[0:00]Bonjour, bienvenue sur Mediapart. Depuis le 28 décembre, le régime de Téhéran massacre celles et ceux qui le contestent dans la rue. Une répression sanglante qui a d'ores et déjà fait des milliers de morts, répression menée par un régime aux abois qui s'accroche dans une extrême brutalité, a coupé internet depuis une semaine pour massacrer loin des regards.
[0:16]Pendant ce temps, à Washington, 2 semaines après avoir kidnappé le président vénézuélien, Donald Trump souffle le chaud et le froid. Il laisse entendre qu'il pourrait intervenir dans ce très grand pays de 90 millions d'habitants, et puis ces dernières heures, il a donné des gages au régime autoritaire et théocratique des Molla.
[0:31]En Iran, c'est bien une révolution qui se joue, nouvelle épisode sanglant d'un processus de contestation lancé il y a plusieurs années.
[0:38]À ce stade, difficile de dire où elle mènera, ni si le peuple iranien qui lutte pour sa dignité et ses droits sera entendu ou oublié dans la géopolitique brutale du nouvel ordre international.
[0:47]Bienvenue, nous sommes le 15 janvier 2026, c'est à l'air libre, l'émission du site d'information indépendant Mediapart.
[1:00]À l'air libre, l'émission à accès libre de Mediapart est disponible sur notre chaîne YouTube, les différentes plateformes de podcast, possible seulement grâce à vos abonnements, donc si vous le pouvez, abonnez-vous à Mediapart avec en ce moment une offre exceptionnelle qui s'affiche de mois pour 1 €.
[1:12]Je vous présente nos invités. Jean-Pierre Perrin, salut. Bonjour. Tu es journaliste, tu travailles pour Mediapart, tu écris depuis des années sur ce pays, l'Iran, que tu connais très bien. Ton dernier article publié hier, il s'appelle Iran, un massacre à huit clos.
[1:21]Et tu y écris, alors qu'internet est toujours coupé en Iran, les premiers bilans de la répression font état de plusieurs milliers de morts, de près de 20 000 arrestations. C'est bel et bien une guerre que le régime a lancé contre sa population. Shirin Ardekani, bonjour. Vous êtes avocate, présidente de l'association Iran Justice, qui documente les crimes d'État en Iran.
[1:39]Vous défendez notamment la prix Nobel de la paix, Narges Mohamadi, qui le 12 décembre a à nouveau été emprisonnée avec une quarantaine d'autres voix contestataires du régime des Mollahs, et rejoint donc ces 18 et rejoignent par ces 18 ou 20 000 prisonniers là qui sont en ce moment arrêtés.
[1:53]Aïda Tavakoli, bonjour. Vous êtes doctorante, fondatrice de l'association We Are Iranian Students, une association d'étudiants donc créée après la mort de Mahsa Amini en 2022, qui est une jeune femme de 22 ans décédée après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour, je cite, port du voile inapproprié.
[2:10]Mahsa Amini, devenu le symbole du mouvement « Femme, Vie, Liberté » qui conteste le régime depuis 3 ans. Jean-Pierre, j'entre directement dans le sujet, tu parles de guerre, j'allais dire, du régime contre son propre peuple, pourquoi ?
[2:18]Alors, tout simplement parce qu'il y a eu un porte-parole du guide suprême, Ali Khamenei, qui à la télévision, je crois que c'était le 8 janvier, le soir, a dit tout simplement, euh, nous sommes ce soir, nous sommes en guerre. Il a lancé un avertissement aux parents en disant, ne laissez pas sortir vos enfants, euh, remettez-les dans le droit chemin s'ils sont dans l'erreur, et si jamais ils sortent et qu'ils prennent une balle, et bien, euh, ça sera ne venez surtout pas vous plaindre après. Nous Mshab, euh, Djunge.
[2:49]Ce soir, nous sommes en guerre, voilà, c'est exactement ce qu'il a dit, donc ce n'est pas ce que nous prenons un peu pour écrire cet article, cette déclaration au pied de la lettre, il n'y a pas de doute, le régime est en guerre, d'ailleurs les armes qu'il utilise pour mater les manifestations, ce sont des armes de guerre, essentiellement, euh, des kalachnikov, je ne crois pas en revanche aux mitrailleuses, mais les kalachnikov qui sont usées de façon systématique, mais fusil de chasse également, enfin, toutes sortes de de d'armes, euh, il y a une volonté de tuer les manifestants, plus encore, autant que de les arrêter, du moins, et donc, euh, c'est une guerre dans les rues de de de toutes de toutes les villes d'Iran, petites, grandes et moyennes, qui se joue actuellement.
[3:27]Shirin, quels sont vos mots à vous, Shirin ? Oui, je les partage, je crois que c'est des scènes de guerre, mais surtout de terreur, parce que euh les images que qui nous parviennent au compte-goutte en réalité depuis quelques jours, malgré le blackout complet, vous l'avez rappelé pendant 15 jours, en réalité, euh les iraniens sont descendus de nouveau massivement dans les rues, on en dira euh deux mots tout à l'heure, et depuis euh 5 jours, en réalité, euh il n'y a plus de possibilité de pouvoir communiquer euh avec nos proches et finalement les rares vidéos qui sortent du pays, aujourd'hui nous montrent des scènes de crimes, littéralement.
[4:02]Tout ça dont vous parlez, des crimes ?
[4:05]Ah ben ce sont des scènes véritablement de charnier humain, de corps qui sont empilés, entassés, euh nous avons vu ces scènes épouvantables euh de corps euh à la morgue, euh on parle désormais de camions conteneurs euh qui sont là euh exposés euh au sol, et effectivement, cet imaginaire, mais qui en réalité est celui de la République islamique d'Iran, qui, on se souvient, peu après la révolution iranienne, dès 80, parce que la révolution iranienne pour ceux qui nous regardent, c'est évidemment la chute du Shah d'Iran, donc le dictateur Pahlavi, et qui dès 80, on a ces scènes de Basij déjà, de Pasdaran, surarmés, qui vont pour instituer la terreur dans les rues et faire en sorte qu'il n'y ait pas de contre-révolution, parce que c'était ça au départ ce dont ils avaient peur, et bien, vont venir euh aller dans la rue, faire des parades avec euh leurs armes pour dire aux iraniens, surtout, euh ne vous prenez pas aux doux rêves de vous révolter, parce que au bout du compte, il y aura les fusils et la mort.
[5:08]Donc, c'est consubstantiel au régime, inscrit dans ce régime, et c'est l'acmé de tout ça qu'on voit aujourd'hui.
[5:12]C'est l'ADN de la République islamique d'Iran, ces scènes que nous voyons de cadavres et de jeunes euh Basiji, idéologisés, fanatisés, euh qui sont en guerre littéralement contre les mécréants, parce qu'à l'époque, la rhétorique en 80, c'était ça, ceux euh qui ne sont pas avec la République islamique, périront.
[5:32]Et certains d'ailleurs, euh Aïda, de ces euh de ces gens qui sont arrêtés, se voient reprocher d'être des, je cite, ennemis de Dieu, euh selon la loi, euh selon la loi iranienne.
[5:39]Tout à fait, puisque c'est une accusation qui mène directement à la peine de mort, donc euh on rappelle qu'il y a quand même plus de 1500 exécutions pour la seule année 2025 qui est ont été comptabilisées.
[5:53]Euh, c'est absolument effroyable, et euh non seulement ces accusations là de crimes euh et de guerre contre Dieu, mais aussi euh les accusations évidemment de collaboration avec euh le Mossad, avec l'ennemi étranger, toutes ces accusations là qui sont euh euh tout à fait fallacieuses, mène directement euh à la peine de mort par pendaison.
[6:17]Alors, on va regarder quelques images, rappeler justement ce qui s'est passé depuis le 28 décembre, tout a commencé donc ce jour-là dans un lieu inhabituel, le Grand Bazar de la capitale Téhéran.
[6:29]Raison première, à ce moment-là, la chute de la monnaie iranienne, le rial sur fond d'inflation galopante avec des commerçants qui commencent donc à protester dans le bazar de Téhéran.
[6:44]Elle s'étend rapidement, les mots d'ordre se font plus politiques, contre le régime pour la liberté et la dignité, ici par exemple dans le sud du pays à Fasa le 31 décembre où des manifestants s'en prennent à un bâtiment gouvernemental.
[6:58]La répression commence, on va voir des vidéos authentifiées par différents médias, notamment le New York Times et Amnesty International. Ici le 1er janvier des manifestants s'en prennent à un poste de police et on entend des coups de feu.
[7:17]À Malek Shahi dans l'ouest du pays des gardiens de la révolution islamique tirent sans discernement sur la foule. Ce jour-là, il y aurait eu à cette seul endroit trois ou quatre morts et de nombreux blessés selon Amnesty International.
[7:28]Une répression qui est autorisée par le guide suprême, l'Ayatollah Khamenei. Il prend la parole le 3 janvier.
[7:58]La répression prend alors une ampleur supplémentaire. À Ilam dans l'ouest du pays, la police iranienne et les forces du corps des gardiens de la révolution islamique attaquent l'hôpital Imam Khomeini où des manifestants blessés étaient soignés.
[8:10]Selon Amnesty International, ils tirent des projectiles en métal et des gaz lacrymogènes dans l'enceinte de l'hôpital, s'en prennent aux malades comme au personnel.
[8:23]Peu à peu se dessine une tuerie de masse avec ces images d'une morgue de Téhéran où s'accumulent les cadavres emballés dans des bâches noires.
[8:39]Et les visages du massacre qui émergent, en voici quelques-uns seulement, compilés par la journaliste Nazila Maroufian sur le réseau social X. Zahra Fazeli, habitante de Bouchehr. Mansoureh Heydari et Behrouz Mansouri eux aussi de Bouchehr, ou encore Nazli Jan Parvar, habitante de Bojnourd.
[8:56]Et bien sûr, visiblement, probablement, sans doute aujourd'hui, clairement des milliers d'autres, euh, avec une intensification particulièrement atroce et systématique les 8 et 9 janvier, notamment, donc approprier il y a il y a une semaine.
[9:12]Jean-Pierre, sur les faits, le bilan à ce jour, on ne le on ne le connaît pas vraiment. Certains en Iran parlent d'au moins 12 000 morts. Des ONG parlent de au moins 3000 morts ou 3400 morts, selon l'ONG Iran Human Rights.
[9:22]Qu'est-ce qu'on peut dire sur l'ampleur possible de ce qui est en train de se passer ? Déjà, c'est très difficile de procéder à une évaluation honnête euh du carnage, tout simplement parce que ça nécessite d'avoir accès aux familles, au corps, à tout un nombre de d'éléments qui permettent de bâtir un bilan. Alors, c'est pas étonnant qu'il y ait des des différences aussi considérables entre 3500 morts et 12000. Les deux chiffres sont possibles.
[9:47]Simplement, il faut avoir du temps, il faut avoir aussi quelques moyens, et évidemment, déjà que Internet soit rétabli, que les communications, parce qu'il n'y a pas seulement Internet, que les communications soient rétablies pour pouvoir ensuite travailler sérieusement et bâtir un bilan réel.
[10:02]Ce qu'on peut dire simplement, c'est que, à partir du moment où tout l'Iran est concerné, les petites villes, les moyennes villes et les grandes villes, on aura un bilan qui sera forcément exponentiel au fur et à mesure que les recherches progresseront sur l'identification des personnes qui ont été tuées.
[10:18]Je vous donne la parole après, Aïda et Chirin, mais justement, on va voir cette carte publiée le 9 janvier dernier. Elle monte que les manifestations parties, il y a donc du bazar de Téhéran, se sont progressivement étendues à l'ensemble du territoire.
[10:33]Les régions kurdes à l'ouest, mitoyenne de l'Irak et de Berçol, de la contestation Femme, Vie, Liberté ont rapidement embrayé. C'est également le cas de la ville d'Ispahan et de sa région, une métropole d'environ 4 millions d'habitants. Et des révoltes qui se sont propagées, donc les jours suivants, à l'ouest, au sud et à l'est, donc pour s'étendre à tout le pays, donc c'est vraiment dans dans tout le pays. Et ça touche aussi toutes les classes sociales, c'est ce qu'on, c'est ce qu'on voit, mais c'est peut-être pas assez souligné, je sais pas qui veut, Chirin.
[10:52]Oui, je crois que c'est un peu la différence avec le mouvement Femme, Vie, Liberté en 2022. Là, il est vrai que au départ, vous l'avez dit tout à l'heure, ce sont les bazars, donc le pouvoir, le poumon, pardon, économique du pays. Les bazars, bon, qui sont pas forcément d'ailleurs en principe les plus à plaindre, qui ont gardé un pouvoir d'achat, mais qui là, véritablement, ne pouvaient même plus vendre leurs marchandises au point qu'ils ont fermé les rideaux de leurs commerces.
[11:21]Et puis, très rapidement, ce sont les classes populaires de la société qui ont rejoint massivement le mouvement. Et en réalité, ce sont les classes, les plus bourgeoises de la société qui peinaient en fait à descendre dans les rues, et notamment les quartiers nord de Téhéran, mais qui ont fini malgré tout par descendre.
[11:37]Et c'est un nouveau mode. Après que, oui, dans dans dans une certaine mesure, c'est c'est plutôt nouveau parce que, finalement, les classes, on va dire les plus aisées financièrement, celles qui avaient encore quelque chose à perdre, et bien là, pour la première fois, ont pris le chemin de la rue, et c'est aussi transgénérationnel, parce que, moi, je me souviens avoir eu un petit échange justement avec certains membres de ma famille, qui m'ont dit, mais Chirin, tu ne le croiras pas, nos parents sont descendus, parce qu'il y a toute une génération en réalité qui a connu la révolution iranienne en 79, euh, c'est ce qu'on appelle la génération Rock'n'Roll, donc la génération grise, c'est-à-dire, celles qui restaient en fait chez elle et qui disaient, au fond, ça ne sert à rien, et bien, même elle a fini par descendre dans la rue. Et donc, on voit bien que là, véritablement, il y avait quelque chose de nouveau, c'est-à-dire que la fin du régime, qui était sans aucune ambiguïté, la revendication des manifestants, et bien, a finalement mis tout le monde d'accord et a a a fait que les gens sont massivement descendus. Aïda, sur l'ampleur à la fois de cette contestation, sur le caractère peut-être encore plus large que ce qu'on a vu ces ces dernières années et sur finalement aussi, bah, le parallèle, c'est aussi l'ampleur de la répression, bien sûr.
[12:57]Absolument. Euh, en fait, il y a deux points de rupture pour l'un comme pour l'autre. Euh, en 2022, euh il y a 3 ans, on disait qu'il y avait plus de, c'était un point de non-retour, que les iraniens et les iraniennes qui manifestaient très courageusement dans les rues contre l'ensemble du système du régime islamique et non plus pour des réformes et qui avaient complètement perdu espoir en une possibilité de vie digne sous le régime islamique, on disait qu'il y avait une véritable révolution, euh, puisque c'est l'ensemble du système qui était remis en question. À ce moment-là, c'était une révolution qui était politique, euh, qui est la révolution culturelle, politique, dans l'esprit des iraniens, a eu lieu. Et effectivement, il n'y a pas eu de retour en arrière.
[13:38]Ce qui est en train de se passer aujourd'hui, c'est un point de non-retour, mais qui est même matériel, c'est-à-dire que, aujourd'hui, les iraniens et les iraniennes, la raison pour laquelle même cette partie de la population qu'on appelait donc Rock'n'roll, cette partie grise qui choisissait ni entre le blanc ni le noir et qui continuait bon gré malgré à joindre les deux bouts avec d'immenses difficultés, mais qui n'osait pas aller dans les rues. Pourquoi est-ce que aujourd'hui elle va dans les rues ? Parce que même elle n'a plus les moyens de subvenir à ses besoins, de pouvoir payer le loyer à la fin du mois, de pouvoir nourrir les enfants, de pouvoir avoir ne serait-ce que de quoi vivre, subvenir euh à à aux besoins les plus fondamentaux.
[14:17]Donc, là, il y a un point de non-retour, parce que les iraniens et les iraniennes, euh, en tout cas ceux avec qui on est pu communiquer avant le blackout, nous ont dit, mais en fait, on ne peut pas quitter les rues matériellement, parce que on retourne chez nous, on fait comment ? Qu'est-ce que je mange ce soir si je retourne chez moi ? Comment est-ce que je nourris mon gamin ? Comment est-ce que je je paye mon loyer à la fin du mois ?
[14:42]Donc, il y a quelque chose de l'ordre de de de l'impasse. Donc, vous, un processus révolutionnaire inéluctable. Inéluctable. Et de l'autre côté, du côté de la répression, il y a aussi quelque chose de parfaitement inédit, une immense rupture, c'est ce blackout, c'est-à-dire, la raison pour laquelle on ne peut pas aujourd'hui mesurer, documenter ce qui est en train de se passer, c'est parce que le régime a décidé d'une d'une façon d'ailleurs qui, apparemment, c'est c'est une ampleur de brouillage euh absolument inédite qui qui atteint même les satellites Starlink, c'est-à-dire que de Elon Musk, les satellites visibles de Elon Musk, voilà, c'est c'est c'est la première fois que même les communications qui sont établies vraiment de façon sporadique à travers les satellites Starlink sont aussi brouillés. Euh, et donc, qu'est-ce que ça nous annonce ? Ça nous annonce que le régime n'a plus de carte à jouer. Euh, au vu de la situation économique, au vu de la situation hydrique du pays, euh, au vu de la situation de corruption absolument massive, d'idéologie, des fissures internes euh du régime, entre ceux qui euh sont d'avis de continuer à négocier, d'autres les idéologues. Et en plus, c'est c'est c'est c'est ces journées de massacre, c'est-à-dire, comment est-ce qu'un gouvernement peut revenir en arrière, après ça ? Et il va y avoir un jour où internet ne sera plus bloqué et toutes ces images seront euh visibles. Euh, Jean-Pierre, là où c'est intéressant, alors, on parlera après, euh, un peu plus tard de de qui c'est, de enfin, de surtout de de cette opposition justement, euh, en Iran qui est euh, euh, mais euh, qu'est-ce qui qu'est-ce qui fait là ? Pahlavi avec tous ces messages-là, de fait, il antagonise euh, la la la diaspora. En fait, on a, c'est, c'est, c'est, en fait, c'est la, on a l'impression que c'est la seule opposition existante, quoi. Oui, alors, ce n'est pas la seule opposition existante, heureusement, non, il y a une opposition très très pluraliste qui, effectivement, s'oppose, parfois très violemment, les uns avec les autres, mais, enfin, il est, il a le mérite quand même d'exister, mais ce n'est pas le seul, ou alors nous avons des tout à fait des des leaders naturels, si je puis dire, qui sont issus de la contestation, mais elles sont toutes en prison. Donc, on a un mouvement qui est sans tête.
[16:49]Alors, c'est un avantage lorsque il y a une répression très forte, parce que finalement, le régime ne peut pas mettre en prison les leaders, il n'y en a pas. Mais, à partir du moment où on veut passer à un stade supérieur, là, il faut quand même des leaders pour conduire, donner des mots d'ordre, ce qu'avait très bien fait Khomeini, à une époque, il avait fédéré à la fois des laïques, des religieux, des communistes, la gauche, des sociaux-démocrates derrière sa personne, et ça avait formidablement marché, puisque le régime dure toujours.
[17:22]Donc, ce qui est quand même aussi intéressant à noter, c'est que aujourd'hui encore, euh, les forces de sécurité iranienne restent fidèles au régime, ce qui ne s'est passé nulle part ailleurs. C'est-à-dire, lorsque il y a eu les révolutions arabes, à un moment donné, les forces de l'ordre, des forces de sécurité rejoignent les manifestants. En tout cas, se séparent du régime qu'elles défendent, là, ça ne se passe pas en Iran. Donc, qui est-ce que ça peut se passer avec, par exemple, l'armée, ce qu'on appelle l'armée par rapport aux Pasdaran. Euh, est-ce que à ce moment-là, il pourrait, lui, personnalité qui incarne l'ancien régime, mais en même temps, qui incarne une sorte de paradis perdu, parce que les jeunes iraniens n'ont pas connu euh le régime du Shah.
[18:05]Donc, il est mythifié, ce régime, on a oublié la SAVAK, on a oublié des tas de choses comme ça. La répression. Mais on a oublié aussi également que les femmes pouvaient se baigner librement sur la plage. Donc, ce régime qui est mythifié, effectivement, il est incarné par lui-même. Donc, euh, c'est une personne un personnage ensuite ambigu, il change de position sans arrêt, il est un jour pour la l'intervention américaine, un autre jour, il est contre, donc, effectivement, euh, malheureusement, l'Iran n'a pas un leader à la hauteur de des aspirations de de démocratie, mais en même temps, je ne pense pas que ça soit pour autant le diable, il n'a il ne veut pas le pouvoir pour lui-même, enfin du moins il le dit, il le répète, et sans doute veut-il une sorte de monarchie constitutionnelle, voire une république, il il ne l'exclut pas.
[18:48]Shirin Ardekani, euh là-dessus, euh, est-ce que euh Aïda nous disait, voilà, la solution politique, elle est en Iran, euh, dans la société civile qui s'est mobilisée, qui se mobilise, qui est arrêtée aujourd'hui. Euh, et puis voilà, il y a évidemment tout ce contexte international, avec cette personnalité là. Euh, mais euh, qu'est-ce qui qu'est-ce qui fait là ? Pahlavi avec tous ces messages là, de fait, il antagonise euh la la la diaspora. En fait, on a, c'est, c'est, c'est, en fait, c'est la, on a l'impression que c'est la seule opposition existante, quoi.
[19:42]Oui, il y en a beaucoup d'autres, bien sûr. C'est la seule qu'on nous donne à voir en Occident, il y en a énormément d'autres, c'est le travail de We Are Iranian Students, de Iran Justice. C'est les les personnes qui sont aussi bien exilées qui sont dans la diaspora, qui travaillent, qui se sont auto-organisées après la mort de Mahsa Amini, parce qu'il n'y a pas de chef d'orchestre, il n'y a pas de leader, euh, mais également les personnes qui sont sur place, euh, en Iran, et la presse, euh, évidemment, la presse libre et indépendante d'Iran, qui continue à faire son travail, euh, malgré la répression. Et donc, euh, c'est cette, euh, pluralité là, qui est extrêmement importante à mettre en avant et que malheureusement les États-Unis ne prennent absolument pas en compte.
[38:39]Voilà, on parlait de cette figure, euh, on va écouter ce que dit Shirin Ebadi, euh, Prix Nobel de la paix en 2003, euh, euh militante des droits de l'homme, en Iran, euh Shirin Ebadi, vous allez voir, c'est très court, c'est ce qu'elle a dit hier, à propos de ce que peuvent faire les États-Unis, peut-être, vous ne serez pas complètement d'accord. Euh, voilà ce qu'elle a dit à la Deutsche Welle, euh, donc la télé radio allemande.
[38:52]Premièrement, ils peuvent perturber les communications officielles de l'État en utilisant des technologies de brouillage, ils peuvent interférer avec les émetteurs de télévision et de radio du régime. Une autre option est la possibilité d'actions hautement ciblées contre le guide suprême de l'Iran et les hauts gradés des Gardiens de la Révolution. Nous avons déjà vu ce type d'opérations advenir en Iran auparavant. Par exemple, lorsque le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, se trouvait en Iran, il a été tué. Aucun civil n'a été blessé, une seule pièce a été visée, et personne d'autre n'a été tué. Le même type d'action ciblée pourrait être mené contre le guide suprême et les hauts gradés du régime.



