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Les gens sont traumatisés par RIEN 🧐

Za

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[0:01]Et d'ailleurs, ça va certainement vous étonner, mais je ne vais même pas faire de trigger warning pour cette vidéo.
[0:01]Derrière ce corps sculpté, derrière ce titre volontairement provocateur et derrière cette approche qui vous paraît sûrement étrange, il y a une vérité psychologique qui est extrêmement peu traitée en France.
[0:01]Au point que certaines approches neuropsychologiques qui visent à l'étudier n'ont même pas encore de nom traduit en français.
[0:01]Cette vérité, c'est celle de patients et de patientes que je reçois, de personnes que vous connaissez et peut-être que c'est également la vôtre, c'est celle des gens qui doivent vivre leur vie avec un traumatisme.
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[0:01]Et là, normalement, vous vous dites bon bah, continuité logique, il va faire un truc sur le trauma, donc ben du coup, il va faire son trigger warning et puis en fait, au final, personne pourra regarder la vidéo parce qu'il a parlé de guerre, de viol, de terrorisme, de des cadavres qu'il a vu quand il était gamin, enfin bref. Et ben, pas du tout. Et d'ailleurs, ça va certainement vous étonner, mais je ne vais même pas faire de trigger warning pour cette vidéo. Derrière ce corps sculpté, derrière ce titre volontairement provocateur et derrière cette approche qui vous paraît sûrement étrange, il y a une vérité psychologique qui est extrêmement peu traitée en France. Au point que certaines approches neuropsychologiques qui visent à l'étudier n'ont même pas encore de nom traduit en français. Cette vérité, c'est celle de patients et de patientes que je reçois, de personnes que vous connaissez et peut-être que c'est également la vôtre, c'est celle des gens qui doivent vivre leur vie avec un traumatisme. Mais pas un traumatisme au sens où on l'entend en général, parce que ça, ce serait trop simple. Là, je parle d'un traumatisme complexe. Comment on sait qu'on a un traumatisme complexe ? Et ben, c'est hyper simple, c'est quand on remplit tous les critères du traumatisme, mais que quand on nous demande par quoi est-ce qu'on a été traumatisé, on répond rien. Et le nombre de fois qu'on m'a répondu rien, et ben, je me dis que rien, c'est quand même vachement fort. J'ai pas spécialement l'impression d'avoir commencé le métier avec une obsession pour euh le concept de trauma complexe. Et pourtant, mais certainement à cause du du type de patients que je reçois aussi, hein, mais c'est sûr que j'ai j'ai j'ai j'ai j'ai sur tel que j'ai choisi, mais aujourd'hui, c'est un concept que je manipule tous les jours en consultation. Sauf que le trauma complexe, il a pas encore fait son chemin jusque dans le DSM5, il y a que le PTSD dedans, et ben, du coup, les gens, ils se le font pas diagnostiquer, hein, voilà, tout simplement. En général, on va toujours leur diagnostiquer un trouble anxieux généralisé, une anxiété sociale, une phobie, un trouble de la personnalité, le plus souvent borderline et je vais vous expliquer pourquoi ça m'agace, voire une dépression chronique ou un trouble dissociatif, ce qui ne veut pas dire grand-chose. Il veut pas dire grand-chose. Et c'est pas très étonnant qu'il soit pas très diagnostiqué parce que par définition, c'est pas un trauma spectaculaire. C'est pas un trauma qui choque, c'est pas un trauma qui surgit, qui surprend, c'est un trauma qui s'installe, qu'on voit pas, qu'on ne nomme pas, du coup, et qui pourtant est un trauma, qui est là, tous les jours, chez plein de gens, chez vraiment plein de gens. Mais c'est un trauma qui dérange un peu. Il dérange parce que il peut être lié à plein de types de vécus différents, mais à chaque fois, le point commun entre tous ces types de vécus, c'est que pour accepter qu'ils existent, il faut au préalable accepter de dire le problème, c'est pas vous, c'est ce que vous avez dû apprendre à faire pour survivre à la société. Et le fait de dire ça, d'admettre qu'il faudrait survivre dans la société, et ben, c'est admettre que la société, elle est traversée par des systèmes de domination, comme le capitalisme. Et puis parce que dans ces cas-là, le trauma ne résulte pas d'une rupture, d'un accident, d'une tragédie, d'un événement spectaculaire, parce que des fois, le trauma, il est tout simplement le résultat d'un long mécanisme disciplinaire, ou ce qu'on a appris à appeler dans le langage courant, rien.

[2:55]Rien.

[3:19]J'ai énormément de choses à vous dire sur comment le trauma complexe est utilisé de manière consciente ou non pour structurer la société, fabriquer à l'intérieur de la société des groupes minorisés, obéissants, domestiqués, silencieux et heureux d'obéir, ou en tout cas, qui pense être heureux d'obéir. Et en plus, c'est un sujet qui me passionne, donc je suis très pressé de le faire, mais avant de tout ça, on va bien être obligé de poser les bases. Ça veut dire que c'est une série, et ça veut dire que là, c'est l'épisode que vous êtes un peu obligé de regarder pour suivre la série. Parce que quand on parle de trauma, on utilise un terme qui est un peu utilisé à tort et à travers et surtout en fait, confondu avec plein d'autres termes qui veulent dire d'autres trucs. Et donc, avant de parler de quoi que ce soit, il faut qu'on sache exactement de quoi on parle, parce que sinon, on va rien comprendre. Dans le langage courant, c'est assez fréquent que les gens utilisent de manière indistincte les trois termes suivants: trauma, angoisse et phobie. En général, on a par exemple pas trop de mal à accepter que les trois phrases suivantes veulent dire plus ou moins la même chose. Croiser Gérald Darmanin dans la douche, c'est ma phobie. Croiser Gérald Darmanin dans la douche, c'est mon angoisse. Croiser Gérald Darmanin dans la douche, c'est un trauma. J'ai dit trois fois son nom, vous croyez qu'il va apparaître dans mon miroir ? Ou alors ça c'est Reotailo, je sais plus. Et alors, pour commencer, la phobie. Moi, je sais, la phobie, c'est une peur irrationnelle. Raté. On essaie d'être un peu intelligent et intelligente ici, hein, donc on va éviter de de de qualifier les gens ou les pensées d'irrationnelles. Ne pas pathologiser ou dépathologiser le soin, ça passe aussi par le fait d'éviter de qualifier trop de trucs d'irrationnel pour rien. Et puis en plus, parce que la phobie, c'est pas avoir peur d'un truc qui fait pas peur, c'est même pas avoir peur d'un truc qui a pas de sens, avoir une peur démesurée d'un truc. Et même je trouve que dire ça, c'est délégitimer et dénaturer l'expérience de la phobie elle-même, comme si le cerveau, il s'emballait juste comme ça pour rien et que en fait, il croyait qu'il fallait avoir peur d'un truc et qu'il fallait juste le rassurer pour que ça aille mieux. Les gens, ils savent que les bourdons ça pique pas. Fermez-là. Parce que dans les faits, c'est rarement l'objet ou la situation en elle-même qui pose problème. La phobie, c'est pas la peur ou la réaction face à une chose, c'est la peur de ce qu'on pourrait revivre en présence de cette chose. À chaque fois, vous allez voir, je vais prendre l'exemple social, mais parce que c'est le plus commun, donc c'est en général le plus facile à comprendre. Dans l'agoraphobie, ce qui fait peur, c'est pas euh l'Agora, c'est pas le forum, c'est pas le la foule, c'est pas la rue, c'est pas les gens, c'est même pas le bruit ni la multitude. C'est l'impression que le contexte désigné comme objet de l'agoraphobie, on a l'impression que c'est le contexte parfait pour s'effondrer. Parce que la phobie, c'est une mémoire qui s'est greffée à un décor. Si vous voulez le faire chez vous, par exemple, pour si vous voulez acquérir une agoraphobie, et ben, ça sert à rien de faire face à une foule extrêmement nombreuse et en colère contre vous. Pour ça, il faut déjà que vous fassiez un truc, ça s'appelle une attaque de panique. Et ça, ça se déclenche pas sur commande. Et je sais que vous confondez encore attaque de panique et crise d'angoisse, mais vu que je vais parler de l'angoisse juste après, bah, du coup, ça va tout clarifier. La panique, c'est un emballement brutal, physique et total. C'est le corps tout entier qui passe en mode alerte, et contrairement à ce que dit Fabien Olicard, votre cerveau n'est pas du tout extraordinaire, il est même plutôt complètement con. Le fameux machin mou de 15 à 17 centimètres que vous vous trimballez au-dessus de la nuque, il s'est capté les infos, il s'est prêté les infos, il s'est prendre des décisions et se demander ce qu'il y a après la mort. Là, on parle du système nerveux central. Tout le reste, la digestion, la transpiration, la respiration, le rythme cardiaque, l'attention, en gros, tous les trucs qui sont pas gérés par la pensée, et ben, c'est géré par un truc qui se débrouille tout seul. Et ce truc, il s'appelle le système nerveux autonome. C'était facile, du coup. Système nerveux autonome. Alors, je vais simplifier énormément. Mais en gros, imaginez-vous que le système nerveux autonome, il a deux branches. Il y a une branche qui s'appelle la branche sympathique, dont on se souviendra assez bien du nom parce que ça veut dire pile l'inverse. C'est celle qui passe en bas. Et il a une branche qui s'appelle la branche parasympathique, qui, elle, est plutôt sympa. J'ai toujours trouvé que qui c'était gourré, moi. Et ces deux branches, en général, elles fonctionnent dans un et ces deux branches, en général, elles fonctionnent dans un équilibre plus ou moins constant, parce qu'elles ont chacune leur spécificité, leur rôle et que en général, vous avez pas plus besoin de l'une que de l'autre. Sauf des fois. Et donc, on va parler exactement de ça. Si c'est le système sympathique qui prend le dessus, et ben, on arrive dans ce qu'on appelle le mode Fight or Flight, c'est-à-dire fuir ou combattre. C'est votre état d'alerte. Les épaules crispées, les fesses serrées pour pouvoir déclencher et partir en courant d'un coup, les voies respiratoires qui qui s'élargissent pour faire rentrer plus d'oxygène et du coup, ben, des fois, créer des crises d'aérophagie, et du coup, par définition, tous les trucs qui sont normalement gérés par le système parasympathique, et ben, ils arrêtent d'être gérés correctement. Le système parasympathique, ça rime aussi, c'est ce qu'on appelle le mode Rest and Digest. C'est celui qui permet de se reposer et de digérer. C'est pour ça que quand vous êtes stressé, vous faites caca mou. Parce que vous digérez pas, en fait. Ce qu'il y a pas le temps, parce qu'il faut se préparer à se battre ou à fuir. Ça, c'est un contrôle de mainte. Ça marche pas. Essayez pas de tabasser votre contrôle de mainte. On est des singes très peu poilus, hein, c'est tout. Donc, vous pardonnerez à l'évolution de pas nous avoir donné ce qu'il fallait pour combattre un truc qui existe depuis littéralement deux semaines à l'échelle de notre espèce, quoi. Enfin, bon, c'est, voilà, il faut s'y faire. Bref, comme je vous ai dit, les deux fonctionnent ensemble. Donc, les réactions, quand c'est pas le cas, c'est toujours à des échelles différentes, avec des fonctionnements ciblés différents selon les personnes, selon les moments. Mais des fois, le système sympathique décide de prendre les rênes d'un coup, de façon quasi totale et extrêmement brutale. On identifie ce moment à une montée qui va trouver son point culminant dans les 10 minutes qui suivent le premier symptôme. C'est ce qu'on appelle une attaque de panique. Une attaque de panique en général, c'est assez court et on part du principe que en deux trois minutes, vous êtes au sommet. Le cœur tape, la gorge se serre, des fois, vous croyez, vous êtes en train de crever. Vous pouvez avoir des symptômes qui ressemblent beaucoup à ceux d'une crise cardiaque, et le machin mou là-haut, il a même pas le temps de comprendre ce qui s'est passé et pourquoi ça s'est passé. Des fois, ça paraît hyper logique. Je veux dire la réflexion, elle a pas besoin d'aller loin. Vous vous faites attaquer par un chien, le premier truc que votre cerveau, il voit à ce moment-là, c'est un chien. Donc, il se dit, bon bah, j'ai peur des chiens. Voilà, phobie des chiens. Des fois, ça a l'air un peu con. Vous faites une attaque de panique dans un supermarché. Votre cerveau, c'est quoi le premier truc qu'il voit ? C'est un supermarché. Vous avez la phobie des supermarchés, c'est nul. Et en même temps, vous avez pas du tout envie de revivre ce truc horrible que vous avez vécu. Donc, on va plus au supermarché, c'est pas grave, on fera le drive. Et des fois, c'est vraiment super con. Votre mère, elle a peur des chiens. Du coup, elle vous engueule à chaque fois que vous voyez un chien et que vous essayez d'aller le caresser. Du coup, vous liez de plus en plus le chien à une réaction négative, jusqu'au jour où il y aura tous les paramètres qu'il faut pour que ça déclenche une réaction de panique. Et bravo, vous avez une phobie des chiens qui vous a été enseignée. Vous faites des attaques de panique devant un truc qui n'a jamais été dangereux pour vous. Donc, pour résumer, une phobie sociale, c'est un moment, un endroit ou une personne qui va déclencher un jour, pour une raison ou pour absolument aucune raison, une attaque de panique. Cette attaque de panique, elle va structurer un mécanisme de survie qui va consister en l'évitement à tout prix de cette rencontre. Du coup, vous l'évitez, renforcement négatif, vous êtes plus confronté au stimulus. Donc, du coup, bah, vous redoutez encore plus la fois où vous serez confronté au stimulus. Et puis, ben, un jour, vous êtes confronté au stimulus. Du coup, renforcement positif, vous paniquez, ça se passe super mal, et du coup, bah, vous avez encore plus peur qu'avant. Ça peut aller très très loin. Parce que là en plus, vous avez eu la confirmation que vous aviez raison d'avoir peur. Vous avez bien fait une attaque de panique. Alors, oui, dit comme ça, ça fait irrationnel. Mais non, c'est pas vraiment irrationnel. Non, je suis pas d'accord. C'est pas complètement arbitraire. C'est un système de protection un peu extrême, certes, mais logique, en tout cas, plus logique que notre deuxième sujet, l'angoisse. Et donc, en l'occurrence, pour l'exemple, l'anxiété sociale. L'angoisse, c'est aussi une réponse de survie, mais une réponse qui est un petit peu plus déréglée par rapport au réel, parce que l'angoisse, elle va vous dire qu'il faut fuir le lion au moment où précisément il y a pas de lion. L'angoisse, elle n'a pas de source, elle n'a pas d'objet où se poser, ou plutôt, c'est l'absence de source, c'est l'absence d'objet, de lieu, de personne, d'événement qui est le terrain sur lequel elle se pose. En gros, la caverne à glerron là-haut, elle interprète un signal neutre comme une menace. Quelqu'un vient de croiser votre regard. Cette personne vous déteste, elle vous trouve parfaitement ridicule et elle pense absolument toutes les choses négatives que votre mère a dit sur vous. Vous savez que c'est pas vrai, mais l'angoisse. Quelqu'un n'a pas répondu à votre SMS, vous avez dit un truc complètement idiot, et d'ailleurs, cette personne, elle voudra plus jamais vous parler à cause de ça, elle vous déteste. Vous avez juste demandé si la personne, elle voulait passer à la maison. En fait, le gros problème de l'angoisse, c'est qu'elle paraît crédible, et la plupart du temps, en fait, on y croit complètement, mais parce que c'est justement une déformation, c'est une distorsion de la pensée. C'est la cognition qui se déforme pour répondre à un besoin de sécurisation au sujet d'un d'un événement mal digéré ou d'un souvenir désagréable. Un jour, on s'est moqué de moi, j'ai trouvé ça désagréable et du coup, maintenant, dès que je vois quelqu'un rire dans la rue, je me dis qu'il est en train de se moquer de moi lui aussi, ils sont en train de faire des blagues sur moi, ils disent que je suis moche et que je suis ridicule avec mon crâne chauve là. C'est une hypothèse ultra catastrophique qui se fait passer pour un fait certain, établi. Souvent, vous remarquerez que ça passe par le si je fais rien, au moins, je prends pas le risque qui m'arrive le truc négatif que je redoute si je fais quelque chose. Alors, si je fais rien, personne me déteste. Par contre, si je lui demande de venir chez moi et que il me trouve ridicule et absolument abominable et une personne horrible, bah, là, j'ai essuyé un échec social et puis, bah, c'est c'est c'est une humiliation. Le risque que je prends d'essuyer un refus, c'est bien pire que le risque de juste passer ma vie tout seul. Et pourtant, ça paraît logique sur le moment, ça paraît vrai, ça paraît hyper cohérent. Mais l'événement que vous cherchez à éviter, en réalité, bah, 90% des cas, il est vraiment moins pire que les trois semaines que vous avez passé à penser à l'événement.

[13:26]Le point commun entre la phobie et l'angoisse et ce qu'il est distingue toutes les deux du trauma, c'est justement ça. C'est que vous pouvez penser à l'événement, à la chose, à l'objet, au décor, et cetera, comme quelque chose de situé. Vous pouvez dire, j'ai fait une crise de panique. Vous pouvez dire, j'ai fait une crise d'angoisse. Souvent, c'est c'est pareil, une altération de la pensée qui fait que vous êtes dans votre lit à penser à 50 milliards de scénarios qui n'arriveront jamais, mais tous absolument catastrophiques. Mais le trauma, lui, il n'est pas surgissant, il n'est pas événementiel. C'est une trace permanente, laissée par un événement dans l'appareil psychique, sensoriel, neurovégétatif et relationnel. C'est l'événement qui refuse de prendre fin, de mourir, de se terminer. Ce n'est pas un souvenir auquel il faut qu'on se confronte pour guérir. Ça parce que ça, je l'entends vraiment très souvent. C'est même l'inverse d'un souvenir, c'est une présence. C'est pas quelque chose qui vous est arrivé, c'est quelque chose qui est en train de vous arriver. C'est quelque chose qui est toujours là, tout le temps. C'est une intrusion permanente du passé dans le présent. C'est un toujours là. Même si c'est sous-marin, même si c'est discret, même si c'est inconscient, l'émotion, la sensation, la pensée, le bruit, l'odeur, tout ça, ça part jamais tout à fait. Tout ce que vous avez vécu lors de cet événement s'imprime, persiste dans le temps et continue d'exister après la fin de l'événement. Des fois, ce toujours là, il se rend beaucoup plus visible, beaucoup plus réel. C'est ce qu'on appelle être trigger ou être déclenché. Voir un objet, un mot, une scène qui vous ramène à cet événement-là, rend sa présence dans votre vie beaucoup plus réelle, beaucoup plus concrète. Mais la vérité, c'est que de toute façon, l'événement, il était là, vous étiez constamment en train de le vivre. On peut penser ça comme une alarme qui ne s'éteint jamais, parce que un jour, il y a eu le feu. Le Fight or Flight qui reste toujours envisageable à chaque seconde. Alors, c'est fatigant de fou, évidemment, mais c'est surtout extrêmement éprouvant moralement, même quand on ne sait pas qu'on a ça en nous. Mais ça, c'est le trauma simple, c'est celui que vous connaissez le mieux, la guerre, la mort, le terrorisme, le viol, la rupture, la perte, et cetera. Et il y a des gens, beaucoup de gens qui ont exactement le tableau clinique du trauma, mais qui n'ont vécu aucun de ces trucs là. Ils ont cet esprit de défense permanent, cette façon de vivre sa vie comme si une menace était constamment en train de se rejouer en boucle, cet apprentissage finalement de chaque seconde à se défendre contre quelque chose qu'on ne comprend pas vraiment ou en tout cas, une chose sur laquelle on n'arrive pas à mettre le doigt, hyper vigilance, anticipation, fatigue, gestion du danger, projection pessimiste dans le futur. Bref, ce tableau clinique, comme je vous le disais, celui celui du trauma, il peut être là sans événement traumatique. C'est une façon de se vivre et de se percevoir à travers le regard social, le regard extérieur et à travers les injonctions sociales. C'est une adaptation qui est devenue un type relationnel. C'est une façon d'être au monde et bien souvent, c'est une façon de survivre. Du coup, j'y reviens, c'est quoi une personne borderline ? C'est une personne qui réagit trop fort, qui s'attache trop, qui rejette trop vite les autres, qui a trop peur, qui a trop mal. Je sais que je vais pas me faire que des amis en disant ça, mais j'ai vraiment beaucoup de mal avec ce mot. Parce que en fait, euh, il se passe quoi si juste vous croyez la personne qui vous parle et que du coup, vous enlevez l'adverbe trop, qui est juste un jugement que vous vous avez rajouté sur ce qu'elle vous a dit ? Bah, c'est une personne qui réagit, c'est une personne qui s'attache, c'est une personne qui rejette vite, c'est une personne qui a peur, c'est une personne qui a mal, qu'une personne qui a été abandonnée, peut-être des fois pas littéralement, des fois peut-être symboliquement, peut-être que c'est un sentiment qui est né après un divorce ou un déménagement. Des fois, après la mort d'une personne importante dans l'enfance ou d'un animal de compagnie, et peut-être pas qu'une seule fois de façon brutale, et peut-être plein de de de toutes petites fois, de plein de toutes petites façons. Vous savez, comme ils font les les parents toxiques qui ou ils vont vous croire qu'ils vous aiment plus, qui vous abandonnent, et cetera, mais ça revient et après, ça repart, et puis ça revient, et puis ça repart. C'est une personne qui a fini par comprendre que le monde va toujours finir par les mener vers le silence, l'attente et le vide. C'est une personne à qui on a appris que l'amour se méritait, s'arrachait, et qu'il fallait l'anticiper. Alors, du coup, ouais, moi, je vous avoue, vu que en plus, c'est un trouble de la personnalité qui est quand même attribué massivement à des femmes et puis à des personnes sociabilisées comme des femmes, et que en plus de ça, euh, très souvent, on se rend compte que ça masque d'autres diagnostics qui pourraient être un peu plus utiles comme autisme, trouble de l'attention, bipolarité ou justement trauma complexe. Bah, je trouve pas ça fou comme terme. Moi, j'entends, ouais, elle est folle. Elle est troublée, elle s'attache trop. Du coup, le la personne qui est derrière le mot, elle, elle l'a intégré sans problème, ça, fait sa faute. Elle fait n'importe quoi, elle est trop pour les gens, trop intense, trop émotive, trop affectueuse ou même trop pot de colle. Et du coup, pourquoi elle est comme ça ? Ah ben, tout simplement parce que son esprit d'enfant a vécu chaque minute de sa vie comme une occasion potentielle d'abandon ou de désamour. Pardonnez-moi, ça m'a l'air extrêmement rationnel comme mécanisme de survie. C'est chiant, c'est douloureux, mais c'est pas une maladie. C'est une réponse qui a été adaptée à la survie dans un contexte hostile, à la survie dans un monde qui est violent, et borderline, c'est le nom qu'on donne à la souffrance des femmes une fois qu'elles ont arrêté de se taire, et qu'elles viennent faire chier les soignants avec leurs problèmes. Il faut bien trouver un mot à mettre dessus, quoi. Et c'est pour ça que dans la prochaine vidéo, j'ai envie de vous montrer comment le trauma complexe est utilisé dans les structures de la société et par la société elle-même pour discipliner, domestiquer et rendre uniquement répondante aux injonctions, aux désirs, aux envies et aux objectifs d'autres personnes qu'elle. Et là, je parle notamment des femmes de la charge mentale, de la charge effective et de la charge relationnelle.

[18:46]Enfin, bon, il faut que je vous montre un animal. Euh, tiens, qui d'autre ? Et ben, Nikita, tiens. Voilà. Nikita, c'est le premier animal de compagnie qu'on a adopté, et euh quand elle est arrivée à la SPA, elle avait euh les, elle place un tas qui était resté euh à l'intérieur, et elle venait genre d'accoucher il y a à peine, enfin, je sais pas, quelques semaines, quoi, et les mecs, ils l'ont foutu à la rue parce que elle avait accouché et que eux, ils voulaient juste garder les chiots pour faire des chiens de combat avec, en gros, si j'ai tout compris. J'ai on a jamais eu beaucoup de détails, à chaque fois, à l'ESP, il me disait ah ouais, Nikita, ouais, ah, elle a vécu des trucs de fou, hein, et à chaque fois, il nous racontait pas. Bah, ou alors vraiment juste des brimes. Mais du coup, je précise, c'est pas moi qui ai donné le nom. C'est c'est déjà son nom avant. Je ne suis pas fan de Luc Besson. D'accord. Je je veux que ça se sache, en fait. Je je ne suis pas fan de Luc Besson. Merci.

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