèle particulièrement déterminé. Steve voulait vraiment le vendre. Moi je n'y avais jamais pensé, je lui ai répondu et si on perd de l'argent. Steve m'a dit ce n'est pas grave, on aura au moins créé notre boîte. Et Steve a même déjà pensé aux détails qui allaient faire la différence.

[6:45]Il a tout de suite trouvé le nom d'Apple, quel nom magique. Apple, pomme en français mais d'où lui vient cette étrange idée? D'abord, Steve a été très marqué par le mouvement hippie et aussi par un voyage initiatique en Inde. Au début des années 70, il adhère aux idéaux de cette génération qui rêve de changer le monde. Mouvement contestataire, musique, drogue, Steve expérimente tout. Et à cette époque le grand trip, c'est de se retrouver en bande dans une ferme communautaire et de manger des pommes. Dan Kottke s'en souvient très bien. Steve, ma copine et moi et d'autres amis, on a passé beaucoup de temps dans cette ferme. C'était une ferme de pommiers et on récoltait des pommes. On était des végétariens radicaux à l'époque, on mangeait uniquement des pommes. Inspiré par le mouvement hippie et aussi en hommage à Newton qui a découvert les lois de la gravité après avoir reçu une pomme sur la tête, Steve choisit comme logo cette pomme. Le petit morceau croqué à droite, c'est pour éviter qu'on ne la confonde avec une tomate. Le jeune patron hippie doit maintenant trouver des clients intéressés par cet ordinateur révolutionnaire, baptisé Apple 1. Très vite, il obtient une première commande, 100 appareils au Byte Shop, l'un des premiers magasins spécialisés en informatique qui vient juste de s'installer dans la Silicon Valley à côté de chez lui. Ce jour-là, selon Owen Linzmayer, Steve Jobs démontre des talents de vendeur hors pair malgré un look très baba cool. Imaginez, un jeune hippie barbu avec un short, des sandales qui espère récupérer des dizaines de milliers de dollars pour des ordinateurs pas encore construits sur un marché inexistant.

[8:33]À l'époque, il n'y avait pas de marché de micro-ordinateur, seulement ces deux mecs avec des rêves plein la tête dans un garage. Et lorsque Steve annonce à son associé sa première vente d'ordinateurs, celui-ci n'en revient pas d'autant qu'ils n'en ont pas encore construit un seul. Quand Steve a décroché une commande pour 100 ordinateurs à 500 dollars pièce, ça faisait 50 000 dollars de commande. C'était le double de mon salaire annuel, un chiffre énorme, un vrai choc financier. Les premiers 50 000 dollars dans les caisses restent tout de même à fabriquer les ordinateurs et là c'est le système D. Le copain des années hippie Dan Kottke est aussitôt embauché, il devient le premier employé d'Apple. 29 ans plus tard, il nous emmène sur son premier lieu de travail.

[9:27]Nous sommes à Cupertino, nous sommes presque arrivés là. Et ça valait le déplacement. L'une des plus grandes compagnies du monde a commencé ici dans la maison des parents de Steve Jobs, donc chez papa maman. Voilà où j'ai passé tout l'été 76.

[9:48]Apple a commencé dans la chambre de la sœur de Jobs, puis on a déménagé dans le salon.

[9:56]En fait, on fabriquait les Apple 1 sur la table du salon avant de s'installer dans le garage. Dan va travailler plusieurs mois dans ce garage devenu depuis un lieu mythique de l'Amérique. Dan n'est pas bricoleur, encore moins spécialiste en informatique. Jobs non plus, il l'a juste engagé pour faire des soudures, payé 3,25 dollars. Plutôt un bon salaire à l'époque pour un simple technicien. À l'époque, je ne connaissais rien dans l'informatique, je donnais juste un coup de main. Par contre, les deux Steve avaient un plan précis. Je ne comprenais rien de leurs projets, je cherchais juste à les aider.

[10:37]Une entreprise qui bricole dans un garage, des dirigeants au dégain de hippie, les premiers pas de la société Apple sont plutôt folkloriques mais leur ordinateur Apple 1 rencontre un vrai succès d'estime. En quelques mois, il s'en vend plus de 200 exemplaires, pas si mal pour un appareil accessible alors aux seuls mordus d'informatique.

[11:01]Son aspect est plutôt sommaire. L'Apple est même vendu sans écran c'est dire. Ses utilisateurs doivent se débrouiller tout seul pour le raccorder à une télé. Et pour le faire marcher, de vraies compétences d'informaticien et de bricoleur s'avèrent obligatoire. On peut pas dire que l'Apple 1 était totalement un ordinateur personnel car il fallait s'y connaître en informatique pour l'acheter. Il fallait savoir connecter des fils selon des plans, savoir le connecter à un écran ou à votre propre téléviseur et savoir raccorder le tout à une alimentation électrique, bref il fallait être pas mal calé en informatique pour pouvoir le faire fonctionner. Steve Jobs comprend vite que cette clientèle d'accrocs d'initié est trop limitée. Son ambition vendre des micro-ordinateurs au grand public. Alors il va demander à Wozniak de perfectionner son invention pour la rendre accessible à tous. Quelques semaines plus tard, il rend sa copie, voici Apple 2. Dans ce cahier j'ai écrit tous les codes du programme qui faisait fonctionner l'Apple 2. Toutes ces notes sont sans une seule erreur. Vous deviez être fier. Je ne sais pas comment j'ai fait mais oui je suis fier, très fier.

[12:17]Wozniak ne sait pas comment il a fait. Steve encore moins, mais il a une chose que les autres n'ont pas une vision. D'abord, cela passe par le design. Fini l'aspect bricolé, l'Apple 2 est assemblé dans une coque en plastique, livré avec un écran et un lecteur de disquettes. Jobs vient de transformer une obscure machine en objet de consommation de masse. L'Apple 2 était révolutionnaire parce que c'était le premier ordinateur vraiment complet. Il y avait juste à le sortir de sa boîte et c'était prêt à démarrer. C'est déjà un vrai produit de consommation. Reste à convaincre les familles américaines de laisser entrer chez elles ce futur produit. Pour ça, Steve Jobs a une recette, la pub. Voici sa première campagne. L'Apple 2 est mise en scène au cœur de la vie domestique, de chez lui dans sa cuisine, monsieur peut consulter ses actions en bourse. En cette fin des années 70, c'est encore de la science-fiction. Là est tout le génie de Steve Jobs, faire entrer la technologie dans notre vie quotidienne et imaginer avant tout le monde, 20 ans avant l'ère internet, des produits simples, utiles, ludiques qui vont changer la vie des gens. Nous sommes en 1979. Andy Hertzfeld est alors un jeune ingénieur, il se souvient comment dès sa mise en vente, l'Apple 2 a connu un succès fulgurant. À l'époque, le fait de vendre 1000 ordinateurs par mois c'était énorme. Apple était vraiment ravi de vendre autant d'ordinateurs dès la première année. Fièrement les deux fondateurs posent pour la postérité. En ce début des années 80, leur aventure tourne à la success story. Seulement 4 ans après leurs débuts dans un garage, la petite entreprise s'est transformée en une firme incontournable de la Silicon Valley. L'Apple 2 a conquis l'Amérique. 300 000 exemplaires vendus, il équipe même les écoles, c'est sur un Apple 2 que les jeunes américains apprennent l'informatique. Fin 80, la jeune société entre en bourse et c'est un raz-de-marée. Près de 5 millions d'actions Apple s'arrachent en quelques minutes. La valeur de la société bondit de 32% dès le premier jour. Aussitôt, les deux jeunes Steve deviennent millionnaires. Jobs 25 ans, Wozniak 30 ans, à eux deux ils pèsent 300 millions de dollars. Forcément, leur train de vie explose et voici la Porsche de Wozniak immatriculée Apple 2. Je pensais que je n'aurais jamais l'argent pour acheter une maison ou pour passer des vacances agréables à Hawaii. J'en étais vraiment persuadé et puis du jour au lendemain, j'ai eu carrément tout. Oui, c'était vraiment un sentiment très agréable. Mais progressivement le génial inventeur s'écarte de l'entreprise car il préfère se consacrer à ses passions. Bricoler de drôles d'inventions ou même organiser de grands concerts de musique folk. Et puis pas simple d'avoir pour associé Steve Jobs, qui n'en a jamais assez et qui veut tout contrôler, absolument tout. Pour Jobs, l'aventure ne fait que commencer. Le jeune patron de cette première start-up de l'histoire devient le chouchou des médias. Icône d'une nouvelle génération, il fait la une des plus grands magazines. Présenté en gourou de la Silicon Valley, il fascine jusque de l'autre côté de l'Atlantique. Voici comment la télé française le présente au début des années 80. L'exemple à suivre et le but à atteindre ici c'est l'employé qui devient millionnaire en créant sa propre entreprise. C'est justement le cas de Steve Job, inventeur des micro-ordinateurs Apple. Il fait la une de Time Magazine à l'âge de 27 ans. Il pèse déjà des centaines de milliers de dollars et il devient un vrai héros de notre culture contemporaine. Steve Jobs qui déjà ne brillait pas par sa modestie va devenir complètement mégalo. Ce qu'il souhaite maintenant, c'est devenir le leader incontesté du monde informatique, rien que ça. Nous sommes en 1981. IBM domine le secteur, c'est même à l'époque l'une des plus grosses multinationales de la planète. Avec plus de 350 000 employés, elle fabrique la plupart des gros systèmes informatiques. Et cette année-là, IBM décide de s'attaquer à son tour au marché des micro-ordinateurs en lançant l'IBM PC, largement inspiré de l'Apple 2. Ce concurrent poids lourd va-t-il ébranler la nouvelle suprématie d'Apple? La réponse de Jobs et de ses équipes est sans appel. Ils ne croient pas une seconde à l'avenir du PC et ils ont même voulu fêter ça au jus de fruits. On s'est précipité pour l'acheter et puis on l'a démonté et on était mort de rire à quel point c'était nul. Au départ, les gens d'Apple quand ils ont découvert le PC, ils ont trouvé que c'était de la merde.

[17:18]Il ne permettait de rien faire d'intéressant, son graphisme était moins bon, il n'avait pas de bons logiciels. En fait pour eux, c'était vraiment qu'une grosse boîte très moche. Steve Jobs a beau maîtriser le PC, celui-ci se vend bien. Il grignote même des parts de marché à l'Apple 2. Une réussite qui tient alors en trois lettres. Mais cette boîte pas très belle avait les lettres IBM écrites dessus. Et pour beaucoup de monde à l'époque IBM c'était la valeur sûre et ils voulaient tous acheter du IBM à tout prix quelle que soit la qualité de la concurrence. Touché dans son orgueil, Steve Jobs réagit, convaincu de sa supériorité, il veut écraser IBM, cela devient une obsession. Et pour mener cette guerre, il va d'abord recruter un businessman et pas n'importe lequel, John Sculley, le président de Pepsi Cola. L'homme s'est fait connaître en bousculant déjà un sacré concurrent, Coca-Cola.

[18:20]L'association des deux hommes est un événement. Business Week en fait même sa une, leur plan pour s'attaquer à IBM. Steve Jobs ne doute de rien, pour preuve la manière dont il a convaincu Sculley de le rejoindre. Jobs a une phrase célèbre pour convaincre Sculley de le rejoindre à Apple. Il lui a demandé vous comptez vendre toute votre vie de l'eau sucrée ou vous voulez changer le monde avec moi? Changer le monde, voilà la mission de Steve Jobs et il va tout faire pour y arriver, qu'importe le prix à payer. Steve Jobs va maintenant se consacrer à la réalisation d'un grand projet, un ordinateur si avant-gardiste qu'il surpassera définitivement IBM. Son nom, le Macintosh. Pour le concevoir, il exige un dévouement total de la part de ses équipes. Ces ingénieurs doivent se plier à tous les sacrifices. Andy Hertzfeld n'en a pas gardé que des bons souvenirs. Steve m'a dit j'ai une bonne nouvelle pour toi, tu travailles sur le Mac maintenant. J'ai dit génial. Donne-moi juste la journée pour terminer ce projet sur l'Apple 2. Il a répondu quoi? Quel projet? Qu'est-ce qui peut être plus important que le Mac? Je vais expliquer mon projet et Steve a dit mais c'est nul, ce projet là va nulle part. Tu commences à travailler sur le Macintosh tout de suite et il a carrément débranché mon ordinateur et j'ai donc perdu tout le travail que j'avais fait dans la journée. Et il ne s'est pas arrêté là, il est parti avec mon Apple 2 sous le bras. Il poussait ses équipes jusqu'au bout. Il a même fait faire des t-shirts pour les gens qui travaillaient sur le Mac avec écrit dessus 90 heures de travail par semaine et j'adore ça. 90 heures de travail par semaine. Après 3 ans à ce rythme frénétique, le Macintosh est enfin prêt. Date de sortie prévue, janvier 1984. Mais 1984, c'est aussi le titre d'un roman de George Orwell, une œuvre d'anticipation qui dénonce une société totalitaire dominée par un dictateur Big Brother. Steve Jobs veut s'en inspirer. Il fait alors appel à Ridley Scott pour tourner une pub. Voyons maintenant pourquoi 1984 ne sera pas 1984. Dans cette pub, on voit des hordes d'hommes tout gris qui marchent tel des machines, le regard complètement hagard en direction d'un auditorium pour écouter le discours de Big Brother. En fait, dans la vision du monde d'Apple, Big Brother c'est IBM et Apple tient le rôle du sauveur. Les esclaves du spot représentent donc tous les employés condamnés à utiliser des ordinateurs IBM dans leur entreprise. La jeune sportive rebelle représente évidemment le Macintosh.

[21:21]Apple vient de libérer le monde de ces grands ordinateurs, de toutes ces machines et ses systèmes informatiques qui envahissent les entreprises, de toutes ces choses si ennuyeuses.

[21:40]Le 24 janvier, Apple va lancer le Macintosh. Vous verrez pourquoi 1984 ne ressemblera pas à 1984. Si le Macintosh n'apparaît pas dans cette pub, c'est parce que Steve Jobs veut se réserver ce privilège. Présenter lui-même son œuvre au monde entier. Andy se rappelle de ce fameux 24 janvier 1984, jour de la présentation du Macintosh. J'espère que l'on peut voir sur ces images le monde qu'il y avait. Les gens étaient fou de joie. Ce jour-là, Steve Jobs, devant une salle comble et en délire, organise son propre sacre.

[22:20]Vous venez de voir des images du Macintosh. Maintenant j'aimerais que vous le voyez en personne. Dans un show à l'américaine, tout à sa gloire et à celle de sa créature, il veut faire la démonstration de son avancée technologique, permettre enfin d'humaniser les rapports avec l'ordinateur. Sur les écrans géants, on découvre l'animation et le graphisme. Pour la première fois, un ordinateur permet même de dessiner. Pour l'illustrer, un portrait de lui-même et encore plus mégalo que jamais, écoutez bien ce qu'il fait dire à sa machine.

[23:10]Steve Jobs a du mal à cacher son émotion, persuadé que son bébé va lui permettre d'écraser IBM et de devenir bien sûr le maître du monde. Vous avez vu là? Il est en train de pleurer. À 29 ans, Steve Jobs est au top de sa gloire. Le Mac et sa démonstration, c'est un coup de maître.

[23:39]Steve Jobs n'est ni un inventeur ni un ingénieur et pourtant le Mac c'est sa créature. Pour la presse unanime, c'est une révolution et du côté des ventes, un carton plein. On s'arrache le Mac malgré un prix de vente élevé, 2500 dollars. Soit le double du prix d'un appareil de chez IBM. Le Macintosh était un succès, il a vraiment attiré tous les gens qui trouvaient que l'ordinateur c'était trop compliqué. Un produit qu'Apple destiné aux non initiés. Ce qui distingue le Mac de ses autres concurrents, c'est sa grande facilité d'utilisation. Même un enfant peut le faire fonctionner. Grâce à quelques trouvailles révolutionnaires comme la souris. Jusqu'ici une souris, ça n'existait pas sous cette forme. Idem pour les icônes, les menus ou les fenêtres. Ils font ici leur première apparition sur un écran d'ordinateur. Tout cela est possible grâce au cerveau du Macintosh, ce que l'on appelle le système d'exploitation. Il a 10 ans d'avance sur ses concurrents. Steve Jobs est persuadé d'être arrivé au sommet seul, sans rival. Et pourtant il y a un hic. Aveuglé par son combat contre IBM, il n'a pas vu qu'un autre danger le menaçait. Il s'appelle Bill Gates, un jeune crack de l'informatique. Il a le même âge que Steve, 29 ans et comme lui, il a créé très jeune sa propre entreprise Microsoft. Mais en 1984, année de l'explosion de l'Apple, ce n'est encore qu'une petite PME.

[25:23]Microsoft n'était pas encore la grosse multinationale qu'elle est aujourd'hui.

[25:31]À l'époque, Microsoft était même beaucoup plus petit qu'Apple. Microsoft, contrairement à Apple, ne fabrique pas d'ordinateurs seulement des applications. Il fabrique aussi son propre système d'exploitation.

[25:43]Mais Bill Gates est impressionné par le système qui équipe le Macintosh. Il va même en faire publiquement l'apologie. Pour devenir une référence incontestée, il faut un ordinateur qui ne soit pas seulement novateur, mais un ordinateur qui fasse rêver. Et de tous les ordinateurs que j'ai vu, il n'y a que le Macintosh qui est atteint ce niveau. Personne ne se doute alors que Bill Gates a un projet derrière la tête, percer le secret du Macintosh. Car il veut fabriquer sous sa propre marque un système aussi évolué avec l'idée non avouée de le vendre aux concurrents d'Apple. Mais comment va-t-il s'y prendre? Depuis quelques temps, Bill Gates travaille régulièrement pour Apple en lui fournissant des logiciels. À l'époque, les ingénieurs du groupe ne se méfient pas de ce petit fournisseur. Celui-ci va en profiter pour discrètement s'informer sur le système Macintosh. Je me souviens la première fois que nous avons montré le Macintosh à Bill Gates. C'est comme si on lui montrait son propre avenir. Chez Apple, ils vont mettre du temps à réaliser. Pourtant Bill Gates se montre de plus en plus curieux. Tout ce qui concerne le Macintosh le passionne. Il pose beaucoup de questions, trop de questions, à tel point qu'un jour Steve Jobs le surprend en grande conversation avec Andy. J'étais sur le point de lui expliquer comment marcher la souris et Steve a pressenti ce que j'allais dire. Et donc il a hurlé ferme là très fort et apparemment il a pas dû voir que j'avais compris et donc il l'a redit. Ferme là encore plus fort et tout le monde l'a regardé du genre message reçu. Steve Jobs a eu raison de s'inquiéter mais c'est déjà trop tard, le mal est fait. Quelques mois plus tard, coup de tonnerre, les ordinateurs PC ont miraculeusement rattrapé une bonne partie de leur retard. Ils ont adopté menu déroulant et souris. Tout cela grâce à un nouveau programme signé Microsoft. Bill Gates vient de sortir son propre système Windows directement inspiré du cerveau du Macintosh. Quand Jobs s'en est rendu compte, j'étais dans le bureau avec lui et il a dit je veux voir Bill Gates dans mon bureau avant le coucher du soleil. parce qu'il voulait lui hurler dessus et quand Gates est arrivé face à lui dans son bureau Jobs a hurlé tu as copié le Mac tu nous a trahi comment peut-on continuer à travailler avec toi comment peut-on te faire confiance à nouveau? Steve c'est pas facile de se battre avec lui. Il peut être très intimidant, voir agressif. Mais je me souviens que j'étais vraiment impressionné par la réaction de Gates. Il s'est pas laissé démonter, il se justifiait comme ça à peine. Bill Gates a réussi son coup. Très vite Windows va équiper la plupart des ordinateurs de la planète à un prix défiant toute concurrence. Pour Apple, c'est la catastrophe. Les ventes du Mac s'effondrent en quelques semaines et l'étoile de Steve Jobs commence carrément à pâlir. Soudain, pour la première fois de son histoire, Apple était très inquiet pour son avenir. Car plus personne n'achetait de Mac. Pour sortir de la crise, John Sculley, rappelez-vous, celui que Steve Jobs a fait venir deux ans plus tôt, va prendre une mesure alors impensable, virer le père du Mac, le fondateur historique d'Apple. Pour Steve Jobs, la désillusion est cruelle, mis à la porte à 30 ans de sa propre entreprise. C'est impensable ce qui s'est passé. Personne à l'époque n'aurait pu le prévoir parce qu'il était l'âme d'Apple.

[29:41]Ça semblait vraiment n'avoir aucun sens. Je me suis retrouvé sur le pavé, viré avec perte et fracas. La raison d'être de ma vie n'existait plus, j'étais en miettes. Nous sommes en 1985 et Steve Jobs songe même à fuir la Silicon Valley, à vivre autre chose.

[30:08]Mais c'est un battant, un entrepreneur hors norme. Il va alors créer une nouvelle société d'informatique qu'il appellera Next, en quelque sorte la suivante après Apple. Il rachètera même l'année d'après les studios Pixar à Georges Lucas. À l'époque, ce n'est encore qu'une petite boîte spécialisée dans les effets spéciaux. Pixar sortira plus tard Toy Story, Le Monde de Nemo et les Indestructibles, des films qui ont révolutionné le monde de l'animation. Une fois encore, l'homme a eu du flair. Les années passent, Steve Jobs continue de développer de nouvelles technologies toujours avec cet espoir un peu fou de changer le monde. Nous l'avions rencontré en 1992 dans ses nouveaux bureaux de la Silicon Valley et vous allez voir qu'à l'époque, il imaginait déjà le 21e siècle. Quel est mon rêve? Ça, c'est une question bien française. Je crois que l'ordinateur est encore à l'âge de l'enfance. Il n'a peut-être fait que ce petit bout de chemin dans les 30 dernières années. Un ordinateur pour chacun ne suffit plus, il faut maintenant les faire marcher tous ensemble pour créer des choses dingues et jamais vues. Steve Jobs est toujours aussi visionnaire. Il n'a alors que 37 ans et encore largement le temps de créer tout ce qu'il a dans la tête. En attendant, au milieu des années 90, c'est Bill Gates qui a pris sa place. Microsoft, son entreprise règne sans partage sur l'informatique mondiale, une puissance économique phénoménale et un quasi monopole. 97% des ordinateurs de la planète tournent sur son système Windows. En revanche, depuis le départ de Steve Jobs, Apple n'a cessé de perdre du terrain. La firme ne se renouvelle pas, sa part de marché s'effondre, plus que 3%. Le 5 février 1997, Business Week titre la chute d'une icône américaine. Apple se dirigeait inévitablement vers sa mort. Ils ont essayé plusieurs PDG, ça n'a marché avec personne.

[32:21]Les gens n'avaient vraiment plus confiance. Même les fans les plus fidèles abandonnaient leur Mac pour se mettre au PC. À l'époque, Apple a un nouveau PDG, Gilbert Amelio. John Sculley l'ennemi juré de Jobs a été remercié. Gilbert Amelio va donc tenter le tout pour le tout. Sa dernière carte faire appel à un homme providentiel, le gourou des débuts, le symbole de l'âge d'or d'Apple, Steve Jobs. Il a maintenant 42 ans et toujours autant d'idées dans la tête. Août 1997. Le fondateur signe son retour avec une grande messe comme à la belle époque. Attendu comme le messie par les derniers fidèles de la marque, Steve Jobs leur annonce son plan de sauvetage pour éviter la mort d'Apple et ça commence par un coup de théâtre. Je voudrais vous annoncer un grand partenariat aujourd'hui, très important pour Apple. Il s'agit de Microsoft. Stupéfaction dans la salle. Je sais, je sais. Certains croient même à une blague mais Steve Jobs est très sérieux. Je suis très fier que nos compagnies aient pu régler leurs différents d'une manière très professionnelle. Et j'ai un invité très spécial à vous présenter en duplex par satellite. Il va apparaître tout de suite sur l'écran. Et voici son invité surprise, l'homme qui l'a trahi quelques années plus tôt, Bill Gates en personne. Bonjour. Conspué par le public, il incarne alors le diable en personne.

[34:06]Un des moments les plus excitants de ma carrière, c'est quand j'ai travaillé avec Steve sur le Macintosh. Impensable. Les deux frères ennemis ont passé un accord secret pour solder les comptes du passé. Steve Jobs renonce à toute poursuite judiciaire contre Bill Gates qui l'accusait d'avoir plagié son Macintosh. En contrepartie, Bill Gates lui fournit des programmes pour ses ordinateurs et un bon gros chèque, 150 millions de dollars. Cela ressemble à un pacte avec le démon, mais Steve Jobs est prêt à tout pour faire sortir Apple de la crise. Sortir Apple de la crise mais aussi et surtout relancer la marque. Et pour ça, Steve Jobs c'est le plus fort. Car son atout majeur, son arme fatale, c'est le produit. C'est comme ça qu'on va regagner les consommateurs. On dirait de gros bonbons translucides et acidulés. Des couleurs vives pour réinventer le Macintosh qui était en perdition. Forcément c'est beaucoup plus sexy que les PC austères et grisâtres. Techniquement ce n'est pas mal non plus. Plus de tour, plus de lecteur de disquettes, un modem interne convivial très simple à utiliser même pour les enfants. Tout est dans l'écran et en plus, son prix est maintenant accessible, 1300 dollars. Son nom, l'iMac. Nous voulons être la compagnie qui fait les ordinateurs les meilleurs et les plus cool du monde.

[35:43]Le retour à la maison de Steve Jobs, l'enfant prodigue est un triomphe. Sa nouvelle créature l'iMac annonce le début de l'ère internet. Et ces gros bonbons se vendent comme des petits pains. Apple a retrouvé ses couleurs.

[36:00]Steve Jobs a déjà la tête ailleurs. Il voit loin, très loin au-delà du simple ordinateur. Après avoir démocratisé l'informatique, Apple se lance carrément sur le marché des loisirs et du grand public. Son nouveau terrain de jeu, la musique. Et pour l'écouter un drôle de petit appareil. Nous sommes le 23 octobre 2001. Le voilà, cet appareil. Il s'appelle l'iPod. La chose la plus extraordinaire avec cet appareil, c'est que toute votre musique, toute votre discothèque peut tenir dans votre poche. C'était impossible avant. Après l'invention du Mac, c'est la deuxième grande révolution Apple. L'iPod son petit baladeur numérique devient un objet culte, un véritable phénomène culturel. Désormais, on écoute la musique autrement.

[37:02]Excusez-moi. Vous le trouvez comment votre baladeur? C'est facile, j'ai toute ma musique dessus, je peux l'emmener partout.

[37:17]C'est génial, c'est la meilleure invention jamais faite. Je l'adore. Le succès est planétaire. L'iPod va vite devenir le baladeur numérique le plus vendu au monde. Apple en a déjà écoulé 275 millions. Et avec l'iPod, il y a l'iTunes, l'application indissociable qui permet de gérer votre musique. Et à Steve Jobs de vous la vendre en ligne. Encore plus fort, c'est Apple qui impose les prix. 9,99 € l'album, 0,99 € la chanson. L'industrie de la musique se retrouve à ses pieds. Comme nous le raconte Michel de Souza, l'ancien patron d'une grande maison de disques. La partie qu'on a pas maîtrisé, par exemple, c'est le prix public. C'est Apple qui a imposé ce fameux 9,99 pour les albums et 99 cents pour le pour le titre quoi. Devant notre incapacité à nous structurer et à faire une offre commune, Apple a imposé ce 0,99 et aujourd'hui c'est devenu le prix de référence du marché quoi. En fait, tout le monde y gagne car Apple reverse une partie de ses ventes en ligne aux maisons de disques. En moyenne, 60 centimes par chanson.

[38:35]Grâce à son catalogue, l'iTunes Store va vendre 50 millions de chansons par an après son lancement. 500 millions l'année suivante, plus de 10 milliards aujourd'hui. Et on n'a pas encore tout vu. D'autres révolutions sont déjà dans les tuyaux d'Apple, mais une nouvelle inattendue va bouleverser le cours des choses. En juin 2004, Steve Jobs annonce qu'il souffre d'un cancer du pancréas. C'est une maladie très grave qui ne laisse guère d'espoir. Mais Jobs est un homme qui avance. Chaque jour qui passe devient pour lui un jour de plus à vivre. L'année suivante, le 12 juin 2005, il est fait docteur Honoris Causa par l'université de Stanford, lui l'autodidacte. Devant un auditoire fasciné, il évoque la mort et en fait une leçon de vie. Savoir que je peux mourir bientôt et ce que j'ai découvert de plus efficace pour m'aider à prendre des décisions importantes. Il leur conseille de ne pas passer à côté de leur vie et d'aller au bout de leurs rêves. Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n'est pas la vôtre. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. Soyez insatiable, soyez fou, merci à tous.

[39:53]Toute sa vie, Steve Jobs aura suivi ce précepte. Mais en ce 12 juin 2005, il sait que ses jours sont comptés. Alors, plus que jamais, il y a urgence. Il y a urgence car l'œuvre du maître n'est pas encore tout à fait accomplie.

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