[0:00]Bonjour à tous et bienvenue dans cet épisode de mise au point où on va parler des modèles climatiques.
[0:10]Comme vous le savez très bien, le système climatique est un ensemble de phénomènes physiques complexes et interconnectés. Pour pouvoir en prédire l'évolution future avec un minimum de vraisemblance, on doit faire appel à des modèles climatiques. Mais je dois d'abord clarifier un point. Pourquoi peut-on prévoir le climat dans plusieurs années, alors qu'on ne peut même pas prévoir la météo dans plus de quelques jours?
[0:33]La météo et le climat sont deux choses différentes. La météorologie est la science des nuages, de la pluie et du vent. Elle étudie la variation locale et rapide de la température, de la pression, des précipitations, et cetera. Le climat est la moyenne dans le temps de ces différents paramètres, sur une période de plusieurs années, voire plusieurs dizaines d'années. C'est aussi une moyenne sur une zone plus étendue. On sait tous ce qu'être dans une zone de climat tropical implique. Ça nous permet de nous faire une idée des conditions météorologiques moyennes à cet endroit, mais pas du tout de prédire la météo. Le climat est la moyenne des événements météorologiques. Donc connaître la météo d'un endroit précis pendant longtemps permet de comprendre le climat. Mais l'inverse n'est pas du tout vrai. L'air est léger, peu visqueux et compressible, il n'est jamais en équilibre. C'est pourquoi, il est impossible de prédire la météo au temps long. Si on essayait de petites erreurs dans les paramètres initiaux ou de légères imprécisions, donnerait des résultats finaux complètement différents. C'est pourquoi il est impensable de prédire la météo dans plusieurs mois ou plusieurs années. Mais le climat est principalement expliqué par l'équilibre entre l'énergie entrant et sortant du système. Certains paramètres sont imprévisibles comme la météo ou les volcans, mais leurs effets au temps long sont faibles. La différence entre météo et climat peut se résumer à ceci. On ne sait pas s'il y aura de la pluie ou pas dans 3 semaines, mais on sait très bien que la température moyenne en hiver sera plus faible que la température moyenne en été. Quand on regarde une courbe de température comme celle-ci, la température relevée tous les mois varie vite et il est très dur de la prédire. Par contre, la moyenne glissée sur 11 ans est plus stable et dépend de paramètres plus faciles à modéliser. On fait des modèles climatiques parce qu'il est possible de prédire le climat au temps long en prenant en compte les principaux mécanismes physiques qui le fixent. Mais comment ces modèles fonctionnent-ils? Un modèle climatique est un programme informatique complexe qui représente aussi fidèlement que possible le comportement réel de notre climat. Pour y arriver, les experts des différents domaines scientifiques définissent les paramètres et les équations qui représentent les lois physiques régissant le climat. Ces équations proviennent principalement des lois physiques fondamentales comme la conservation de l'énergie ou les équations de la mécanique des fluides. D'autres paramètres ou relations sont issus des observations faites sur le terrain ces dernières dizaines d'années. Ces lois sont ensuite traduites en ligne de code et c'est là qu'arrive la difficulté du modèle. Pour que l'ordinateur puisse faire ces calculs, on doit découper ce système complexe en un nombre fini de points. Pour cela, on utilise un maillage, on coupe la surface étudiée en plein de petits carrés. Les premiers modèles climatiques globaux utilisaient une maille d'environ 500 km. La France ne comptait que pour quatre carrés. Maintenant, les modèles les plus performants utilisent une maille de 87 km. Comme les modèles climatiques comprennent l'océan et l'atmosphère, il ne se contente pas d'une grille au niveau du sol, mais ont également plusieurs couches dans l'atmosphère et dans les océans. La grille et les différentes couches définissent plein de petits cubes dans lesquels les paramètres seront évalués par le programme. Avec les résolutions actuelles, il y a plusieurs millions de petits cubes. Regarder l'évolution dans le temps des modèles climatiques demande des milliers de milliards de calculs et on comprend vite que c'est une des sciences les plus gourmandes en puissance de calcul. Mais qui crée ces modèles climatiques? Les modèles climatiques ne sont pas l'oeuvre du Giec qui ne fait qu'un travail de synthèse. Il y a actuellement une vingtaine de laboratoires qui travaillent au développement de leur propre modèle. Il y a donc au moins autant de modèles différents. La France participe à cet effort global et dispose du sien développé par l'Institut Pierre Simon Laplace. Ces recherches impliquent directement plusieurs centaines de scientifiques et ils sont construits sur les connaissances acquises sur le climat dans tous les domaines. Les modèles intègrent donc le travail de plusieurs milliers de chercheurs. Les premiers modèles datent des années 60 et ils ont beaucoup évolué en plus de 50 ans. Mais que prennent-ils vraiment en compte?
[4:31]Les phénomènes physiques pris en compte ont beaucoup évolué au fil du temps. Les premiers modèles ne prenaient en compte que l'atmosphère et encore succintement. Dès les années 80, les nuages, la surface du sol et la glace ont été inclus dans les modèles. Puis l'océan a été modélisé mais comme une seule couche. À l'époque du second rapport du Giec en 1995, les modèles incluaient en plus les sulfates, l'activité volcanique et les couches supérieures des océans.
[5:06]Enfin, lors du 4ème rapport du Giec en 2007, les modèles les plus avancés incluaient l'évolution de la couverture végétale et la chimie atmosphérique, ce qui désigne par exemple les mécanismes de création de l'ozone ou de destruction du méthane. On voit que les modèles climatiques prennent maintenant en compte un grand nombre de phénomènes physiques. Attention, cela ne veut pas dire que les modèles prennent parfaitement en compte ces phénomènes physiques. Ils sont limités par notre compréhension mais également par leurs propres défauts. Par exemple, les modèles auront du mal à rendre compte de phénomènes physiques plus petits que la maille sur laquelle il travaille. Encore une fois les nuages vont poser problème, ils sont plus petits qu'une maille et on ne peut pas les représenter fidèlement. On est obligé de faire des approximations. Les modèles qu'ils soient climatiques ou non peuvent vite donner des résultats absurdes. Avant de leur accorder notre confiance, on est obligé de vérifier la cohérence des résultats. On pourra ensuite les utiliser comme des outils prédictifs en les projetant vers le futur. Mais comment vérifie-t-on la fiabilité d'un modèle climatique?
[6:07]Les modèles climatiques sont vérifiés en interne tout au long de leur développement. Une fois qu'ils ont validé un certain nombre de paramètres, ils sont très souvent publiés en ligne. Ils sont ensuite testés par des équipes de scientifiques partout dans le monde et en chacun leur domaine d'expertise. Il existe des centaines d'articles d'évaluation des différents modèles dans chacun de leurs aspects. On regarde d'abord si les processus de physique élémentaires comme la conservation de l'énergie sont bien reproduits. On regarde ensuite si les modèles climatiques arrivent à reproduire les observations réelles. Est-ce que le profil de température dans l'atmosphère qu'il nous fournit est le même que celui qu'observent les satellites? Est-ce qu'il voit que le réchauffement est plus fort au niveau des pôles que sur le reste de la planète comme on le voit dans la réalité. Ensuite ces modèles sont projetés vers le passé pour voir si les températures qu'ils prédisent sont bien celles qu'on a observé les 150 dernières années. On peut même voir s'ils arrivent à modéliser le climat d'une période glaciaire en entrant les paramètres correspondants. L'immense avantage des modèles c'est qu'on peut étudier plusieurs scénarios et faire des tests. Chose impossible dans la réalité parce qu'on ne dispose que d'une seule planète. Par exemple, sur ce graphique, on voit en noir les températures mesurées. Et on peut voir l'ensemble des modèles climatiques de la dernière génération avec toutes leurs composantes en rouge et en excluant l'influence humaine en bleu. On voit que les différents modèles comportent d'importants écarts. Ils ont été assemblés par différentes équipes scientifiques qui n'ont pas fait exactement les mêmes choix. Les nuages et leur évolution ou encore les échanges d'énergie avec l'océan profond, font partie des phénomènes qui représentent le plus de différence entre les modèles. Mais on voit tout de même que malgré leurs écarts, le constat est sans appel. L'évolution des températures des 50 dernières années est en bonne partie due à l'homme. Cette image résume assez bien les modèles climatiques. Ils ne sont pas très précis mais nous donnent une bonne idée de comment peut évoluer l'avenir. Il ne suffisent pas à savoir la température exacte d'une année et encore moins d'un mois. Mais leur précision est déjà suffisante pour comprendre dans les grandes lignes l'impact de nos activités et en tirer les conséquences. C'est la grande utilité des modèles climatiques. Ils permettent de se faire une petite idée de ce à quoi ressemblera l'avenir en fonction de la façon dont nos sociétés se comportent. On peut faire différentes hypothèses sur les émissions futures de gaz à effet de serre et voir comment cela joue sur les températures à venir. Différents scénarios sont testés dans les modèles. Est-ce que dans les années à venir les sociétés vont continuer à mettre d'importantes quantités de gaz à effet de serre en courant sans cesse après la croissance, ou vont-elles réussir à modifier leur économie, leur mode de vie et leurs interactions? Suivant les choix que nous faisons aujourd'hui, nous décidons à quoi notre futur et celui de nos enfants ressemblera. D'ailleurs, en jouant ainsi avec les modèles, on se rend vite compte que la plus grande imprécision sur la température en 2100 ne vient pas de notre compréhension imparfaite du climat ou de la part d'aléatoire dans son évolution, mais bien du comportement des sociétés humaines dans les années à venir. Les modèles climatiques ne seront jamais de la divination. Ils ne donnent qu'un aperçu incertain de l'avenir. Mais leur précision est déjà suffisante pour en faire des outils utiles. Si certains utilisent leur incertitude pour discuter leur utilisation, il ne faut jamais oublier le principe de précaution. Il vaut mieux agir en se trompant que ne rien faire contre des conséquences désastreuses que le monde scientifique présente comme très probable. Un modèle climatique est un programme informatique complexe qui essaie de reproduire le plus fidèlement possible notre climat. Une vingtaine de laboratoires à travers le monde y travaille depuis de nombreuses années. Les modèles climatiques, contrairement à ce qu'on peut souvent entendre, prennent en compte de nombreux phénomènes physiques. Parmi lesquels, par exemple, le soleil, la vapeur d'eau, les nuages, les vents, la circulation océanique, ou encore les précipitations. Les modèles climatiques contiennent des approximations et ne représenteront jamais exactement la réalité. Mais tous s'accordent dans les grandes lignes, ce sont des outils extrêmement utiles pour prendre conscience et évaluer l'impact futur des activités humaines et en tirer les conséquences nécessaires.
[10:08]Merci à tous d'avoir regardé cette vidéo et j'espère qu'elle vous a appris des choses. Si elle vous a plu, n'hésitez pas à la partager. Cette vidéo clos ma petite série sur l'existence et l'origine d'un changement climatique, mais on n'en a pas fini. Je dois maintenant vous parler des conséquences de ce changement climatique. Je vais considérer qu'il est une réalité et que l'origine humaine est avérée. C'était le réveilleur et à bientôt.



