[0:04]J'ai reçu la première lettre de rançon le lundi 14.
[0:20]Le lendemain, j'ai reçu une seconde lettre. J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une blague. Je ne suis pas marié, je ne l'ai jamais été.
[0:34]Le mercredi, nouvelle lettre accompagnée d'une mèche de cheveux et de la photo d'une très jolie femme, une jeune asiatique que je n'avais jamais vue. La lettre disait Ne jouez pas avec nous. 50 000 dollars demain soir à 9h, même endroit, sinon vous ne reverrez jamais vivante votre femme. La plaisanterie devenait de mauvais goût. J'allais saisir le téléphone pour prévenir la police lorsqu'il sonna.
[1:07]Allô ?
[1:17]Chéri, ils vont me tuer. Ce sont des fous, je t'en supplie, apporte l'argent ! Qui êtes-vous ? Cette plaisanterie est grotesque. Je ne vous connais pas. Je vais immédiatement prévenir la police. Puis, une voix d'homme. Monsieur Martin, ne faites pas l'idiot ! Votre femme sera morte à neuf heures et cinq, demain soir, si vous n'apportez pas l'argent. En attendant, nous allons vous faire parvenir un petit cadeau.
[1:47]Mais puisque je vous dis que je ne suis pas marié. Foutez-moi la paix, bordel ! Un cri de femme retenti dans l'acoustique du téléphone.
[2:09]J'étais fou de rage et mort de peur. J'allais à nouveau prendre le téléphone pour appeler la police, lorsqu'un objet lourd fracassat ma fenêtre et roula au milieu de mon salon. Je me suis caché derrière un fauteuil. Quelques minutes ont passé.
[2:35]Puis, je me suis approché de l'objet. C'était un chiffon ensanglanté autour d'une pierre.
[2:46]En défaisant le chiffon, je découvris avec horreur un morceau de chair qui ressemblait à un lobe d'oreille. D'un coup, je me suis précipité dehors. J'ai couru jusqu'à la cabine téléphonique située juste en face de ma demeure. Dans la cabine, il y avait du sang. Sur le téléphone, une enveloppe était collée. L'argent, demain à 9h, sinon nous tuons votre femme.
[3:17]J'ai marché dans les rues comme un somnambule. De toute évidence, il y avait erreur sur la personne. Les ravisseurs croyaient que j'étais marié à cette femme. Dans cette ville, il y avait sûrement un homme portant mon nom, Marcel Martin, dont la femme avait été enlevée. Je consultai le premier bottin téléphonique sur ma route. Il n'y avait pas d'autres Marcel Martin, mais 12 M Martin. Je les ai tous appelés. Sept étaient des femmes, Martine, Marie, Michel. L'une d'elles était même décédée. Trois M. Martin ne répondirent pas et le dernier n'était pas celui concerné. La raison me dictait de me rendre immédiatement à la police. Mais j'ignore pourquoi je suis d'abord passé à mon domicile.
[4:38]J'ai pris la bouteille de scotch et je l'ai vidée. Puis, j'ai avalé un reste de whisky. Je suis sorti et j'ai bu dans tous les bars que j'ai croisés entre mon appartement et le poste de police le plus proche.
[4:59]Quand j'ai fait ma déposition aux flics, il a cru que je délirais. Ouais, je suis même pas marié, mais on m'a enlevé ma femme, une maudite belle femme. Ils savent que je suis riche et laid. Hi hi hi, c'est un piège à con ! Le flic m'aurait volontiers arrêté pour trouble de l'ordre public et ivresse, mais comme je suis un peu célèbre de par mon ancien métier d'animateur de télévision, il m'a gentiment raccompagné jusque dans mon lit. J'ai dormi comme une pierre. Le lendemain, je me suis éveillé à midi avec une terrible gueule de bois. Est-ce mon visage décomposé dans le miroir de la salle de bain qui me poussa à prendre cette absurde décision. Je vis mes yeux cernés, mon nez trop long, déjà parcouru par la couperose de l'alcoolisme, ma bouche pâteuse.
[6:19]Voilà votre pognon !!! Laissez-la partir !!
[6:24]Après avoir vérifié le contenu de ma valise, ils ont jeté la femme dans mes bras et se sont enfuis. Elle me serra dans ses bras en pleurant. Un pansement lui cachait l'oreille.
[6:38]Je l'ai emmené dans un restaurant. Je lui posai 1000 questions. Elle ne répondit à aucune. J'ai tellement eu peur, mon chéri.
[6:43]Au lieu, elle me parla sans cesse comme si elle était réellement ma femme, comme si nous nous connaissions. maintenant, ce cauchemar est terminé.
[6:55]J'aurais dû la conduire à la police. Celle-ci aurait éclairci toute cette affaire. Mais je risquais alors de perdre cette femme qui me fascinait. Qui était-elle ? Pourquoi faisait-elle semblant d'être mon épouse ? Était-elle le cerveau de cette bizarre affaire ? Je voulais savoir, comprendre. J'étais résolu à ne pas la laisser partir tant qu'elle n'aurait pas répondu à toutes mes interrogations. À minuit, j'ai voulu la raccompagner chez elle. Elle accepta, mais indica mon adresse. Alors, je l'ai emmenée chez moi. Elle a dormi.
[7:35]Le lendemain matin, elle s'est jeté sur moi et nous avons fait l'amour.
[7:43]10 années sont passées. Elle n'a jamais répondu à mes questions. Nous vivons ensemble comme mari et femme. Je l'aime plus que tout au monde. Parfois, je pense que je suis réellement fou, que j'ai inventé cette histoire de ravisseur, d'argent et de lettres anonymes.
[8:04]Mais je cesse d'être fou lorsqu'elle m'enlace et que je caresse son oreille dont le lobe a été coupé.



