[0:04]Comment le Creusot devient-il le centre industriel le plus représentatif de la France au 19e siècle ?
[0:13]Au 19e siècle, la révolution industrielle modifie en profondeur la société. La mécanisation fondée sur la machine à vapeur rend possible une production bon marché. Profitant du progrès technique et de la demande stimulée par l'essort démographique, un capitalisme industriel émerge. Une croissance sans précédent en découle. L'Angleterre entre la première dans cette nouvelle ère. En France, le processus est plus tardif. Le Creusot, petit village de Bourgogne comptant 1500 habitants à la fin du 18e siècle, possède de nombreuses mines de fer et de charbon. Il fait partie des hauts lieux de l'industrialisation française. Une fonderie royale s'implante en 1785 avec le premier au fourneau. Les frères Adolphe et Eugène Schneider achètent tous les établissements du site en 1836 et créent Schneider Frères et Compagnie. Cette entreprise façonne la région pendant près d'un siècle avec la série la plus importante du pays. L'entreprise s'impose dans le transport ferroviaire, les ponts et les charpentes métalliques ainsi que dans l'armement. Sa renommée repose sur la très grande qualité de sa production et sur le marteau-pilon capable de forger des pièces de grande dimension. Haut de 21 m, pesant 100 tonnes, l'écho de ses coups peut être entendu à 10 km. L'entreprise concurrence les géants étrangers comme l'allemand Krupp et exporte partout en Europe et dans le monde. Le site industriel s'agrandit et le Creusot englobe désormais les communes environnantes. En 1870, on compte 10 000 ouvriers pour 20 000 habitants. La ville devient le fief politique de la famille Schneider. Tour à tour, maire, député, ministre, les Schneider dominent la région. Malgré leurs efforts pour empêcher les grèves et la diffusion des idées socialistes, des militants syndicaux comme Jean-Baptiste Dumay organisent la lutte. Ils agissent pour améliorer les conditions de travail et s'opposer à la main mise des Schneider sur la ville. À plusieurs reprises, les meneurs sont licenciés ou poursuivis en justice et les grèves réprimées par l'armée. À la chute de l'Empire en 1870, Eugène Schneider, proche de Napoléon III, cède la direction à son fils Henri et fuit en Angleterre. Sous la pression populaire, le préfet remplace Eugène Schneider par Jean-Baptiste Dumay à la mairie du Creusot. Comme à Paris en 1871, la commune s'insurge contre le pouvoir. Mais l'armée en reprend le contrôle et Henri Schneider est élu maire. Jean-Baptiste Dumay doit s'exiler. Henri Schneider pratique une politique paternaliste. Il se considère comme le père de ses ouvriers et s'estime responsable de leur bien-être. En contrepartie, il attend de leur part respect, obéissance et fierté de travailler pour sa compagnie. Ce paternalisme inspiré par le catholicisme social est à l'origine de la construction de l'hôpital du Creusot, de logements ouvriers et de l'institution d'un système de retraite. À la fin du 19e siècle, le Creusot connaît cependant un regain de tension. Une sévère répression met fin à la contestation sociale et de nombreux ouvriers sont renvoyés. Après la défaite de la France en 1870, la compagnie bénéficie de nombreuses commandes d'État afin de préparer la revanche contre l'Allemagne. Pendant la Première Guerre mondiale, la société emploie 20 000 ouvriers. Elle participe pleinement à l'effort de guerre et à la victoire. Le Creusot est pendant près d'un siècle le pilier de l'industrialisation du pays.



