[0:00]L'interprétation des rêves de Freud à Jung. Quand on s'intéresse à l'interprétation des rêves en psychologie, on pense automatiquement à Freud et à son livre L'interprétation du rêve. C'est son livre le plus vendu au cours du 20e siècle et bien souvent, on ignore les travaux de Karl Gustav Jung. Dans cette vidéo, nous allons évoquer les deux conceptions du travail du rêve, de ces deux personnages emblématiques de la psychologie, que le rêve a rapproché. Ils furent amis grâce à leur intérêt pour le rêve et dont l'amitié, faite d'admiration sincère et jalonné de désaccords théoriques fondamentaux, aboutit à un conflit idéologique qui perdure encore aujourd'hui dans les les guerres de chapelles, des différentes écoles de psychologie. La première fois que j'ai entendu parler du travail du rêve, c'était en philo. J'avais un prof de philosophie absolument génial. Je me souviens très très bien de ses cours et d'ailleurs, je les ai gardés. À l'époque, le programme de philo en classe de terminale commençait par une réflexion sur la conscience et donc plusieurs cours étaient consacrés à Freud, à sa conception de l'inconscient, de l'appareil psychique et du rêve. D'ailleurs aujourd'hui, ça me questionne, je me demande si Freud avait sa place en cours de philo. Est-ce qu'on peut considérer son travail comme un travail philosophique, je ne sais pas. Mais je me souviens qu'en conclusion de ce cours, le prof avait fait une rapide allusion à l'inconscient collectif de Jung. C'était en guise d'ouverture et c'était pas dans le programme. Moi, ça m'avait intrigué, j'avais demandé ce qu'il en pensait et il m'avait laissé entendre qu'il était plutôt de de ceux qui s'enthousiasmait pour cette perspective. Et ce moment est assez précis dans ma mémoire, je me rappelle même à quoi ressemble le cours et il y avait écrit Selon Karl Gustav Jung, autre chose subsiste. C'était vraiment trois petits points. Et donc ça avait sonné, on était sorti et le cours était terminé. Et ça c'est un truc qui m'est resté, ça m'avait fait vraiment comme un tilt quoi, j'avais vraiment senti qu'il y avait quelque chose d'intéressant là. Jung était sur la dernière phrase de conclusion du cours sur la conscience. Et ça avait l'air de vachement m'intéresser, mais l'éducation nationale en avait décidé autrement. Et il allait me falloir attendre des années pour redécouvrir Jung par moi-même, au fil de mes lectures et de mon intérêt pour le rêve et la psychologie. Commençons par faire un point sur le rêve selon Sigmund Freud. Comme moi, plusieurs générations de bacheliers ont appris le béaba de la théorie freudienne en cours de philosophie. On peut résumer la théorie freudienne par cette phrase: Le rêve est l'accomplissement déguisé d'un désir refoulé, Freud. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que selon Freud, le rêve va sauter sur la première occasion de ressasser le passé, de faire un lien avec un le passé. Un événement actuel, ressemblant de près ou de loin à quelque chose de vécu, sera le prétexte pour le rêve d'aller ressortir un vieux trauma ou un vieux désir inassouvi parce qu'il n'a pas été possible à l'époque de l'assouvir. Et donc il ainsi se voit actualisé par les circonstances actuelles. Et donc Freud, il imagine toute une organisation douanière qui protège le moi selon lui et qui permet d'expliquer le caractère crypté du rêve. Donc, on parle de la censure. La censure endopsychique, comme il l'appelle, laisse passer les désirs corrects, les pensées acceptables de l'inconscient vers la conscience, donc vers le moi. Le reste ne passe pas, il reste bloqué dans l'inconscient. Mais grâce à l'état de sommeil, la censure quelque part abaisse sa vigilance et les désirs jugés inacceptables par le moi à l'état d'éveil, peuvent passer la censure et arriver aux souvenirs, sous forme de rêve, donc dans un langage symbolique qu'il va falloir décrypter. Le rêve selon Freud est donc un moyen pour l'inconscient d'accomplir un souhait qui ne peut pas s'accomplir dans la vraie vie. Le rêve est donc une manière pour l'inconscient de se décharger du poids d'un désir et c'est un moyen pour l'analyste de remonter à l'événement initial qui a créé ce souhait bloqué. Et donc il aller travailler en analyse sur quelque chose qui perturbe la personnalité. Alors qu'est-ce qu'on doit à Freud ? Freud a sorti le rêve des griffes du matérialisme qui réduisait le rêve à un processus de bug du cerveau, à un délire hallucinatoire. Freud il a affirmé et donc réaffirmé, non, le rêve ne sert pas à rien, sinon on ne rêverait pas. Et il a rendu au rêveur le droit de comprendre ses rêves, il a replacé le rêveur au centre du travail d'interprétation. Il a tout bonnement réaffirmé que oui l'interprétation des rêves avait un sens. Freud a été un fin observateur des mécanismes de production du rêve en tant que discours, de même qu'il a été un fin observateur des subtilités du langage et des interactions en analyse. On doit à Freud de la phrase Le rêve est la voie royale vers l'inconscient et on valide à 100%. Ce qu'on peut reprocher à Freud. Freud a utilisé le rêve pour entériner sa théorie des névroses. Le trouble selon lui ayant une étiologie à rechercher dans la petite enfance, avec une problématique d'ordre sexuel, réelle ou fantasmée d'après Freud. Et donc il a fait du rêve un petit farceur qui procède par camouflage, un peu comme un bouffon du roi qui se permettra de critiquer le souverain à condition de se faire passer pour fou. Je ne suis pas d'accord avec cette idée que le rêve cherche à quelque part à gruger, à se déguiser, à se travestir, on va y revenir dans la suite de cette vidéo. Mais pour moi le rêve, c'est vraiment un message à l'état brut, un message qui ne cherche pas à se déguiser et c'est son langage symbolique, c'est son apparence qui le rend bizarre. Freud qui était donc focalisé sur ce rêve permettant de faire un pont avec le passé, n'a pas tenu compte de la dimension prospective du rêve, c'est-à-dire le fait que le rêve soit tendu vers l'avenir. Et donc, il a éludé le phénomène du rêve prémonitoire et et toute la partie anticipation du rêve, le rêve étant bel et bien, on le sait aujourd'hui, un terrain d'entraînement pour se préparer au lendemain et donc il anticipe la suite. Ça Freud n'en parle pas et puis il a consacré une grande partie de son livre, vers le milieu de son livre, à adresser une espèce de clé des songes sexuels. C'est quelque chose que qui me semble un petit peu pénible et un petit peu enfin, c'est beaucoup de divagations à mon sens. Donc Freud a réduit le rêve à un élément de diagnostic en faveur de son propre travail sur les névroses et donc à l'exclusion des autres. Il a donc relevé un des aspects du rêve qui est de relier un événement traumatique et effectivement ce genre de rêves, on les observe et c'est super sympa de pouvoir les travailler parce que ça permet vraiment d'avancer pour comprendre ce qui nous arrive et pourquoi on bloque sur certains trucs. Mais il a oublié quand même plein d'aspects du rêve, un rêve n'est pas que ça. Quelles sont les conséquences de l'influence de la théorie freudienne ? Et ben la théorie freudienne du rêve est à peu près la seule abordée à l'université de manière très rapide et déjà même au lycée, comme en cours de philosophie. Pourtant depuis Freud, beaucoup de gens ont travaillé sur le rêve et on sait que sa théorie n'évoque qu'un certain type de rêve et certainement pas tous. Les conséquences de ça, c'est que de nombreuses personnes qui sont quand même éclairées et qui sont quand même formées au travaux de de Freud et à la psychologie, ne s'intéressent pas au rêve car ils se disent "Oh là là, mais si mon rêve parle d'un désir refoulé à connotation sexuelle, bah, je préfère pas savoir". Et puis les psy qui ne connaissent que le travail de Freud et qui ne cherchent pas à le remettre en question, quand ils reçoivent un rêve, ils vont chercher à retrouver un trauma ancien, un fameux souhait qui cherche à s'exprimer et ils peuvent partir dans la mauvaise direction quand un rêve ne parle pas du tout de ça. Dans la majorité des cas, un rêve parle du présent et quand un rêve parle du passé, c'est pour parler du présent et quand un rêve anticipe le futur, c'est pour parler du présent. Enfin, si Freud a bien des égards mérite tout notre respect, il ne faut pas oublier que sa psychologie, c'est-à-dire sa psychanalyse, ainsi qu'il l'a appelé, est un paradigme clos où tout est parfaitement imbriqué, mais ça reste un paradigme qui manque de souplesse. Heureusement, après Sigmund Freud, il y a eu Karl Gustav Jung et fini les paradigmes et les théories fermées. Jung et Freud. Jung rencontre Freud après avoir lu son livre L'interprétation du rêve. Les deux hommes ont une réelle admiration l'un pour l'autre, ils commencent par échanger de nombreuses lettres avant de de se rencontrer et de devenir amis. Mais des désaccords surgissent sur des points théoriques fondamentaux, pour Freud l'énergie psychique, la libido est une pulsion sexuelle. C'est la pulsion de vie, la libido, la pulsion sexuelle, sa nature, elle est sexuelle. Jung n'est pas d'accord avec ça, pour lui, la libido, il conserve le terme, est une pulsion de vie, mais elle n'est pas sexuelle, elle est créativité, elle est inventivité, elle est santé, mouvement, et elle est autant psychique que physique, donc elle peut être sexuelle, mais la sexualité n'est qu'un de ses aspects et certainement pas la nature même de la libido. Deuxième chose, c'est que Jung se rend compte en travaillant sur le rêve avec ses patients qu'il y a énormément de types de rêves, énormément de fonctions au rêve et que la méthode d'interprétation des rêves mise au point par Freud ne marche pas souvent. Ainsi, le dialogue est compromis et il se fâche. Voyons maintenant le rêve selon Jung. Carl Gustav Jung va aborder l'interprétation des rêves, non pas comme une science, ainsi que l'entendait Freud, mais comme un art, renouant ainsi avec la mentalité des interprètes de l'Antiquité. Pour Jung, l'étude du rêve, c'est une certaine manière d'aller se mettre à l'écoute de l'âme, donc c'est quelque chose qui concerne l'âme et donc pour lui, ce n'est pas une science. On ne peut pas parler de science d'interprétation des rêves, puisqu'on touche à des phénomènes qui concernent l'âme et la manière de s'exprimer de l'âme. En travaillant sur les rêves, il va continuer une enquête qu'il avait déjà commencé en travaillant avec ses patients en psychiatrie et notamment sur le le délire psychotique, le message du délire psychotique, et il se demande et si dans le délire psychotique, comme dans l'univers fantastique des rêves, mais donc également dans les œuvres d'art et dans les symboles religieux ou païens, dans les mythes, les légendes et dans la poésie, est-ce que dans toutes ces formes de discours assez particulières, on n'aurait pas la possibilité de découvrir la manière dont la psyché humaine se structure ? Est-ce que en étudiant les rêves, on ne va pas aller rencontrer des problématiques existentielles et des manières bien bien humaines de structurer la pensée, de structurer le discours, les émotions, les sentiments et tout ce qui organise l'âme humaine ? Pour ça, Carl Gustav Jung introduit deux concepts fondamentaux en psychologie analytique. Le premier, c'est l'inconscient collectif. Jung va ajouter un niveau supplémentaire d'inconscient, à l'inconscient personnel de Freud. Donc l'inconscient personnel, c'est la banque à souvenir de l'individu, la mémoire de ce qu'il a vécu, dont il se souvient ou dont il se souvient pas, d'ailleurs, toutes les choses qu'il a refoulé également. Jung garde cet inconscient personnel, pour lui, c'est pertinent, mais pour lui il y a quand même autre chose qui va plus loin derrière. Et c'est ce qu'il va appeler l'inconscient collectif. Cet inconscient collectif, c'est comme un réservoir des structures qui vont permettre de fabriquer la pensée humaine. Et dans les rêves, nous allons pouvoir découvrir certes les problématiques qui concernent l'inconscient personnel, donc le vécu, le passé de la personne, mais également l'inconscient collectif, c'est-à-dire des problématiques qui concernent qu'est-ce que c'est être humain, qu'est-ce que c'est être un individu dans un groupe, qu'est-ce que c'est être une personne de notre époque avec l'héritage des siècles passés. Donc l'idée est belle surtout dans un 20e siècle où on a encore des conflits de l'ordre du racisme, les conflits coloniaux, les guerres ou tout le monde n'est pas d'accord pour dire qu'il y a une seule race humaine. L'idée de l'inconscient collectif nous rassemble tous, pour Jung, les hommes où qu'ils vivent, dans quelque continent, dans quelques îles que ce soit, et à n'importe quelle époque, ont toujours pensé de la même manière et ressenti les mêmes émotions, c'est ce qui fait notre humanité. C'est pourquoi il y a donc une seule race, la race humaine, partout les hommes ont érigé des religions, des cultes des morts, des médecines, des civilisations, des hiérarchies, des lois, influencées bien sûr par leur milieu et par leur histoire. Mais les sentiments sont par tous les mêmes, les problématiques existentielles sont par tous les mêmes ainsi que les peurs, les angoisses et les conflits. Ainsi l'inconscient collectif est ce qui relie tous les hommes par leur nature humaine. Et on peut reconnaître ces structures dans la spontanéité du rêve, dans l'inspiration artistique, dans les représentations picturales, dans les légendes, dans les contes et les mythes du monde entier. Le deuxième concept important, ce sont donc les archétypes. Jung a choisi ce terme archétype pour désigner ses grandes prémices de l'esprit humain. Ce sont comme des grandes lignes directives qui structurent la pensée humaine et qui donc dirige le monde et dont on voit les représentation, l'expression partout dans le monde. Par exemple, l'archétype de l'amour qui est commun à tous les hommes, l'archétype du divin, l'archétype de la guerre, l'archétype de la sagesse, l'archétype de l'âme bien sûr, l'archétype de la maternité, de la liberté, de la virilité, et cetera et cetera. Donc en conclusion, pour Jung, le rêve n'est pas un subterfuge de la psyché pour accomplir virtuellement un désir interdit. Le rêve est étrange parce qu'il raconte ce que vit le rêveur dans un type de discours particulier qui est celui de la pensée à l'état brut et donc symbolique. Le rêve peut parler du passé, mais aussi du futur et surtout du présent. À travers le rêve, c'est l'âme qui s'exprime, qui exprime ses problématiques, qui exprime ce qu'elle vit, ce que l'individu vit profondément, dans toutes ses dimensions, dans sa dimension affective, intuitive, sentimentale, émotionnelle, inconsciente également. Et donc l'interprétation des rêves va nous permettre de comprendre ce que vit le rêveur, mais en l'ouvrant à différentes points de vue, en lui permettant de voir les choses de manière plus globale. Et c'est ce que les cultures antiques d'Europe et d'Afrique du Nord, mais également orientale, asiatique, animiste et aborigène, soutiennent depuis la nuit des temps. Merci d'avoir regardé cette vidéo. Si vous aussi vous voulez comprendre vos rêves, je vous propose d'accéder à un cours gratuit en cliquant dans le lien dans la description. Je vous expliquerai comment apprendre à interpréter vos rêves sans dictionnaire des rêves et ainsi à mieux comprendre ce qu'il se passe dans votre psyché. 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FREUD versus JUNG : l'interprétation des Rêves en Psychologie
Léa Le Gall - Interprétation des Rêves
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