[0:11]Entre révolte étudiante, affrontement avec la police, crise sociale, changement politique majeur et révolution culturelle, ce qu'il s'est passé en mai 68 a considérablement changé le visage de la France. Alors aujourd'hui, je t'explique tout en 5 minutes chrono. C'est parti. Et hop, ça c'est le bouton s'abonner. Et ça c'est le bouton like. N'hésite pas à appuyer sur les deux si tu kiffes notre contenu.
[0:44]Alors avant de plonger au cœur des événements de mai 68, laisse-moi te présenter le contexte. Dans les années 60, on est en plein cœur de ce qu'on appelle les 30 glorieuses, c'est une période de pleine croissance. Bref, tu comprends l'idée, économiquement ça roule et la France se modernise à pleine vitesse. En revanche, ce n'est pas du tout la même musique côté social. La France est encore marquée par la guerre d'Algérie dont les blessures ne sont pas refermées et par la guerre du Vietnam qui déchaîne les passions. En parallèle, une partie de la jeunesse rejette de plus en plus ouvertement l'autorité, la tradition et le pouvoir gaulliste jugé rigide, conservateur et dépassé. Les années 60 sont celles d'une jeunesse qui veut s'émanciper, elle écoute du rock, lit des livres de Sartre, se passionne pour la psychanalyse, l'art engagé et les idées révolutionnaires venues d'Amérique latine ou de Chine maoïste. Elle fait part de ses propres malaises et de ses propres revendications notamment en matière de liberté sexuelle, mais les pouvoirs publics tardent à comprendre tout ça. Dans les années 60, les baby boomers, donc ceux qui sont nés juste après la Seconde Guerre mondiale, arrivent à l'université et le nombre d'étudiants explose. Et alors que les amphithéâtres débordent, le système éducatif est lui aussi de plus en plus perçu comme étant autoritaire, trop vertical et donc déconnecté du réel. Bref, la jeunesse aspire à plus de liberté, plus d'égalité et de justice.
[2:06]Alors les premiers signes de manifestations grondent directement près des facs. En mars 1968, des étudiants militants contre la guerre du Vietnam sont arrêtés. Pour réclamer leur libération, le 22 mars 1968 à Nanterre, 142 étudiants occupent la salle du Conseil des profs dans une des tours de l'université. La contestation grandit et face à cette agitation, la fac ferme le 2 mai. Mais au lieu de calmer la colère, cette décision la déplace et le lendemain, c'est en plein cœur du quartier latin à la Sorbonne que les étudiants s'enflamment de nouveau. Sauf que le mouvement tourne rapidement au chaos quand la police intervient pour les déloger. Les premiers affrontements éclatent sur le boulevard Saint-Michel et en quelques heures seulement, les rues de Paris se transforment en un champ de bataille. La police arrête 600 étudiants et des grosses manifestations éclatent dans lesquels on entend libérez nos camarades. L'escalade de violence continue jusqu'à ce qu'on appelle la nuit des barricades du 10 au 11 mai 1968 qui ressemble à une véritable insurrection, c'est-à-dire un soulèvement qui vise à renverser le pouvoir. Les images des violences policières choquent, circulent vite dans les médias et l'opinion publique réagit. Ce qui ne semblait être qu'une révolte étudiante va alors largement déborder les murs des universités.
[3:20]Et oui, pendant qu'à Paris les étudiants occupent la Sorbonne et affrontent la police dans le quartier latin, un autre feu s'allume et il va embraser tout le pays. Et ce tournant arrive le 13 mai 1968. Après des affrontements violents entre étudiants et CRS les jours précédents, une immense manifestation unitaire est organisée à Paris. Syndicat, étudiant, travailleur, tout le monde défile ensemble. On parle plus d'un million de personnes dans les rues de la capitale. Dans la foulée, les premières grèves spontanées éclatent. Le 14 mai, les ouvriers de Sud Aviation à Bouguenay près de Nantes occupent leur usine et ça c'est une première. Le lendemain, Renault Cléon emboîte le pas, puis c'est le tour de Renault Flins, Citroën, Peugeot, EDF, SNCF. En quelques jours, c'est une vague massive près de 10 millions de grévistes à travers le pays. C'est tout simplement le plus grand mouvement social de l'histoire contemporaine française. Les usines sont investies, les machines arrêtées et des débats s'organisent dans les ateliers. On y parle de tout, salaire, droits syndicaux, mais aussi dignité, démocratie, liberté et un slogan devient même emblématique. Soyez réaliste, demandez l'impossible. Les affrontements avec les forces de l'ordre sont violents et font des milliers de blessés à travers le pays. L'État est débordé, l'économie est paralysée et le pouvoir ne sait plus à qui parler. Donc face à l'ampleur du mouvement, le pouvoir commence à vaciller. De Gaulle qui jusque-là gardait le silence commence à sentir un peu la pression. Le 27 mai, le gouvernement propose les accords de Grenelle négocié avec les syndicats. Ce texte prévoit notamment une hausse du Smig, c'est l'ancêtre du SMIC de 35 %. L'augmentation générale des salaires de 10 % en moyenne et une meilleure reconnaissance du rôle syndical dans les entreprises. Mais ces accords ne calment pas tout le monde. Beaucoup de grévistes les trouvent insuffisant et les occupations continuent. Et puis finalement, coup de théâtre le 29 mai, de Gaulle disparaît littéralement. Il quitte Paris sans prévenir et part en Allemagne consulter le général Massu. On ne sait pas s'il envisage alors de démissionner ou de faire intervenir l'armée et le pays retient son souffle. Finalement le lendemain, il revient et il reprend la main. Discours à la radio, ton martial, annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale et appel à ce qu'il appelle la majorité silencieuse. Et résultat, bah aux élections législatives de juin, c'est une victoire écrasante pour la droite gaulliste. Ironique, non ? Après la plus grosse contestation sociale du siècle, c'est le pouvoir en place qui en ressort renforcé. Alors après 68, c'est la société française tout entière qui entre dans une autre époque. Les jeunes prennent plus la parole. Le rapport à l'autorité change profondément que ce soit dans les familles, les écoles ou au travail et le mouvement féministe gagne en visibilité et en force. Sur le plan politique, de Gaulle sera désavoué par référendum en avril 1969. Il démissionne et Pompidou est élu président pour lui succéder. Dans le monde du travail, même si tout n'est pas gagné, les droits syndicaux et les conditions salariales connaissent des améliorations concrètes. Et puis il y a aussi l'héritage culturel, slogan, affiche, manif, toute une nouvelle manière de protester qui va inspirer les mouvements suivants. Et même si aujourd'hui, on en débat encore, entre ceux qui y voient une belle utopie et ceux qui parlent de chaos inutile, une chose est sûre, on ne peut pas comprendre la France moderne sans comprendre mai 68.



