[0:00]ça me fait tout le temps rire, je ris tout seul mais je vais expliquer pourquoi, dans le régime paléo. Le quoi? Le il y a un régime qui s'appelle le régime paléo et je je me suis demandé mais c'est quoi ce truc? Je suis allé, c'est de remanger comme les hommes du paléolithique. Mais comment on fait pour le mammouth? Bah, je sais pas, j'ai trouvé ça juste très incongru de se dire pourquoi le pourquoi pas le régime néolithique? Ah oui. Bah parce qu'ils étaient mieux gaulés au paléo, tout le monde le sait, hein. Exactement. La dernière fois, je faisais un débat avec une personne qui fait une sorte de développement personnel, énergie, yoga, ce genre de trucs. Elle était pas elle disait mais vous les scientifiques tout ce qui est pas ce qui est en dehors de votre champ, vous le rejetez. Et je dis, on va on va on va regarder un peu l'histoire de notre discipline. On parlait des aura, de tout ça, et il se trouve que c'est un sujet que je connais bien pour des raisons de vie, qui n'ont rien à voir avec notre discussion, mais c'est juste pour expliquer qu'est-ce que je vais dire après. Et je disais vous par exemple, on a vous dites qu'on a sept ou huit chakras et ce modèle théorique, c'est pour ça que c'est très important la théorie, il vient d'un livre qui a plus de 2000 ans, qui s'appelle les Upanishad. Et les Upanishad ont été écrits, je pense on sait pas trop, mais il y a 2000 ou 3000 ans, ça a pas changé depuis, jamais. Toujours les mêmes chakras, les mêmes énergies, les mêmes machins, les mêmes machins. Alors que moi, dans ma discipline, sur les 40 dernières années, les 30 dernières années, les 20 dernières années, j'ai eu ma thèse en 2010 et de 2010 à 2026, il y a des tonnes de trucs. D'ailleurs dans votre cerveau vous joue des tours, la première page, c'est probablement qu'il y a plein de trucs qui vont être fausses dans ce livre dans quelques années. On a déjà changé des tonnes de trucs sur où sont nos souvenirs, sur l'émergence de la conscience, sur le libre arbitre. On est tout le temps en train de se dire ah merde, on s'est trompé sur ça, comment on va faire? Ah merde, on pensait que ça c'était vrai sur des trucs aussi basiques que la vision, machin. Et au final, à l'arrivée, vous vous avez pas changé d'avis en 2000 ans. Nous, on a changé d'avis 10 fois sur les 20 dernières années, et quelque part, vous avez réussi ce tour de force de persuader les gens que je suis borné et vous êtes ouvert d'esprit. Pas mal, ça. Ouais, je dois dire. C'est assez dingue, quand même. Vraiment quand on regarde tous ces trucs des énergies, des auras, du mysticisme, du machin, c'est des trucs qui ont pas bougé d'un iota depuis des siècles et des siècles et des siècles et des siècles. Et et c'est un tour de force parce qu'encore une fois, on est une une une espèce qui se bat sur la narration. Et pour beaucoup de gens, dans la narration, ces trucs sont plus ouverts d'esprit que les gens qui changent d'avis tout le temps, qui sont quasiment sûrs de rien. Donc les gens qui doutent sont les gens bornés et les gens qui doutent pas sont les gens ouverts d'esprit. Et et c'est un peu bizarre. Les neurosciences et plus généralement la psychologie, ça a toujours été une sorte de projection pour refléter les les valeurs d'une certaine époque. Donc, la psychologie a été utilisée dans le 19e siècle pour essayer de prouver que le taux de mélanine dans une dans un épiderme ou dans un derme hiérarchise les humains selon leur intelligence, les thèses racialistes. Euh, puis ça a été utilisé dans le sexisme pour dire les hommes sont meilleurs que les femmes dans les maths et cetera, c'est quelque chose aussi dont je parle dans votre cerveau vous joue des tours. Euh, et aujourd'hui, l'air du temps c'est plus vers l'individualisme et donc on va essayer de tout expliquer par le cerveau pour dire que c'est la faute de l'individu. Donc si vous êtes sur les réseaux sociaux, c'est la faute à votre dopamine. Si vous êtes triste, c'est la faute à votre sérotonine. Si vous n'êtes pas très artistique, c'est parce que vous êtes plutôt cerveau gauche. Si vous vous énervez, c'est votre cerveau reptilien. Si on fait rien pour le climat, c'est votre striatum. Si et du coup ça a toujours été un peu comme ça où n'importe quelle étude un peu ambigu encore qui a pas été stabilisée va servir de de d'écran pour se dire et c'est la science qui le prouve. Et selon vous, pourquoi? On a quoi? On a besoin de narration? On cherche du sens, il faut bien trouver? Je pense qu'on est une espèce qui se bat sur quelle histoire se raconter. Je pense c'est ça tout tout toute toute la spécificité de notre espèce, c'est que chacun de nous se raconte une histoire. Parfois ces histoires fonctionnent bien et on coopère et on travaille ensemble, et parfois ces histoires ne fonctionnent pas bien et on se dispute. Et parfois ces histoires s'écrasent contre le réel. Et et et après on ne raconte plus d'histoire sur ce sujet. Par exemple, on va trouver des théories farfelues sur je sais pas, la vaccination, sur le réchauffement climatique, sur l'autisme, sur la génétique, des sujets qui sont complexes. Euh qui peuvent paraître un peu mystérieux, mais on a pas de de récit sur les fractures ou sur la myopie. Même la personne la plus défiante envers les les autorités de santé et les médecins, elle voit flou, elle va mettre des lunettes. Elle va pas se dire je vais aller mettre du miel d'Acacia dans les yeux. Pourquoi? Parce que la myopie est quelque chose qui a été stabilisé depuis longtemps. On comprend intuitivement que ok, mon œil n'est pas en train de focaliser au bon endroit l'image, je vais mettre une lentille, ça va changer et je vais voir. Mais quand ça passe sur des choses plus complexes, l'intelligence ça devient plus compliqué et je peux me dire non, on me ment. On n'a pas de personne qui sont contre plâtrer leurs bras quand il se le casse. Personne ne dit ça. Personne ne dit moi je pense que le plâtre, c'est il y a des puces dedans et des lutins qui vont m'envahir pour me changer ma personnalité. Mais quand même quand on lit votre livre, on a l'impression que c'est une société qui lisse l'individu pour que tout le monde se ressemble. Il faudrait une comme ça quelque chose qui est assez quelque chose d'élitiste. Vous êtes unique comme tout le monde. C'est ça. C'est ça. Mais On est unique comme tout le monde. Mais il faut avoir le pouvoir, le contrôle sur ses émotions, par exemple sur les émotions, vous dites bah Faut avoir le contrôle sur tout. Il faut avoir le contrôle sur ses enfants, sur ses émotions, sur son physique. C'est pour ça que par exemple l'alimentation un autre sujet assez ambigu, c'est pour ça que chaque quelques temps il y a un nouveau régime qui apparaît. Mais si il y a un régime qui marche c'est fini, le jeu est terminé, tout le monde l'utilise et ça marche pour tout le monde, comme les lunettes, comme le plâtre. Il y a pas donc il y a cette ambiguïté et chaque personne va plein de gens vont se dire bah il y a un petit filon que je peux exploiter ici et dire bah, faites le le euh ça me fait tout le temps rire, je ris tout seul mais je vais expliquer pourquoi, dans le régime paléo. Le quoi? Le il y a un régime qui s'appelle le régime paléo et je je me suis demandé mais c'est quoi ce truc? Je suis allé, c'est de remanger comme les hommes du paléolithique. Mais comment on fait pour le mammouth? Bah, je sais pas, j'ai trouvé ça juste très incongru de se dire pourquoi le pourquoi pas le régime néolithique? Ah oui. Bah parce qu'ils étaient mieux gaulés au paléo, tout le monde le sait, hein. Mais Exactement. Donc il y a ce truc de vouloir contrôler parce que contrôler ça rend le monde plus prévisible et la prédictabilité la prévisibilité est et quelque chose d'important pour savoir comment agir. Ça raconte un peu la trouille des gens quand même aussi, au moins ils ont vaguement le contrôle. On a toujours eu la trouille, je pense c'est une un déterminant central de notre fonctionnement. Dans votre livre, vous nous amenez à considérer aussi qu'en période de crise, votre livre se termine sur cette note-là, hein, en période de crise, c'est la solidarité qui apparaît et non pas ce que vous nous démontrez dans tout le reste du livre, c'est-à-dire l'individualisme qui tend gentiment quand même à attaquer notre notre façon d'être en démocratie. Oui, c'était important pour moi que le livre soit pas juste des récits sur le cerveau, mais de montrer que les histoires qu'on se raconte sur le cerveau s'inscrivent sur des histoires plus larges sur notre espèce. Euh et sur notre fonctionnement. Et il se trouve que avant d'écrire ce livre, euh j'avais lu un autre livre qui s'appelle a Paradise built in hell, un paradis construit en enfer. Euh d'une sociologue et journaliste qui l'avait écrite sur ce récit de euh en période de crise, les gens se replient sur eux-mêmes. Et elle avait montré que pas du tout. Quand il y a une tempête, quand il y a eu les attentats du 11 septembre, quand elle a étudié cinq catastrophes comme ça, qu'elles soient des catastrophes politiques, naturelles, euh économiques et cetera, la majorité du temps ce qui se passe, c'est un mouvement de solidarité. Et ce mouvement de solidarité est souvent freiné par la croyance qu'en période de crise les gens deviennent individuels et donc souvent les autorités politiques, euh policières et cetera, vont intervenir en se disant les gens vont devenir des sortes de zombies qui se bouffent entre eux. Donc ils vont intervenir, envoyer la police, envoyer l'armée, envoyer des choses et quand les gens voient la police ou l'armée arriver, c'est là que la panique démarre. Et donc c'est une sorte de de prophétie autoréalisatrice qui est complètement fausse. On l'a vu dans plein plein de d'endroits euh dans le monde où c'est la panique, elle appelle ça la panique des élites, mais c'est pas les élites comme on l'entend en France, genre les élites je sais pas qui dans quel complot. C'est vraiment juste une un un bien de hiérarchie. Donc les personnes au-dessus dans la hiérarchie d'un d'une chaîne de hiérarchie, ça peut être la maire pour un arrondissement, ça peut être euh le président de la région pour une région, ça peut être le président de la République, machin machin. Mais elle dit en fait les on a cette peut-être que j'aurais dû dire ça dire ça au début. C'est trop tard maintenant. Euh pourquoi est-ce que c'est important? C'est ce que j'étais en train de demander pourquoi c'est dangereux. Pourquoi c'est important? En fait les croyances qu'on a sur nous-mêmes sont ce qu'on appelle des croyances performatives, c'est-à-dire elles impactent l'action qu'on va avoir sur le monde. Si moi, je crois que je suis plutôt cerveau gauche que cerveau droit, ça va impacter la manière dont je choisis ma carrière. Si moi, je crois que j'ai j'utilise que 10% de mon cerveau, ça va impacter mon comportement pour essayer d'aller utiliser 12 ou 14 ou 15. Si moi, je crois que les gens n'aiment pas changer, je vais essayer de passer de force parce que de toute façon, ils aiment pas changer et ma réforme est importante, donc il faut que je l'impose. Euh si moi, je crois que je peux soit être émotionnel soit être rationnel, je vais essayer de contrôler mes émotions parce que c'est ma rationalité qui va me permettre de réussir. Et donc si moi, je crois que les gens deviennent individualistes quand il y a des crises et je suis en position de responsabilité, je me dis il faut prendre les devants et protéger tout le monde pour que cette crise ne cause pas plus de dégâts. Sauf que le drame, c'est que si c'est pas vrai, c'est mon intervention qui va faire qu'il y aura une crise et je vais me dire tiens, j'ai eu raison. Et donc je voulais finir le livre un peu sur cette idée de c'est pas juste des histoires. C'est des histoires qui ont des conséquences qui parfois non seulement sont délétères mais parfois empêchent des choses positives d'émerger. Parce que elles deviennent autoréalisatrices. Donc la personne qui a envoyé la police pour contrôler les gens quand il y a eu le l'ouragan Katrina dans la Nouvelle-Orléans, elle, quand elle est rentrée se coucher le soir, elle s'est dit j'ai fait du bon boulot. Parce que les gens ont commencé à paniquer et c'est bien que j'avais envoyé la police. Sinon, il y aurait eu les émeutes. Elle va jamais se dire en fait, si j'avais pas envoyé la police, les gens n'auraient jamais paniqué de toute façon et il se serait rien passé et j'aurais pu envoyer la police faire autre chose. Rebecca Ferguson qui a écrit ce livre a Paradise built built in hell, euh elle dit en fait, on a alloué des policiers pour aller protéger des magasins pour qu'il y ait pas de de sorte d'émeute et des gens qui viennent et qui volent les trucs. Et du coup, il y avait plus assez d'effectifs pour aider des personnes qui étaient en train de se noyer ou qui étaient en train de perdre leur maison. Et donc c'est aussi des allocations de ressources qui sont très performatives, donc qui ont un impact dans la performance collective qu'on a. Et euh et c'était important pour moi de montrer que ces récits qu'on se raconte sur nous-mêmes, c'est pas juste des récits sur la sérotonine, sur la dopamine, sur machin, c'est aussi c'est des récits sur la dernière partie, c'est vraiment une sorte de de liste comme ça sur la résistance au changement, sur les périodes de crise, sur les effets cobra, sur tout ça. Et on et vous en quoi vous croyez? Euh plein de choses. Sur quel sujet? C'est ça le truc en fait. C'est de de toujours en fait considérer

3 fois où le neuroscientifique Moukheiber m'a fait marrer et réfléchir
Éthique et tac
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