Thumbnail for La PREUVE que le Hasard n'existe PAS: le Principe d'Incertitude by Christophe Pauly

La PREUVE que le Hasard n'existe PAS: le Principe d'Incertitude

Christophe Pauly

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[0:00]Le hasard fait bien les choses. Cette phrase, même si elle apparaît anodine, cache en fait l'une des questions les plus importantes que l'humanité se soit jamais posée. Parce qu'en fait, en prononçant ces mots, vous venez de faire quelque chose d'extraordinaire. Vous venez en fait, de personnifier le hasard. Vous en avez fait une sorte d'entité, une force consciente qui fait des choses. Comme s'il existait quelque part dans l'univers, une sorte de chef d'orchestre invisible qui s'appelle Hasard, qui arrangerait vos petites affaires avec bienveillance. Mais attendez, réfléchissez un instant à ce que vous venez de dire. Le hasard fait des choses. Le hasard aurait donc une volonté, une intention, un plan. Comment quelque chose de fondamentalement aléatoire, peut-il bien faire quoi que ce soit? Cette contradiction apparente nous mène au cœur d'un mystère qui a obsédé les plus grands esprits de l'histoire. Qu'est-ce que le hasard exactement? Existe-t-il vraiment ou n'est-ce qu'un nom qu'on donne à ce qu'on ignore? Et s'il existe, quelle est sa nature profonde? Ces questions ne sont pas juste un simple jeu intellectuel pour philosophes en mal d'inspiration. Elle touche au cœur même de notre existence, à la nature profonde de la réalité. Parce que vous voyez, si le hasard existe vraiment, alors l'univers contient une part irréductible d'imprévisibilité. L'avenir n'est pas écrit d'avance. Votre prochaine pensée, votre prochaine décision, votre prochaine rencontre ne sont pas déterminées par un plan cosmique immuable tracé depuis le Big Bang. Mais si le hasard n'existe pas, alors vous n'êtes qu'un automate sophistiqué, exécutant un programme écrit il y a 13,8 milliards d'années. Chaque battement de votre cœur, chaque synapse qui s'active dans votre cerveau, chaque mot que vous prononcez demain, était déjà inscrit dans les équations de l'univers naissant. Vous découvrez votre vie, mais vous ne la créez pas. Entre ces deux visions du monde s'étend un abîme philosophique immense. D'un côté, un univers créatif, imprévisible où l'avenir reste à écrire. De l'autre côté, une machine cosmique déterministe où tout est joué d'avance depuis l'origine du temps. Pendant des siècles, cette question est restée dans le domaine de la philosophie pure. Mais au 20e siècle, quelque chose d'extraordinaire s'est produit. La science a trouvé un moyen de trancher ce débat millénaire. La réponse qu'elle a découverte est peut-être plus étrange, plus troublante et plus belle que la philosophie aurait pu l'imaginer. Mais avant, on va commencer par démystifier ce que nous appelons hasard dans notre vie quotidienne. Parce que ce que nous allons découvrir, c'est que la plupart du temps, nous nous trompons. Ce que nous prenons pour du hasard est souvent qu'une chose déguisée. Vous lancez une pièce de monnaie. Pile ou face. On peut se dire que c'est du hasard. Mais regardons ce qui se passe réellement image par image, comme si nous avions une caméra ultra rapide capable de filmer l'invisible. Au moment précis où votre pouce propulse la pièce, celle-ci acquiert une vitesse angulaire déterminée par la force exacte que vous lui avez appliquée et l'angle précis de votre geste. Imaginez que votre pouce soit un lanceur de catapulte médiévale. La trajectoire du projectile dépend entièrement de la tension de la corde et de l'angle de tir. Rien de bien mystérieux là-dedans. La pièce suit ensuite une trajectoire parfaitement calculable, selon les lois de Newton. La gravité l'attire vers le bas avec une accélération constante de 9,86 mètres par seconde carré. La résistance de l'air freine sa rotation selon les équations de la mécanique des fluides que tout ingénieur peut résoudre. Quand elle retombe dans votre paume, le nombre de rotations qu'elle aura effectué détermine de façon absolument certaine si elle montrera pile ou face. Des physiciens l'ont prouvé de façon spectaculaire. Ils ont construit des machines capables de lancer une pièce et de prédire le résultat à chaque fois avec une précision de 100%. Le hasard de la pièce n'était qu'une illusion née de notre incapacité à mesurer et à calculer toutes les variables du jeu. Alors, pourquoi parlez-vous de hasard? Parce que vous ne connaissez pas ces variables. Le hasard, ici, c'est votre ignorance déguisée en mystère cosmique. C'est comme si vous regardiez un magicien faire apparaître un lapin et que vous attribuiez le tour à des forces surnaturelles, alors qu'il s'agit simplement d'une technique que vous ne connaissez pas. Cette vision du hasard comme ignorance a été formalisée par le mathématicien Simon Pierre de la Place en 1814. La place était un homme fascinant, un génie qui a contribué à presque tous les domaines des mathématiques et de la physique de son époque. Il imaginait une intelligence hypothétique, devenue célèbre sous le nom du démon de la Place, qui connaîtrait la position et la vitesse de chaque particule de l'univers. Voici ce qu'écrivait la place dans son essai philosophique sur les probabilités. Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Pour la place, l'univers était une gigantesque machine déterministe. Chaque événement était la conséquence inévitable des événements précédents, remontant jusqu'aux conditions initiales du Big Bang. Le hasard n'existait pas vraiment. Il n'était que le nom que nous donnions à notre incapacité à calculer des systèmes trop complexes pour nos moyens limités. Imaginez l'univers comme une partie de bowling cosmique. Au moment du Big Bang, quelqu'un a donné le coup d'envoi. Et depuis, les boules roulent, se percutent, rebondissent selon les lois parfaitement prévisibles. Si vous connaissiez la position et la vitesse de chaque boule à un instant donné, vous pourriez calculer où elles seront dans 1 million d'années. Votre rencontre de demain avec un vieil ami, déjà inscrite dans les équations. Votre prochaine inspiration créatrice, déjà déterminée par l'état de vos neurones. Cette vision était rassurante, élégante, logique. L'univers était prévisible, ordonné et rationnel.

[6:07]Il suffisait d'avoir assez d'informations et assez de puissance de calcul pour prédire n'importe quoi. C'était l'époque où Lord Kelvin, l'un des plus grands physiciens de son temps, déclarait avec assurance qu'il ne restait plus rien à découvrir en physique, si ce n'était après quelques détails dans la 16e décimale. Mais même dans le cadre de la physique classique, des fissures ont commencé à apparaître dans cette vision déterministe parfaite. Henri Poincaré, à la fin du 19e siècle, a découvert que certains systèmes déterministes pourraient avoir un comportement chaotique. Une variation infinitésimale des conditions initiales pourrait conduire à des résultats complètement différents. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui l'effet papillon. Une métaphore qui cache une réalité mathématique rigoureuse. Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut théoriquement déclencher une tornade au Texas. Pas par magie, mais par amplification progressive des perturbations à travers un système complexe. Imaginez que vous essayez de faire tenir un crayon en équilibre sur sa pointe. Théoriquement, c'est possible. Les lois de la physique ne l'interdisent pas. Mais en pratique, la moindre vibration, le moindre petit courant d'air, la plus infime imperfection à la surface peut faire tomber le crayon. Et selon l'angle exact de cette perturbation microscopique, le crayon tombera vers la droite ou vers la gauche. Un système parfaitement déterministe, mais pratiquement imprévisible. La météo est un exemple parfait. Nous connaissons les équations qui gouvernent l'atmosphère. Ce sont les mêmes lois de Newton qui régissaient le mouvement des planètes. Et pourtant, nous ne pouvons pas prédire le temps qu'il fera dans 3 semaines. Pourquoi? Parce que l'atmosphère est un système chaotique où les petites causes produisent de grands effets. Mais attention, le chaos, ça n'est pas du hasard. C'est de l'imprévisibilité pratique dans un système déterministe. Le système suit toujours des lois précises, même si on ne peut pas prédire précisément son comportement. C'est comme un livre écrit dans une langue que nous ne savons pas lire. Le texte existe, il a un sens, mais c'est juste que nous ne pouvons pas le déchiffrer. Aujourd'hui, cette illusion du hasard a pris de nouvelles formes, plus sophistiquées et plus troublantes. Quand Netflix vous recommande un film que vous adorez, quand Google anticipe votre recherche avant même que vous ayez fini de taper. Quand votre smartphone prédit votre trajet du matin, nous parlons d'intelligence artificielle et d'algorithmes prédictifs. Ces systèmes ne font que pousser à l'extrême la logique du démon de la place, collecter un maximum de données sur votre comportement passé pour prédire vos actions futures. Et ça fonctionne avec une précision des fois dérangeante. Amazon, c'est souvent ce que nous voulons acheter avant même que vous le sachiez vous-même. Les algorithmes de trading achètent et vendent des actions en quelques millisecondes anticipant les mouvements du marché. Les algorithmes sont devenus des versions modernes du démon de la Place. Ils ne connaissent pas la position de chaque particule de l'univers, mais ils connaissent vos habitudes, vos préférences, vos patterns comportementaux. Et avec ces informations, ils peuvent prédire vos futurs choix avec une précision troublante. Alors sommes-nous si prévisibles? Ou est-ce que ces algorithmes révèlent pas tout simplement que ce que nous prenions pour du hasard n'était en fait rien d'autre que de la complexité déguisée? Que nos décisions, nos goûts, nos envies suivent des patterns cachés que nous ne percevons pas mais qu'une machine, elle peut détecter. Jusqu'à maintenant, tout ce que nous avons appelé hasard, s'est révélé être tout autre chose, de l'ignorance, de la complexité, du chaos déterministe. Le hasard semble n'être qu'une façon commode de nommer notre incapacité à prédire des systèmes trop complexes pour nous. Mais voilà la question au cœur de cette vidéo. Est-ce qu'il existe un vrai hasard? Un hasard qui ne serait pas dû à notre manque d'information, mais qui serait inscrit dans la nature même des choses. Un hasard que même le démon de la Place avec une connaissance parfaite ne pourrait éliminer. Pour répondre à cette question, nous devons quitter le monde familier des pièces de monnaie et des algorithmes prédictifs. Nous devons plonger dans l'univers de l'infiniment petit, là où les règles du jeu changent complètement. Parce que c'est là, dans le monde quantique, que la science a découvert quelque chose d'extraordinaire, le hasard qui ne peut pas être éliminé, même avec une connaissance parfaite. Le hasard qui semble être une propriété fondamentale de l'univers. L'histoire commence au 19e siècle dans un laboratoire poussiéreux où les physiciens tentent de percer les secrets de l'atome. Ils s'attendent à découvrir un monde miniature fonctionnant selon les mêmes règles que notre monde macroscopique. Ils vont découvrir quelque chose de plus déconcertant. Imaginez-vous dans la pose scientifique. Vous venez de découvrir l'existence des atomes, ces briques élémentaires qui composent tout ce qui vous entoure. Vous vous dites, OK, parfait. Il suffit maintenant juste d'appliquer les lois de Newton à ces petites billes pour comprendre tout. Vous ne savez pas encore que vous vous apprêtez à ouvrir la boîte de Pander physique. En 1896, Henri Becquerel découvre par accident la radioactivité. Il place des selles d'uranium sur une plaque photographique enveloppée dans du papier noir. Quand il développe la plaque, il découvre qu'elle a été impressionnée. L'uranium émet spontanément un rayonnement invisible capable de traverser la matière. Mais voici ce qui va perturber les physiciens pendant des décennies. Prenez un atome radioactif, disons un atome d'uranium 238. Cet atome va se désintégrer et se transformer en Thorium 234. Nous savons que ça va arriver. Nous connaissons même la probabilité avec une précision remarquable, la moitié des atomes d'uranium 238 se désintègre en 4,47 milliards d'années. Mais et c'est là que ça devient mystère, nous ne pouvons pas prédire quand un atome particulier va se désintégrer. Pas parce que nous manquons d'information, mais parce qu'il n'y a apparemment rien à prédire. L'atome peut se désintégrer dans la prochaine seconde ou dans un milliard d'années.

[12:14]Il n'y a aucun signal qui annonce la désintégration, aucune horloge interne qui compte à rebours. Il n'y a aucune variable cachée qui détermine le moment fatidique. C'est comme si cet atome lançait une pièce invisible à chaque instant et se désintégrerait quand il obtiendrait pile. Mais cette pièce ne suit pas les lois de Newton. Elle semble obéir à des règles complètement différentes, des règles qui défient notre logique la plus élémentaire. En 1905, Albert Einstein apporte une pièce supplémentaire au puzzle en expliquant l'effet photoélectrique. Quand on éclaire une plaque métallique avec de la lumière, des électrons sont éjectés. Mais voici ce qui est étrange. L'énergie des électrons éjectés ne dépend pas de l'intensité de la lumière, mais uniquement de sa couleur. Einstein propose une explication révolutionnaire. La lumière n'est pas une onde continue, mais constituée de petits paquets d'énergie appelés photons. Chaque photon porte une énergie précise déterminée par la fréquence de la lumière. Quand un photon frappe un électron, il lui transfère toute son énergie d'un coup, comme une boule de billard frappant une autre boule. Cette découverte d'ailleurs lui vaudra le prix Nobel en 1921, mais ça soulève une question plus intéressante. Si la lumière est faite de particules, comment expliquer des phénomènes d'interférence et de diffraction qui pousse clairement vers le fait que la lumière soit une onde. Pour comprendre à quel point le monde quantique défie notre intuition, laissez-moi vous décrire l'expérience qui a tout changé. Une expérience si étrange que Richard Feynman, l'un des plus grands physiciens du 20e siècle, disait qu'elle contenait tous les mystères de la mécanique quantique. Imaginez un mur percé par deux fentes parallèles et derrière ce mur, un écran capable de détecter l'impact des particules. Vous envoyez des électrons un par un vers les fentes, comme si vous tiriez des balles de ping-pong microscopiques vers les deux ouvertures du mur. Si les électrons étaient vraiment des particules classiques, vous vous attendriez à voir deux bandes sur l'écran correspondant aux électrons qui sont passés par chaque fente. Certains électrons passeraient par la forme de gauche et d'autres par celle de droite. Il y aurait deux tas distincts à droite et à gauche de l'écran. Mais ce n'est pas du tout ce qui se passe. Au lieu de deux bandes, vous obtenez un motif d'interférence. Des bandes alternées de forte et de faible intensité, exactement comme si les électrons étaient des ondes qui passaient par deux fentes simultanées et interféraient entre elles. Mais voici où les choses deviennent vraiment déconcertantes. Si vous placez un détecteur près de l'une des fentes pour voir par lequel passe l'électron, le motif d'interférence disparaît immédiatement. L'électron se comporte alors comme une particule normale et ne passe que par une seule fente. L'acte d'observer change le comportement de l'électron. Quand personne ne regarde, il passe par les deux fentes. Quand on observe, il choisit une fente. Mais comment l'électron sait qu'on l'observe? Comment l'information sur la présence du détecteur peut-elle influencer son comportement? Et surtout, que se passe-t-il exactement au moment de la mesure? En 1927, Heisenberg formulera ce qui deviendra l'un des principes les plus célèbres et les plus mal compris de la physique, le principe d'incertitude. Ce principe dit qu'on ne peut pas mesurer simultanément avec précision certaines paires de propriétés d'une particule. Le principe s'exprime par une inégalité mathématique simple mais assez profonde. En gros, plus vous mesurez précisément la position d'un électron, et moins vous pourrez connaître précisément sa vitesse et vice-versa. Cette limitation n'est pas due à une imperfection de nos instruments, mais à la nature même de la réalité quantique. Pendant longtemps, les physiciens ont pensé que cette incertitude venait du fait que pour mesurer la position d'un électron, il faut l'éclairer avec un photon et ce photon perturbe inévitablement l'électron. L'incertitude semblait venir de cette perturbation inévitable. Mais les expériences que nous allons explorer ont montré que cette incertitude était insuffisante. Le problème est plus profond qu'une simple perturbation de la mesure. Ce n'est pas que nous sommes incertains sur les propriétés des particules. C'est que les propriétés n'existent pas de façon définie avant la mesure. Il ne faut plus d'ailleurs parler du principe d'incertitude, mais plutôt du principe d'indétermination. Et cette nuance change tout. La mécanique quantique nous montre une vision du monde qui défie nos sens logiques. Avant la mesure, l'électron n'était pas vraiment dans un état défini. Il existe dans ce qu'on appelle une superposition d'état. Il est simultanément passé par la fente de gauche et par la fente de droite. Il est dans un état qui n'a pas d'équivalent dans notre monde macroscopique. En mécanique quantique, l'état d'une particule est décrit par ce qu'on appelle une fonction d'onde notée psi. Cette fonction mathématique encode toutes les probabilités. La probabilité de trouver la particule ici ou là, avec telle ou telle vitesse et dans tel ou tel état. Avant la mesure, la fonction d'onde peut être une superposition complexe de multiples états. La particule est partout à la fois selon les probabilités définies par cette fonction. C'est comme si vous aviez des dés quantiques qui montraient simultanément toutes ces faces, chacune avec une probabilité différente. Mais au moment de la mesure, quelque chose de remarquable se produit. La fonction d'onde s'effondre. Toutes les possibilités disparaissent sauf une qui devient réalité. Et le choix de cette possibilité particulière, il est purement aléatoire, déterminé uniquement par la probabilité encodée dans la fonction d'onde. C'est comme si l'univers lançait une pièce de monnaie à chaque mesure et que le résultat de se lancer déterminait quelle possibilité allait se réaliser. Mais contrairement à notre pièce classique, se lancer n'est pas déterminé par des conditions initiales cachées. Il est fondamentalement aléatoire. Cette interprétation de la mécanique quantique a déclenché l'un des débats les plus passionnés de l'histoire de la science. D'un côté, Albert Einstein, le père de la relativité, refusait d'accepter que l'univers soit fondamentalement aléatoire. De l'autre, Niels Bohr de l'école de Copenhague, soutenait que le hasard quantique était réel et irréductible. Einstein ne pouvait pas accepter que l'univers soit gouverné par le hasard. Dieu ne joue pas au dé, il disait. Pour lui, la mécanique quantique était incomplète. Il devait exister des variables cachées, des propriétés secrètes des particules que nous ne connaissons pas encore, mais qui détermineraient leur comportement. Selon Einstein, les particules avaient des probabilités bien définies avant la mesure, comme des cartes cachées dans un jeu. Si nous connaissons ces cartes secrètes, nous pourrions prédire le résultat de chaque mesure. Le hasard n'était qu'une manifestation de notre ignorance. Bohr, au contraire, soutenait que le hasard quantique était réel et irréductible. Pour lui, les propriétés des particules n'existaient pas avant la mesure. La réalité était fondamentalement probabiliste. Les particules n'avaient pas de cartes cachées. Elles étaient dans un état de superposition jusqu'au moment de la mesure. En 1964, un physicien irlandais travaillant au CERN va révolutionner notre compréhension de la réalité. John Bell ne cherchait pas la gloire, il voulait simplement comprendre si Einstein avait raison. Ce qu'il va découvrir va ébranler les fondements de la physique et nous forcer à accepter que l'univers est encore plus étrange que nous imaginons. Le génie de Bell a été de transformer une question purement philosophique en test mathématique précis. Le débat entre Einstein et Bohr semblait insoluble. Comment prouver expérimentalement si les particules ont des propriétés cachées ou si elles sont vraiment dans un état indéterminé? Bell va trouver un moyen génial de répondre à cette question. Son raisonnement est d'une simplicité éblouissante. Si Einstein a raison et que les particules ont des propriétés prédéterminées, alors certaines corrélations mesurées entre les particules intriquées doivent respecter des limites mathématiques précises. Si ces limites sont violées, alors Einstein a tort et Bohr a raison. Pour comprendre le raisonnement de Bell, nous devons d'abord saisir ce qu'est l'intrication quantique. Imaginez deux particules créées ensemble dans un processus qui conserve certaines propriétés. Par exemple, deux photons émis simultanément par un atome excité. Ces photons sont intriqués. Leurs propriétés restent corrélées même quand ils sont séparés par de grandes distances. Si vous mesurez la polarisation du premier photon et trouvez qu'il est polarisé verticalement, vous savez instantanément que son partenaire intriqué, même s'il se trouve à l'autre bout de la galaxie, sera polarisé horizontalement. Cette corrélation est parfaite et instantanée. Einstein appelait cela l'action fantôme à distance. Et il refusait d'y croire. Pour lui, cette corrélation s'expliquait simplement. Les deux photons avaient des polarisations prédéterminées dès leur création, comme deux cartes tirées dans un jeu. Si l'une est rouge, l'autre est forcément noire. Bell va imaginer une expérience pour tester cette hypothèse. Prenez deux photons intriqués. Envoyez-les vers deux détecteurs éloignés. Chaque détecteur peut mesurer la polarisation selon différents angles. L'expérimentateur peut choisir l'angle de mesure au dernier moment, quand les photons sont déjà en vol. Si Einstein a raison et que les photons ont des polarisations prédéterminées, alors les corrélations entre les mesures doivent respecter certaines contraintes mathématiques. Bell a calculé ces contraintes et les a exprimées sous forme d'une inégalité. La plus célèbre des inégalités, s'écrit comme ça. Alors, ça peut sembler abstrait, mais ça encode quelque chose de plus profond. Si les particules ont des propriétés prédéterminées, alors cette expression ne peut jamais dépasser deux. C'est une limite absolue imposée par la logique et le réalisme local. Mais la mécanique quantique prédit que cette limite peut être violée. Dans certaines configurations, la théorie quantique prédit une valeur maximale d'environ 2,83. Cette différence entre 2 et 2,83 peut sembler minime, mais elle cache un enjeu philosophique gigantesque. Si les équations donnent une valeur supérieure à 2, ça signifie qu'Einstein avait tort. Les particules n'ont pas de propriétés prédéterminées. Elles sont vraiment dans un état indéterminé avant la mesure. Plus dérangeant encore, cela signifie que la localité, l'idée qu'un objet peut être influencé par son environnement immédiat, est violée. En 1982, Alain Aspect va réaliser l'expérience qui va trancher le débat. Et les résultats sont sans appel. Les corrélations mesurées violent clairement les inégalités de Bell. Au lieu d'une limite classique de 2, Alain mesure des valeurs proches de 2,7, ce qui est exactement ce que prédit la mécanique quantique. Einstein avait tort. Les particules n'ont pas de propriétés prédéterminées. Elles sont vraiment dans des états indéterminés avant la mesure. Et quand elles se décident au dernier moment de la mesure, elles le font de façon purement aléatoire. Plus déconcertant encore, les particules intriquées semblent connectées à distance. Quand vous mesurez la polarisation d'un photon à Paris, son jumeau intriqué sait instantanément le résultat et ajuste sa polarisation en conséquence. Quand deux particules sont intriquées, il faut comprendre qu'elles ne forment qu'un seul système quantique, même si elles sont séparées par des années lumière. D'ailleurs, il y a un grand malentendu à propos des particules intriquées. Beaucoup pensent que ce sont deux particules qui s'échangent des informations instantanément. Ce qui reviendrait à communiquer plus vite que la vitesse de la lumière, ce qui est techniquement impossible. Quand deux particules sont intriquées, il faut comprendre qu'elles ne forment qu'un seul système quantique, même si elles sont séparées par des années lumière. Ce n'est pas vraiment qu'elles communiquent. C'est qu'elles ne sont plus vraiment séparées. Elles constituent un seul et même objet quantique étendu dans l'espace. Quand vous mesurez une particule intriquée, vous obtenez un résultat aléatoire. Mais ce résultat détermine instantanément l'état de sa partenaire, même si elle se trouve à l'autre bout de l'univers. Et si vous vous demandez comment cette information peut voyager plus vite que la lumière, la réponse est qu'aucune information ne voyage. Les particules intriquées ne s'envoient pas de messages. Elles sont simplement deux aspects d'une même réalité quantique. C'est comme si vous aviez une pièce de monnaie quantique que vous pourriez couper en deux. Chaque moitié, même séparée par des galaxies, resterait connectée à l'autre. Quand une moitié décide de montrer pile, l'autre montre automatiquement face, non pas parce qu'elle a reçu un signal, mais parce qu'en fait, c'est la même pièce. En tout cas, l'expérience d'Alain Aspect nous force à accepter une réalité déconcertante. L'univers contient un hasard irréductible. Un hasard qui ne peut pas être éliminé par plus d'informations parce qu'il n'y a pas d'informations cachées. Et cette indétermination quantique a une conséquence extrêmement importante. Ça veut dire que l'avenir n'existe pas encore. Il n'est pas écrit quelque part dans les équations de l'univers, attendant d'être découvert. Il se crée au fur et à mesure, événement quantique par événement quantique. Chaque fois qu'une particule radioactive se désintègre, l'univers choisit aléatoirement le moment de cette désintégration. Chaque fois qu'un photon traverse un miroir semi-transparent, l'univers décide s'il va passer ou s'il va être réfléchi. Ces choix ne sont déterminés par rien d'autre que du hasard pur. Paradoxalement, ce hasard qui semble introduire du chaos dans l'univers est aussi un moteur de créativité et de complexité. Dans un univers purement déterministe, tout serait prévisible. Il n'y aurait pas de place à la surprise, à l'innovation, à l'émergence de structures nouvelles. Le hasard quantique brise ce script figé. Il introduit de la nouveauté, de l'imprévisibilité, de la créativité dans le cosmos. Si l'avenir n'est pas prédéterminé, alors le concept même de destin perd son sens. Il n'y a pas de plan cosmique écrit par avance, pas de fatalité inscrite dans les étoiles. Pas de chemin tracé que nous devrions suivre. L'indétermination quantique nous libère de l'idée que tout est joué d'avance. Elle nous dit que l'univers s'invente en permanence et que nous participons à cette invention. Ça ne signifie pas que tout est possible à chaque instant. Les lois de la physique continuent à s'appliquer. Les probabilités quantiques sont rigoureusement définies. Mais dans le cadre de ces lois, il reste une petite marge de manœuvre. Un espace d'indétermination où l'avenir peut prendre différentes formes. Le hasard quantique n'est pas un défaut de l'univers. C'est peut-être sa caractéristique la plus précieuse. C'est lui qui empêche l'univers d'être une machine déterministe ennuyeuse. C'est lui qui permet la créativité, la nouveauté, l'émergence de l'inattendu. Le hasard quantique brise ce script. Il introduit de la liberté dans le cosmos.

[27:23]Pas de la liberté humaine, ça c'est une question plus complexe. Mais une liberté plus fondamentale. La liberté que l'univers a de se surprendre lui-même. Ce hasard quantique nous révèle quelque chose d'extraordinaire. Dans notre univers, le futur n'est jamais écrit d'avance.

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