[0:02]France 3 présente.
[0:09]Oh, bah dis donc, tu es drôlement radioactif, toi. C'est quoi cette montre ? Ah, c'est celle de mon grand-père. Oh, dis donc, tu entends comme ça crache. Bah on est pourtant pas allé dans une centrale. C'est pas la peine d'aller dans une centrale. Tiens, je t'emmène dans le Limousin. Allez, Marcel ! On va manger de l'atome. Ouais.
[0:47]Une émission proposée par Frédéric Courant, Bernard Gonner, Jamy Gourmaud. Production Riff International Production. Réalisation Catherine Breton. Une émission préparée par Agnès Monteux. Tiens, avec cet appareil, je vais te montrer qu'on peut trouver de la radioactivité. Mais c'est quoi cet engin ? Ça, c'est un radiamètre et vous allez voir que pour trouver de la radioactivité, c'est pas la peine d'aller dans une centrale nucléaire. Il y en a partout de la radioactivité. À l'origine, c'est complètement naturel. Tiens, Jamy, écoute, ça c'est de la radioactivité. Alors, c'est vrai qu'il y a des régions où l'on en trouve plus, c'est le cas par exemple du Limousin. Pourquoi ? Eh bien parce que dans le sous-sol, il y a plus de granit et en général dans le granit, il y a de l'uranium et l'uranium c'est radioactif. Dis donc, j'ai l'impression que j'ai mis la main sur un nid. Oh là ! Eh, regarde, j'ai bloqué l'aiguille. Ouille les oreilles. Hey, mais dis donc, j'aimerais bien savoir pourquoi il y a des éléments radioactifs. Ça veut dire quoi ? Et bien la réponse se trouve au cœur de la matière. En effet, qu'il s'agisse d'uranium qu'on trouve dans le sol, d'oxygène contenu dans l'air, de fer ou de cuivre, tous les éléments qui nous entourent sont constitués de minuscules petits grains assemblés les uns aux autres, des atomes. Ces atomes sont eux-mêmes formés d'un noyau autour duquel gravitent des électrons. Allons encore plus loin, approchons-nous du noyau. Il est formé de petites particules, les protons en rouge et les neutrons en vert. Ces particules sont collées les unes aux autres grâce à une force de cohésion qui en règle générale est suffisante pour que le noyau ne bouge pas. On dit alors que l'élément est stable, c'est le cas de l'oxygène, du cuivre ou du fer. Mais il arrive aussi parfois que le noyau soit trop lourd, c'est le cas par exemple de certains uranium. Il y a trop de particules à l'intérieur, trop d'énergie. Du coup, la force de cohésion n'est pas suffisante pour maintenir l'ensemble. L'élément est instable. Le noyau va donc libérer une partie de cette énergie en expulsant des particules et en émettant du rayonnement. Et bien, c'est ce phénomène de désintégration qu'on appelle la radioactivité. Eh ben tu sais Jamy, tous ces petits bruits que tu entends là, ce sont des atomes qui se désintègrent. Ouais ! Alors l'activité des atomes se mesure en becquerel. Par exemple, en l'espace d'une seconde, si un atome se désintègre, ça fait un becquerel. 10 atomes en une seconde, ça fait 10 becquerels, mais ici, quand on se promène dans la nature, on peut rencontrer facilement 2000 becquerels et même parfois beaucoup plus. Jamy, tu sais ce que c'est, ça ? De la pêche blende. C'est du minerai d'uranium. Pas étonnant que ça crache ! Oui, mais l'uranium 235 ou 238 ? Comment veux-tu que je sache ? C'est pas marqué dessus. Et pourtant, c'est important. Il existe en effet plusieurs types d'uranium. L'uranium, c'est une famille. Et ce nombre permet justement d'identifier chaque membre de la famille qu'on appelle des isotopes.
[4:02]Alors, à quoi correspondent-ils précisément ? Et bien d'abord, il faut savoir qu'au sein d'une même famille, tous les atomes possèdent le même nombre d'électrons que de protons. Ainsi, dans la famille uranium, tous les atomes possèdent 92 électrons, donc 92 protons. Ce qui change, c'est le nombre de neutrons. Ainsi, l'uranium 235 en possède 143. Le nombre 235 correspond en fait à l'addition des protons et des neutrons. 92 + 143, ça fait bien 235. L'uranium 238, lui, possède 146 neutrons. 92 + 146, ça fait 238. Il y a beaucoup d'atomes radioactifs dans l'espace. Ils sont à l'origine de la formation des étoiles et des planètes. Et si la nôtre est si hospitalière, c'est en partie grâce à cette radioactivité. Dans le sous-sol, la désintégration des atomes radioactifs réchauffe la croûte terrestre. Mais notre planète est beaucoup moins radioactive qu'au moment de sa formation, car depuis, une partie de ses radio-éléments sont devenus stables. On ne sait pas tout sur le phénomène de désintégration des atomes instables. Mais une chose est sûre, tous les atomes ne se désintègrent pas en même temps. En fait, dans un volume d'éléments radioactifs, les atomes vont se désintégrer par moitié, à un rythme qui varie en fonction des éléments. Tenez, prenons ce volume d'uranium 238 par exemple. Eh bien, la moitié des atomes va se désintégrer. Attention, ouvrez grand les oreilles, en 4 milliards et demi d'années. Et il faudra encore 4 milliards et demi d'années pour que la moitié des atomes qui restent se désintègrent et cetera et cetera. Vous le voyez, on n'est pas au bout de nos peines, d'autant que la matière ne disparaît pas. L'uranium 238 se transforme en thorium 234 qui est également instable. Alors, évidemment, tous les éléments ne se désintègrent pas aussi lentement que l'uranium 238. Le polonium 218 lui par exemple, se désintègre par moitié en 3 minutes. C'est Henri Becquerel qui a découvert la radioactivité en 1896. Et oui, il démontre que l'uranium émet des rayonnements qui impressionnent les plaques photographiques. En 1898, Pierre et Marie Curie sont les premiers à isoler quelques grammes de deux éléments naturels radioactifs à partir d'une tonne de pêche blinde. Ils les baptiseront polonium et radium. En 1934, Irène Curie et Frédéric Joliot réussissent à créer des éléments radioactifs artificiels. À partir de cette découverte, on va exploiter l'énergie contenue dans les atomes en les cassant. C'est l'énergie de fission utilisée dans les premières bombes atomiques. Cette même énergie est utilisée dans les réacteurs de nos centrales nucléaires.
[6:54]L'un des éléments radioactifs dont on parle souvent, c'est le radon. Alors, c'est quoi le radon ? Eh bien c'est un gaz, on peut donc le trouver dans l'air, mais en très faible quantité, car il est brassé. Donc, pour mesurer sa concentration, il faut placer les instruments au sol, normal, car le radon s'échappe du sol en général, là où il y a de l'uranium et du thorium. C'est un descendant naturel. Et Jamy, tu devrais peut-être nous raconter toutes ces histoires de famille, c'est passionnant. Remontons l'arbre généalogique. Il faut 14 générations, 14 transformations pour que l'élément radioactif devienne définitivement stable. Le radon, lui, apparaît à la 6e génération. Un, deux, trois, quatre, cinq, six. À ce stade, l'élément qui était solide change d'état, il devient gazeux. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Le radon, lui aussi, instable, il va donc se transformer et l'élément va redevenir solide. Le radon se transforme en polonium. Et cet élément se transformera encore sept fois avant de devenir définitivement stable, en l'occurrence, avant de devenir du plomb 206. La radioactivité, on peut la trouver aussi dans les végétaux et ça, c'est tout à fait normal puisque les végétaux se nourrissent de ce qu'il y a dans le sol. Alors est-ce que les champignons par exemple, aiment bien les éléments radioactifs ? Oh, ils aiment tous les sels minéraux qui existent dans le sol. Donc les éléments radioactifs. Alors, s'il y a de la radioactivité dans le sol, bien sûr, le champignon la récupère. Mais on peut les manger quand même, en particulier ceux qu'on trouve dans le Limousin ? Ah ben oui. D'accord, tenez, je vous donne celui-là et celui-là, on va le garder pour Jamy, toi qui aime bien les champignons. Un bon petit champignon radioactif. Un tout petit peu radioactif, hein ? Eh ben comme ça, on se fera une fricassée de champignons atomiques. Alors, nous vivons dans un environnement naturellement radioactif et nous recevons en permanence du rayonnement naturel. D'où vient-il ? Et bien du sol d'abord, à cause de l'uranium 238 et de ses descendants présents dans la roche. À cause du radon présent dans l'atmosphère, il représente la part la plus importante du rayonnement naturel qui nous atteint. Et puis, il y a aussi les végétaux qui avec leurs racines, pompent dans le sol des éléments radioactifs tel que le potassium 40. Du coup, les vaches, les chèvres, les moutons, tous les herbivores en absorbent et nous à notre tour, végétaux ou viande, nous en absorbons. Et puis, il y a aussi l'espace, le soleil, les étoiles qui rayonnent. Au total, ce rayonnement naturel représente à peu près 60 % du rayonnement qui nous atteint. Et Jamy, approche ! Et qu'est-ce que tu fais de Tchernobyl, des essais nucléaires et des déchets nucléaires ? C'est pas vraiment naturel ça. Évidemment, il n'y a pas que le rayonnement naturel, il y a aussi le rayonnement artificiel. Il est principalement d'origine médicale, il est provoqué par les radiographies. Enfin, les essais nucléaires qui ont été réalisés par le passé dans l'atmosphère et qui ont toujours des retombées aujourd'hui, l'entreposage des déchets nucléaires, les accidents comme celui qui est revenu à Tchernobyl, représente 1 % du rayonnement qui nous atteint. Dans le Limousin, l'uranium naturel a été exploité pendant 50 ans pour fabriquer du combustible nucléaire. Ces mines gérées par la Cogema sont aujourd'hui fermées, remblayées ou transformées en plan d'eau. Mais des études menées par plusieurs associations ont montré que l'exploitation de ce minerai avait provoqué une contamination de l'environnement. Des taux de radioactivité 10 à 100 fois supérieurs à la radioactivité naturelle ont été mesurés dans les sédiments de certains cours d'eau et d'un lac situé en aval des mines. Cette contamination s'est poursuivie après l'arrêt de l'exploitation, car plusieurs mines ont été remplies de millions de tonnes de grava et de bouts faiblement radioactifs. Des radioéléments qui ont une durée de vie de plusieurs centaines de milliers d'années sont passés dans les eaux souterraines et se sont accumulés sur les berges des rivières et des plans d'eau. Après plusieurs années de procédures judiciaires, la Cogema a dû prendre en charge la décontamination de ces milieux naturels. Les contrôles de ces sites de stockage ont été renforcés. Et un groupe d'experts a été mis en place pour étudier l'impact de la radioactivité sur les écosystèmes. Évidemment, la radioactivité peut avoir des conséquences sur la santé. Alors le problème que l'on rencontre dans certaines régions, en particulier dans celle où il y a beaucoup de granit, c'est que le radon non seulement se dégage du sol, mais il peut se dégager aussi des pierres avec lesquelles on construit les maisons. Les plus fortes concentrations en général, on les trouve dans les caves. Pour en avoir le cœur net, il suffit de prendre des mesures avec un appareil comme celui-ci. Ici, on a une concentration de l'ordre de 2000 becquerels par mètre cube, c'est pas énorme, mais c'est déjà pas mal. Les normes européennes estiment dans les maisons anciennes, qu'à partir de 400 becquerels, il faut prendre des précautions. Et puis tu sais Jamy, le radon, il dégage des rayons alpha. Tu sais ce que c'est les rayons alpha ? Un rayon alpha, c'est un petit morceau de noyau, une particule constituée de deux protons et deux neutrons. Cette particule à cause de sa taille, a du mal à se frayer un chemin à travers la matière. Elle peut donc être arrêtée facilement avec une simple feuille de papier ou même avec une couche d'air, c'est ce qui se passe d'ailleurs dans le cas du radon. Seulement, si cette particule touche la peau, comme elle est très énergétique, et bien elle peut provoquer des dégâts en surface. Alors où est le problème avec le radon ? Et bien c'est qu'il peut nous contaminer. J'explique. Dans l'air que nous respirons, il y a du radon. Une fois dans notre organisme, ce radon gazeux va se transformer, se désintégrer. Seulement en se transformant, il redevient solide. Et le problème, c'est que cette élément, elle est lui-même radioactif, il va donc se désintégrer plusieurs fois dans l'organisme en émettant du rayonnement. Alors, on dit qu'on est contaminé tout simplement parce que des éléments radioactifs se sont introduits dans notre organisme. Donc ici, on a 2000 becquerels par mètre cube, c'est beaucoup monsieur Francillon ou on peut trouver plus ? C'est beaucoup mais on peut trouver plus. C'est-à-dire entre 5 et 10000 becquerels dans une cave. Alors dans ce cas-là, qu'est-ce qu'on fait ? On revend la maison ou on s'en va en courant ? Ah ben on part pas en courant et on vend pas la maison. On fait un diagnostic de la maison et on peut faire évacuer ce radon. Donc il y a des solutions. Il y a des solutions. Alors ici par exemple, qu'est-ce que vous avez fait ? Bien ici, à l'origine, il y avait une ventilation naturelle de la cave qui était ici, mais c'était une ventilation statique, donc ça ne suffisait pas. Donc là, on a créé une ventilation dynamique, on va le voir. Donc ici l'air rentre. Donc circule dans la cave. Donc ensuite, on a fait une sortie à l'autre extrémité, ce qui a permis de créer une ventilation dynamique, donc on va le voir. On voit l'air circule nettement dans la cave. Et ça marche bien. Regardez, là c'est avant les aérations. Et là après, on est à moins de 500 becquerels par mètre cube. Autrefois, il y avait moins de problèmes parce que les maisons étaient moins bien isolées. Et si on sait aujourd'hui que le radon est dangereux pour la santé, c'est parce qu'on a suivi 5000 anciens travailleurs dans les mines d'uranium. Et on a constaté qu'au-delà d'une exposition régulière de 1000 becquerels par mètre cube, on augmentait les risques de cancer du poumon. Il est vrai que jusqu'à présent, on n'a jamais réussi à montrer dans les habitations un excès de risque. Mais à titre conservatoire, là aussi, on suppose que si on a vu un risque chez les mineurs d'uranium, ben il y a toutes les chances pour qu'on le voit aussi dans la population. D'ailleurs, par précaution, certaines écoles dans lesquelles il y avait un taux anormalement élevé de radon ont dû être fermées. On y a fait des travaux comme ici à Limoges. Eh Jamy, tu sais la pêche blinde, ce minerai d'uranium, il paraît qu'il n'émettait pas seulement des rayons alpha, mais aussi des rayons beta et des rayons gamma. Je ferais peut-être bien de m'en séparer, hein ! Ah ben heureusement que le camion est solide. Ah, excuse-moi, j'ai pas fait exprès. Ouais, il faut faire attention. Alors il existe trois types de rayonnement. Le rayonnement alpha, on en a parlé, le rayonnement beta et le rayonnement gamma. Le rayonnement beta, comme le rayonnement alpha, se présente sous la forme d'une particule expulsée du noyau. Étant plus fine, elle franchit facilement une feuille de papier, mais elle est arrêtée par une feuille d'aluminium. Si en revanche elle touche l'être humain, et bien elle va pénétrer un peu plus profondément dans les couches superficielles de la peau. C'est ce qu'on appelle être irradié.
[16:03]Et c'est en suivant les 70 000 irradiés de Nagasaki et Hiroshima que l'on a étudié les effets du rayonnement sur l'homme. Les populations irradiées à forte dose ou à faible dose autour de Hiroshima et Nagasaki, c'est les personnes qui étaient pas mortes immédiatement ont été suivies, elles sont toujours suivies, on mesure la survenue de maladie, en particulier de cancer et de malformation congénitale dans ces populations. Dans le cas de Tchernobyl, c'est beaucoup plus compliqué de suivre les populations. Les personnes qui ont travaillé sur le site juste après l'explosion de la centrale en 86 sont maintenant éparpillées aux quatre coins du pays. Et les habitants des environs ont été déplacés dans d'autres régions.
[16:44]Ici, nous sommes à l'IPSN, l'Institut de Protection et de sûreté nucléaire. C'est le seul laboratoire de biologie en France où l'on étudie tous les cas d'irradiation accidentelle. Alors comment faire pour savoir si quelqu'un a été irradié ? Et bien d'abord, il faut partir d'un échantillon de sang. Dans le sang, il y a des lymphocytes, des globules blancs, ce sont des cellules et à l'intérieur de ces cellules, on va observer les chromosomes. Regardez bien. En temps normal, on observe 46 chromosomes dans une cellule. Et tous ces chromosomes ont une forme bien précise, ils sont tous en forme de X. Maintenant, que se passe-t-il s'il y a eu irradiation ? Regardez, on constate que certains chromosomes ont une forme inhabituelle. Celui-ci par exemple, c'est ce qu'on appelle un dicentrique. Que s'est-il passé ? Et bien le chromosome a été cassé par des rayons, la cellule l'a réparé, mais il y a eu une aberration, c'est-à-dire qu'on a deux chromosomes qui sont collés l'un à l'autre. Donc quand on constate plusieurs anomalies comme celle-ci, ça signifie que la personne a été irradiée. Quelles peuvent être les conséquences d'une irradiation ? Et bien imaginez que les cellules de la peau soient touchées. En temps normal, la peau se renouvelle régulièrement. Les cellules mortes étant remplacées par de nouvelles cellules. Maintenant, imaginez que le programme au niveau des chromosomes soit modifié par le rayonnement, et bien la peau n'est plus fabriquée. Les cellules vont mourir les unes après les autres, elles ne sont plus remplacées. Voilà pourquoi la brûlure apparaît quelques temps après l'irradiation. Il n'y a pas que la peau qui puisse être touchée. Toutes les cellules, dont celles des organes ou du sang peuvent être irradiées et mourir. Mais comme les effets ne sont pas immédiats, on utilise ce mannequin pour reconstituer l'accident et aider les médecins à évaluer les dégâts. On le truffe de petits dosimètres réceptifs à la radioactivité pour déterminer les doses reçues à différentes parties du corps. On place ensuite le mannequin témoin dans les conditions de l'accident. Ici par exemple, face à un irradiateur. Et au moment de l'irradiation, tout le monde sort. On peut aussi reconstituer des accidents par ordinateur. Ici, on étudie le cas de quatre chirurgiens irradiés par une source qu'ils avaient dans leur poche sans savoir qu'elle était radioactive. Il a fallu faire des greffes pour remplacer les tissus morts. Mais il n'y a pas que ces effets directs qui peuvent être graves et même tuer. La radioactivité a d'autres effets à beaucoup plus long terme, l'apparition de cancer. À Tchernobyl par exemple, il y a eu une augmentation des cancers de la thyroïde. La thyroïde, c'est une glande indispensable pour la croissance des enfants. On sait que plus la dose de radioactivité reçue est importante, plus on augmente les risques. Mais pourtant, tous les irradiés ne développent pas systématiquement un cancer. De temps en temps, euh, la cellule a du mal à réparer parfaitement les lésions de ces chromosomes. Elle répare, mais elle répare mal. Et donc on se retrouve avec un avec des chromosomes, avec un patrimoine génétique qui est un peu altéré, ça ça s'appelle une mutation. Et cette mutation peut, pas dans tous les cas, mais peut être l'une des étapes vers l'apparition d'un cancer ultérieur. Et chez certaines personnes, il peut parfois suffire d'une petite dose pour développer un cancer. Les risques d'irradiation ou de contamination n'existent pas seulement en cas d'accident nucléaire. On peut les rencontrer beaucoup plus souvent. Il suffit de manipuler des petites sources radioactives qu'on peut trouver justement sur des objets, parfois des objets grand public, hein. Tout à fait. Regardez cette vieille boussole par exemple, et bien là, on peut dire que ça crache, hein. Ça c'est la flèche qui est peinte ici, c'est la peinture qui est radioactive. Une peinture radioluminescente, elle elle brille grâce à la radioactivité et à du sulfur de zinc qui a ajouté à la peinture. C'est la même que l'on trouvait sur les aiguilles des des vieux réveils ou des vieilles montres. Tout à fait, c'est la même peinture. C'est du radium. C'est du radium. D'accord. Alors maintenant ce produit est complètement abandonné et on est passé à un radioélément beaucoup moins nocif qui s'appelle le triceum et qui ne sort pas euh du verre du cadran. Maintenant, on passe davantage dans l'industrie, dans les laboratoires. Dans les laboratoires. Alors ça, c'est une source radioactive. Je rappelle qu'on peut la prendre parce qu'elle est complètement inactive, mais si on prend ça dans la main, euh si elle est active, que se passe-t-il ? Bah c'est un grand danger pour la main. On a un risque évident d'irradiation aiguë au doigt et euh c'est qui peut se terminer par une amputation. Et le véritable piège de ça, c'est qu'on ne sent rien en fait. Absolument, incolore, inodore, insipide. Aucun des sens de l'être humain n'est capable de déceler l'activité. Bon alors pour protéger tous les gens qui travaillent au contact d'une source radioactive, on a mis au point ce petit appareil. Ça s'appelle un dosimètre, on le porte sur soi et ça enregistre toutes les doses de radioactivité que l'on reçoit pendant une période donnée, par exemple, pendant 1 an. Concrètement, ça veut dire que si au bout de 6 mois, on a atteint le plafond autorisé, et bien en principe, pendant 6 mois, on n'a plus le droit de travailler au contact d'une source radioactive. Et puis ce petit appareil aussi dessus, il y a une alarme qui se déclenche si d'un seul coup, on reçoit une dose de radioactivité trop importante. Et là Jamy, tu remarqueras qu'on ne parle plus en becquerel, mais en sivert, enfin, plus exactement en millisievert. Et donc, ça fait du bruit, hein ? Oui, et ça fait du bien quand ça s'arrête. Alors pourquoi parle-t-on en millisievert et non plus en becquerel ? Et bien parce que les becquerels mesurent le taux de radioactivité, autrement dit, le nombre de désintégration en une seconde. Les millisieverts, eux, mesurent les effets de l'impact du rayonnement sur l'être humain et ces effets varient en fonction de l'élément radioactif et de la zone qui chez l'homme est touchée. Pour comprendre, on peut comparer tout cela à la chute de corps. Le poids de ces corps correspond au nombre de becquerel. 1 kg de plume ici, 1 kg de plomb ici. Un partout. Les millisieverts eux correspondent à l'impact de ces objets qui manifestement varie entre le plomb et la plume. Eh bien, avec les éléments radioactifs, ça se passe exactement de la même façon. Et pour vous donner un ordre d'idée, 1 millisievert correspond à 17 mois passés à Paris, à 12 allers-retours Paris-New York. Normal, on est en altitude, on est moins protégé par la couche atmosphérique et on reçoit davantage de rayonnement cosmique. 1 millisievert, c'est également une journée dans l'espace. Selon la réglementation, les travailleurs du nucléaire qui interviennent régulièrement dans des zones radioactives, ne doivent pas dépasser une dose de 20 millisieverts par an. Pour le public, la limite est beaucoup plus faible. L'impact de la radioactivité rejetée dans l'environnement par les installations nucléaires, ne doit pas dépasser 1 millisievert par an. C'est moins que ce que l'on reçoit par le rayonnement naturel, mais si la réglementation est aussi prudente, c'est parce qu'on connaît mal les conséquences sur la santé des faibles doses de radioactivité. En gros, dans le monde entier, on n'a jamais mis en évidence d'augmentation du risque de cancer et de leucémie autour des centrales nucléaires. Par contre, on a mis en évidence des augmentations des leucémies chez les gens qui travaillent dans les dans les centrales nucléaires, et on a surtout mis en évidence des augmentations des leucémies autour de certaines usines de retraitement nucléaire. Doureine en Écosse, c'est la file d'en en en Angleterre et autour de La Hague, il y a une tendance à un excès, cet excès n'est pas significatif, mais il y a une petite tendance à un excès de leucémie autour de La Hague. L'usine de La Hague où l'on retraite le combustible nucléaire usé est autorisé à rejeter dans la mer une certaine dose de produits radioactifs. Ces rejets peuvent-ils provoquer une augmentation des risques de cancer dans la population voisine ? Plusieurs enquêtes scientifiques ont tenté d'apporter une réponse. On a suivi à la trace les radio-éléments qui se retrouvent dans la chaîne alimentaire et on a évalué la dose de radioactivité reçue par les riverains de La Hague. Aucune de ces études n'a démontré que les rejets de l'usine de la Cogema pouvaient être responsables d'une augmentation du nombre de leucémies. Mais une surveillance a été mise en place pour suivre le nombre de cancer dans la population. Ah Jamy, haut les mains. Laisse voir. Oh bah dis donc, tu es encore radioactif, qu'est-ce que tu as dans tes poches ? Bah, j'ai mes mes clés et ma myte. Et ça c'est quoi ? Bah c'est ma copine. Bah dis donc, elle est mururoa. Mururoa, la petite voix, explique lui. Bah mururoa ça veut dire que c'est une bombe, quoi.



