[0:16]Je voudrais euh je voudrais moi aussi poser des questions et en poser à à vous et en poser à à moi-même. Ce serait euh ce serait du genre qu'est-ce que vous faites au juste vous qui faites du cinéma? Et moi qu'est-ce que je fais au juste quand je fais ou quand j'espère faire de la philosophie? Eh, est-ce qu'on a quelque chose à se dire en fonction de cela? Alors bien sûr, ça va mal chez vous, mais ça va très mal aussi chez moi. Et c'est pas seulement ça qu'on aurait à se dire. Ou bien je pourrais poser la question autrement. Qu'est-ce que c'est avoir une idée au cinéma? Si l'on fait du cinéma ou si l'on veut faire du cinéma, qu'est-ce que c'est avoir une idée? Lorsqu'on dit tiens, j'ai une idée. Parce que d'une part tout le monde sait bien qu'avoir une idée c'est un événement rare, ça ça arrive rarement. Avoir une idée c'est une espèce de fête. C'est pas courant. Et d'autre part, avoir une idée c'est pas quelque chose de général. On n'a pas une idée en général. Une idée elle est déjà vouée, tout comme celui qui a l'idée est déjà vouée à tel auteur, tel domaine. Je veux dire que une idée c'est tantôt une idée en peinture, tantôt une idée en roman, tantôt une idée en philosophie, tantôt une idée en science. Et c'est évidemment pas le même qui peut avoir tout ça. Si vous voulez, les idées, il faut les traiter comme des espèces de potentiels. Les idées ce sont des potentiels mais des potentiels déjà engagés dans tel ou tel mode d'expression. Et inséparable du mode d'expression, c'est bien que je peux pas dire, j'ai une idée en général. En fonction des techniques que je connais, je peux avoir une idée dans tel domaine, une idée en cinéma ou bien un autre une idée en philosophie. Qu'est-ce que c'est avoir une idée en quelque chose? Donc, je repars de du fait où je fais de la philosophie, vous faites du cinéma.
[3:21]Alors ce serait trop facile de dire bah oui, la philosophie tout le monde sait que elle est prête à réfléchir sur n'importe quoi. Donc pourquoi elle réfléchirait pas sur le cinéma? Or, c'est une idée indigne. La philosophie n'est pas faite pour réfléchir sur n'importe quoi. Elle n'est pas faite pour réfléchir sur autre chose. Je veux dire en traitant la philosophie comme une puissance, réfléchir sur, on a l'air de lui donner beaucoup et en fait, on lui retire tout. Car personne n'a besoin de la philosophie pour réfléchir. Je veux dire, les seuls gens capables effectivement de réfléchir sur le cinéma, ce sont les cinéastes ou les critiques de cinéma ou ceux qui aiment le cinéma. Ils n'ont absolument pas besoin de la philosophie pour réfléchir sur le cinéma. L'idée que les mathématiciens auraient besoin de la philosophie pour réfléchir sur les mathématiques est une idée comique. Si la philosophie devait réfléchir sur quelque chose, elle n'aurait aucune raison d'exister. Si la philosophie existe, c'est qu'elle a son propre contenu. Si nous demandons, qu'est-ce que le contenu de la philosophie, il est tout simple, c'est que la philosophie est une discipline, tant créatrice, tant inventive que toute autre discipline. La philosophie est une discipline qui consiste à créer ou à inventer des concepts. Et les concepts n'existent pas exactement, les concepts n'existent pas dans une espèce de ciel où ils attendraient qu'un philosophe les saisissent. Les concepts il faut les fabriquer. Alors bien sûr, ça se fabrique pas comme ça, on se dit pas un jour, tiens, je vais faire tel concept, je vais inventer tel concept. De la même forme que un peintre ne se dit un jour, tiens, je vais faire un tableau comme ça, il faut qu'il y ait une nécessité. Mais autant en philosophie qu'ailleurs, égal qu'un cinéaste ne se dit, tiens, je vais faire tel film, il faut qu'il y ait une nécessité, si non il n'y a rien du tout. Alors bon, cette nécessité qui est une chose très complexe, si elle existe, elle fait que, à ce que je sais au moins, de quoi se occupe un philosophe, non seulement se dedica à reflexioner, ni siquera sobre el cine. Se propone inventar, crear conceptos. Je dis que je fais de la philosophie, c'est-à-dire j'essaie d'inventer des concepts. J'essaie pas de réfléchir sur autre chose. Si digo, ustedes que hacen cine, a qué se dedican. Tomo una definición tan pueril, pues si me permiten, seguro que hay otras y mejores. Yo sólo diría: «Lo que inventan no son conceptos, no es asunto suyo, lo que inventan es bloques de movimiento-duración.»
[6:42]Si se fabrica un bloque de movimiento-duración, a lo mejor es que se está haciendo cine. Fíjense, no se trata de invocar una historia o de recusarla. Todo tiene una historia. La filosofía también cuenta historias. Cuenta historias con conceptos. El cine, creo, pongamos, supongamos que cuenta historias con bloques de movimiento-duración. Quiero decir que la pintura inventa, en cambio, un tipo de bloques totalmente distinto. No son bloques de conceptos ni bloques de movimiento-duración, sino supongamos que son bloques de líneas-colores. La música inventa... otro tipo de bloques muy, muy particulares, bueno. Pero lo que digo con todo esto, la ciencia no es menos, saben, creadora, yo no veo tanta oposición entre las ciencias, las artes, todo esto. Si le pregunto a un científico qué hace, ahí también está inventando, no está descubriendo, un científico. O por lo menos el descubrimiento existe, forma parte de ello, pero eso no sirve para definir una actividad científica como tal. Un científico ha inventado, crea tanto como un artista. Y si cualquiera puede hablar con cualquiera, si un cineasta puede hablar con un hombre de ciencia, si un hombre de ciencia tiene algo que decir a un filósofo y al revés, es en la medida en que, y en función de la actividad creadora de cada uno, y no se trata de hablar de creación, la creación es más bien algo muy solitario y, y no se trata de hablar de creación, sino que es en nombre de mi creación que tengo algo que decir a alguien. Y si dispongo entonces todas estas disciplinas que se definen por su actividad creadora, si las dispongo unas detrás de otras, yo diría que existe un límite común a todas ellas, y el límite que es común a todas estas series, a todas las series de invenciones de funciones, invenciones de bloques duración-movimiento, invenciones de conceptos, etc la serie común de todo esto o el límite de todo esto, ¿qué es? Es el espacio-tiempo.
[9:19]De tal forma que si todas las disciplinas se comunican entre sí, se comunican entre sí es en lo que no se desprende nunca por sí mismo, sino en lo que está comprometido en cualquier disciplina creadora, es decir, la constitución de los espacio-tiempo.
[9:40]En Bresson, bueno, ya se sabe, hay pocas veces espacios enteros en el caso de Bresson. Son espacios que llamamos desconectados. Es decir, hay un rincón, por ejemplo, el rincón de una celda.
[9:57]Y luego veremos otro rincón u otra parte de la pared, etc. Todo ocurre como si el espacio bressoniano, de alguna forma, apareciera como una serie de trocitos cuya conexión no está predeterminada.
[10:18]Una serie de trocitos que a primera vista no tienen una conexión predeterminada. Hay grandes cineastas que por el contrario, emplean espacios de conjuntos. No estoy diciendo que sea más fácil de manejar un espacio de conjuntos, ¿no? Espacios, hay tantos en el cine, pero supongo que eso es, es un tipo de espacio, sin duda, lo han copiado después, incluso fue servido de forma muy creadora para otros, que lo han renovado a partir de Bresson, pero supongo que Bresson fue uno de los primeros en hacer el espacio con trocitos desconectados, es decir, con trocitos cuya conexión no está predeterminada.
[14:12]Entonces cuando los Straub subrayan ese grito, ese grito de Bach, o cuando subrayan el grito de la vieja esquizofrénica, la vieja esquizofrénica en, creo,



