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Frappes sur l'Iran : un premier bilan géopolitique

Pascal Boniface

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[0:05]Quel premier bilan provisoire bien sûr peut-on tirer des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran et ses conséquences?
[0:05]Ceci étant, un succès militaire, s'il n'y a pas un succès politique, ne sert pas à grand-chose et c'est là que les problèmes peuvent éventuellement commencer pour Israël et les États-Unis.
[0:05]Tout est encore sur la table, on ne sait pas jusqu'à quand va durer cette guerre et quelles seront sa conséquence, son résultat final.
[0:05]Si bien sûr, il y a un changement de régime en Iran et qu'une démocratie s'y établit, ça sera là du coup le succès politique qui viendra accompagner le succès militaire.
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[0:05]Quel premier bilan provisoire bien sûr peut-on tirer des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran et ses conséquences? Alors tout d'abord sur le plan militaire, c'est un indéniable succès. Iran ne peut pas répliquer, il peut répliquer un peu sur les pays du Golfe mais il y a une sorte de maîtrise totale de la question militaire par Israël et les États-Unis qui ont détruit l'essentiel des capacités iraniennes. Ceci étant, un succès militaire, s'il n'y a pas un succès politique, ne sert pas à grand-chose et c'est là que les problèmes peuvent éventuellement commencer pour Israël et les États-Unis. Alors qu'est-ce qui peut se passer? Tout est encore sur la table, on ne sait pas jusqu'à quand va durer cette guerre et quelles seront sa conséquence, son résultat final. Si bien sûr, il y a un changement de régime en Iran et qu'une démocratie s'y établit, ça sera là du coup le succès politique qui viendra accompagner le succès militaire. Ce n'est pas le scénario majeur, c'est militairement pas ce que pense la plupart des experts, voire la quasi-totalité, là je parle de ceux qui sont experts, je ne parle pas des propagandistes, qui disent que pour le moment jamais on a vu un régime tomber sur le coup d'une opération militaire aérienne et que par ailleurs le régime iranien a des bases à la fois fragiles en terme de succès de public, mais solide en terme de capacité à se maintenir au pouvoir malgré cela. Ceci étant, c'est là que les choses peuvent diverger entre Netanyahu et Donald Trump. Netanyahu peut très bien se satisfaire d'un proche orient chaotique où l'Iran éclaterait en plusieurs États ou même resterait complètement détruit mais ne pourrait plus être une menace pour Israël. Et donc il y a s'il y a un chaos et même s'il y a des répercussions dans le Golfe pour les autres pays, Netanyahu s'en fiche un peu. Un Iran chaotique et un Golfe tout à fait insécure n'est pas un bon résultat pour Donald Trump. Lui ce qu'il veut c'est avoir la tête du régime pour entrer dans l'histoire, s'il ne l'a pas, bien sûr il pourra dire qu'il a eu un succès puisqu'il a complètement détruit l'Iran, mais en tous les cas on voit bien qu'il pourrait y avoir par la suite des tensions entre Israël et les États-Unis. On a vu cette scène où un vétéran dit qu'il ne voulait pas faire la guerre pour Israël, beaucoup dans le camp Magaga commence à dire notre slogan c'est America First, c'est pas Israël First et les démocrates, notamment monsieur Newsome, du gouverneur de Californie, probable candidat démocrate aux élections présidentielles, veut de prendre de plus en plus sa distance avec Israël. Et donc un insuccès, un échec politique pourrait créer une faille entre Israël et les États-Unis. Pour les pays du Golfe, bah c'est c'est bien sûr très inquiétant parce que ces pays du Golfe se présentent comme des pays stables, sûrs, destination touristique, destination financière, ils ont été secoués et bien sûr l'Iran joue la politique du pire en disant ces pays-là vont faire pression sur les États-Unis si je les menace, si je les attaque pour que la guerre s'arrête, mais en même temps, il a encore plus antagonisé les relations avec les pays du Golfe l'Iran même avec des pays comme Oman ou le Qatar qui n'étaient pas mal disposés à son égard. Alors et donc ces pays du Golfe sont les perdants de cette opération pour le moment, il faudra du temps pour établir la confiance et on ne sait pas combien de temps le ciel sera fermé sur ces destinations touristiques et sur ce hub de touristes très importants. Pour l'Europe, c'est la catastrophe.

[3:19]Les pays européens bien sûr, même le président Macron a dit lui-même qu'il n'avait été ni consulté ni informé des frappes. Les pays européens sont divisés une fois de plus, alors l'Espagne surtout est en tête pour condamner l'intervention, la France a été un peu plus ferme que d'habitude mais en 2003 on n'a pas dit que en fait on était content que le régime soit débarrassé tout en s'opposant à la guerre. Donc on voit bien que l'opposition française à cette opération militaire américaine-israélienne est moins ferme que le n'avait été en 2003. Et c'est l'Espagne qui joue le rôle que la France jouait à cette époque. Mais on a vu une division des pays européens avec carrément le chancelier allemand qui se se montrait solidaire avec Donald Trump pour condamner l'Espagne, donc c'est quand même un membre de l'Union européenne et là on peut dire que le chancelier Scholz ne s'est pas vraiment grandi et n'a pas vraiment montré sa fibre européenne et a montré qu'il y avait une sorte de soumission volontaire aux États-Unis. Et puis surtout les pays européens ont mis en avant leurs contradictions, leur attachement au droit international, et ben il a Eclipse, il a été éclipse pour Maduro, il a été éclipse pour l'Iran. Bien sûr, il n'aime pas le régime iranien ce qui peut se comprendre, mais le droit international est le droit international et ce que montrent les pays européens pour le moment, c'est que leur attachement au droit international est en éclipse. Pour la Russie, il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles. La mauvaise nouvelle, bah c'est que après Maduro, après Cuba, bah en fait après même Bachar El-Assad, en fait la garantie stratégique russe ne conduit pas à grand-chose et donc auparavant les Russes pourraient dire que eux n'abandonnent pas leur alliés, que lorsqu'on était allié avec la Russie, c'était une garantie de protection stratégique.

[4:55]Ce n'est plus le cas, ils n'ont rien pu faire contre les frappes contre l'Iran. Alors bien sûr, par rapport aux États-Unis, ils ne veulent pas non plus s'opposer frontalement aux États-Unis parce que l'Ukraine est plus importante que l'Iran mais du coup l'Ukraine apparaît comme un partenaire qui va fournir une aide anti-drone aux États-Unis, deuxième mauvaise nouvelle pour la Russie. Par contre, côté bonne nouvelle, ça va augmenter le prix des matières premières énergétiques qui est la seule ou la principale source d'approvisionnement et de de vise pour la Russie. L'Inde qui avait cessé sur pression américaine d'acheter du pétrole russe va le reprendre pour parce qu'elle n'a pas le choix, le Golfe n'est plus possible et du coup la Russie aussi apparaît comme un partenaire fiable pour la Chine qui va augmenter encore un peu plus ses achats de pétrole et de gaz à la Russie parce que bah la Chine va perdre après le Venezuela, elle perd l'Iran. Donc mauvaise nouvelle pour Pékin, mais par contre ce qui est favorable à Pékin, c'est que bah la Chine une fois de plus apparaît comme un partenaire stable, comme un pays qui contribue positivement aux relations internationales, comme un pays qui s'attache au droit international, qui n'est pas un pays qui lance des guerres et qui se lance dans des politiques de confrontation tout azimut. Et donc on va de nouveau comparer une Chine sage et apaisée avec des États-Unis très brouillons et très guerriers. Et puis il faut voir aussi ce qui se passe au Liban, ce qui se passe en Iran parce que peut-être qu'il y aura aussi un moment où les dégâts sur les civils seront tellement importants qu'il y aura un peu plus de révolte dans le monde et y compris dans les gouvernements par rapport à ce que font Israël et les États-Unis. Donc voici un premier bilan provisoire géopolitique, on va voir ce qui va advenir par la suite. La solution militaire ne sera pas trouvée et selon la solution militaire, on verra quelles sont les conséquences géopolitiques, mais voici le premier bilan que l'on peut provisoirement tirer de cette guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël.

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