[0:00]Durant le mois d'août 2022, dans un laboratoire affilié à la Harvard Medical School, le chercheur en médecine Peter Cohen va, comme il en a l'habitude, ouvrir et étudier l'un après l'autre 16 flacons de compléments alimentaires qu'il a acheté sur internet. À ce moment-là, ça fait déjà 15 ans qu'il a fait des compléments alimentaires sa spécialité. C'est notamment lui qui a montré sur place publique que certains brûleurs de graisse contenaient en réalité de la sibusramine, un médicament anorexigène retiré du marché à cause de son manque d'efficacité et des graves problèmes cardiovasculaires qu'il occasionne. Ou que des compléments pre-workout contenaient des amphétamines de synthèse ou qu'une crème supposée améliorer la mémoire ne contenait absolument aucun principe actif. Bref, Peter Cohen est probablement le chercheur le plus connu aux États-Unis pour son travail d'analyse indépendante des compléments alimentaires en vente libre. Et il publie en général dans la revue Jama ou dans le New England Journal of Medicine, c'est-à-dire dans les revues les plus prestigieuses de la médecine clinique au monde. Quand un complément se vend bien aux États-Unis, Cohen finit par l'acheter et par le faire passer dans son spectromètre. Et donc en 2022, ce qui l'intéresse c'est une plante, une plante qui s'appelle Mucuna Pruriens, qu'on appelle aussi pois mascate ou Velvet Bean en anglais. C'est une légumineuse tropicale qu'on cultive en Inde, aux Antilles, en Afrique de l'Ouest et dans le bassin amazonien, c'est une plante grimpante qui produit des causes recouvertes de petits poils urticants à l'intérieur desquelles se trouve le fameux pois. J'aime pas le mot pois. En plus c'est un haricot, c'est pas un pois. Mais je m'en fous, je vais dire fève. Et donc cette grosse fève noire, c'est une plante qui figure dans les traités ayurvédiques classiques, dans lesquels elle est indiquée entre autres choses pour traiter une pathologie qu'on appelait et qu'on appelle toujours encore dans la médecine ayurvédique, le Kampavata. Une pathologie que nous on appelle en français, maladie de Parkinson. Alors évidemment, il y a rien de magique ou d'extraordinaire là-dedans, c'est même extrêmement pertinent d'un point de vue pharmacologique puisque les fèves de Mucuna Pruriens contiennent naturellement entre 3 et 5 % de leur masse totale en L-Dopa. Parce que la maladie de Parkinson, c'est une maladie dans laquelle les neurones qui produisent la dopamine dans la substance noire meurent progressivement et que la L-Dopa, c'est le précurseur direct de la dopamine. Mais je sais. Bon alors du coup, c'est quoi un précurseur ? Un précurseur, c'est une molécule qui n'a elle-même pas vraiment l'effet recherché dans sa prescription mais que le corps va lui aller transformer par une ou plusieurs étapes enzymatiques en la molécule qui fait l'effet recherché. Donc pour le dire vite, la L-Dopa c'est pas de la dopamine parce que de toute façon si vous avalez juste de la dopamine, elle atteindra jamais votre cerveau parce qu'il y a un truc qui s'appelle la barrière encéphalohépatique, elle pourra pas passer, mais la L-Dopa, c'est ce que votre corps va utiliser pour fabriquer de la dopamine. En gros, dans votre cerveau, vous avez des neurones, les neurones dopaminergiques dont on a parlé dans cette vidéo et ces neurones possèdent une enzyme, la Dopa-décarboxylase qui prend la L-Dopa, croque un morceau de dent et en fait de la dopamine. Donc ici, c'est une transformation enzymatique en une seule étape et c'est pour ça qu'on dit que c'est un précurseur direct. Et donc c'est évidemment pas un hasard si ça fait 2000 ans que le Mucuna est utilisé pour traiter Parkinson et si depuis la fin des années 60, la L-Dopa est devenue le traitement quasi par défaut de la maladie. Et c'est donc pas non plus un hasard si Arvid Carlsson a obtenu en 2000 le prix Nobel de médecine pour avoir établi que la dopamine était un neurotransmetteur à part entière et pour avoir décrit son rôle dans le contrôle moteur. Pour n'importe qui qui veut cela procurer en pharmacie, la L-Dopa, à cause de sa puissance et de ses effets secondaires, c'est un des médicaments les plus surveillés de la pharmacopée mondiale. En France, c'est d'ailleurs un médicament soumis à d'importantes restrictions. Il doit être prescrit par des neurologues, dosé au milligramme près et ajusté tous les 3 mois. Et de fait, encore une fois, la marge thérapeutique, elle est extrêmement étroite et les effets indésirables, ils sont très graves. Mais pour n'importe qui avec une connexion internet qui permettent de se rendre sur Nutriforce, Aromazone, Iherb ou Futu Natura, la L-Dopa, c'est un stimulant naturel facilement accessible au prix annoncé de 1,66 € le gramme. On en trouve sous forme de gélule, de poudre, d'extrait standardisé et toujours accompagné de promesses du type meilleure motivation, optimisation du cerveau, meilleure humeur, augmentation de la libido, amélioration de l'attention et j'en passe. C'est donc exactement ce genre de produit que Peter Cohen va ouvrir et tester en 2022, 16 flacons achetés sur Amazon, Iherb et dans les boutiques en ligne classiques de la sphère biohacking. Et donc il va publier ses résultats dans Jama Neurology et le résultat, on le devine assez facilement avec ce genre de produit. Sur les 16 flacons, certains ne contiennent quasiment pas de L-Dopa et d'autres en contiennent entre 2 et 22 fois plus que la dose annoncée sur l'étiquette. Et vous avez bien entendu, j'ai bien dit 22 fois plus que la dose annoncée. Ce qui fait donc que certaines gélules que ces sites nous conseillent de prendre quotidiennement contiennent plus de L-Dopa que ce qui est prescrit aux patients et aux patients parkinsoniens en début de traitement. À la suite de ses découvertes, Cohen va écrire lui-même à l'autorité sanitaire de la nourriture et des médicaments pour qu'elle se penche sur la question puisqu'il considère qu'on a là un problème de santé publique quasiment inconnu. Vous vous en doutez, l'immense majorité des gens qui ingèrent du Mucuna Pruriens en gélule n'ont pas la maladie de Parkinson. Ils n'ont bien sûr aucune indication médicale pour prendre de la L-Dopa et il est parfaitement évident qu'ils ne savent absolument pas ce que c'est que la L-Dopa. Ils en prennent le matin pour être productifs au boulot, pour optimiser leurs performances comme on prendrait du Red Bull ou de la vitamine D parce que c'est exactement ce que ces vendeurs prétendent que c'est, un simple complément alimentaire naturel. Et on pourrait se dire, en même temps, est-ce que ils ont pas un peu raison au final ? Bah non, non, pas pas du tout, absolument pas. Mon Dieu, que non ! Ce qu'ils ingèrent en réalité, c'est quand même encore une fois le précurseur direct de la dopamine à des doses qu'aucun neurologue au monde ne leur prescrirait sans indication, sans suivi et sans inhibiteur de la décarboxylase périphérique. Et ça, ça fait pas des gens qui ont beaucoup trop d'énergie et beaucoup trop de motivation. Ça fait des agitations, de la paranoïa, des troubles du contrôle des impulsions, des achats compulsifs, des addictions aux jeux d'argent, de l'hypersexualité et dans certains cas, des psychoses sévères qui motivent des hospitalisations. En 2024, le Journal des troubles du mouvement cite le cas d'une patiente parkinsonienne qui a décidé de remplacer son traitement neurologique par du Mucuna parce qu'elle trouvait que ça faisait plus naturel. Et cette patiente, elle s'est retrouvée en service psychiatrique avec un syndrome de dysrégulation dopaminergique caractérisé. Il faut quand même se rendre compte du truc. On a dans nos pharmacies parallèles, en vente libre, le médicament le plus puissant qu'on ait jamais inventé pour traiter une maladie neurodégénérative grave et qui le vendent explicitement à des personnes en bonne santé. Et donc la question qu'on peut se poser, c'est est-ce que ces sites, comme ceux que j'ai cité tout à l'heure qui sont que quelques-uns parmi les très nombreux sites à vendre ce produit, est-ce que ces sites, ils sont simplement tenus par des irresponsables finis, mettant sciemment en danger la vie de milliers de personnes ? Oui, évidemment. Mais vous le savez, il ne s'agit pas uniquement de proposer un produit à la vente pour que le problème existe. Encore faut-il que les gens achètent ce produit. C'est logique. Et donc, une fois qu'on a demandé pourquoi des gens vendent ce truc complètement révoltant, c'est important de se demander aussi pourquoi des gens l'achètent. Et moi, si vous voulez tout savoir, je suis pas vraiment dans le camp de celles et ceux qui vont dire et bah, les gens ils achètent des trucs dangereux parce qu'ils sont stupides. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de vous prouver que vous êtes probablement aussi stupides qu'eux. Depuis en gros une quinzaine d'années, on entend à propos de la dopamine un discours qui est devenu hégémonique au point de structurer totalement l'image que la population en général se fait de ce neurotransmetteur. Ce discours, il est absolument partout, il est dans les podcasts les plus écoutés au monde, dans les livres de développement personnel les plus vendus, dans des vidéos TikTok à plusieurs millions de vues, dans des articles de Forbes et Psychology Magazine, dans la bouche des coachs de vie et même, j'en parlerai plus tard dans cette vidéo, dans la bouche de certains psychiatres. Et ce discours, il dit en gros trois choses. Première chose, la dopamine, c'est la molécule de la motivation, de la récompense, du plaisir, de l'accomplissement, de la satisfaction, c'est en gros, la monnaie chimique du bonheur dans votre cerveau. Deuxième chose, la vie moderne, avec ses notifications, ses réseaux sociaux, sa pornographie, ses sucres rapides et ses séries Netflix, sature votre cerveau de pics de dopamine. Ces pics saturent vos récepteurs dopaminergiques qui finissent par devenir insensibles et donc à force de chercher le plaisir partout, vous finissez par ne plus rien ressentir nulle part. Voilà pourquoi vous êtes fatigué, démotivé, distrait, déprimé, voilà pourquoi vous procrastinez, voilà pourquoi vous n'arrivez même plus à lire un livre en entier. Et troisième chose, la solution, ce serait de rationaliser la dopamine, voire de réinitialiser nos taux de dopamine, soit avec un jeûne dopaminergique, vous savez, on se prive de son téléphone et cetera, soit en optimisant nos comportements, soit et c'est là que on revient à notre point de départ en se complémentant. Ce discours, il a un nom, des têtes d'affiche et un calendrier de diffusion assez précis. Côté têtes d'affiche, vous avez en première ligne le neuroscientifique Andrew Huberman, professeur à Stanford, dont le podcast Huberman Lab est régulièrement classé numéro 1 des podcasts d'éducation aux États-Unis et dépasse les 100 millions d'écoute par mois. Vous avez aussi la psychiatre Anna Lembke, également à Stanford, dont le livre Dopamine Nation, publié en 2021, a été traduit en une trentaine de langues et est devenu un best-seller mondial. Vous avez le concept de dopamine fasting, popularisé par le psychiatre californien Cameron Sepah à partir de 2019 qui a depuis essaimé sur les réseaux sociaux sous des formes plus ou moins extrêmes. Et vous avez à la périphérie une nuée de coach, de podcasteur, d'influenceuse bien-être qui relaie le tout en boucle depuis une petite dizaine d'années. Et puis encore une fois si vous suivez cette chaîne, vous connaissez la chanson Coco fucking Rico, puisque la France est à ce jeu un candidat particulièrement inquiétant. Notamment parce qu'on a massivement représenté chez nous toute une école médicale qui s'appelle la micronutrition, fédérée par l'Institut européen de diététique et micronutrition qui forme depuis les années 90 des médecins et des pharmaciens à un discours sur la dopamine qui est quasiment impossible à distinguer de celui d'Huberman. Sauf que bah chez nous, du coup, ce discours, il est tenu par des soignantes et des soignants, il est validé par des diplômes universitaires et le discours, bah il débouche directement sur des prescriptions de tyrosine, de cofacteurs et parfois carrément de Mucuna Pruriens. Le discours, il est cohérent en lui-même, malgré la diversité des milieux qui le propage. Il est répété à la télé, à la radio, sur internet, dans les journaux jusqu'à l'épuisement et il a l'air tout à fait scientifique. Il est tenu par des chercheurs et des chercheuses qui travaillent dans certaines des universités les plus prestigieuses au monde et c'est pas du tout exagéré de le dire, il est faux, à peu près à tous les étages. Et la meilleure façon de commencer à voir pourquoi, c'est de revenir à la première des trois choses que dit le récit, celle qui est la plus simple, la plus martelée et la plus fausse, c'est que la dopamine, ce serait la molécule du plaisir. Cette phrase, vous l'avez entendu 1000 fois. Vous l'avez entendu dans des podcasts, dans des magazines, dans des cours de psychologie de licence, dans des manuels scolaires de seconde, vous l'avez peut-être même entendu dans la bouche d'un médecin, c'est devenu une évidence culturelle au point qu'on ne s'embête même plus à la justifier. La dopamine, c'est ce qui fait du bien. Quand vous mangez du chocolat, dopamine, quand vous gagnez au loto, dopamine, quand vous voyez la personne que vous aimez, dopamine, quand vous faites l'amour, dopamine, quand vous likez une story sur Instagram, dopamine, la dopamine est devenue le nom chimique du bonheur et tout ce qui produit du bonheur est devenu dans le langage courant, une histoire de dopamine. Le problème, c'est que ça fait à peu près 40 ans qu'on sait que c'est faux. Pas faux dans les détails ou dans les nuances, mais juste faux dans le principe. La dopamine ne produit pas du tout de plaisir. Elle ne produit pas non plus de bien-être ni de satisfaction ni de bonheur. Et ça, c'est notamment Kent Berridge, un professeur de psychologie et de neuroscience à l'Université du Michigan qui a passé les quatre dernières décennies à le démontrer. Notre histoire, elle commence à la fin des années 80. À cette époque-là, l'idée que la dopamine c'est la molécule du plaisir et de la récompense, elle est déjà installée dans la communauté scientifique. Elle vient principalement d'une expérience devenue mythique menée à McGill par Olds et Milner en 1954 et dans cette expérience, on a des rats qui sont équipés d'une électrode dans le cerveau et qui apprennent à appuyer sur un levier pour auto-stimuler la zone en question. Et ces rats-là, ils finissent par presser ce levier des milliers de fois par heure jusqu'à l'épuisement en ignorant la nourriture, l'eau et le sommeil. La zone que les chercheurs stimulaient sécrétait massivement de la dopamine et ils en ont tiré une conclusion qui a marqué 70 ans de neuroscience populaire. Bah, ils avaient trouvé le centre du plaisir. Sauf que justement dans les années 80, Berridge, il a remarqué un détail qui aurait dû l'alerter dès le début de l'étude. C'est que les rats qui pressaent ce levier, personne n'a jamais démontré que ça les rendait heureux de le faire. Et d'ailleurs aucun de ses rats n'avait l'air heureux à aucun moment et ça c'est un truc qui se voit chez les rats. Or dans l'expérience, on a jamais observé de relâchement ni de signe d'apaisement ou de satisfaction, on a rien du tout. Les rats en question qui pressent les leviers, ils avaient l'air complètement vide, robotique et presque possédés. Et qu'on se comprenne bien, c'est pas du tout une petite erreur le fait d'attribuer la fréquence d'un comportement au plaisir que procure le comportement. Je veux dire le niveau de réflexion du mec qui a conduit l'étude, c'est le même que si je disais les gens qui jouent compulsivement au casino éprouvent du plaisir à le faire vu que ils le font de façon répétitive. Donc Berridge, avec son collègue Terry Robinson, a décidé de faire une expérience plus propre. Le principe, il est très simple. Si la dopamine, c'est vraiment la molécule du plaisir, alors un animal qu'on prive complètement de dopamine devrait perdre toute capacité à éprouver du plaisir. Et la révolution derrière l'idée de leur expérience, c'est qu'ils vont directement tester l'hypothèse sur leurs propres cerveaux afin d'être au plus près des observations qu'ils cherchent à produire. Non, je déconne, ils vont torturer des rats évidemment. Ils vont prendre des rats, ils vont détruire par injection chimique presque toute la dopamine de leur cerveau, ils vont les observer puis ils vont les tuer et découper leur cerveau en tranche pour contrôler leur protocole. Le but, c'est d'observer ce qui se passe quand on leur enlève la dopamine à un point qui correspondrait chez un humain ou une humaine à un Parkinson terminal. Et ce qu'ils observent, c'est que ces rats, ils vont complètement arrêter de chercher de la nourriture. Ils ont perdu tout intérêt de se déplacer pour obtenir le moyen de leur survie. Ils restent plantés là avec de la nourriture à 10 cm d'eux et si on ne les nourrit pas de force, ils meurent. Il n'y a plus chez eux aucune motivation, aucune initiative et aucun instant de recherche. Et évidemment, le récit standard jusque-là et ben il dirait que c'est parce qu'ils ne ressentent plus de plaisir à manger. Sauf que Berridge fait justement le truc que personne n'avait pensé à faire avant lui. Il va déposer une goutte de sucre sur la langue d'un rat sans dopamine et puis il va regarder son visage. Et là, surprise, le rat fait exactement les mêmes mouvements faciaux de plaisir qu'un rat sain devant du sucre. Les mêmes protrusions linguales rythmiques, les mêmes mouvements de babine, les mêmes petites mimiques codifiées que celles qu'on observe chez le nourrisson humain quand on lui donne du sucre. Le rat sans dopamine, il aime toujours autant le sucre. Simplement, il n'a plus aucune envie d'aller le chercher. Et donc à ce moment-là, en une seule expérience, c'est tout le récit scientifique autour de la dopamine qui s'effondre. Ce que cette expérience montre, c'est qu'on a confondu pendant un siècle deux choses qui n'ont en réalité absolument rien à voir l'une avec l'autre. D'un côté, le fait d'aimer quelque chose, c'est-à-dire d'éprouver effectivement du plaisir quand cette chose nous arrive, de l'autre, le fait de vouloir quelque chose, c'est-à-dire d'être poussé à aller la chercher, à se mettre en mouvement pour l'obtenir et à orienter son attention vers elle. Ce sont deux opérations psychiques distinctes qui peuvent évidemment se rencontrer et c'est même le cas la plupart du temps, mais qui peuvent aussi se dissocier complètement. On peut vouloir sans aimer et on peut aimer sans vouloir. Et le rat de Berridge sans dopamine, il est dans le deuxième cas. Il aime toujours autant le sucre, il n'a juste plus aucune envie d'aller le chercher. Berridge et Robinson ont donné un nom à cette dissociation. Ils parlent de wanting et de liking. Le wanting, c'est l'envie d'aller chercher, c'est l'attraction, ce que dans la littérature scientifique, on appelle aussi la saillance incitative, c'est-à-dire le fait qu'un objet du monde nous capte, nous attire, nous arrache de notre torpeur pour qu'on aille vers lui. Et le liking, c'est l'expérience de plaisir effectivement éprouvé quand on consomme cet objet. Ce sont des mots simples mais qui désignent deux processus neurologiquement séparés, étudiés par deux ensembles de circuits différents et qui peuvent fonctionner indépendamment l'un de l'autre. La dopamine, ce qu'elle fait, c'est le wanting, c'est-à-dire la mise en mouvement, l'attraction, l'urgence d'aller chercher, c'est pas le plaisir. Et ça, à l'intérieur de vous, vous le savez parce que vous avez déjà ouvert une application sur votre téléphone en sachant pertinemment que ça ne vous procurerait aucun plaisir. Vous avez déjà scrollé pendant 20 minutes en attendant qu'il se passe quelque chose qui ne s'est pas passé. Puis vous avez fermé l'application avec le sentiment d'avoir perdu votre temps et 3 minutes plus tard, vous avez surpris votre pouce presque sans votre permission, rouvrir l'application. La dopamine, si on peut l'accuser de quelque chose, c'est de vous attirer vers l'objet, mais justement pas de vous donner du plaisir une fois que vous y êtes. Le récit pop qui appelle ça une décharge de dopamine de plaisir se trompe complètement sur ce qui se passe. Ce qui se passe, c'est exactement l'inverse. La décharge de dopamine, c'est ça qui fait que vous ouvrez l'application. C'est pas ce qui vous fait apprécier ce que vous y trouvez et c'est pas non plus la récompense du fait d'avoir ouvert l'application. C'est juste le truc qui fait que vous avez eu envie de le faire et l'absence de plaisir qui vous laisse insatisfait à la sortie, ce n'est absolument pas un signe que votre dopamine, elle est épuisée. C'est juste un signe que la dopamine, contrairement à ce qu'on vous a vendu, ne procure aucun plaisir et n'a jamais procuré aucun plaisir à personne, sauf aux gens qui en vendent. Pareil pour la cigarette qu'on continue de fumer alors qu'on aime plus le goût, pareil pour la quatrième part de pizza qu'on enfourne machinalement alors qu'on a déjà mal au ventre parce qu'on a trop bouffé. Pareil pour l'épisode de série qu'on regarde à 2h du mat' alors qu'on arrive même plus à suivre tellement on est fatigué. Toutes ces situations, vous les connaissez, toutes ces situations sont des situations dans lesquelles votre wanting fonctionne à fond et où votre liking est à l'arrêt ou réduit à pas grand-chose. Et ce sont précisément les situations que la culture pop dopaminergique appelle addiction à la dopamine ou excès de dopamine, alors qu'en réalité, la dopamine ne fait pas le plaisir. Elle fait l'urgence d'aller chercher et l'absence de plaisir au bout, c'est exactement ce qui était prévu au programme. À ce stade, normalement, vous allez me dire, d'accord, la dopamine ne fait pas le plaisir, mais en même temps, moi c'est pas le truc principal qu'on m'a vendu. Moi, ce dont je suis sûr, c'est que la dopamine, c'est elle qui fait l'attention, la motivation, l'énergie, l'envie d'initier des actions. Quand je prends mon café le matin et que ça me rend capable de tenir la journée, c'est bien la dopamine que je ressens à ce moment-là. Quand une personne TDAH est dispersée, distraite, incapable de tenir plus de 5 minutes sur une tâche intellectuelle, bah c'est bien sa dopamine qui flanche. C'est bien la dopamine qui fait le TDAH et d'ailleurs, c'est pas pour rien que la Ritaline cible précisément cette molécule. Et ben non, c'est pas vrai non plus ça. Et c'est là qu'il faut que je vous présente quelqu'un que vous n'avez pas l'habitude d'entendre nommée dans les podcasts bien-être alors que elle fait le travail dont le crédit est classiquement attribué à la dopamine. Et ce quelqu'un, c'est une autre molécule, un autre neurotransmetteur qui s'appelle la noradrénaline. Alors il est possible que la noradrénaline, vous en ayez entendu parler comme de l'hormone du stress. Elle est souvent confondue avec l'adrénaline. Vous en avez peut-être entendu parler parce que un ou une de vos proches prend des antidépresseurs IRSNA, ce qui veut dire inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, comme l'Effexor ou le Cymbalta. Et vous en avez peut-être entendu parler si vous fréquentez de près des communautés de personnes TDAH parce que certains traitements alternatifs ou psychostimulants, comme le Strattera ou l'Intuniv, agissent uniquement sur le système noradrénergique. Mais en dehors de ces trois petites fenêtres, le grand public n'a quasiment jamais entendu personne lui dire ce que fait réellement la noradrénaline. Et bah, ce qu'elle fait, entre autres choses, et bah c'est précisément l'attention, la vigilance, la capacité à tenir une tâche. La capacité à filtrer les distractions, la mémoire de travail, c'est-à-dire le fait de pouvoir garder une information en tête, le temps de s'en servir. La flexibilité cognitive, c'est-à-dire le fait de pouvoir passer d'une tâche à une autre sans tout perdre. Tout ce qu'on appelle dans le langage de tous les jours, être concentré, être attentif, avoir l'esprit clair ou encore être focus. Tout ça, ce n'est pas dopaminergique, c'est noradrénergique. Pour comprendre, ça va durer 2 secondes, mais je vais zoomer sur deux endroits du cerveau dont un dont on entend quasiment jamais parler. C'est le premier. Donc le premier endroit du cerveau, c'est le locus coeruleus. C'est un tout petit noyau, à peine quelques milliers de neurones situé dans le tronc cérébral, c'est-à-dire à la base du cerveau juste au-dessus de la moelle épinière. C'est absolument minuscule et pourtant c'est de là que partent à peu près toutes les fibres noradrénergiques du cerveau. Le locus coeruleus, c'est un peu le générateur central de la noradrénaline qui irrigue ensuite tout le cortex à travers un réseau de projections extrêmement étendu. Le deuxième endroit, vous le connaissez de nom ou parce que je l'ai abordé sur cette chaîne, c'est le cortex préfrontal. C'est la zone qui se trouve juste derrière votre front qui est la dernière à avoir évolué chez les mammifères et qui est la zone responsable de tout ce qui s'appelle les fonctions exécutives. L'attention soutenue, la planification, l'inhibition des impulsions, la mémoire de travail, c'est-à-dire le fait de pouvoir garder une information en tête, le temps de s'en servir. La flexibilité cognitive, c'est-à-dire le fait de pouvoir passer d'une tâche à une autre sans tout perdre. Tout ça, ce n'est pas dopaminergique, c'est noradrénergique. Pour comprendre, ça va durer 2 secondes mais je vais zoomer sur deux endroits du cerveau dont un dont on entend quasiment jamais parler. Le premier endroit du cerveau, c'est le locus coeruleus. C'est un tout petit noyau, à peine quelques milliers de neurones situé dans le tronc cérébral, c'est-à-dire à la base du cerveau juste au-dessus de la moelle épinière. C'est absolument minuscule et pourtant c'est de là que partent à peu près toutes les fibres noradrénergiques du cerveau. Le locus coeruleus, c'est un peu le générateur central de la noradrénaline qui irrigue ensuite tout le cortex à travers un réseau de projections extrêmement étendu. Le deuxième endroit, vous le connaissez de nom ou parce que je l'ai abordé sur cette chaîne, c'est le cortex préfrontal. C'est la zone qui se trouve juste derrière votre front qui est la dernière à avoir évolué chez les mammifères et qui est la zone responsable de tout ce qui s'appelle les fonctions exécutives. L'attention soutenue, la planification, l'inhibition des impulsions, la mémoire de travail, c'est-à-dire le fait de pouvoir garder une information en tête, le temps de s'en servir. La flexibilité cognitive, c'est-à-dire le fait de pouvoir passer d'une tâche à une autre sans tout perdre. Tout ça, ce n'est pas dopaminergique, c'est noradrénergique. Pour comprendre, ça va durer 2 secondes mais je vais zoomer sur deux endroits du cerveau dont un dont on entend quasiment jamais parler. C'est le premier. Donc le premier endroit du cerveau, c'est le locus coeruleus. C'est un tout petit noyau, à peine quelques milliers de neurones situé dans le tronc cérébral, c'est-à-dire à la base du cerveau juste au-dessus de la moelle épinière. C'est absolument minuscule et pourtant c'est de là que partent à peu près toutes les fibres noradrénergiques du cerveau. Le locus coeruleus, c'est un peu le générateur central de la noradrénaline qui irrigue ensuite tout le cortex à travers un réseau de projections extrêmement étendu. Le deuxième endroit, vous le connaissez de nom ou parce que je l'ai abordé sur cette chaîne, c'est le cortex préfrontal. C'est la zone qui se trouve juste derrière votre front qui est la dernière à avoir évolué chez les mammifères et qui est la zone responsable de tout ce qui s'appelle les fonctions exécutives. L'attention soutenue, la planification, l'inhibition des impulsions, la mémoire de travail, c'est-à-dire le fait de pouvoir garder une information en tête, le temps de s'en servir. La flexibilité cognitive, c'est-à-dire le fait de pouvoir passer d'une tâche à une autre sans tout perdre. Tout ça, ce n'est pas dopaminergique, c'est noradrénergique. Pour comprendre, ça va durer 2 secondes mais je vais zoomer sur deux endroits du cerveau dont un dont on entend quasiment jamais parler. C'est le premier. Donc le premier endroit du cerveau, c'est le locus coeruleus. C'est un tout petit noyau, à peine quelques milliers de neurones situé dans le tronc cérébral, c'est-à-dire à la base du cerveau juste au-dessus de la moelle épinière. C'est absolument minuscule et pourtant c'est de là que partent à peu près toutes les fibres noradrénergiques du cerveau. Le locus coeruleus, c'est un peu le générateur central de la noradrénaline qui irrigue ensuite tout le cortex à travers un réseau de projections extrêmement étendu. Le deuxième endroit, vous le connaissez de nom ou parce que je l'ai abordé sur cette chaîne, c'est le cortex préfrontal. C'est la zone qui se trouve juste derrière votre front qui est la dernière à avoir évolué chez les mammifères et qui est la zone responsable de tout ce qui s'appelle les fonctions exécutives. L'attention soutenue, la planification, l'inhibition des impulsions, la mémoire de travail, c'est-à-dire le fait de pouvoir garder une information en tête, le temps de s'en servir. La flexibilité cognitive, c'est-à-dire le fait de pouvoir passer d'une tâche à une autre sans tout perdre. Tout ça, ce n'est pas dopaminergique, c'est noradrénergique. Pour comprendre, ça va durer 2 secondes mais je vais zoomer sur deux endroits du cerveau dont un dont on entend quasiment jamais parler. C'est le premier. Donc le premier endroit du cerveau, c'est le locus coeruleus. C'est un tout petit noyau, à peine quelques milliers de neurones situé dans le tronc cérébral, c'est-à-dire à la base du cerveau juste au-dessus de la moelle épinière. 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Pour comprendre, ça va durer 2 secondes mais je vais zoomer sur deux endroits du cerveau dont un dont on entend quasiment jamais parler. C'est le premier. Donc le premier endroit du cerveau, c'est le locus coeruleus. C'est un tout petit noyau, à peine quelques milliers de neurones situé dans le tronc cérébral, c'est-à-dire à la base du cerveau juste au-dessus de la moelle épinière. C'est absolument minuscule et pourtant c'est de là que partent à peu près toutes les fibres noradrénergiques du cerveau. Le locus coeruleus, c'est un peu le générateur central de la noradrénaline qui irrigue ensuite tout le cortex à travers un réseau de projections extrêmement étendu. Le deuxième endroit, vous le connaissez de nom ou parce que je l'ai abordé sur cette chaîne, c'est le cortex préfrontal. C'est la zone qui se trouve juste derrière votre front qui est la dernière à avoir évolué chez les mammifères et qui est la zone responsable de tout ce qui s'appelle les fonctions exécutives. L'attention soutenue, la planification, l'inhibition des impulsions, la mémoire de travail, c'est-à-dire le fait de pouvoir garder une information en tête, le temps de s'en servir. La flexibilité cognitive, c'est-à-dire le fait de pouvoir passer d'une tâche à une autre sans tout perdre. Tout ça, ce n'est pas dopaminergique, c'est noradrénergique. Pour comprendre, ça va durer 2 secondes mais je vais zoomer sur deux endroits du cerveau dont un dont on entend quasiment jamais parler. C'est le premier. Donc le premier endroit du cerveau, c'est le locus coeruleus. C'est un tout petit noyau, à peine quelques milliers de neurones situé dans le tronc cérébral, c'est-à-dire à la base du cerveau juste au-dessus de la moelle épinière. C'est absolument minuscule et pourtant c'est de là que partent à peu près toutes les fibres noradrénergiques du cerveau. Le locus coeruleus, c'est un peu le générateur central de la noradrénaline qui irrigue ensuite tout le cortex à travers un réseau de projections extrêmement étendu. Le deuxième endroit, vous le connaissez de nom ou parce que je l'ai abordé sur cette chaîne, c'est le cortex préfrontal. C'est la zone qui se trouve juste derrière votre front qui est la dernière à avoir évolué chez les mammifères et qui est la zone responsable de tout ce qui s'appelle les fonctions exécutives. L'attention soutenue, la planification, l'inhibition des impulsions, la mémoire de travail, c'est-à-dire le fait de pouvoir garder une information en tête, le temps de s'en servir. La flexibilité cognitive, c'est-à-dire le fait de pouvoir passer d'une tâche à une autre sans tout perdre. Tout ça, ce n'est pas dopaminergique, c'est noradrénergique.
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