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C'est pas sorcier - GUERRE DE 14-18

C'est pas sorcier

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[0:09]Attends, fais voir ça, Jamy, c'est qui sur la photo là ? Mais c'est mon arrière-grand-père. Il était militaire ? Mais non, il a fait la guerre, la guerre 14-18, il était poilu. Les moustaches ? Mais non, les poilus qui ont fait la guerre. Tu veux dire qu'il a fait la guerre 14-18 ? Absolument. Il était où ? Mais je crois qu'il était à Verdun. Tu sais qu'à Verdun, il y a encore des vestiges de la guerre. Allez, Marcel, c'est parti. Commande 14 !

[1:09]Tu sais, Jamy, qu'ici, du côté de Verdun, on n'est pas près de l'oublier la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, la terre en garde encore de profondes cicatrices. Tu as vu tous ces cratères autour de moi ? Eh bien, ce sont en fait des trous d'obus. C'est te dire la violence des combats qui ont eu lieu dans la région. Et puis, il y a des villages qui ont été définitivement rayés de la carte. Ici, avant la guerre, il y avait un petit village de 700 habitants qui s'appelait Horn. En 1916, il a été bombardé. Heureusement, les gens ont eu le temps de s'enfuir, mais toutes les maisons ont été détruites. Tu as vu ces ruines, Jamy ? Regarde. J'ai retrouvé une photo. Voici à quoi ressemblait l'église avant la guerre et voici ce qu'il en reste aujourd'hui. J'aimerais quand même bien que tu nous expliques comment on a fait pour en arriver là. Les causes de la guerre sont multiples. Mais à l'origine, on peut quand même dire qu'il y avait une histoire de territoire. L'Europe de 1914 n'a rien à voir avec l'Europe dans laquelle vous circulez aujourd'hui. À cette époque, la France a perdu l'Alsace-Lorraine, conquise par l'Allemagne. Cela dit, en 1914, il ne viendrait pas du tout à l'idée de la France de reprendre les armes pour aller reconquérir ces territoires. L'Allemagne, puisqu'on en parle, s'étend également davantage à l'est sur la Pologne.

[2:26]D'ailleurs, ne cherchez pas ce pays sur une carte de 1914, il n'existe pas. Une partie a été engloutie par la Russie et le reste a été grignoté par l'Autriche-Hongrie qui forme alors un vaste empire. Ne cherchez pas non plus la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine. Tous ces pays ont été intégrés à l'Empire austro-hongrois. Alors, qu'est-ce qui ne va pas dans cette Europe ? Eh bien, l'Autriche-Hongrie se sent à l'étroit. Elle aimerait bien étendre son pouvoir sur la Serbie où d'ailleurs des mouvements révolutionnaires inquiètent le pouvoir austro-hongrois. Et puis, l'Allemagne a également besoin d'espace, mais pas en Europe, au soleil. En effet, en 1914, toutes les puissances possèdent de vastes empires coloniaux. La France en Afrique, l'Angleterre en Afrique et en Asie. Les colonies d'Allemagne, elles, se comptent sur les doigts de la main. L'Allemagne veut donc sa part du gâteau. En 1914, donc, le climat n'est pas très bon. D'ailleurs, toutes ces puissances qui se méfient les unes des autres ont conclu entre elles des alliances. D'un côté, on retrouve le Royaume-Uni, la France et la Russie. De l'autre, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie. Le 28 juin 1914, l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche, et sa femme sont assassinés à Sarajevo en Bosnie. L'attentat est commis par un jeune Bosniak qui revendique l'indépendance de tous les Slaves du Sud.

[4:03]L'enquête autrichienne montre que des nationalistes serbes ont également préparé l'attentat. Cet assassinat servira de prétexte à l'Autriche-Hongrie pour déclarer la guerre à la Serbie. Eh mais dis-moi, Jamy, j'aimerais quand même comprendre pourquoi l'assassinat d'un archiduc a entraîné un tel conflit, car c'est quand même le point de départ de la Première Guerre mondiale. À cause du jeu des alliances. Reprenons. Le 28 juillet 1914, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. C'est un petit pays, mais il est protégé par la grande Russie. Du coup, les Russes rassemblent leurs troupes et s'apprêtent à les défendre, la Serbie. L'ennui, c'est que l'Allemagne se méfie de la Russie. Ces deux pays ont une frontière commune et la mobilisation russe inquiète l'Allemagne. Par ailleurs, l'Allemagne est l'alliée de l'Autriche-Hongrie. Donc, le 1er août 1914, l'Allemagne prend les devants et déclare la guerre à la Russie. En France, cette débauche militaire inquiète la France, qui est l'alliée de la Russie. Du coup, la France n'a pas le choix. Elle rassemble elle aussi ses troupes et s'apprête à entrer en guerre. L'Allemagne en profite. Elle prétexte une menace française, et le 3 août, elle déclare la guerre à la France. Voilà comment en quelques jours, l'Europe entre en guerre. Nous sommes le dimanche 2 août 1914. Dans toutes les villes et les villages de France, des affiches sont placardées pour annoncer la mobilisation générale. Tous les hommes âgés de 20 à 48 ans ont l'ordre de rejoindre les garnisons de l'armée sous peine d'être punis. Alors, on peut partir plus jeune aussi à la guerre, 17, 18 ans, uniquement si on s'engage volontairement. Et puis on réquisitionne aussi les chevaux, les voitures, bref, tout ce qui va servir à l'armée pour transporter les troupes. Les hommes mobilisés partent défendre leur pays. Tout le monde pense que la guerre sera courte et que l'on sera de retour dans quelques mois. Dans certaines villes, on vient encourager les soldats et l'on assiste à des scènes de patriotisme où l'on entonne La Marseillaise. À propos de la mobilisation, il y a le mythe de la fleur au fusil, c'est-à-dire en fait, le départ dans l'enthousiasme. Alors, c'est relativement vrai dans les villes et notamment à Paris. Où des scènes de saccage de vitrine d'entreprise d'origine allemande ont eu lieu, d'agression de personnes identifiées comme étant allemandes. En ce qui concerne la campagne, c'est une tout autre atmosphère. En campagne, par exemple, dans le petit village d'Orne, on part dans la tristesse, dans l'émotion, dans dans les pleurs. En quittant leurs terres et leurs familles, les paysans sont inquiets. Les moissons ne sont pas terminées et les chevaux réquisitionnés ne seront peut-être pas de retour pour les labours.

[6:57]Au mois d'août 1914, les hommes rejoignent leurs garnisons, ils reçoivent leur paquetage. La mobilisation se passe plutôt bien, il y a peu de cas d'insoumission, contrairement à ce que redoutaient les autorités françaises. Alors l'uniforme, lui, n'a pas tellement changé depuis la guerre de 1870. Il y a toujours le pantalon rouge garance, pas très discret pour partir au combat. Il y a la capote bleue en laine et puis un képi rouge qui ne protège absolument pas la tête. Le fantassin est également armé du fameux fusil Lebel, mais pas très récent non plus, sur lequel on peut adapter la Rosalie, c'est une baïonnette, indispensable en cas de combat rapproché avec l'ennemi. Bref, au total, le soldat français part au combat avec 30 kg de matériel sur le dos. Vers le 15 août, 3 millions 600 000 hommes sont mobilisés. La stratégie de l'État-major français, dirigé par le général Joffre, c'est d'envoyer en masse les troupes vers l'Alsace et la Lorraine, qui, à l'époque, ne nous appartiennent pas. Mais tu sais, Jamy, c'est pas une très bonne idée. Bah non. C'est ce qu'on appelle le plan 17. C'est un plan d'attaque. Pourtant, d'après les généraux français, ça doit fonctionner, puisque les Allemands vont aussi devoir faire face aux Russes à l'est et aux Anglais au nord. Seulement, l'Angleterre n'a pas encore déclaré la guerre à l'Allemagne. Les Allemands aussi ont un plan, c'est le plan Schlieffen. Ils savent qu'il faut du temps aux Russes pour mobiliser leurs troupes et les amener à la frontière allemande. Pendant ce délai donc, ils vont masser les troupes sur le front français. Et ensuite seulement, ils s'occuperont des Russes. Mais il faut faire vite. Pour gagner du temps, l'idée c'est de contourner l'armée française par le nord en passant par la Belgique. Seulement, à peine les Allemands ont-ils mis le pied en Belgique, pays neutre, que l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne. Mais qu'importe, l'Allemagne va très vite. Le 20 août, elle est à Bruxelles, le 24, elle passe la frontière et le 3 septembre, les soldats allemands sont à une trentaine de kilomètres de Paris. L'avancée rapide des Allemands affole les populations qui fuient vers le Sud. Paris est menacée. Le gouvernement français se réfugie à Bordeaux, mais très vite les reconnaissances aériennes indiquent que les troupes allemandes se dirigent au sud-est vers la Marne. Les Français en profitent alors pour les attaquer sur le flanc droit. Le 6 septembre 1914, la bataille de la Marne est déclenchée. Mais épuisés par leur terrible retraite du mois d'août, les alliés sont vite débordés. Il faut des renforts. Les taxis parisiens sont réquisitionnés pour transporter les troupes. Et le 9 septembre, les alliés ouvrent une brèche, obligeant les Allemands à se replier sur les rives de l'Ain. Le plan Schlieffen a échoué. Fin 1914, le front s'étend de la mer du Nord à la frontière suisse sur près de 800 kilomètres. À partir de 1915, la guerre de mouvement fait place à une guerre de position. Dans les deux camps, les armées s'enterrent dans les tranchées. Alors côté français, l'équipement évolue. On voit apparaître l'uniforme bleu horizon, c'est quand même plus discret pour se protéger la tête. On a aussi la cervelière, le casque lui apparaîtra plus tard. Pour les armes, il y a toujours le fusil Lebel, pas très adapté, il a tendance à s'enrayer. On peut aussi utiliser des mitrailleuses ou des armes plutôt artisanales comme cette grenade ou ce mortier dans lequel on mettait de la poudre et des clous et qu'on envoyait sur l'adversaire. En 1915, on voit aussi apparaître le premier fusil-mitrailleur automatique. Alors les tranchées sont assez rudimentaires, 1 m de large, 2 m de haut. Surtout, il faut pas que la tête dépasse parce que l'ennemi, il est pas loin. Jour et nuit, on épie l'adversaire qui se trouve à une centaine de mètres, mais parfois beaucoup plus près, quelques mètres seulement. Côté allemand, on paraît un peu mieux organisé. D'abord, les tranchées sont plus solides, elles sont consolidées avec du béton et de la ferraille. Et puis les soldats sont mieux armés. Ils ont le fusil Mauser, qui est plus fiable que le fusil Lebel des Français. Ils ont également des mitrailleuses capables de tirer 500 à 600 coups par minute. Et surtout, ils ont des grenades à manche et ça, Jamy, c'est pas de l'artisanat. Quand ils montent au front, les hommes y restent des jours, parfois des semaines. Par conséquent, le front s'est organisé. D'un côté, comme de l'autre, les soldats ont essayé de creuser trois tranchées. Une, deux, trois, reliées entre elles par ce qu'on appelle des boyaux d'accès. La première tranchée, celle qui permet aux hommes de monter à l'assaut, est protégée par des fils de fer barbelés. Ils sont censés ralentir la progression de l'ennemi en cas d'attaque. Alors dans cette première tranchée, à part les hommes qui montent la garde, il n'y a pas grand monde. Entre deux assauts, les hommes vivent dans la deuxième et la troisième tranchée. On y a creusé des abris qui servent de dortoir. Il y a également des postes de secours et des postes de commandement. C'est tout. Plus loin derrière, à 5 ou 6 km, l'artillerie. Elle est censée pilonner les positions ennemies avant l'assaut des fantassins. Alors en théorie, elle ne tire pas à l'aveuglette, elle est informée par des ballons d'observation et des avions qui survolent les positions ennemies. Allô ! Oh là là, c'est mauvais. Jamy, c'est moi. Ah bon, tu as le téléphone ? Bah oui, il y a le téléphone. Dans les tranchées, c'est comme ça qu'en première ligne, on recevait l'ordre d'attaquer ou qu'on appelait les renforts. Mais évidemment, la communication était parfois coupée. Dans ce cas, c'est un agent de liaison qui transmettait les ordres. Mais il fallait attendre le coup de sifflet de l'officier pour lancer l'assaut.

[12:54]Et maintenant, il n'est pas question de refuser d'y aller. Tous les soldats s'élancent, la peur au ventre. Dans leurs lettres, ils racontent. Cher papa, tu ne saurais croire la vaillance et l'héroïsme dont tu as à faire preuve sur ce front. Les petits groupes s'avancent en criant et chantant, baïonnette en avant, pas de gymnastique vers la tranchée Boche où doivent converger.

[13:35]Nous sommes montés 1200 et nous sommes redescendus 300. Pourquoi suis-je de ces 300 ? Je n'en sais rien. À chaque minute, j'ai cru ma dernière heure arriver. Dans les tranchées, la vie des poilus est insupportable. D'ailleurs, si on les appelle les poilus, c'est qu'en première ligne, il n'y a pas d'eau pour se raser et pour se laver. En hiver, on vit dans le froid et dans la boue et c'est sûrement pas à la soupe préparée en deuxième ligne qui aide beaucoup à remonter le moral.

[14:07]Entre deux combats, on passe le temps comme on peut, certains jouent aux cartes, d'autres sculptent des objets.

[14:18]Ouais ouais, d'accord, pas de problème. D'accord. On peut aussi lire les journaux de tranchée écrits par les soldats comme Le Poilu déchaîné ou L'Écho des gourbis. Et puis, surtout, surtout, on prend le temps d'écrire à la famille. Chers parents, je ne sais pas si je pourrai dormir dans un lit à présent. On est habitué à coucher par terre sur la paille quand on peut en trouver. J'ai enlevé mes souliers cette nuit pour dormir. Il y avait au moins 15 jours que je ne les avais pas quittés.

[15:00]Comme nourriture, nous avons à 10h du bouillon, dont le goût de suif nous empêche de le boire et du bouilli. Le soir, de la viande de conserve avec des patates en sauce. Rien n'est appétissant. Entre deux combats, Guignol vient distraire les poilus. Le théâtre aux armées est toujours plein. Aujourd'hui, on joue Carmen, mais dans quelques heures, il faudra repartir au front. Le point en 1916. Le conflit s'est étendu, essentiellement vers l'Orient. L'Empire ottoman, c'est-à-dire les Turcs, a rejoint les puissances centrales, Autriche-Hongrie et Allemagne, ce qui n'arrange pas du tout les affaires de la Russie qui doit faire face à un nouveau front.

[15:44]L'Angleterre qui avec ses colonies doit se battre au Proche-Orient. La Bulgarie a également rejoint l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Dans l'autre camp maintenant. Et bien, on accueille également de nouvelles recrues, la Roumanie, mais surtout l'Italie, qui est restée neutre jusqu'en 1915. Elle vient d'ouvrir un nouveau front dans les Alpes, mobilisant une partie de l'armée austro-hongroise. La guerre devient très vite mondiale. On se bat dans les colonies. L'Allemagne y perd le Togo et le Cameroun. Avec la Turquie, les Allemands lancent une guerre sainte pour soulever les musulmans contre les armées françaises et anglaises. En riposte, l'Angleterre fait appel à un certain Laurence d'Arabie pour soulever les Arabes contre les Turcs. La France recrute aussi des soldats dans ses colonies. Les zouaves d'Algérie, les tirailleurs sénégalais et d'Afrique du Nord se battent aux côtés des poilus. Revenons en France. Au début de l'année 1916, la guerre piétine. Les Allemands veulent alors en finir et anéantir l'armée française. Le 21 février, ils lancent une grande offensive sur Verdun, l'une des villes les plus fortifiées de France. Après seulement 4 jours de combat, les Allemands s'emparent du fort de Douaumont. Alors grande surprise d'ailleurs, il ne rencontre aucune résistance. À l'intérieur, il n'y a qu'une soixantaine de soldats français et le fort est quasiment désarmé, car les canons et les munitions ont été réquisitionnés pour être envoyés sur d'autres zones de combat. Pourquoi attaquer à Verdun ? Eh bien, regardez où se trouve Verdun sur la carte. Ici, Paris, là. Donc depuis l'Allemagne, c'est le chemin le plus direct pour atteindre la capitale française. Mais ce n'est pas tout. Les Allemands savent que les forts français, qui défendent la région, ont en partie été désarmés. Et puis, il y a une autre raison. Les Allemands, en observant les cartes, se sont aperçus que Verdun côté français est très mal desservi. Une petite route et une petite voie ferrée, trop peu pour acheminer des renforts. En revanche, côté allemand, il n'y a pas moins de 14 voies ferrées qui convergent vers Verdun, idéal pour transporter les troupes. Seulement, quand les Allemands attaquent, eh bien, les Français réagissent. Un certain général Pétain lance immédiatement des travaux de voirie. Il fait élargir et terrasser ce qui va devenir la Voie sacrée. Les camions peuvent s'y croiser. Dès lors, l'armée française peut acheminer autant d'hommes et de matériel qu'elle le souhaite sur ce nouveau front. Deux jours comme de nuit, des milliers de véhicules se pressent sur cette route. Pétain impose un système de roulement où les troupes fatiguées doivent être automatiquement remplacées. Verdun est devenu le symbole de la Grande Guerre pour une raison simple, c'est que plus des deux tiers des divisions françaises sont passées à Verdun. En réalité, ce n'est pas la bataille de Verdun, mais la bataille de Verdun, c'est la bataille de la France. Avant d'envoyer leur infanterie, les Allemands pilonnent pendant des heures les positions françaises. Les soldats se battent désormais dans un paysage lunaire où il faut défendre chaque mètre de terrain, chaque trou d'obus. Il faut aussi résister aux gaz asphyxiants et à une arme diabolique, le lance-flamme. Dans le ciel, la première bataille aérienne de l'histoire a commencé. Plus de 300 jours d'enfer. Les Français remportent la bataille. Verdun, c'est un nom qui reste gravé dans toutes les mémoires, mais qui se souvient vraiment de la butte de Vauquois ? Pourtant, ici, les Français et les Allemands se sont battus pendant 3 ans pour prendre possession de cette colline qui est un lieu stratégique, puisqu'elle domine la région de l'Argonne et qu'elle permet d'observer les voies d'accès à Verdun. Ici, les combats ont été d'une violence inimaginable. Dites-vous bien qu'en 1914, il y avait un village. Regardez ce qu'il en reste aujourd'hui, d'énormes cratères. Alors comment ce village a-t-il disparu ? Vous allez comprendre. Les combats n'ont pas eu lieu seulement en surface, mais également sous terre, dans la colline. C'est une histoire incroyable. Et oui, à partir de mars 1915, la butte de Vauquois devient une véritable termitière. D'un cochon, excusez-moi. Tu te rends compte, Jamy, il y a 17 km de galerie, 5 côté français, 12 côté allemand. Certaines galeries ont été creusées à 100 m de profondeur. Les Allemands y avaient d'ailleurs aménagé un gigantesque abri où 1800 hommes pouvaient vivre en permanence avec des dortoirs, un hôpital, des postes de garde, des cuisines. Bref, au total, il y avait 180 pièces. Toutes ces galeries n'avaient qu'un seul but, arriver sous les lignes ennemies pour y poser des mines.

[20:34]Et puis pour localiser l'ennemi qui de son côté, lui aussi, creusait des galeries, on écoutait avec cet appareil, un géophone. Écoutez, vous n'entendez rien ? C'était pas forcément bon signe. On a du mal à l'imaginer, mais au sommet de la butte de Vauquois, il y avait bien un village. Alors au départ, les combats se déroulent dans les rues de ce village, dont il ne reste plus bientôt que des ruines. Les tranchées reculent. Mais comme de part et d'autre, les combats de surface n'aboutissent pas, eh bien, les soldats décident de creuser des galeries pour atteindre les tranchées ennemies par en dessous. La butte de Vauquois se transforme en une véritable termitière. Et les hommes vont même s'attaquer aux galeries elles-mêmes pour les faire exploser et ensevelir l'ennemi. Au total, à Vauquois, il y a eu 520 explosions de mines qui ont laissé derrière elle de véritables cratères. En première ligne, il y a souvent un officier médecin pour s'occuper des blessés. C'est lui qui décide d'évacuer les hommes vers les hôpitaux militaires ou de les orienter vers le centre de secours situé en troisième ligne. En tout cas, aussitôt qu'un blessé est sur pied, il retourne au combat. Mais le moment le plus agréable, le plus attendu pour les poilus, c'est la distribution du courrier. En principe, c'est quotidien, mais malheureusement, les lettres se font souvent attendre.

[22:07]Mon bien cher petit mari, à l'heure où je t'écris, je suis à l'usine. Le travail est de plus en plus difficile. Il faut produire toujours plus d'obus et de balles. Il y a là des jeunes de 15 à 16 ans qui travaillent comme nous plus de 10 heures par jour. Tu me manques, mille baisers de ta petite femme qui t'aime. Les femmes ne sont pas uniquement dans les usines d'armement. Elles conduisent les tramways, travaillent durement dans les champs ou distribuent le courrier. En ville, la vie est de plus en plus chère. Le charbon, la viande et le sucre commencent à manquer. Les grèves sont fréquentes et les femmes descendent dans la rue. La population en a assez de cette guerre qui n'en finit plus. Au printemps 1917, le moral des troupes est au plus bas. On chante, mais ce sont souvent des chansons de désespoir ou de révolte. Les soldats sont épuisés, ils réclament plus de permissions. Certains refusent d'obéir, d'aller se faire massacrer sur les champs de bataille. Il y a même des tracts qui circulent pour appeler à la rébellion. 1917, c'est la période de mutinerie. Au total, dans l'armée française, il y a eu 30 à 40 000 mutins.

[23:55]Les chefs militaires n'auront aucune indulgence pour ces hommes qui refusaient d'être sacrifiés. 554 mutins furent condamnés à mort. Parmi eux, 45 seront fusillés. Longtemps oubliés et déshonorés, il faudra attendre 1998 pour que le Premier ministre rende leur dignité à ses soldats. Au cours de l'année 17, pour redonner courage aux poilus, le général Pétain, nouveau chef de l'armée française, fait cesser les attaques inutiles et améliore les conditions de vie. En 1917, les Allemands veulent en finir avec la guerre. Ils attaquent leur ennemi sur un nouveau front, le front économique. Comment ? En organisant le blocus maritime. Concrètement, les sous-marins allemands, les fameux U-Boats, tirent sur tout ce qui flotte à la surface de l'océan, y compris des navires marchands américains. Mais ce n'est pas tout. Deux fronts, c'est trop. Les Allemands aimeraient bien se débarrasser du front de l'Est pour récupérer leurs soldats et les transporter sur le front de l'Ouest. Or, ils savent qu'à cette époque, le pouvoir du Tsar est menacé en Russie par la Révolution. Eh bien, une fois encore, les choses ne vont pas se passer comme prévu. Certes, la révolution va bien avoir lieu en Russie, mais la paix avec l'Allemagne ne sera signée qu'en mars 1918. Or, entre-temps, les États-Unis ont déclaré la guerre à l'Allemagne. Et au début de l'année 1918, les Allemands savent qu'ils ont peu de temps avant l'arrivée massive de troupes américaines sur le sol européen. À partir du 21 mars 1918, les Allemands lancent plusieurs offensives en Picardie, dans les Flandres et en Champagne. Les alliés sont obligés de reculer. Paris se retrouve sous les feux des canons ennemis. Mais les alliés résistent jusqu'à l'arrivée massive des soldats américains. Et ils contre-attaquent grâce à une nouvelle arme redoutable, le char d'assaut. C'est la panique dans le camp allemand. Les alliés reprennent rapidement le terrain perdu et forcent l'Allemagne à capituler. Le 11 novembre 1918, l'armistice est signé. 7 mois plus tard, le Traité de Versailles rend l'Allemagne responsable du déclenchement de la guerre et l'oblige à payer de lourdes réparations.

[26:54]Du côté des hommes, le bilan de cette guerre est désastreux. L'Allemagne a perdu environ 2 millions d'hommes. En France, 1 million 400 000 soldats sont morts ou disparus. Beaucoup d'entre eux d'ailleurs n'ont jamais été identifiés. Et puis même s'il est difficile d'avoir des chiffres précis, on estime que la Première Guerre mondiale a fait plus de 9 millions de morts dans le monde. Et parmi tous ceux que l'on n'a pas pu identifier, un soldat inconnu a été inhumé sous l'Arc de Triomphe à Paris. Et sur sa tombe, une flamme symbolise le sacrifice des combattants de la Grande Guerre.

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