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Faut-il repenser l’école ? | Les questions qui fâchent | ARTE

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[0:04]Frontal, autoritaire, axé sur la performance. Les méthodes d'enseignement en Europe sont-elles en phase avec leur époque? Chaque étude PISA est suivie d'un appel à la réforme. Il faut motiver davantage, valoriser, ne plus noter. Mais l'école à l'ancienne a-t-elle vraiment tout faux? L'école cimente les cloisons sociales au lieu de permettre à chacun de grandir. À l'école, on apprend à accepter les différences. Instruction, sélection, équité. Quel est le rôle de l'école? Conduire à la réussite sans pression? Ou habituer les jeunes aux règles et à l'évaluation, parce que la démocratie et l'économie ne peuvent pas fonctionner sans elle. Et pour qui apprendre? Pour la vie, pour l'école ou pour le marché du travail? L'école doit-elle rester telle qu'elle est ou faut-il entièrement la repenser?

[1:16]Je m'appelle Bertold Meyer. Je suis professeur de psychologie et je me passionne pour les grandes questions qui agitent aujourd'hui le monde scientifique et la société. Cette école élémentaire de Munich a ouvert ses portes il y a quelques années. Beaucoup de choses ont changé depuis ma propre scolarité, à commencer par le cadre. Plus de couloirs sombres, mais des espaces d'apprentissage baignés de lumière. Mais côté pédagogie, une chose est sûre, le système de notation allemand qui va du un, très bien au deux, t-six, n'a pas changé. Alors que l'Europe a survécu à des guerres et traversé des révolutions sociales et technologiques, l'école est restée dans ses grandes lignes la même depuis 100 ans. Nos systèmes éducatifs sont-ils complètement dépassés, ou au contraire, les garants d'une certaine stabilité, de l'égalité et de l'équité? Les deux chercheurs que j'ai invité aujourd'hui n'ont pas du tout la même vision des choses. Je vais les interroger l'un après l'autre pour me faire ma propre opinion.

[2:22]Madame Brohm-Badry, ça vous est arrivé d'avoir un six, la pire des notes? Oui. Vraiment? Bien sûr, en math, zéro pointé en terminale. Et ça vous a fait quoi? C'était horrible. Horrible? Oui, oui.

[2:39]Michaela Brohm-Badry, professeur de sciences de l'apprentissage à l'université de Trève, est d'avis que les systèmes scolaires centrés sur la performance et la sélection comme le système allemand sont injustes. Elle estime que la notation des jeunes enfants est nocive et appelle à davantage d'inclusion et de motivation et à moins d'évaluation. Que disent les neurosciences sur la pertinence des notes à l'école? Quand un élève obtient une bonne note, évidemment, c'est très agréable et ça déclenche la libération de neurotransmetteurs.

[3:20]La dopamine par exemple stimule la motivation et l'ocytocine renforce les liens affectifs. Pour les bons élèves, les notes sont perçues comme une récompense, ce qui réduit la motivation intrinsèque. Les notes remplacent le moteur intérieur de la curiosité et de l'ouverture sur le monde. Pour les mauvais élèves, ça libère les hormones du stress, adrénaline et cortisol. Une mauvaise note les stresse tellement que leur amydale bloque tous les processus en cours du cortex préfrontal. Ils ne peuvent plus penser correctement, donc ils deviennent encore moins performants. Les bons élèves eux restent motivés, mais pas sur le long terme. Les notes en définitive bloquent la progression de l'apprentissage. Je peux tout à fait comprendre les critiques à l'encontre des notes. Pour autant, est-ce qu'elles ne sont pas justes? Dans le sens où elles rendent visible ce qui existe réellement, à savoir les différences de compétence. Oui, si elles ne faisaient que les rendre visibles peut-être, mais l'ennui c'est qu'elles les renforcent.

[4:27]L'évaluation par les notes est-elle injuste? Les premières traces d'une notation systématique apparaissent dans les écoles jésuites du 16e siècle où l'on notait de un à cinq en chiffre romain croissant. Depuis divers systèmes de notation se sont mis en place en Europe. Qu'il s'agisse de lettres ou de chiffres, avec des paliers plus ou moins larges, tous ces systèmes reposent en fin de compte sur une évaluation subjective.

[4:52]Car les enseignants sont sujets à des schémas de pensée trompeurs appelés les biais cognitifs qui faussent leur jugement. Exemple, la constante macabre, une tendance naturelle chez les enseignants à répartir les élèves en trois catégories, bon, moyen et faible même s'ils ont tous le même niveau dans la classe. Il y a aussi l'effet d'ordre, lorsqu'un devoir est particulièrement mauvais, le suivant fait automatiquement meilleure impression et inversement. Sexe, lunettes, coiffure, couleur de peau, origine sociale, humeur de l'enseignant, tous ces facteurs influent sur la notation. Mais alors, si les notes contribuent à maintenir les inégalités sociales, pourquoi ne pas y renoncer? Mon second invité aussi a déjà eu la plus mauvaise note dans son pays la Suisse, à savoir un un. Si seulement ça n'était arrivé qu'une fois. Vous vous êtes senti comment? Pas bien, vraiment pas bien. J'ai l'impression que vous n'êtes pas un grand fan des notes. Un fan des notes, non, bien sûr que non. Mais je comprends pourquoi elles sont nécessaires. Que se passerait-il si on y renonçait? Beaucoup pensent que ce serait formidable. À mon avis, ils n'ont pas le sens des réalités sociales. Roland Reichenbach, professeur de sciences de l'éducation à l'université de Zurich, plaide pour une approche globale de l'école. Pour lui, supprimer les notes individualisées ou autonomiser l'apprentissage sont des réformes partielles qui ne prennent pas en compte l'importance politique et sociale de l'éducation et nuisent aux élèves les plus faibles. Il faut se demander ce que signifient les notes. Elles ont différentes fonctions.

[6:37]Didactique, sociale, sélective. Je dirais qu'elles ont une dizaine de fonctions en tout. Combien? Une dizaine.

[6:57]Certaines fonctions sont si élémentaires et importantes qu'on les oublie. Par exemple la fonction de gardiennage, nos enfants sont gardés de 8h30 à 16h. L'instruction est quelque chose de très positif que tout le monde approuve, mais la sélection, c'est mal vu. Et voilà qu'on nous dit que oui, les neurosciences, le cerveau, on sait aujourd'hui que et cetera et cetera. On ne peut pas comprendre l'école comme ça. À une époque c'était la théologie, ensuite ça a été la philosophie et maintenant c'est la neuroscience. Le système scolaire n'est pas le fruit de la psychologie de l'apprentissage. Il s'est construit à travers les conflits sociaux qui sont liés au jugement de valeur et au sens qu'on donne aux choses. Ça n'a rien à voir avec la science. Que fait réellement l'école par exemple pour la vie démocratique? Bien plus qu'on ne le croit à mon sens. Elle développe la capacité à s'autocorriger, la disposition à viser une certaine objectivité et à ne pas se contenter de répondre à ses désirs individuels. Doit-on éduquer les individus à la conformité? Notre système scolaire le fait de façon disproportionnée.

[8:07]Notamment via les notes. La gentille Pauline et le gentil Maxime auront de bien meilleures notes que des élèves turbulents, comme Pierre ou Paul. Les notes contribuent à discipliner les rebelles. En somme, tout le débat sur la qualité de notre système scolaire tourne autour de l'égalité des chances. Bien sûr, ça doit être l'objectif de l'éducation. Qu'est-ce que ça veut dire au juste? Que grâce au système éducatif, chaque individu doit avoir les mêmes possibilités de s'épanouir. Mais ça ne veut pas dire qu'on est tous pareils. Non, au contraire, on rompt avec l'idée que tout le monde doit avancer au même rythme. Mais si on essaie de renoncer autant que possible aux notes, comment feront les employeurs pour savoir qui employer?

[8:59]L'idéal serait de réaliser des tests adaptés aux postes à pourvoir. Si on a besoin de quelqu'un qui a des compétences en langue, en mathématiques ou en sciences naturelles, on peut le déterminer grâce à des tests simples dès qu'un vivier de candidats se forme. Le problème, c'est que ça engendre des inégalités en terme de perspective d'avenir. Idéalement, dans une société démocratique, nos actions devraient être guidées par la raison. Si ce n'est plus l'école ou le personnel enseignant qui assume la responsabilité de l'évaluation, alors ce seront les acteurs du secteur privé. Et là, ce seront les riches, les puissants, la majorité ou les plus beaux, qui vont l'emporter. Ce n'est pas ce qu'on veut. D'accord. Donc, la note n'est peut-être pas si utile pour l'enfant lui-même, mais elle a une utilité pour la société. Oui, mais je ne dirais pas que les notes n'ont aucune importance ou ne peuvent pas être positives pour les enfants ou les adolescents. Elles leur permettent de mieux se situer par rapport aux autres. Il ne faut pas diaboliser le système de performance sous prétexte qu'il amène les élèves à se comparer les uns aux autres. Ils n'ont pas besoin de ça pour se comparer. C'est vrai, les gens se comparent. La comparaison fait partie des opérations de base de notre conscience. Les êtres humains ont besoin de feedback, c'est évident pour moi. Et c'est essentiel pour grandir. Mais pas de jugement, pas de notation. Il faut se rendre compte de ce que ça signifie. On note des enfants de 9-10 ans. Or, le cerveau ne mûrit qu'à partir de 21, 22, 23 ans. C'est à cet âge que le cortex préfrontal arrive à complète maturité. Bref, on trie les enfants alors qu'ils sont encore en devenir. Et on prend pour eux des décisions éducatives qui vont déterminer toute leur vie. Exactement. La conception même de notre système scolaire est politique. Le système allemand qui répartit les élèves dès le plus jeune âge dans trois filières, reproduit le système de classe de l'Empire vieux de plusieurs siècles. Nous sommes l'une des sept nations industrielles les plus développées du monde. On fait partie du G7 et les études PISA nous classent au milieu, voire en bas de tableau, autour de la 22e place. C'est inacceptable. Quels sont les systèmes scolaires européens considérés comme les plus performants? Petit aperçu. En France, l'école est le reflet d'un État très centralisé. Les programmes scolaires et les examens sont nationaux, les hiérarchies claires et le style d'enseignement plutôt autoritaire comparé aux autres pays européens. En Allemagne, le système en vigueur depuis la République de Weimar oriente les enfants dès l'âge de 10 ans vers trois parcours scolaires distincts: la filière professionnelle, la filière technique et la filière générale. Au Royaume-Uni, on mise sur des écoles inclusives, mais une grande partie de l'enseignement reste assuré par les écoles privées et les internats. Le pays mise aussi sur l'innovation. Dès la première année d'enseignement secondaire, la programmation est une matière obligatoire. En Finlande, les notes ne sont introduites qu'à partir de l'équivalent de la 3e. Le système scolaire repose sur une relation d'égalité entre enseignant et élève. Lequel de ces systèmes fonctionne le mieux et le moins bien? Peut-on vraiment en juger sur la seule base des résultats PISA? Enfin, l'étude PISA ne reflète que les performances scolaires et ne dit rien sur la maturité personnelle ou l'intégration sociale. Je n'ai vraiment rien contre les études PISA. C'est intéressant ces Olympiades. En Allemagne, il y a eu un vrai discours catastrofiste. Le choc PISA. Oui, on a trouvé ça très grave. En France, on a dit, c'est juste une comparaison internationale, mais nous, nous sommes français. En fait, tout est une question de point de vue. L'école, de toute façon, elle est là. Maintenant, il s'agit de l'améliorer. Je dirais qu'il faut sans cesse la réinterroger, comprendre ce qu'elle fait et ne fait pas concrètement. Et pour ça, on ne peut pas uniquement se baser sur des résultats PISA et en tirer des conclusions hâtives. Quels sont selon vous les compétences qu'une école moderne doit permettre aux enfants d'acquérir? Bon, alors, elle doit développer beaucoup plus leur goût pour l'expérimentation et pour la prise de risque. Il faut qu'ils aient envie de tester des choses. En Allemagne, on gère tout de façon trop rigide. Les enfants ne développeront pas ce goût du risque à l'école si on continue à noter en permanence tout ce qu'ils font. Le système de notation alimente la concurrence. Les autres font mieux, ça crée une atmosphère anxiogène, une pression. Je pourrais avancer l'argument que le monde dans lequel ils vont devoir trouver leur place est soumis à la pression énorme de la concurrence. D'accord, mais c'est nous qui façonnons le monde. Et on voit bien que la société du chacun pour soi n'a mené à rien. On ne doit pas former les enfants pour qu'ils s'insèrent dans une société concurrentielle, mais pour les préparer pour l'avenir. Partout en Europe, les écoles s'efforcent de transmettre une vision de la société adaptée à notre époque, y compris au sein du système éducatif allemand, plutôt conservateur. Par exemple, ici, à Wutöschingen, dans l'extrême sud-ouest de l'Allemagne, près de la frontière suisse. À la Alemannenschule, on met en valeur l'apprentissage autonome. Levi est en 4e année, l'équivalent du CM1. Les cours en classe n'occupent qu'une infime partie de sa journée d'école. La majeure partie du temps scolaire est consacrée aux ateliers d'apprentissage.

[14:24]J'ai un input de 45 minutes et après apprentissage libre. Ici, on appelle les cours input. Et les élèves sont des partenaires d'apprentissage. Ces termes reflètent l'idée que l'apprentissage doit être actif, autonome et libéré de toute pression. Par exemple, si je dois un test et que j'ai pas appris, dans une école classique, je dois le passer quand même. Mais ici, je suis pas obligé. Je peux décider de le passer quand je veux. Bien sûr, il y a un délai limité. Mais je peux aussi décider de le passer sans avoir appris, si je pense que j'en suis capable. Cette école regroupe le primaire et les trois filières du secondaire : professionnelle, technique et générale. Au total, elle accueille plus de 900 élèves issus de toutes les classes sociales. Pour Besan qui est en fin de secondaire, tous profitent de l'apprentissage autonome.

[15:21]Je peux vous parler de mon expérience personnelle? Ma mère est pas allemande et je suis pas née ici moi non plus. Au début, je trouvais ça difficile que ma mère puisse pas m'aider à faire mes devoirs de maths ou d'allemand. Mais justement, c'est quelque chose qu'on nous inculque ici: la faculté d'apprendre à apprendre. Besan apprécie surtout l'accent mis sur l'apprentissage réciproque fondé sur l'entraide entre élèves.

[15:47]Ce qui est important ici, c'est que les partenaires d'apprentissage sont encouragés à poser des questions aux autres. Si bien qu'au final, on apprend tous ensemble. Et quand on explique quelque chose à quelqu'un, on se l'inculque à soi-même au passage. L'apprentissage autonome exige un certain degré de responsabilité. Est-il vraiment à la portée de tout un chacun, quel que soit son milieu social? Je crois que les enfants qui fichent le bazar seraient pas à l'aise ici. Ou ceux qui arrivent pas à apprendre de façon autonome, qui ont toujours besoin qu'on leur dise ce qu'ils doivent faire parce que sinon ils comprennent rien. Là, ça irait pas. Mais sinon elle convient à tous ceux qui savent bien s'adapter à ce système. À la Alemannenschule, on mise avant tout sur une chose: la motivation intrinsèque des enfants et des adolescents. Tous les enfants ont-ils cette motivation intrinsèque? Certains en ont peut-être moins. Et profiteraient davantage de notre système, pour ainsi dire extrinsèque? Je suis humaniste et je crois que tous les humains sont bons et ont envie de grandir. La plupart des enfants vont au CP avec enthousiasme, mais par la suite, la courbe de la motivation est en chute libre. Elle remonte un peu juste avant l'entrée au collège, mais c'est sans doute lié à la peur.

[17:07]Pourquoi ne réussit-on pas à maintenir cette motivation intrinsèque dans le système scolaire classique? Vous avez écrit un livre dont le titre se traduit ainsi: La pédagogie des privilégiés. Qu'entendez-vous par là? Par la pédagogie des privilégiés, j'entends que certaines approches pédagogiques, comme l'apprentissage numérique ou l'apprentissage autonome, peuvent profiter aux enfants privilégiés et nuire aux autres. Tout professionnel de l'éducation, tout parent sait que certains enfants sont tout à fait capables d'apprendre par eux-mêmes, qu'ils sont très motivés, c'est formidable. Tandis que d'autres ont besoin de beaucoup plus d'encadrement. Il y a quelques années, j'ai mené une étude sur les compétences sociales à l'école dans les filières générales et professionnelles. Le premier module était consacré au renforcement du moi, apprendre à se dire qu'est-ce que je veux, où en suis-je, de quoi suis-je capable? Ce module a eu un impact énorme dans les filières pro, alors que dans les filières générales ce sont des modules comme moi et la société qui ont pris le dessus. Conclusion, il faut aider les enfants issus de milieux éloignés de l'école à s'affirmer, pour qu'ensuite, ils puissent s'ouvrir aux autres. On a tendance à valoriser tout ce qui touche au soi, à l'intériorité ou à la motivation. On doit être motivé, la motivation intrinsèque. Or, beaucoup de choses qu'on apprend ne nous motive absolument pas, il faut simplement les apprendre. L'analyse de John Hatty sur le visible learning montre que le facteur le plus déterminant pour la réussite scolaire, c'est l'enseignant. Et au fond, sa manière d'enseigner n'a pas grand-chose à voir avec ce qu'on met aujourd'hui en avant dans les discours pédagogiques.

[19:16]Son classement fait aujourd'hui référence dans la recherche sur l'éducation. Certains résultats semblent donner raison aux partisans de l'école à l'ancienne. La clarté de l'enseignant, les consignes directes et la gestion de la classe s'avère être des éléments essentiels qui plaident en faveur d'un enseignement traditionnel. Mais les résultats de John Hatty confortent aussi les réformateurs. Il montre que le suivi individualisé, le fait d'apprendre en expliquant aux autres et de s'affranchir des étiquettes telles que les notes, favorise l'apprentissage. Conservateur ou progressiste, la question du système est-elle si décisive? Car dans le bilan global, le facteur le plus important reste l'enseignant. C'est extrêmement intéressant. Il a découvert que l'enseignant est déterminant. En Finlande, en Suède ou en Norvège, seuls les 10% des meilleurs d'une promotion sont autorisés à postuler à la formation des enseignants. La profession d'enseignant y est d'ailleurs beaucoup plus valorisée. Tout dépend de l'enseignant, de la manière dont il s'investit individuellement auprès des élèves ou si au contraire, il se désintéresse d'eux. Donc, de l'attention portée à chaque élève individuellement. Oui, de la volonté de les faire grandir. John Hatty montre que c'est lié au besoin d'être encadré, d'être guidé et surtout très encouragé. Mais on peut aussi interpréter ça de manière réformatrice. On peut dire qu'un enseignant attentif et investi qui donne beaucoup de feedback individualisé, c'est en fait l'opposé d'un enseignement frontal où tous les élèves sont considérés comme une masse amorphe. Non, alors déjà la notion d'enseignement frontal, on oublie. On verse tout de suite dans le fascisme. Je m'y oppose totalement. Un enseignement purement frontal, c'est impossible avec des enfants de toute façon. Au bout de 20 minutes plus personne n'écoute. Ce sont des mythes, typique du discours pédagogique. Il faut toujours se fabriquer un ennemi, une sorte de chimère, et celle-là, on l'a politisé. L'enseignement frontal, centré sur le professeur, frontal. J'aimerais bien voir combien il existe encore réellement de profs de ce type. Ce qu'il faut absolument, c'est une refonte des équipes scolaires. Des équipes pluriprofessionnelles. On a besoin d'enseignants, de tuteurs, d'éducateurs, de psychologues, peut-être même de kinésithérapeutes. Ce n'est possible que si l'école dispose des ressources nécessaires. Oui, a priori la crise du système éducatif allemand ne tient pas seulement aux ressources financières. Après tout, à l'échelle internationale, on se situe plutôt dans la moyenne. C'est la répartition des ressources qui semble poser problème.

[21:58]À la Alemannenschule, on a longuement réfléchi à cette question d'allocation des ressources en commençant par les moyens humains. Stefan Ruppaner fait partie des nombreux bénévoles qui épaulent les enseignants dans l'accompagnement pédagogique des élèves.

[22:40]Aristote, qui a théorisé le concept d'école, l'a associé à un temps de loisir, dégagé de toute contrainte pratique, mais consacré à la réflexion et au développement personnel. Stefan est intimement convaincu que la liberté est le meilleur des maîtres. Quand on fait cours, on décide de ce que les enfants doivent penser pendant les 45 prochaines minutes. On fait ça 1 heure, 3 heures, toute la semaine, toute l'année, des années de suite. Et avec ça, on s'attend à ce qu'ils deviennent des individus capables de penser par eux-mêmes. Stefan a donc entrepris de transformer radicalement le quotidien scolaire il y a une quinzaine d'années. J'ai dû abandonner l'idée qu'il fallait faire pression sur les élèves pour qu'ils fassent les choses. Bon, vous pouvez apprendre si vous en avez envie, vous avez ici le tableau des compétences à acquérir, j'ai le matériel pédagogique. Si vous avez envie de ne rien faire, allez vous asseoir dans le coin détente. Bien sûr, il faut accepter que certains élèves y restent des semaines sans rien faire. On me demande régulièrement et qu'est-ce qu'on fait avec eux? Eh bien, on les aime, si on tient bon, ils finiront par se mettre à travailler. Selon le neurobiologiste Gérald Hutter, c'est en invitant, en encourageant, en inspirant les élèves qu'on favorise l'apprentissage. Le contre-argument le plus fréquent, c'est le coût, mais Stefan Ruppaner le balaye d'un revers de la main. L'argent n'est absolument pas un argument. Notre école est à l'équilibre financier. Les meubles que vous voyez là, chacun d'eux coûte moins cher que des meubles achetés auprès de n'importe quel fournisseur scolaire sans six durées éternellement. Nous n'avons pas besoin de plus d'argent pour l'éducation, mais d'une autre manière d'éduquer, d'une autre organisation. C'est la forme actuelle qui a englouti l'argent. Les résultats au baccalauréat semblent valider le bien-fondé de cette approche. En 2022, la moyenne des résultats de nos premiers bacheliers était globalement meilleure que dans l'ensemble du Land. Pourtant, ici aussi certains ont de mauvais résultats. Dans notre système aussi, il y a des enfants qui passent entre les mailles du filet. Qui ont des résultats très faibles en fin de scolarité. Mais si on regarde les évaluations comparatives, on a beaucoup moins d'élèves faibles et beaucoup plus d'élèves brillants. Des élèves épanouis, de bons résultats scolaires, la réussite semble totale. Mais ce système éducatif remplit-il toutes les missions de l'école et est-il un modèle pour une éducation à la fois meilleure et plus juste? Il ne peut pas y avoir de système éducatif juste. C'est vrai. Non. Apprendre par cœur est une perte de temps. Non. C'est faux. L'école ne devrait pas s'adapter à la société mais la redéfinir. Oui et non. Désolé. Tout à fait. L'école doit sélectionner pour le marché du travail. Non. Oui, absolument. L'école a besoin d'autorité. Oui, encore faut-il se mettre d'accord sur la notion d'autorité. Oui. Enfin. Il ne faut pas confondre autorité et autoritaire.

[25:59]Individu ou société, le système scolaire tente de concilier ces deux dimensions. Aujourd'hui, j'ai compris à quel point l'école est aussi une affaire de justice. C'était au fond le cœur des préoccupations de mes deux invités.

[26:16]Quelle est la mission de l'école? Transmission des savoirs, socialisation, développement personnel? Je me pose la question. L'école doit-elle être douloureuse? Bien sûr, les enfants doivent apprendre qu'il existe des différences et qu'elles se traduisent par des résultats différents aux évaluations. On n'est pas tous pareils. Mais peut-on éviter de faire rimer évaluation et dévalorisation?

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