[0:15]On associe souvent le terme et l'idée de démocratie à l'Athènes classique dans laquelle s'est instauré ce régime politique unique à la fin du 6e siècle. Dans ce musée des moulages de Lyon, nous avons ici le groupe statuaire des Tyrannochtones. Il représente les amants Armodios et Aristogiton qui assassinèrent le tyran Hipparque en 514 avant Jésus-Christ, marquant ainsi le début d'un processus de restauration de la démocratie. Cette démocratie va être mise en place grâce aux réformes de Clisten à partir de 508 avant Jésus-Christ qui a pour objectif la participation massive des citoyens volontaires à l'exercice de la vie politique. Les réformes de Clisten reposent sur la réorganisation du territoire civique et du corps civique, permettant ainsi l'accession aux charges publiques à l'ensemble des citoyens. La désignation de ces charges publiques se fait majoritairement par le tirage au sort, tirage au sort qui ont lieu de façon très très fréquente. Ce sont des tirages au sort annuels, mensuels et quotidiens notamment pour le tirage au sort des jurés du tribunal du peuple. La nécessité de procéder à ses tirages au sort a conduit à imaginer puis à créer une machine exceptionnelle, relativement sophistiquée, le cleroterion. Dont on a découvert les premiers vestiges à la fin du 19e siècle. Ces premiers vestiges en fait, n'ont pas été immédiatement identifiés. Il a fallu attendre la découverte d'un texte fondateur, la Constitution des Athéniens attribuée à Aristote. Ainsi qu'une inscription particulière gravée sur un Cleroterion pour qu'on puisse mettre en relation la chose et le mot. Outre la mise en regard des informations recueillies par les vestiges et les textes littéraires, nous avons dû procéder à des travaux d'archéologie expérimentale qui ont été menés dans un premier temps sur des modèles en carton. Sur les vestiges eux-mêmes, puis sur ce Clérotérion en pierre, construit par un robot sculpteur à partir d'un modèle numérique. Cette réplique de Clérotérion correspond au Clérotérion tel qu'il nous est décrit dans la Constitution des Athéniens attribuée à Aristote. Il servait au tirage au sort des jurés du tribunal du peuple qui se réunissait environ 200 jours par an. Le tirage au sort du tribunal du peuple s'organisait par tribu. Je rappelle que Clisten a réorganisé le corps civique en 10 tribu et chacune de ses tribus était elle-même subdivisée en 10 sections portant les 10 premières lettres de l'alphabet. Nous avons ici les cinq premières lettres. Il faut donc imaginer ce que nous dit Aristote, que à l'entrée de chacune des tribu, nous avions un second cleroterion, un cleroterion jumeaux qui portait les cinq lettres suivantes. Ces lettres de section étaient portées également sur le Pinakion du citoyen sur lequel figurait son nom, son patronyme, le nom de son père et le nom du village d'origine, le démotique, ainsi que la lettre de section. Chaque citoyen volontaire qui voulait participer au tirage au sort du jour pour siéger en tant que juré au tribunal du peuple, déposait dans une boîte disposée à l'entrée du tribunal dans une boîte qui portait la même lettre que la lettre qui était portée sur sa tablette. Une fois que tous les citoyens avaient déposé leurs tablettes dans la boîte correspondant à leurs lettres de section, l'mtes, le préposé au processus du tirage au sort que je représente aujourd'hui, insérait en commençant par le haut l'épinaquien correspondant à la même lettre. Donc dans un premier temps ici la lettre alpha. Les Pinakia dont nous parle Aristote sont des Pinakia en bois et plus exactement en buis. En un bois dur qui devait être utilisé pour pouvoir résister aux nombreuses utilisations dans des Cleroterion en pierre. Néanmoins, ceux qui ont été retrouvés et qui datent tous du 4e siècle, c'est-à-dire qu'ils sont contemporains du processus décrit par Aristote sont des Pinakia en bronze qui mesurent environ 11 cm de longueur et 2 cm de largeur. La plupart ont subi de nombreuses modifications, des déformations, dû d'une part à leur utilisation mais aussi au fait qu'ils étaient erasés régulièrement, puis regravés et redistribué. Cette activité était assurée par l'administration centrale qui récupérait les Pinakia, les regravé, portait les lettres de section, puis des sauts d'authentification tels qu'on en trouve sur les pièces de monnaie. Le Pinakion était donc vraisemblablement un objet de l'administration centrale à disposition du citoyen très certainement pour une année. Les citoyens accordaient à leur statut de citoyenneté une importance sans doute considérable. La preuve en est qu'on a retrouvé un certain nombre de Pinakia dans les tombes de citoyens athéniens. Une fois l'ensemble des Pinakia insérés dans les rainures, on utilisait donc le nombre de dés qui avait été préparé au préalable pour les besoins de la sélection. Donc ici pour sélectionner 10 candidats, il faut sélectionner deux lignes et donc on prépare deux cubes blancs qui correspondent à la couleur de la sélection. Et on complète pour les trois lignes suivantes par des cubes noirs. Ces cubes étaient mélangés par l'tes, puis insérés dans l'ennoir qui était creusé dans l'architrave du Clérotérion. les vestiges, certains vestiges ont conservé cet entonnoir. Ils étaient insérés de façon à s'écouler dans le tube qui était appliqué le long du pilastre. Nous n'avons pas conservé de vestiges ni du tube ni du dispositif d'extraction des cubes et c'est sur cette partie du Cleroterion et sur son fonctionnement qu'ont porté nos travaux de d'archéologie expérimentale. Il s'agissait ensuite donc de procéder à l'extraction échelonnée des cubes par un dispositif pour lequel nous avons proposé cette hypothèse, de deux chevilles permettant d'isoler un cube entre les deux chevilles sans faire tomber l'ensemble de la colonne des cubes. Et permettant ainsi de faire sortir un seul cube à la fois. Le premier cube recueilli correspond toujours à la première ligne de Pinakia. Il se trouve ici qu'il s'agit d'un cube noir, les citoyens propriétaire de ses Pinakia donc ne siègeront pas au tribunal ce jour-là. On procédait de la même façon jusqu'à épuisement des cubes.
[8:37]Et on voit là que il fallait avoir une certaine habitude et une certaine maîtrise du dispositif pour que ça soit efficace. Donc un second cube noir pour une nouvelle ligne de Pinakia rejeté.
[9:35]On pourrait arrêter ici le tirage au sort sachant que nous avons donc recueilli trois cubes noirs qui correspondent aux citoyens évincés et que nous savons qui théoriquement qu'il ne reste plus qu'un cube blanc. Mais pour assurer la transparence et la fiabilité du système, il est absolument nécessaire de terminer le tirage au sort de façon à vérifier que le dernier cube est bien un cube blanc. Qui correspond donc aux cinq derniers candidats qui siègeront en tant que jurés ce jour-là au tribunal du peuple. On peut dire en définitive que le Cleroterion est un outil emblématique de la démocratie. Mais il faut faire la part entre l'outil du tirage au sort et le tirage au sort en lui-même. À l'époque athénienne, effectivement, le tirage au sort sert l'idéal démocratique. Mais à d'autres époques et dans d'autres zones géographiques, on sait que le tirage au sort était utilisé dans d'autres contextes, à des fins de pacification sociale par exemple. Les hommes politiques qui souhaitent, qui revendiquent l'usage du tirage au sort actuellement dans la perspective de redémocratiser la démocratie, qui subi une crise doit être examiné à la lueur de cette réflexion. Le tirage au sort n'est pas en soi démocratique. Il est lorsqu'il est utilisé dans un contexte qui est lui-même démocratique. Cependant, ces dernières années, c'est un processus qui est revendiqué, souhaité par de nombreux hommes politiques et on pourrait prendre comme exemple la toute récente convention citoyenne dont les membres ont été tirés au sort.



