[0:17]Bonjour à tous et à toutes. Nous sommes aujourd'hui le 1er janvier 2020. Et j'entreprends une tâche audacieuse et passionnante, partager avec vous toutes les facettes, toutes les dimensions du phénomène qui est au cœur de la psychanalyse, le transfert. La série que j'inaugure présente une particularité : elle commence aujourd'hui. Mais je ne peux vous annoncer la date ni même l'existence d'une fin possible. J'ignore totalement combien de temps je demeurerai penché sur le sujet. Celui-ci propose tant de routes et de chemins d'impasse et de souterrain, de danger et de grâce. Le chantier restera donc ouvert tant que de la matière pourra en être extraite, mise en lumière et étudiée. Dans ce voyage au long cours, nous serons accompagnés par des guides expérimentés. Sigmund Freud, Sander Fenzi, Karl Abraham, Jean-David Nasio, Paul Laurent Assoun, Lucien Israël, André Green et bien d'autres. La série ne s'adresse pas à un public particulier. Je m'efforcerai de faire œuvre de pédagogie, de simplicité, j'apporterai aussi souvent que possible des illustrations cliniques afin que le sujet soit ouvert au plus grand nombre. À l'ensemble des étudiants en cursus de psychologie, futurs praticiens à devoir manier le transfert. Aux psychanalystes en exercice qui nourriront leur pratique d'une espèce de de fraîcheur. À tous les professionnels de la thérapie et de la relation d'aide qui ne disposeraient pas encore des connaissances nécessaires et suffisantes pour y voir assez clair dans cette partie de la constellation analytique. Et enfin, pourquoi pas, aux particuliers, aux particuliers curieux d'en savoir quelque chose de ce sujet régulièrement mis à la une des magazines de vulgarisation et qui forcément se trouve réduit par le fait même de s'adresser au plus grand nombre. Alors si le voyage vous séduit, embarquons ensemble sur ce navire et et en tant que capitaine de circonstance, permettez-moi de crier aux marins rester sur le quai, à l'loyeun, ce qui en grec signifie délivrer, libérer le bateau de ses amarres. Alors en route, en route pour la grande aventure du transfert.
[3:12]Bonjour. Une analyse sans transfert est une impossibilité. Sous la plume du père de la psychanalyse, cela tombe comme une évidence. Cela dit précisément que pour savoir ce qu'est une analyse, l'on est bien obligé d'en passer par le transfert. C'est en effet de la découverte du transfert qu'est née la psychanalyse, se séparant alors de l'hypnose et de ses suggestions. Mais qu'est-ce que c'est au juste que le transfert ? La première chose que l'on entend derrière le mot, c'est la notion de déplacement. En guise de définition introductive, nous pourrions donc déjà dire qu'il s'agit du report sur l'autre d'un certain nombre de phénomènes psychiques. Et si je ne mets pas de mots plus précis que l'autre pour désigner le destinataire de ces phénomènes, c'est parce que le transfert ne se manifeste pas seulement dans le 8 clos analytique. C'est une constante humaine, c'est un un phénomène observable dans le quotidien de la vie des individus. Toutefois, c'est bien dans le cadre analytique que le transfert déploie toute son amplitude. Si vous ne l'avez pas personnellement vécu, imaginez la scène. Voici un un analyste et un analysant engagé dans un travail très complexe visant à mettre en lumière le refoulé, lorsque soudain le patient se met à adopter à l'égard de l'analyste des comportements pour le moins étrange. À partir de ce moment-là, quelque chose change définitivement et dans l'ambiance de l'analyse, si l'on peut dire, et dans le processus analytique même. Vous savez que j'ai l'habitude de toujours replacer les choses dans leur contexte. Alors avant même d'en venir au contexte historique de la chose, arrêtons-nous un instant sur le contexte linguistique. Même si Freud a d'abord écrit le mot transfert en français en tant que traducteur de Bernheim. C'est en allemand que le mot va faire toute sa carrière technique et littéraire. Or, en allemand, le mot Ubertra signifie plusieurs choses. Sans entrer dans le détail, notons que ce qui apparaît comme le fil rouge des différents sens du mot, c'est la notion de transport. Pensez à Hubert. La notion de déport, de délocalisation, de projection, de de transmission, toute une richesse sémantique que l'on va retrouver sous la plume de Freud lorsqu'il évoquera la problématique transférentielle. Ainsi, dans les nombreux écrits qui traitent du sujet, nous lirons des déclinaisons telles que l'inclination au transfert, les attitudes de transfert, les comportements de transfert, la la relation de transfert, les résistances de transfert et bien évidemment l'amour de transfert. L'essence de ces de ces diverses étapes et déclinaisons du processus transférentiel, c'est ce que l'on appelle la névrose de transfert. Et je conserve pour beaucoup plus tard la notion de contre-transfert. Vous voyez déjà que derrière ce ce visage protéiforme, on on aperçoit tout de même l'émergence d'un certain nombre de caractéristiques qui nous permettent d'affiner un peu notre première définition du transfert. D'abord, d'abord, il y a effectivement déplacement et et même même dès le premier rendez-vous. Un déplacement physique pour se rendre au cabinet de l'analyste, une une préfiguration matérielle des futurs transferts psychiques. Ensuite, puisque dans ce qui nous occupe, le transfert porte sur la personne de l'analyste ou du médecin à l'époque, il faut entendre que toute relation de soin est forcément transférentielle. Le transfert est est inhérent à la relation d'aide. Dès le départ, il s'agit d'un choix d'objet. Le praticien est investi par le patient d'une certaine capacité, capacité d'aider, de soutenir, de guérir, et cetera, peu importe. Et donc et donc la relation transférentielle est d'une certaine façon médicale ou disons soignante, que l'on s'en rende compte ou pas, qu'on accepte de l'admettre ou pas. C'est l'investissement fait par le patient sur le praticien qui va générer tout ou partie du résultat thérapeutique. Alors alors évidemment, cela remet à sa juste place, c'est-à-dire au pire degré de l'aveuglement l'illusion qu'un autre agent pourrait être à l'œuvre et expliquer le résultat, par exemple une technique particulière ou encore un un protocole spécifique. Enfin, enfin c'est capital, notez le lien que pressent Freud avec la répétition. Une répétition qui fait du transfert un phénomène venu du passé et qui fait retour d'une façon soudaine, inattendue quoi que prévisible. Bon, une une répétition sans lien avec l'actuel et que le patient vit pourtant avec un intense caractère d'actualité. À très bientôt pour l'épisode suivant.



