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Ce livre m’a fait rattraper 2455 années de culture générale

Scripta Manent

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[0:00]On est un après-midi de juin 2017, je suis en sueur, en panique devant ma prof de français de terminale parce que je viens de recevoir une liste de 67 livres à lire pour ma rentrée en prépa à Paris dans 3 mois.
[0:00]» Aujourd'hui, on est presque 10 ans plus tard, on est en 2026, et ce livre à lui seul, même s'il est pas très connu, il m'a sauvé non seulement mon été, ma prépa, mais aussi toute ma culture générale à vie.
[0:00]Mais avant de vous parler de ce bijou de Calvino, je dois vous parler de cette liste de livres devenue mythique pour moi.
[0:00]Le truc c'est que au moment où je l'ai reçu, quand j'étais dans le Gard où j'allais passer 2 mois de cet été, j'étais absolument terrifié.
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[0:00]On est un après-midi de juin 2017, je suis en sueur, en panique devant ma prof de français de terminale parce que je viens de recevoir une liste de 67 livres à lire pour ma rentrée en prépa à Paris dans 3 mois. Le truc c'est que sa réponse à elle était d'un calme olympien. Elle me dit: « T'inquiète pas Thomas, tu vas lire Calvino et tout ira bien. » Aujourd'hui, on est presque 10 ans plus tard, on est en 2026, et ce livre à lui seul, même s'il est pas très connu, il m'a sauvé non seulement mon été, ma prépa, mais aussi toute ma culture générale à vie. Mais avant de vous parler de ce bijou de Calvino, je dois vous parler de cette liste de livres devenue mythique pour moi. Le truc c'est que au moment où je l'ai reçu, quand j'étais dans le Gard où j'allais passer 2 mois de cet été, j'étais absolument terrifié. Pourquoi ? Parce que quand je l'ai ouverte, la première chose que j'ai réalisé c'est que non seulement j'étais je me languissais finalement de tous ces livres que j'allais pouvoir avaler dans les deux prochaines années. Mais en même temps, et toute personne qui a qui a des retards en culture générale comme moi j'en avais vraiment des retards colossaux, toutes ces personnes savent aussi que cette envie qu'on va avoir de lire tous ces livres nous fait aussi complètement peur parce que cette liste de livres nous montre aussi tout le retard qu'on a accumulé. Je venais d'un petit lycée de province, j'avais jamais été passionné par les grands classiques et aussi d'une certaine manière, il me faisait mourir d'ennui de la manière dont on me les avait introduits. Et aussi pour être parfaitement honnête, j'avais jamais fait l'effort moi personnellement de d'aller me plonger dans un Flaubert, dans un Balzac, dans un Zola à 14 ans. Mais le truc c'est que au moment où moi j'ouvrais cette liste de livres, je savais que à l'autre bout de la France à 1000 km de là à Paris, il y allait y avoir mes futurs camarades qui eux sortaient de Louis Legrand, d'Henri IV, de grandes familles, de grands lycée et cetera. Et qui naviguaient dans cette liste de livres en se disant bah, ah bah tiens mais ça Germinal j'ai déjà lu. Ah bah là j'ai j'ai Fedre, ah bah oui, OK, bon bah là ça j'ai déjà lu et cetera et cetera. Alors que moi toute cette liste de livres, il n'y avait rien que j'avais déjà lu. Même je connaissais le nom de Zola, je savais pas qu'il s'appelait Émile et on s'en arrêtait là. Et le truc c'est que à ce même moment, ce même jour, le matin, le facteur que je connaissais puisque c'est le facteur de mon enfance, m'a donné à la fois cette liste de livres mais m'a aussi donné via Amazon évidemment le bijou de Calvino. Et c'est là que la rencontre et la coïncidence était d'une beauté était d'une beauté absolument renversante. Pourquoi ? Parce que au moment où je découvrais cette liste de livres, j'avais un maître, un maître de lecture, un maître de littérature italienne, un des plus grands écrivains italien du 20ème siècle. Qui non seulement allait m'accompagner dans la lecture de chacun de ses livres mais en plus de ça, allait me faire gagner un temps colossal qui allait me permettre non seulement de réussir ma prépa, mais aussi de bâtir une culture générale digne de ce nom. Et tout ça en seulement 400 pages mesdames et messieurs. En 35 chapitres, Italo Calvino, 35 chapitres pour 400 pages on est à peu près à 10 voire 12 pages par chapitre. Italo Calvino va vous introduire à chacun des classiques qui vous ont toujours fait peur et va non seulement vous y introduire, va vous donner la manière et la clé pour les lire et en tirer un vrai plaisir, mais en plus de ça va vous expliquer comment les classiques qui ne sont que des romans de la littérature sont les composantes fondamentales d'une culture générale et d'un esprit bien construit. Si le cœur vous en dit d'ailleurs, j'ai intégré beaucoup de livres de cette liste de livres qu'on m'a donné en prépa et qui font aussi partie des livres de Calvino, dans une liste de 100 incontournables que vous pouvez accéder juste ici gratuitement que je vous ai mis à disposition. Elle va vous permettre de bâtir une culture générale vraiment solide et beaucoup plus rapidement que si vous le faisiez au dos mouillé. Maintenant, parlons d'un petit peu de Calvino parce que c'est un personnage bien particulier et le truc c'est que vous allez sentir une proximité avec cet auteur qui est celle qui va être déterminante pour la construction de votre culture générale. Pourquoi est-ce que je vous dis ça ? En fait, Calvino est parti du concept bien simple que un classique, c'est compliqué et ça fait peur. Et ça c'est particulièrement étonnant parce que soyons clair, soyons honnêtes, la plupart des gens qu'on a écouté et qui parlent des classiques étaient des gens qui déjà avaient une certaine avance par rapport à nous. Pourquoi ? Parce que bah ils ont grandi dans des milieux qui qui étaient adéquat pour ces classiques là, ils avaient eu cette culture et cette éducation qui leur permettait de se connecter à eux d'une facilité assez déconcertante. Mais Calvino lui avait cette facilité mais a dit non non non, moi je connais les lecteurs et je sais que les classiques font peur. Maintenant, comment moi grâce à mon éducation, je peux transmettre cette simplicité et cette facilité d'accès à tous les lecteurs du monde entier en seulement quelques pages. Parce que oui, je dirais qu'une des plus belles parties du bijou de Calvino, ce n'est même pas les chapitres où il vous introduit aux classiques, mais bien plus tôt l'introduction. Pourquoi ? Parce que l'introduction c'est le moment où Calvino vous dit attendez, je vais vous expliquer déjà ce qui est un classique et ensuite toutes les idées reçues que vous devez abattre en vous. Pour que vous enfin pour que vous simplement que vous compreniez d'arrêter de commencer à être décomplexé et de commencer à les lire de la bonne manière. Imaginez-vous, il fait 38° dehors, je suis dans ma petite chambre, on entend les cigales et j'ai un professeur de littérature un des plus géniaux du 20ème siècle qui comme un grand-père d'une culture astronomique, style Robert Badinter, vient me voir et me dit tout simplement : « Écoute-moi petit. Quand tu vois tous les classiques là qu'on est en train de te donner à lire pour cet été, déjà il faut que tu saches que toi on t'y a mal introduit, on t'a forcé à lire Germinal à 12 ans et donc on t'a dégoûté de tous les classiques par la suite et ça, c'est parfaitement normal. De deux, sois assez simple, les classiques, il ne faut jamais tous les lire. Déjà moi à l'époque je me disais : « Ah ! Donc j'ai pas besoin de tout lire. » et mes profs qui avaient écrit cette bibliographie, à aucun moment n'avait stipulé : « Ne lisez pas tout, c'est indicatif. » comme ils aiment bien dire. Mais là, j'avais l'assurance d'un Calvino qui me disait : « Mais attends, non non non, un classique la meilleure des choses c'est pas d'en connaître un petit peu de tous, c'est d'en choisir quelques-uns, de savoir que eux avant même que tu les lises, c'est vraiment ceux que tu vas aimer, et puisque tu vas les aimer, tu vas les dévorer et eux vont te servir 1000 par la suite. Et là déjà à la simplicité de ces mots de cette introduction qui est d'une beauté renversante qui est peut-être à mon sens une des introductions de livre à savoir 10 ou 15 pages qu'on devrait faire lire aux lecteurs du monde entier. Calvino vous fait gagner des années non seulement de maturité mais aussi de temps de lecture perdu de bouquins dont vous n'êtes pas encore assez mature ou assez prêt pour les lire et les apprécier. Calvino parle même de Michel Butor, une anecdote assez folle où Michel Butor, un des grands écrivains quand même du 20ème siècle qui était en train d'enseigner, je crois, dans une des grandes universités américaines à l'époque. En fait, comme il était un romancier français, et ben la plupart des étudiants américains venaient le voir et lui disaient : « Monsieur euh bon, je vais pas vous le faire avec l'accent anglais, mais Monsieur qu'est-ce que vous pensez de Zola et cetera. » Sauf qu'il faut se mettre en tête que Michel Butor c'est un monstre de culture générale. Mais Calvino nous dit Michel Butor, il a jamais lu Émile Zola. Et donc là on regarde, on se dit mais qu'est-ce que c'est que c'est pas possible. Parce que nous quand on a peu de culture, qu'on a des retards ou qu'on vient peut-être d'un endroit où on nous a pas trop poussé vers les classiques, on se dit que dès que les personnes dès qu'une personne parle d'un classique, elle l'a forcément lu. Et puis si on est un génie de la littérature française, on a forcément tout lu. Comment ?

[8:18]Enfin c'est pas possible que ce soit autrement. Et Calvino nous dit, mais en fait Butor à ce moment-là s'est retrouvé un peu un peu bête et il s'est dit, bon bah s'ils me parlent tous de Zola c'est que ça doit pas être mal. Et il a commencé à lire Les Rougon-Macquart et il s'est dit je crois genre un mois plus tard parce qu'il a tout dévoré, il est allé voir ses étudiants, il les a remerciés de leur de l'avoir poussé à avoir lu Zola. Et je crois que les étudiants le regardaient en mode qu'est-ce que qu'est-ce que tu me racontes, comment toi qui es un professeur génial de littérature française tu as jamais lu Zola. Et Calvino nous dit mais en fait c'est juste que eux n'avaient pas compris ses étudiants que les classiques, on ne doit pas tous les lire et précisément si vous voulez les apprécier et être quelqu'un qui a une culture vraiment profonde, il suffit d'en avoir quelques-uns que vous aimez et à eux seuls ils vous permettent de construire tout ce que vous voulez après. Rien ne sert de d'avoir un un savoir encyclopédique. Et de là de cette lecture là m'est venu un concept qui moi me plaît, c'est ce que j'appelle la bibliothèque buffet et que Italo Calvino défend aussi. La bibliothèque buffet, c'est une bibliothèque assez simple, c'est une bibliothèque qui consiste à dire : « Ayez toujours des classiques que vous n'avez pas lu dans votre bibliothèque. Mais ne vous forcez jamais à aller les lire. Vous devez les les piocher par envie, comme vous comme si vous étiez face à un grand buffet, il y a plein de bouffe différentes, il y a des trucs qui vous plaisent et que vers lesquels vous avez envie de vous plonger. Si vous n'avez pas cette envie mais que vous allez vous plonger dessus parce que c'est un met délicieux ou alors oh là là c'est je sais pas moi, un très bon foie gras donc par définition vous devriez l'aimer, alors vous allez le découvrir.

[10:02]Vous allez essayer de vous forcer, vous n'allez pas l'aimer et jamais vous n'allez en faire un pilier de votre culture générale. Parce que c'est ça le deuxième enseignement que Calvino va vous apprendre, c'est que ces romans et j'insiste sur la notion de roman, cette ces ces ouvrages de fiction vont devenir grâce à Calvino des parties fondamentales de tout votre savoir et de toutes vos connaissances. Elles des connaissances brutes du monde. Comment faire des romans des blocs de savoir et des espèces de clé de voûte de toute votre culture générale, c'est ça la deuxième partie qu'on va voir ensemble et comment Calvino arrive à le faire d'une manière absolument renversante. Pour que vous sachiez l'amplitude absolument colossale du bouquin de Calvino, on traverse 2455 ans de culture générale. On part de Xénophon et on revient au 20ème siècle. Deux millénaires, 4 siècles, 5 décennies, 5 années en 400 pages. Maintenant que vous savez ça, rappelez-vous le début de la vidéo où je vous ai dit que Calvino encore aujourd'hui, 10 ans après l'avoir lu, ce livre continuait encore de me renverser. Il y a un mois, j'étais chez ma mère et je ne savais plus quoi lire. J'avais je connaissais cette maison, je connaissais les bouquins qui qui étaient dans cette petite étagère et il y avait des bouquins de philo, des bouquins de sciences, des trucs qui moi d'habitude, vous commencez à me connaître me plaisent. Mais cette fois-ci, il y avait un gros pavé qui était là et qui me faisait de l'œil. Vous allez comprendre le concept de bibliothèque buffet, là c'est flagrant. Ce bouquin là il m'a c'est le genre de bouquin assez vieux que vous voyez chez vos parents, chez vos grands-parents, dont vous connaissez la pochette, vous connaissez même les plissures, vous connaissez même l'odeur, vous vous voyez le titre, le nom, vous connaissez la la première de couvre. Et à chaque fois vous dites il y a j'ai une connexion bizarre avec ce livre, il a tout le temps été là, j'ai l'impression qu'il est plus vieux que moi et factuellement il l'était. Et ce livre là c'était Belle du Seigneur d'Albert Cohen. Comment vous dire que c'est un grand roman de littérature romantique de plus de 1000 pages, c'est pas le genre de truc qui moi de base me plaisent. Clairement pas. Mais cette fois-ci, ce jour-là, il y a eu quelque chose. J'avais tous ces autres bouquins, philo, OK, bon toujours le même Thomas quoi, je me connais quoi. Mais cette fois-ci, c'était ça et Calvino me parlait intérompent, m'avait rappelé tous ces bouquins que j'avais lu en prépa, quand j'étais allé à HC. Ou à chaque fois je retombais vers lui, je l'écoutais et il me disait : « Ouais mais OK, ben si tu veux lire ça, déjà essaie de comprendre que l'auteur en fait parle de ça et cetera et cetera. » Donc je me suis dit : « Hmm. » Et cette fois-ci, j'ai pris le bouquin Belle du Seigneur, il était 21h, j'ai commencé à lire à 21h15 dans mon lit et j'ai terminé je crois minuit 45 quand j'ai éteint la lumière. J'avais lu 250 pages et je me disais : « Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » Je me reconnaissais plus. Pour vous dire, le lendemain, j'ai refait une session de 3h et demi de lecture et je crois qu'en 4 jours le livre était terminé. Je l'avais dévoré mais comme si on redonnait la vue à un aveugle. Comme si on faisait goûter le premier bonbon à un enfant, je venais par cette espèce de courage de allez j'ai une revanche à prendre et vas-y je vais essayer de me lancer dans ce bouquin, je l'avais dévoré et le plaisir que vous avez à avoir une telle connivence avec l'auteur parce que je me souvenais que Calvino m'avait parlé de ce bouquin-là qui est un classique. Il me il m'en parlait d'une certaine manière, il me disait : « Oui mais en fait là il faut que tu comprennes que la romance elle parle de ça et cetera et cetera. » Vous sentez quand vous lisez et que vous êtes tellement en phase avec l'auteur que vous pourriez dire la prochaine phrase. Vous pourriez l'anticiper et l'écrire à la place de l'auteur tellement le livre est d'une connexion avec vous à cet instant-t. Ça c'est une des 14 définitions qu'Italo Calvino donne d'un classique. Encore une fois, Calvino avait raison et il m'avait donné le courage de rouvrir ça et quand je vous disais que ce livre, ce genre de classique peuvent devenir des piliers pour vous. En fait une fois que j'ai terminé Belle du Seigneur, mais j'ai dévoré je crois quatre romans, deux d'Emmanuel Carrère, un de Paulo Coelo et le quatrième d'un auteur d'un auteur iranien parce qu'il m'avait redonné une impulsion de lecture, une impulsion, une envie de comprendre cette époque, une envie de de dévorer des nouveaux personnages, de découvrir l'amour autrement et cetera. Une soif de lire qu'aucun autre livre de cette année ne m'avait pour le coup jamais donné. Et ça, c'est un roman qui l'a fait et c'est un roman dont Italo Calvino parlait. Mais évidemment, la partie la plus importante et la plus décisive en terme d'impact que Italo Calvino a eu dans ma vie, c'est la manière qu'il a eu de me faire comprendre que les romans sont aussi voire même plus importants que les livres de connaissance pour bâtir une pensée, un esprit, une culture générale réellement éclairée. Ça a toujours été la question que je me posais. Quand j'avais reçu cette liste de livres de recommandation de bouquins, je me disais mais mais je vais passer un concours technique sur des enfin sur des sur des équations, sur des sur des auteurs, sur des connaissances, sur des schémas, sur des des choses qui sont de l'ordre de la non-fiction, c'est des connaissances et je ne comprenais pas pourquoi on voulait me faire perdre du temps à l'époque. Voilà la mentalité de quelqu'un qui a des retards en culture générale et qui voit les romans comme une perte de temps par rapport à des connaissances. Et je me disais mais on me fait perdre du temps là. Enfin, je veux dire si je dois passer un concours technique, faut que je bosse du technique. Et je pense que la meilleure chose qui s'est produite qui m'a permis de réaliser ça, elle s'est produite malheureusement 2 ans plus tard après après que j'ai passé des concours. Elle s'est passée encore en lien avec Italo Calvino évidemment et elle s'est passée une fois que j'ai fini mes concours et que j'ai intégré HC. J'avais du temps libre et en 2020, la chose qui m'intéressait et qui me passionnait enfin une des choses qui me passionnait, c'était la Révolution française. Je me disais j'ai une vraie appétence pour l'histoire, il faut que je connaisse il faut que j'aie une connaissance de l'histoire de mon pays. Et à l'époque j'étais sur la Révolution française et ce que je m'étais dit en plus de bouquins, de conférence et cetera, c'est que je m'étais dit va participer à un coloc. Tu es à Paris, profite-en, va participer à un coloc d'historien. Et j'y vais, on est dans ce genre de grand bâtiment, de grand hangar euh enfin pas des grands hangars mais un grand bâtiment avec plusieurs salles et je rentre et je m'installe, je me pose, dernière rang, j'avais ma sacoche avec des bouquins d'historiens à l'intérieur, j'avais du François Furey, du Georges Duby et cetera. Et un mec arrive, il lance ses slides, l'historien, le présentateur de la conférence et la première slide c'est le titre de la conférence, c'était la Révolution française par Victor Hugo. Et là, il fallait voir ma tête. À ce moment-là, j'ai pris le zip de mon sac, je l'ai refermé et je me suis dit, mais en fait je suis pas au bon endroit parce que bah parce que la Révolution française pour moi c'est quelque chose d'un historien, je viens pas écouter du Victor Hugo quoi. Je commence à me lever, à mettre mon écharpe sur moi, je suis debout devant ma chaise et l'historien en question dit : « Il n'y a pas de meilleur ouvrage pour comprendre et mémoriser la Révolution française que Les Misérables. » Je m'arrête, je me retourne et cette phrase, elle me elle est restée là, je l'ai encore en tête et je me dis mais il y a une incohérence dans les termes. Enfin je veux dire c'est un historien, c'est un mec qui a quand même lu des dizaines de pavés de 1200 pages sur la Révolution française, il vient me dire que c'est un romancier qui a mieux fait le travail que tous ces bouquins là. Dieu merci, j'ai eu un éclair de génie ce jour-là, c'est d'aller me rasseoir, de ravaler ma fierté et d'écouter quelqu'un qui sait. Je vous passe la conférence qui était absolument renversante, euh le mec avait une capacité de prendre la narration d'Hugo que lui avait lu. Oui par aparter, je n'avais jamais lu Les Misérables à cette époque-là, comme quoi il y a pas il y a pas il y a pas de courant d'être en être humilié. Mais croyez-moi qu'à la fin du 1h et demi de conférence, je me suis dit : « OK, ce mec-là est sur un filon, il est sur une mine d'or. » Je rentre chez moi, j'attrape ce bouquin qu'on m'avait laissé sous les yeux, qui avait pris la poussière depuis des années que j'avais dû acheter pour le bac de français mais que j'avais ouvert sur 20 pages et que j'avais reposé et je l'ai commencé. Et bien, c'était vrai. Il n'y avait pas mieux que ce bouquin pour comprendre et mémoriser la Révolution française. À tel point que j'étais allé voir un pote qui lui était ce genre de mec fan d'histoire, fan notamment des conférences sur YouTube d'Henri Guillemain, pour ceux qui ne connaissent pas, il faut aller voir les conférences d'Henri Guillemain et pour ceux qui savent ben je vous fais un clin d'œil. Et ce pote-là m'avait dit : « Mais mais arrête de te moquer de moi, enfin regarde, tu es ridicule avec ton Les Misérables. » Il me dit : « Mais mais l'histoire c'est des dates, c'est des événements, c'est des personnages. Si tu les lis dans un roman, c'est pas de l'histoire, tu dis de la romance, tu lis de la fiction. » Mais le truc c'est qu'il ne savait pas que moi j'avais écouté 1h et demi d'historien dans une salle remplie d'historien qui écoutait un mec qui disait que l'histoire ce n'est pas que les bouquins d'histoire. Parce qu'en fait l'histoire ce n'est pas quelque chose à connaître, c'est quelque chose que l'on vit. Calvino, c'est aussi cette définition qu'il associe à Victor Hugo et aux Misérables dans ce bijou. Comprendre l'histoire ce n'est pas juste comprendre des dates, c'est vivre ce voir, sentir presque ce que les personnages de l'histoire, ce que le monde vivait à cette époque-là. Dans Les Misérables, on voit et on ressent ce que des familles ressentent lorsque les prix du blé augmentent d'un mois sur l'autre. On voit, on ressent, on vit un terreau ment les émotions, les douleurs que eux vivent. On peut croiser un Napoléon et par le détour d'une phrase, par la description de son regard, par la description du regard des hommes qui le qui regardaient Napoléon, on peut voir et ressentir beaucoup plus que si on nous disait Napoléon est passé par tel village. Et l'historien avait cette phrase qui était absolument géniale et qu'aujourd'hui je garde comme étant un light motif constant qui me pousse à aller voir et à aller lire des romans pour bâtir ma culture générale. Selon lui, les personnes qui n'aiment ou ne retiennent pas l'histoire, c'est parce qu'ils ne la vivent pas, c'est parce qu'ils essayent de la connaître. Sauf que la connaissance, elle est froide. Vivre quelque chose, c'est chaud. Vivre quelque chose, ça nous marque, ça imprime sur notre mémoire des sensations, des impressions, des émotions et ça, c'est ce qui va faire la différence entre quelqu'un qui a une connaissance très froide qui elle va s'effacer à travers le temps parce que ces connaissances ne l'auront jamais marqué. À l'inverse d'un lecteur de roman qui bien intelligemment va choisir des classiques qui sont adaptés à ce que lui il cherche et qui lui va retenir ses informations à vie. Ça, c'est ce que Calvino vous apprend à faire ligne après ligne, page après page dans ce bijou de 400 pages. Je vous en conjure, foncez lire ce classique, il va vous changer votre vie et va changer votre perception des ouvrages et de la littérature en général. J'espère que ça vous aura plu. Je vous dis à très vite, ça fait plaisir de vous retrouver.

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