[0:00]Bon, les gars, on entend souvent dire aujourd'hui que l'on ne peut plus rien dire, que la liberté d'expression est morte, que la censure triomphe. Ça, c'est vraiment une position classique à droite aujourd'hui, notamment pour tout ce qui touche aux sujets sensible de l'immigration, de l'insécurité ou encore de l'intégration. Et oui, effectivement, je ne vais pas le nier. Il suffit de voir la situation dramatique en Angleterre par exemple pour comprendre que les choses n'évoluent pas vraiment dans le bon sens. En revanche, il est assez frappant de constater et bah que c'est pas nouveau. Genre vraiment pas. Non, tu es trompé encore. Et plus frappant encore, les méthodes pour répondre à la rigidité morale des instances dominantes non plus, ça n'a pas tellement tendance à évoluer. Alors oui, OK, arrêtez tout. Je me doute bien que dit comme ça, c'est assez abstrait. Donc ce que je vous propose aujourd'hui, c'est qu'on fasse un petit voyage ensemble, un petit voyage dans le temps à la rencontre d'un clash culturel majeur qui a redéfini pour des décennies la façon dont on perçoit la droite et la gauche, la littérature, l'engagement de l'écrivain et la cuisson des nouilles. Il dit qu'il voit pas le rapport. Vous allez voir, c'est intrigant et ça en dit vraiment beaucoup sur notre temps, ses délires et ses névroses. C'est bon, je vous ai rattrapé. Vous êtes intrigués. Alors, c'est parfait. Abonnez-vous, activez la cloche et n'oubliez pas de booster l'épisode si vous le regardez depuis votre mobile. On va faire chauffer la De Lorean, c'est parti, générique. Mais juste avant de nous élancer dans l'épisode, je voudrais prendre un instant pour vous parler des éditions Phoenix qui sponsorise cette vidéo. Les éditions Phoenix, si par malheur vous l'ignoriez encore, c'est une formidable maison d'édition française spécialisée dans la réédition des plus grands classiques de l'histoire, dans de belles éditions bardées de dorures et de classe. Non mais euh, eh, regardez, avouez que c'est stylé tout ça, de Clovis à Napoléon 3 en passant par Charlemagne, les croisades ou encore Louis XIV. Il y en a pour tous les goûts aux éditions Phoenix avec de supers éditions qui font honneur à leurs lecteurs. Et vous savez ce qui se passe en ce moment, c'est la fête des pères qui se prépare. Et là, les livres des éditions Phoenix feraient un cadeau idéal pour votre cher Papounet. C'est justement pour ça que jusqu'au 21 juin prochain, tous les livres de leur collection Histoire sont à seulement 40 €, c'est-à-dire une broutille au regard de la qualité proposée. Et si vous voulez carrément faire plaisir à votre paternel, les collectors sont à 60 € jusqu'au 21 juin également, de quoi réhausser très nettement le niveau de la bibliothèque familiale. Alors si vous aimez l'histoire, les initiatives françaises méritantes et les beaux livres où le fond est sublimé par une forme travaillée et prestigieuse, n'hésitez plus. Les éditions Phoenix vous attendent en description. Et bien sûr, vous pouvez aussi en offrir à votre mère, à vos frères et sœurs, à vos amis ou même à vous-même, hein. Soyons fous. Bref, passez donc, le lien vous attend. Leur catalogue est rempli de chef-d'œuvre, alors je compte sur vous pour faire honneur aux éditions Phoenix et à votre daron. Un grand merci aux éditions Phoenix pour leur soutien et maintenant, allons-y, générique.
[2:53]Voilà, ouvrez les yeux, bienvenue parmi nous. Nous sommes en France en 1945. Partout dans le pays, les gens se réjouissent de la fin de la guerre, de la défaite allemande et du procès de leurs anciens tortionnaires à Nuremberg. Et même plus que ça, les Français, pour une part au moins, sont franchement revanchard envers les traîtres de l'intérieur. C'est l'époque où l'on traque les anciens collabos, où l'on démet les fonctionnaires trop zélés et où l'on va jusqu'à tondre la tête des femmes accusées de collaboration horizontale, comprenez, d'avoir pépon Han Carner dans un Lupar parigo. Veut dire que tu étais un peu une, est-ce qu'on peut employer ce mot-là ou pas ? D'ailleurs, si vous y regardez de plus près, vous sentirez une sorte de tension électrique qui parcourt le pays. Longtemps écrasés, les Français semblent maintenant n'aspirer qu'à deux choses finalement assez contradictoires. Tourner la page pour oublier la guerre et flinguer un maximum de leurs contemporains plus ou moins suspects. Et cette tendance à l'épuration un peu hystérique, si elle ne va pas durer plus de quelques mois, elle va tout de même faire pas mal de dégâts, notamment parmi les élites culturelles françaises. Des comédiens, des metteurs en scène, des actrices ou des danseurs vont ainsi avoir droit à leur petit passage derrière les barreaux, de même que pas mal d'écrivains. Et quand je dis pas mal, je suis un peu en dessous de la vérité, parce que la vérité, c'est que les grands noms de l'époque, ils ont tendance à avoir fricoté avec le régime de Vichy et à en payer le prix. L'exemple le plus emblématique de ça, bien sûr, c'est Louis Ferdinand Céline, l'auteur du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit, qui s'est fait capturer au Danemark où il passera plus d'un an dans une prison sordide. Mais plus radical encore, vous avez la mort de Drieu la Rochelle qui s'est flingué à la fin de la guerre. Et puis aussi le destin du collabo premium Lucien Rebatet, arrêté en Autriche et condamné à mort, qui rédigera en prison Les Deux Étendards, un immense roman qui deviendra plus tard le texte fétiche de François Mitterrand. Bon, bah, je vous laisse apprécier l'ironie de l'histoire. Et sans aller jusqu'à la prison, d'autres écrivains autrefois de premier plan se retrouvent eux aussi marginalisés. C'est notamment le cas de Paul Morand qui avait été ambassadeur pour le régime de Vichy et qui se terre d'hiberne en Suisse pour éviter les ennuis après 45. Et Paul Morand, il avait un grand ami, un autre écrivain, Jacques Chardon, qui se retrouvera lui aussi sur la touche, contraint de démissionner de sa maison d'édition à cause de son encombrant passé. Bon alors Céline, Rebatet, Drieu, Morand, Chardon, je pense que vous commencez à voir un pattern. Parmi les écrivains de cette époque, les plus provocants, les plus piquants, les plus mémorables quelque part, ils se sont presque tous compromis avec Vichy et après-guerre, ils se trouvent tous sur la selec. Et ils se trouvent sur la selec parce que dans le même temps, deux anciens collabos de première ont rejoint les rangs du communisme et ont réalisé une sorte de coup d'état sur la culture française. Leur nom, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Ces deux Thénardiers, ils ont fait main basse sur une revue qui s'appelle Les Temps modernes et qui vient étouffer la littérature en l'écrasant sous son pachidermique popotin. Très concrètement, les Temps modernes sont une revue marxiste, entièrement dévouée à Sartre et à son culte de la personnalité, qui défend une vision morale de la littérature.
[5:45]Mais ce n'est pas beau. No thanks. Pour Sartre, le rôle de l'écrivain est de s'engager, de défendre des causes justes et de livrer un regard critique sur le monde qu'il entoure. À ses yeux ou à son œil, je ne sais pas trop comment il faut dire, l'art pour l'art est une vaste blague et ce qui compte vraiment, c'est de donner des leçons au monde comme si le monde en avait quelque chose à faire des prophéties foirées d'un argonien dishgénique en pleine crise de l'élinisme. Et ça, cette mamise du sérieux et de la morgue sartrienne sur la littérature française, elle n'est pas du goût de tout le monde. Une France qui doit se repentir sans fin pour Vichy, refuser les grands auteurs pour des raisons politiques et ne pas aborder des sujets tabous, il se trouve toute une génération de jeunes auteurs qui n'ont pas envie de ça. Excusez-les, excusez-les, ils ont pas envie. Ces jeunes garçons, ils sont nés dans les années 20, ils n'ont pas collaboré mais ils ont une sympathie très marquée pour les auteurs sulfureux dont je parlais avant. Chardon, Morand, Drieu, Rebatet, Céline et beaucoup d'autres. Le premier de ces jeunes écrivains, c'est lui, Roger Nimier. Roger, c'est un cerveau qui fait du 5000 tour minute au repos. Brillant élève, écrivain prolifique, touche à tout de génie, il s'est engagé dans l'armée française à la fin de la guerre, servant dans le 2e régiment de Hussa jusqu'à l'été 45. Et les Hussards en 45, ce ne sont plus les cavaliers bariolés de l'époque Napoléonienne. Ce sont des soldats avec des Jeep et des uniformes modernes que la France envoie libérer la Bavière dans les dernières semaines de la guerre. Et vous savez quoi ? Apparemment, ça lui plaît à Roger. Ça lui plaît parce qu'en revenant de chez ses Hussard, il gratte un premier roman, Les Épées, dans lequel il raconte les aventures d'un antihéros sulfureux, François Sanders, qui passe de la résistance à la collaboration, tout en s'engageant dans l'armée durant la Seconde Guerre mondiale. Et comme il marche bien ce premier roman, à peine 2 ans plus tard, en 1950, Nimier remet en scène François Sanders dans un second roman dont on va beaucoup parler à partir de maintenant, le Hussard bleu. Le Hussard bleu, c'est la suite des aventures de Sanders qui cette fois-ci a rejoint lui aussi les Hussard pour partir guerroer en Allemagne début 1945. Et ce roman, comment dire ? C'est pas facile de vous rendre ça en vidéo, mais c'est vraiment l'un des textes les plus provocs de toute l'histoire littéraire. Entre les communistes illettrés mais courageux, les anciens collabos qui cherchent à se faire oublier discrètement, les jeunes droitards naïfs et Incel et puis la gogollerie ambiante des officiers supérieurs, ce roman met en scène une galerie de personnages qui en 1950 sont vraiment de l'ordre du tabou. Mais je pense que tu pensais pas que j'allais dire ces choses-là. Et attendez, parce qu'il y a les femmes aussi. Et là, sachez que François Sanders, c'est pas exactement un as du consentement ni un amoureux transi. Pour lui, jouer une allemande dodée avec des tirailleurs sénégalais ou grimper une façade pour venir jouer au docteur en zone occupée, ça se conçoit sans trop de soucis. Et le résultat, c'est que le Hussard bleu est un texte d'une richesse inouïe, mais aussi d'une densité presque effrayante. C'est un roman épique avec une narration morcelée qui cherche en permanence à choquer le bourgeois et à provoquer la stupeur du lecteur. Écrit dans un style ramassé avec des phrases cinglantes, conçu pour aborder un maximum de sujets sensibles et faire de Sanders l'antihéros absolu, le Hussard bleu s'impose tout de suite comme un roman central dans le paysage littéraire d'après-guerre. Rapidement d'ailleurs, Nimier commence à se comporter lui-même comme un Hussard. Il vit à 3000 à l'heure, publie 5 romans en 5 ans, enchaîne les aventures, connaît tout le monde à Paris et conduit ses voitures de course à des vitesses folles sur toutes les routes de France à une époque où le permis à points et la ceinture de sécurité sont encore d'émables fantaisie. Et justement, à force de bourlinguer partout et de serrer toutes les paluches qui traînent, Nimier se construit un réseau. Il déjeune régulièrement chez Céline, il croise Paul Morand, il dévore Montherland ou Bernanos et il sympathise avec Jacques Chardon. Et ce dernier justement, il commence à le mettre en rapport avec un autre auteur, Antoine Blondin. Je me rappelle parfaitement ma première rencontre avec Roger Nimier. Elle fut au sommet, au sommet de la table que je lui renversais dessus. En 2 minutes, Roger Nimier a été tellement méchant avec moi que je n'ai pas pu supporter ça et à la faveur de cette lecture des épées, je pensais que c'était un jeune homme vulnérable. Alors, je me suis dit pour épater Marcel, je vais renverser la table sur Roger Nimier. J'ai vu se lever un énorme garçon rouge qui aurait pu le tuer, qui a ri un petit peu et nous sommes dispersés dans la nuit, nuit qui a duré 3 mois et puis après ça a été le jour. Blondin, il travaille alors dans une petite maison d'édition au contact d'un troisième auteur, Jacques Laurent. Nimier, Blondin, Laurent, en quelques instants, voici nos trois mousquetaires. Et comme toujours avec les trois mousquetaires, et bah, ils sont quatre en fait, parce que Michel Déon plus tard sera rattaché à cette petite bande sans en faire vraiment partie à l'origine ni sans fréquenter personnellement Nimier. Et c'est là que ça devient un peu bizarre, vous trouvez pas ? Quatre auteurs, quatre jeunes écrivains qui sympathisent et dont les destins littéraires vont être liés alors même qu'ils se connaissent à peine voire pas du tout. Il faut quand même reconnaître que c'est pas commun ça. Alors oui, c'est étrange, mais je vais vous expliquer. Pour comprendre, revenons un peu en arrière et reparlons des Temps modernes. Pour cette revue d'extrême gauche, voir quelques jeunes troublions qui refusent l'engagement marxiste, balayent les tabous, provoquent dans leurs sujets et se réclament des auteurs de droite d'avant-guerre en terme de style, ça a de quoi les faire vrier. Tu es tilté Boubou, je te jure que c'est pas le moment, tu as besoin de bol. Pfff. C'est. Et c'est exactement ce qui va se passer. En 1952, ulcéré par le succès grandissant de Nimier, Sartre charge Bernard Frank, l'un de ses petits requins qui lui sert de secrétaire, de petit un, lui apporter un café avec deux sucres. Café, deux sucres. Et petit deux, c'est ça qui est important, écrire un article contre Nimier, Blondin et Laurent pour expliquer qu'ils ne sont pas gentils et qu'ils sont dans le camp du mal. Résultat, un papelard insultant et outrancier de Franck, publié fin 1952 dans les Temps modernes et dans lequel il écrit, ce groupe de jeunes écrivains que, par commodité, je nommerai fasciste. Blondin, Laurent, Nimier en sont les prototypes. Le Hussard, c'était une chose que j'ai inventé à propos d'un livre de Nimier, j'ai regroupé d'une façon absolument arbitraire des qui sont fort connus, Nimier, Blondin, et d'autres. Et à partir de là, la machine est lancée. Ces jeunes auteurs maintenant sont agglomérés dans un même mouvement littéraire, celui des Hussard. Mais à aucun moment, ils ne se sont pensés comme des Hussard. Ce sont leurs adversaires communistes qui les ont nommés ainsi pour se moquer du ton martial de Nimier et du titre de son roman, le Hussard bleu. Mais alors, si ces jeunes gens ne se sont pas pensé comme un mouvement littéraire unifié, comment se fait-il que l'appellation des Hussard soit passée à la postérité ? Et bah, en réalité, c'est simple parce qu'ils sont fun. Bon alors oui, je conçois que là sur cette photo, ça se voit pas trop. Mais imaginez un peu, dans les années 50, la machine communiste travaille à balle pour noyauter la culture française. Le Parti communiste a même des comités d'écrivains pour savoir qui a le droit de parler et qui devrait être fusillé. Et de l'autre côté, on a le golliste un peu coincé avec un général déjà âgé qui peine à s'imposer dans une 4e République plus inintéressante qu'un live d'Antoine Daniel. Bref, la France sent un peu le formol. Et là, contre toute attente, on a des jeunes qui arrivent, qui abordent les sujets interdits, qui tapent des gueuletons de Chad avec des auteurs d'avant-guerre sans rappeler leur casier judiciaire toutes les trois bouchées, qui se réclament de Stendal pour son goût de la vie et son style plein de vigueur. Et puis surtout, et bah, ils sont productifs. Michel Déon, c'est un roman tous les 2 ans. Jacques Laurent, un tous les ans et demi. Et Roger Nimier, un par an pendant 5 ans. Et quand il ne publie pas, ils écrivent dans des revues, bossent pour le cinéma, passent de maison d'édition en maison d'édition et multiplient les cocktails. Bref, les gars ont une soif de vivre éblouissante qui éclipse complètement les petites leçons de morale, de droite ou de gauche. Ce qui m'intéresse, c'est l'appétit de vivre, l'appétit de faire encore quelque chose ou de s'accomplir ou de sauver quelque chose de ce que l'on est vraiment. Et qu'on se comprenne bien, oui, les Hussard sont de droite, mais pas comme vous l'entendez. Leur droite, c'est avant tout une posture esthétique. Ils sont anti-modernistes, anti-bourgeois, anti-américains, ils aiment le style pur, la concision, les maximes définitives, ils rejettent les théories philosophiques et psychanalytiques brumeuses, ils aiment la vitesse, la fougue, l'énergie. Et même à droite, ils n'ont pas peur de cogner. En 1960 par exemple, contre de Gaulle, ils signe tous les quatre une tribune pour le maintien de l'Algérie française. Bref, les Hussard sont des électrons libres, même entre eux, ils ne sont pas toujours d'accord. Laurent et Blondin ne s'apprécient pas particulièrement. Michel Déon est rattaché au groupe mais ne fréquente pas souvent les trois autres et la seule fois où Nimier, Laurent et Blondin ont été réunis tous les trois au même moment et au même endroit, c'était pour un déjeuner au début des années 60 durant lequel ils ont causé de la meilleure façon de cuire des nouilles. Pendant 2 heures. Voilà. Ah bah, j'ai dit qu'ils étaient iconoclastes, hein. Pas vrai ? Bon alors OK, on a vu comment ce petit groupe a été constitué à partir de rien, comment ils évoluaient les uns par rapport aux autres et ce qu'ils ont apporté à la littérature à un moment où celle-ci en avait bien besoin. Ouais, bah sauf que tout ça, ça n'a pas duré. Dès 1962, Roger Nimier décède à seulement 36 ans, après avoir emplafonné son Aston Martin dans le décor. En 1968, c'est Jacques Laurent, plus âgé qui s'éteint à son tour. En une petite décennie à peine, le mouvement des Hussard est déjà drastiquement réduit. Les survivants Blondin et Déon vont prendre des routes très différentes. Déon, plus institutionnel, deviendra un fervent catholique et rejoindra l'Académie française. Blondin, plus sensible, sombrera dans l'alcoolisme et se perdra quelque peu, négligeant sa carrière d'écrivain. Finalement, ce qui ressort de ces événements, c'est que les Hussard, c'était Nimier, le plus martial, le plus fringant, le plus vivace, le plus à même d'incarner l'idée d'un Hussard littéraire, c'était lui et c'est presque par mes garde que les autres se sont trouvés embarqués. D'ailleurs, ils ont longtemps essayé de se dégager de cet encombrant héritage qui les empêchait de développer leur propre œuvre sans la tutelle de Nimier. Mais que voulez-vous ? La marque des Hussard était une trop bonne trouvaille marketing involontaire. Et encore aujourd'hui, c'est elle qui reste dans les mémoires. Mais justement, c'est là qu'il faut qu'on se pose une grande question. Est-ce qu'il n'y a pas toujours eu des Hussard ? On l'a vu, dès les années 30, Morand, Céline, Montherlan ou Drieu la Rochelle remplissaient un peu la même fonction que Nimier. Ils expérimentaient, rejetaient certaines convenances, faisaient le buzz. Bref, ils étaient Hussard avant l'heure. Et même encore avant, Léon Bloy par exemple, ou le jeune Barrès, ou même le jeune Théophile Gautier. Chez tous ces auteurs, on trouve une volonté de dire non à l'époque, de rejeter des carcans artistiques et de provoquer les bourgeois. Ces auteurs, ils n'ont pas peur de cultiver leur originalité, de titiller les figures installées et de choquer les conservateurs de leur temps. Et très souvent d'ailleurs, leur démarche a quelque chose d'un peu puérile. C'est un ado qui dit non et envoie tout balader, pas forcément un théoricien qui propose un programme politique pour remplacer le monde actuel. Cette esthétique, c'est celle de la contestation, du rejet des valeurs établies. C'est un coup de pied dans la table souvent lié à la jeunesse d'ailleurs. Barrès en vieillissant, il avait quitté le Boulangisme pour devenir conservateur. Gautier aussi, il s'était assagi et il ne venait plus au théâtre pour se battre avec les bourgeois comme il le faisait en 1830 à la première d'Hernani de Victor Hugo. Donc en vérité, ce qu'on est en train de voir maintenant, c'est que cette appellation là, celle des Hussard, elle ne représente pas tant un courant littéraire ou un mouvement précis qu'une tendance diffuse qu'on retrouve à chaque génération dans les rangs des artistes. Le Hussard, c'est celui qui a du souffle et qui n'en peut plus des poncifs politiques et esthétiques de son temps. C'est celui au fond qui a envie de tout raser et de repartir sur des bases saines. Tout cramé à prendre à zéro. Si j'étais roi, c'est ce que je ferai avec la Bretagne. Mais quelle base ? C'est toute la question. Nimier lui n'a pas apporté de réponse claire à cette question. Mais c'est peut-être une bonne nouvelle. En 10 ans moins, il a incarné cette force à l'état pur avant qu'elle ne s'incarne et ne s'exprime en fonction des événements du temps, d'une manière qui en précisant les intentions de la force originelle qui l'anime, la dévoie forcément un peu. Et d'ailleurs, c'est ce qu'on voit avec ceux qui lui ont survécu. En suivant leur chemin et en vieillissant, les autres Hussard sont devenus des figures assez classiques de la littérature, des figures et bah, moins Hussard justement. Ce type n'est pas un athlète, vous allez le comprendre, ce type n'est pas un athlète. Alors maintenant, j'en viens à notre époque. Est-ce que les méthodes et les aspirations des Hussard ont encore quelque chose à nous dire aujourd'hui ? Et bah, de toute évidence, oui. À une époque de consensus démocratique mou, de règne de l'extrême centre et de dialogue politique impossible, à une époque de tabous et de récinotionaux décriés, à une époque où la moitié de la jeunesse jure par le drapeau et l'autre contre ce même drapeau, à une époque où la mémoire des gens à cause de la télé et des flux d'informations ne semble plus dépasser les 10 jours. C'est rapide, hein, je vous assure, c'est très très rapide. Je pense qu'il y a besoin de gens qui viennent bousculer le statu quo. Et d'ailleurs, c'est un peu le rôle de certains influenceurs aujourd'hui, qu'on les aime ou non, mais qui viennent percuter les sujets du temps et les à priori avec une volonté de tout balayer sans forcément proposer d'alternative claire et abouti. Mais ce qu'il manque ici, peut-être en tout cas, c'est l'inscription de tout ceci dans l'art et notamment dans la littérature. Là, il y a un gros manquement des maisons modernes et ce, malgré la création d'un prix littéraire des Hussard en 2013 et celle d'un prix Roger Nimier dès 1963. Alors bon, que faire à ce stade ? Et bah déjà, passez lire un peu de Roger Nimier. Je vous mets quelques liens en description, notamment vers les Épées et le Hussard bleu dont on a abondamment parlé aujourd'hui. D'ailleurs, j'avais également résumé ce roman dans une vidéo il y a longtemps. Je vous remets le lien dans un coin de l'écran si ça vous intéresse. Comme d'habitude, commandez vos livres par ce lien, me file une petite commission sans vous coûter le moindre centime de plus. Donc si vous voulez soutenir un authentique Hussard, et bah c'est le moment. Et si vous voulez aussi que la création littéraire moderne vive et s'exprime pleinement, et bah, passez à la Giberne. Là aussi, on rassemble des auteurs qui n'ont pas autre chose en commun qu'un sincère amour de la langue et une passion pour les intrigues originales. Avec Jules Lacroix dans les seins d'esprit, vous plongez dans les ménages d'un séducteur que n'aurait pas renié Roger Nimier. Avec Aurélien Chrétien dans Objectif 23, vous explorez un Paris complètement vérolé par la modernité. Avec Alexandre Jordeczki dans les contrefaits, vous découvrez toutes les bassesses dont le monde éditorial est capable. Allez, toutes ces merveilles et bien d'autres encore, elles sont disponibles en description. Donc foncez, c'est l'heure de charger comme un vrai Hussard. Allez, conclusion. Moi j'ai du talent, j'ai écrit des grands livres qui sortiront. Depuis la mort de Nimier, beaucoup d'auteurs et souvent des boomers déjà grisonnants ont essayé de reprendre le flambeau des Hussard. On a ainsi eu le droit à des néo-Hussard, à des Hussard de gauche ou même à des Hussard journalistes, ce qui représente un oxymore au Roland de Glavi, mais passons. Aucun de ces courants n'a pu s'imposer. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il faut une fougue et un allant particulier pour s'y coller. Et que c'est pas franchement facile de se risquer à provoquer quand on est déjà bien inséré dans le petit Paris et bien digéré par les rédactions consensuelles. Reste donc un idéal, celui de l'intransigence et de la liberté stylistique que je vous invite tous à cultiver au moins un peu, au moins pour vous. D'ailleurs, si vous voulez cultiver le style, les éditions Phoenix, le sponsor de cette vidéo, propose de belles rééditions de classiques historiques. Allez donc visiter leur catalogue, le lien est en description. Allez, sur ce, moi je vous dis à très vite pour de nouvelles vidéos et d'ici là, portez-vous bien. Allez, chargez. Il faudrait hélas classer ce weekend de fin septembre parmi les plus meurtriers de l'année. Il y aura eu exactement une centaine de morts et plusieurs milliers de blessés. Cette liste affreuse s'est ouverte sur le nom célèbre de l'écrivain Roger Nimier, vous le savez qui dans la nuit de vendredi à samedi perdait le contrôle de sa puissante voiture alors qu'il roulait à 150 km/h sur l'autoroute de l'Ouest.



