[0:13]Je j'essaie de jouer en mélodie à trois temps et je sais de faire un pas à deux temps avec mes pieds. Mais parce qu'on n'arrive pas à faire deux choses à la fois si on n'est pas une femme. C'est tout ce que j'ai à vous dire. Joue de la guitare, je te propose de te faire un petit quiz sur les capitales d'Europe. Alors, capitale de la Pologne. Euh, c'est euh, Bialoviza. Non, Krakovi, Varsovi. C'est un peu hésitant au niveau guitare. Enfin, niveau capitale aussi. Ensuite, capitale de la Finlande. Helsinki. C'est marrant ce que tu t'arrêtes à chaque fois, puis il y a toujours une petite fausse note après. La capitale de la Belgique. Euh, Bruxelles. La capitale de la Chine. De la Chine. Bon, c'est pas très concluant. Jouer de la guitare et réfléchir aux capitale un petit peu pointues européennes, c'est compliqué. On va voir si on peut faire bien plusieurs choses à la fois. Et pour le savoir, on va faire une petite incursion chez les scientifiques. Et en attendant, c'est reparti. 3 2 1. Oh, where has my little dog gone? Oh, where oh, where can it be?
[1:21]Pour notre première expérience, David a fait appel à Kaneti, le champion de France de Rubik's Cube. David va essayer de voir si ses performances diminuent en fonction du nombre de tâches qu'on lui confie. Bonjour, vous êtes un Rubik's Cube professionnel ça. Euh, oui. Il est bien usé. Euh, ça fait longtemps quand même que j'en fais, ça fait 3 ans. Et de ce que vous faites comme vous faites ça? Il y a des fois où je vois ce que je fais et il y a des fois où il y a pas besoin de regarder ce que je fais donc je peux faire les choses très rapidement. C'est plutôt instinctif ? Euh, c'est plutôt mécanique. Mécanique. Oui, je peux le faire ça un peu sans réfléchir maintenant. Vous arrivez à le faire en combien de temps quand c'est bien mélangé ? 10 secondes de moyenne, 11 secondes. 10 secondes ? Oui. Avec plus de 43 milliards de milliards de combinaisons possibles, le Rubik's Cube est un véritable casse-tête diabolique. Ça vous êtes entièrement concentré sur le Rubik's Cube. Maintenant, si vous pensez à autre chose tout en faisant le Rubik's Cube, est-ce que ça va vous ralentir ou non ? Je pense un petit peu. Vous pensez ? On verra. David va d'abord demander à Kaneti de résoudre le Rubik's Cube à trois reprises afin de connaître son temps moyen de résolution lorsqu'il est concentré sur une seule tâche. Jules sera quant à lui chargé de mélanger le cube avant chacune des expériences. Là, on est dans une situation de concours, n'est-ce pas ? Exactement. Ça c'est un chronomètre officiel. Voilà. Là il y a un Rubik's Cube en dessous qui est tout mélangé. Exactement. Mais vous l'avez pas vu encore. Pas encore. Dès que je suis prêt, j'enlève le cache. C'est vous qui l'enlevez ? Euh, si vous voulez l'enlever, vous pouvez l'enlever. Et puis vous le regardez pendant un moment pour voir. J'ai le droit à 15 secondes maximum. 15 secondes. Oui. Go !
[3:16]À moins de 10 secondes. Oui, 9,97. Attends, je vais le marquer. 9,97.
[3:25]Et c'est quoi votre meilleur score ? Mon meilleur score en un seul temps, c'est 7,40.
[3:38]Ah ! 7,55. Oui. Ah ça c'est presque votre meilleur score, non ? Presque, mais j'ai eu un mélange assez chanceux. Proche de son meilleur score, Kaneti a cette fois-ci réussi à résoudre le Rubik's Cube en seulement 7 secondes et 55 centièmes. Pour son 3ème et dernier essai, il arrive à 10 secondes 90. En moyenne, notre champion a donc résolu le Rubik's Cube en 9 secondes et 47 centièmes. 9,47. 9,47. Donc ça c'est juste vous vous êtes concentré sur le Rubik's Cube entièrement, n'est-ce pas ? Oui. Maintenant, je vais essayer de vous poser des questions pendant que vous faites le Rubik's Cube pour voir si ça change le temps. D'accord, prêt ? Je suis prêt. 11 + 7.
[4:21]11 + 7. 11 + 7.
[4:27]Euh, 18. Merci. 7.1. Euh, 6.
[4:37]6 + 2. Euh, 8. 9 + 3. Alors que Kaneti était étudiant en mathématiques, impossible pour lui de répondre facilement aux questions simples de calcul mental en même temps que le Rubik's Cube. Et cela se ressent dans les temps de résolution du champion. Sa moyenne est donc de +27 secondes. C'est presque 3 secondes plus que quand il y a pas de calcul. Oui. Bah le calcul a un peu monopolisé mon esprit pendant que je faisais le Rubik's Cube. Troisième épreuve. On va faire le Rubik's Cube. On va faire le calcul dans la tête, et puis en même temps, on va installer un petit parcours. Donc il faut que tu bouges physiquement. En plus des calculs mentaux, Kaneti va devoir suivre un parcours au sol afin de solliciter ses jambes et sa tête. Parviendra-t-il à réaliser ses trois tâches en même temps ? Cela va-t-il perturber ses temps de résolution ? Tu peux regarder le Rubik's Cube pendant 15 secondes. 3, 2, 1, go. 6 + 12. 18. 3 x 9.
[5:52]27.
[5:55]21 divisé par 7. 3. 9 + 1. 10. En faisant trois choses en même temps, Kaneti a plus que doublé son temps de résolution avec un résultat de 19 secondes et 84 centièmes. 15, 19 + 17, 50 + 19, 84, ça fait un total de euh. 17,51. 17,51. On va faire un petit synthèse. Rubik's Cube plus calcul, c'est combien de secondes en plus ? Euh, 3 secondes. Presque. 3 secondes, mais Rubik's Cube plus calcul plus parcours, ça fait quoi comme défense ? Presque 8 secondes. Presque 8 secondes. Donc ça veut dire que ça, ça devient un peu embrouillé dans la tête, j'ai l'impression. On peut pas faire, on a du mal à faire deux choses en même temps, mais trois choses en même temps, ça devient. Encore pire. Encore pire, carrément difficile. Moi, par contre, juste pour faire une chose dans ma tête, j'aimerais bien apprendre à faire ça aussi vite. C'est un impressionné. Oui, oui. Je peux vous apprendre. Ah oui. Oui. Donc tu mélanges. Et je mélanges.
[7:02]Avec cette première expérience, notre scientifique a pu remarquer que plus le cerveau est sollicité par des tâches différentes, plus il met de temps à répondre à sa tâche initiale. Mais pour essayer de comprendre ce qui s'est passé réellement dans le cerveau de Kaneti, Agathe se rend au centre Neurospin. Elle va retrouver un spécialiste en neurosciences qui a justement réalisé plusieurs expériences sur le multitâche. Notre cobail va se prêter à des tests qui ont déjà été réalisés sur une dizaine de personnes. Bonjour, Sébastien. Oui, c'est ça. Bonjour, Agathe. Enchanté. J'ai très peur Sébastien, je sais que vous allez me transformer, je sais qu'il va se passer des choses dans mon cerveau et tout. C'est là l'endroit de la torture. Exactement, un magnéto encéphalographe. Oui. D'accord. C'est ici qu'on va faire l'expérience. Donc vous allez être assise dans le siège ici. D'accord. Et on va enregistrer l'activité de votre cerveau. Alors, il y a certaines règles de sécurité. La première c'est qu'il y a aucune pièce métallique qui rentre à l'intérieur de cette pièce là. Aucune pièce métallique, ça veut dire ça aussi. Ça veut dire en pyjama en tenue d'hôpital. Ah bah oui, c'est formidable. J'adore me déguiser dans cette émission. Ah bah là vous allez être déguisé oui. Ah c'est vrai ? Ah oui oui. Ah mais ça votre bon show. N'est-ce pas ? On se revoit dès que vous êtes prête.
[8:15]Afin de mesurer l'activité cérébrale d'Agathe, des électrodes sont posées sur son visage et elle devra mettre un bonnet doté de près de 250 capteurs qui permettront à la machine d'enregistrer ses moindres réflexes.
[8:34]Ok Agathe vous m'entendez ? Oui. Ok, préparez-vous, c'est parti. Dans cette expérience, la tâche principale est d'identifier des lettres Y ou Z par une série défilant à la vitesse de 10 lettres par seconde. En même temps, Agathe entendra des sons tantôt graves, tantôt aigus qu'elle devra différencier au moyen d'un boîtier électronique. Sur ces images qui représentent ce qui se passe dans un cerveau moyen soumis à la même expérience, on peut voir la zone auditive s'activer au moment de l'envoi du son. C'est un Y ou un Z se présente, ce sont les zones de la reconnaissance des lettres qui s'activent. Plus le délai entre le son et la lettre est court, plus l'identification de la lettre est difficile. Lorsque le son et la lettre se chevauchent, le cerveau doit faire un choix. Il se concentre sur le son et ne voit pas la lettre. Dans le cerveau, les zones de perception des lettres ne s'activent pas, alors que celle du son fonctionne. Le cerveau accomplit les tâches les unes à la suite des autres et non simultanément. C'est ce que l'on a constaté avec Kaneti. Il n'arrivait pas à faire une addition pendant sa résolution du Rubik's Cube. Ok, très bien, c'est terminé, je viens vous chercher. Bon, ça va, ça s'est bien passé alors ? C'est assez troublant parce qu'en fait quand la lettre arrive, si par hasard elle est en même temps que le son, on sent qu'il y a besoin d'un temps de digestion. J'ai eu l'impression qu'à chaque fois que j'étais plus rapide c'était quand c'était décalé. Pour en aller plus loin, Agathe souhaite poser encore quelques questions aux neuroscientifiques. Alors, puisqu'on s'intéresse aux idées reçues dans cette émission, il y a des idées reçues qui courent. Il paraît quand même que les femmes ont une propension à pouvoir faire deux choses à la fois là où les hommes ne l'ont pas. Non, concrètement, dans les données scientifiques, non. Il y a aucune donnée qui permettent vraiment de montrer que les femmes ont plus d'aptitude à gérer plusieurs tâches en même temps. Est-ce que vous pensez que ça peut se travailler ? Est-ce qu'on peut conditionner son cerveau si par exemple je fais le test que vous m'avez fait faire comme une sportive, est-ce qu'à un moment mon cerveau va être plus apte à digérer les informations simultanément ? Alors, dans ce genre d'expérience, même si vous entraînez la personne après des milliers d'essais, on appelle ça un goulot d'étranglement central, c'est-à-dire ce ralentissement sera toujours présent. Masculin ou féminin, avec ou sans entraînement, le cerveau n'est donc pas capable de réaliser correctement deux tâches en même temps. Voyons maintenant avec Agathe et Vincent quelles peuvent en être les conséquences sur notre quotidien. Nos cobail se rendent sur un circuit automobile afin de tester leur temps de réaction dans différentes situations de conduite. Jean-Christophe les attend pour mettre en place plusieurs expériences. Sympa d'avoir mis ma voiture ici. Et non, c'est dans une voiture spécialement équipée que les expériences seront menées. Agathe sera la première à tester ses capacités de réaction en fonction de diverses situations en roulant à 50 km/h. C'est parti. J'ai peur Jean-Christophe. Pas, pas, pas. Grâce à un appareil appelé frénographe, ces temps de réaction seront mesurés au centième de seconde près. Quand s'allume le témoin vert, ça correspond au moment où on prend l'initiative de s'arrêter puisqu'on va simplement imaginer que ce voyant vert, c'est un événement. Donc ça veut dire que dès que le voyant vert s'allume, je dois freiner. Voilà. Et ben Agathe, on peut y aller. C'est parti.
[12:11]OK. Alors. Alors, Jean-Christophe, est-ce que je suis quelqu'un de réactif ? On a un temps de réaction d'un petit peu plus de 7 dixièmes, c'est très performant. Donc réflexe maximale, je suis à 0,7 secondes en temps de freinage. De réaction. De réaction. Ça si je suis concentrée, c'est ce que je fais. Non, ça veut dire si on est en condition normale de conduite. D'accord. Alors maintenant on va voir peut-être quand je suis un petit peu perturbée. Pour voir les conséquences du manque d'attention sur les temps de réaction, Jean-Christophe va introduire un élément perturbateur dans l'expérience. L'utilisation du téléphone au volant qui, rappelons-le, est interdite à juste titre puisqu'elle est responsable d'un accident sur trois. Vincent, excuse-moi, j'ai failli avoir un accident, je te rappelle. Bisous, chérie.
[13:01]Bien, alors qu'est-ce que ça nous dit ? Apparemment, je peux téléphoner au volant moi, sans aucun problème contrairement aux autres. Non, on a quand même un temps de réaction d'une seconde 05 alors que tout à l'heure, on était à 0,7 secondes. 0,7 secondes. Donc ça veut dire que même en faisant quelque chose d'assez anodin, et ben forcément les temps de réactivité sont plus importants. C'est maintenant au tour de Vincent de se prêter au test. Sera-t-il plus réactif qu'Agathe ? Est-ce qu'on s'y attends ? Et oui, Vincent.
[13:32]Très bien, Vincent. Temps de réaction 0,6 secondes. Vincent refait un tour de piste pour se préparer à la deuxième expérience. Sans qu'il s'y attende, Jean-Christophe allume le voyant vert alors qu'il est en train de lui parler. Mais oui, non mais c'est pas une raison parce que moi j'aimerais bien qu'on me regarde quand on se parle.
[14:23]Ah là là, oh j'étais bien en retard. Ah ouais, 1 seconde 02. Tout à fait. Alors que j'étais à 0,6 sans aucune perturbation. Exactement. Donc 40 % de plus de temps de réaction, ça me paraît énorme. Dans une condition réelle de circulation, ça peut être hyper dangereux. Ah, complètement. Pour se rendre compte des conséquences de l'incapacité du cerveau à se concentrer sur deux choses à la fois, Vincent et Agathe rejoignent Jean-Christophe sur la piste afin de matérialiser au sol les temps de réaction d'Agathe pendant l'expérience. Là, on va s'intéresser au score d'Agathe. En sachant que ici on part de Voilà, c'est le moment où la lumière s'allume. D'accord. Et à partir de là se déclenche le processus de réactivité. Il faut que je m'arrête. Et là on a réagit et après il faut freiner. Et la première fois, Agathe a quand même parcouru la distance de 20 m. Ah ouais ! Pile-poil. Tu mets le plot ici. Hop là. Donc ça, ça veut dire que quand j'étais très concentrée, il m'a fallu 20 m pour m'arrêter si on compte le temps de réaction après la lumière verte qui était là-bas et le temps de freinage. Tout à fait. Ça me paraît déjà beaucoup rien que concentré. C'est pire évidemment quand je l'étais plus. Alors maintenant effectivement, puisque la deuxième fois avec l'usage du téléphone, on a eu un temps de réaction plus long. 25. Et donc il a fallu attendre 25 m pour que la voiture soit arrêtée.
[15:44]Moi ce qui m'impressionne, c'est la distance entre le moment où on est censé percevoir l'obstacle et le moment où on freine, c'est quand même. Alors que quand on est dans la voiture, on a l'impression que c'est instantané. Exactement. On a presque le sentiment, l'impression qu'on s'arrête sur 2 mètres, 3 mètres en fait. Aujourd'hui, nous avons pu comprendre que le cerveau n'a pas la possibilité d'exécuter correctement deux tâches simultanément. Mesdames et messieurs, nos cobails l'ont prouvé, nous ne sommes pas multitâches.



