[0:17]Pour moi, l'écriture est quelque chose qui va être une chose seconde, c'est-à-dire que ça passe d'abord la musique par une réception par le corps. Donc je dirais que on commence par recevoir quelque chose dans son corps et après on peut le l'écriture peut transcender les choses, peut arriver à une formulation plus complexe, plus riche. Mais au départ le compositeur, pour moi, ça c'est une chose très importante, ne doit jamais perdre le contact physique avec sa musique. D'où mon intérêt d'ailleurs pour pour les musiques qui ont un lien avec la danse, là encore il y a ce lien avec le le corps, d'où mon intérêt naturellement pour le rythme qui est évidemment une des un des liens les plus sensuels qu'il soit avec le corps.
[1:24]Si j'avais deux axes à donner dans mon travail, ça serait le chant et la danse. Et au fond c'est drôle parce que c'est c'est un peu c'est un peu l'origine de la musique. La musique a commencé par du chant et par de la danse. Donc c'est c'est vraiment je pense que c'est deux axes là qui sont vraiment le le comment le fondement même de la musique, j'essaie de ne jamais les oublier.
[1:57]Quand je dis le chant, ce n'est pas forcément des pièces vocales, naturellement, ça peut être le chant, ça peut être le lyrisme en général. Et la danse va évidemment plutôt se référer à l'aspect rythmique des choses.
[2:16]Je trouve qu'un des plus grands rythmicien de l'histoire de la musique, c'est Mozart justement, par cette espèce de de sens du dynamisme, ce sens de la pulsation incroyable qu'il a et cette façon de sans arrêt à la fois jouer sur le prévisible et l'imprévisible, c'est-à-dire qu'à la fois c'est toujours prévisible et de temps en temps il contrarie ça. Et c'est ce jeu-là qui est extraordinaire. Et pour moi donc ça part de l'idée déjà qu'il y a du prévisible, donc une forme de régularité.
[3:03]Mon rapport au rythme est est vraiment un rythme, je dirais énergétique à base de pulsations très affirmées qu'on trouve par exemple dans le double quatuor, dans technoparade, dans un grand nombre de mes pièces rapides.
[3:31]J'aime beaucoup ce travail sur cette espèce de prévisibilité que donne la pulsation régulière qui peut sombrer dans le néo-néanderthalien comme disait Stravinsky à propos des certaines musique des années 30 où la pulsation obsessionnelle était devenue une sorte de de barbarisme un peu simpliste. Ou ça peut donner au contraire une musique d'un raffinement incroyable comme on trouve chez les baroque aussi par exemple Vivaldi est un rythmicien incroyable. L'autre aspect, c'est évidemment l'lyrisme, moi j'ai abordé la musique en fait par le chant, par le goût du chant, j'ai commencé d'ailleurs très simplement par l'opéra et par la chanson. Donc les toutes les pièces quand j'avais je sais pas 10 ans, toutes les pièces que j'aimais étaient au fond des pièces où il y avait de la voix.
[4:24]Je pense que c'est une donnée absolument essentielle de pouvoir chanter des lignes, de pouvoir avoir là encore, c'est une façon d'avoir un contact physique avec sa musique. J'imagine pas d'écrire une musique avec lequel je ne peux pas avoir de contact corporel, je dirais.
[5:18]Ma vie a fait que parallèlement à mon goût pour les musiques classiques, la musique contemporaine par ma génération parce que je pense qu'on n'échappe pas au réel. Donc je pense que on est forcément, qu'on le veuille ou non confronté à ce qu'on appelle maintenant les musiques actuelles, la musique pop, le rock, la chanson, le funk, la variété et cetera. Toutes ces musiques là nous abreuve à longueur de temps, vous allez dans un bar, vous en entendez, donc de toute façon un compositeur d'aujourd'hui qu'il le veuille ou non se situe par rapport à ça, il ne peut pas l'ignorer totalement, c'est impossible. Je pense que la grande erreur qu'on fait souvent quand on quand on observe les les compositeurs et et en général d'ailleurs les êtres humains, c'est de penser qu'ils sont une seule chose. Et je pense que ce qui est merveilleux d'ailleurs souvent dans un être humain, c'est justement ces forces antagonistes qui s'entrechoquent et qui parfois donnent naissance à quelque chose qui s'appelle une œuvre. Je pense que en tout cas dans mon cas, je suis fait de de de plein de de goûts qui s'opposent, de contradictions, de à la fois d'un goût pour le passé parce que comme tout compositeur qui aime le répertoire savant, je suis évidemment pétris de musiques qui parfois ont été écrites il y a deux ou trois siècles, euh de présent parce que je suis comme tout le monde, j'écoute les musiques actuelles.
[6:47]Tout ça se mélange et se restitue, je l'espère un petit peu dans ma musique.
[7:02]Je pense qu'on est vraiment dans une époque de rencontre et de fusion, on est dans une époque complexe, on n'est pas on n'est plus du tout dans une époque où il y a une sorte de langage universel que tout le monde parle. Euh on est dans une époque de mosaïque où se côtoient des gens qui écrivent encore des fugues, j'oserai dire, euh des gens qui font de la techno, des gens qui font de la musique contemporaine d'avant-garde, des gens qui font de la musique de film, du jazz, de la musique écrite, d'autres de la musique inspirée par exemple des musiques euh du monde. Donc tout ça, toute cette mosaïque là, non seulement on fait partie de cette mosaïque en tant que compositeur d'aujourd'hui, mais on est aussi un peu cette mosaïque là, une partie en tout cas de cette mosaïque là, on est on est la mosaïque de sa propre histoire. Donc toutes ces influences, elles se mélangent et puis j'espère, elles font quelque chose de de qui a sa cohérence, qui a son qui a son identité.
[8:08]Le début d'une pièce, c'est quelque chose de toujours extrêmement douloureux parce que bah c'est une apalissade mais il y a rien au départ, il y a justement une page blanche et à partir de cette page blanche et bien il va se passer au moins j'allais dire une semaine mais c'est souvent beaucoup plus de rien. Alors ça paraît comme ça, quand on le dit comme ça, ça paraît léger mais quand vous restez une semaine, même une semaine seulement devant votre piano et ça peut parfois être un mois sans rien trouver, c'est extrêmement angoissant évidemment, ça fait appel au doute, ça fait appel à la peur de ne plus être capable de produire. Et ça peut être extrêmement divers le point de départ, ça peut être un enchaînement d'harmonie, ça peut être une idée de couleur orchestrale, ça peut être une une ligne mélodique. euh ou quelque chose parfois même d'encore plus abstrait que ça, une ligne d'énergie. Et puis, je dirais en désespoir de cause, vous allez accumuler du matériaux et à partir de là le travail vraiment compositionnel commence au fond. J'allais dire que le travail purement créatif, vraiment de de jaillissement sans entrer dans des clichés euh romantiques mais en tout cas, cette chose un peu quand même qui reste mystérieuse du passage où il y a rien ou passage où il y a quelque chose, ça c'est vraiment les les premiers instants de pure création. Après entre en jeu un processus compositionnel qui est du travail, du travail et encore du travail.
[9:29]Une des choses qui est qui est passionnante dans le métier de compositeur, c'est qu'il y a il y a une sorte de de, je dirais de problématique d'enjeu à chaque pièce. Euh vous essayez toujours de travailler sur quelque chose, ce qui fait que vous continuez à écrire de la musique, en tout cas là je je je parle pour moi, euh c'est qu'évidemment vous n'êtes jamais satisfait vraiment de la pièce, des pièces qui précèdent. Si vous avez l'impression d'avoir écrit la pièce parfaite, souvent ça ça ça le désir naît quand même de de l'insatisfaction. Et donc dans cette de cette insatisfaction là, vous essayez toujours de corriger quelque chose, au fond c'est comme dans la vie, on essaie de s'améliorer, de progresser, de de de mieux comprendre les choses. Euh le travail du compositeur, il est exactement celui, l'itinéraire euh comment dire spirituel qu'on peut avoir dans une vie.
[10:33]Je pense que c'est à l'intérieur de la musique même qu'est la compréhension de la musique, pas dans le discours du compositeur. Qui souvent est une chose très extérieure. D'abord parce que le compositeur aussi n'est pas forcément une référence absolue par rapport à son œuvre. Euh il arrive fréquemment que je mette des tempi par exemple euh qui ne s'avère pas les bons, euh que j'ai des idées euh sur tel passage et puis un interprète va me proposer autre chose qui effectivement est meilleur. Il y a quand même vraiment une une créativité aussi de de part et d'autre et celle du compositeur, elle est dans la partition. un tout petit peu vite C'est un tout petit peu vite Non, je suis d'accord, c'est un peu vite, je suis d'accord, c'est un peu vite. Si vous parlez trop, si vous avez un contact trop directif avec les interprètes, au bout d'un moment, il s'approprie moins la musique. Ils vont avoir justement le réflexe qu'ont souvent les interprètes par rapport à la musique contemporaine, c'est-à-dire essayons de faire les notes, les tempi, de respecter au maximum le compositeur. Je pense qu'une des choses les plus importantes euh en musique, c'est pas de respecter, c'est d'abord d'aimer.
[11:48]La musique vivante, la musique interprétée a justement cette richesse extraordinaire d'avoir cette ce relais entre la pensée du compositeur et l'auditeur quel interprète. Ça c'est quelque chose d'absolument indispensable qui fait partie du processus compositionnel.



