[0:00]J'ai découvert cette spécialité le jour où j'ai été invité pour la première fois à un repas de Noël en France. Sur la table, il y avait du champagne, je connaissais, des huîtres, je connaissais aussi et du foie gras. Ça c'était nouveau. Le pâté couleur brun clair ressemblait à la Leberwurst, le pâté de foie allemand. Et il avait le même goût. Enfin, un goût de pâté mélangé avec du beurre plutôt. Pas mauvais, me dis-je, en me tartinant une deuxième tranche de pain. Les Français me regardent avec des mines horrifiées. Ah d'accord, ce n'est donc pas comme ça qu'on fait. Et non, le foie gras ne s'étale pas sur du pain comme un vulgaire pâté. C'est un met infiniment plus raffiné. On en dépose un petit morceau sur un toast, quelques grains de gros sel, peut-être même un peu de confit de figue. Ah oui, c'est meilleur que la Lebawost. Foie gras, un nom et un adjectif qui veulent bien dire ce qu'ils veulent dire. Et si le foie en question est aussi gras, c'est parce que son propriétaire, oie ou canard, a été forcé de prendre des kilos en trop. Comment fait-on ? On met un entonnoir ou un tuyau dans le gosier de l'animal et on le gave de maïs et de saindoux jusqu'à ce que son foie soit engraissé. Ce qui explique qu'en allemand, on appelle aussi le foie gras Stopfleber, foie obtenu par gavage. Ça fait évidemment hurler les défenseurs des animaux à juste titre et pose un grave dilemme en France. Si vous croyez maintenant que la plupart des Français refoulent tout simplement l'idée de ces mauvais traitements lorsqu'ils dégustent leur foie gras en fin d'année, vous avez parfaitement raison. C'est tellement bon ! En plus, toute une filière en dépend. La France produit en moyenne 19 000 tonnes de foie gras par an, ce qui représente 100 000 emplois. Que deviendraient les producteurs français qui assurent à eux seuls 75 % de la production mondiale si le foie gras venait à disparaître ? D'autant que les producteurs sont régulièrement frappés par l'épisootie de grippe aviaire depuis une dizaine d'années. Mais cela ne refroidit pas les défenseurs du bien-être animal, ils réclament l'interdiction du foie gras. En Allemagne, c'est déjà fait, enfin presque. La production est interdite, mais la consommation reste tolérée comme dans la plupart des autres pays du monde, à l'exception de l'Inde, qui interdit production et importation. Les irréductibles producteurs de foie gras sont la Belgique, la Bulgarie, la Roumanie, l'Espagne, la Hongrie et donc la France, où en 2005, on a eu l'idée lumineuse de faire rentrer le foie gras au patrimoine culturel et gastronomique national. Ainsi, il échappe aux lois françaises sur la protection des animaux. Cela va s'en dire, il y a peu de chance que la Commission européenne ose un jour s'en prendre au patrimoine gastronomique de la France. Au pays des gourmets, ça déclencherait une révolution.
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[0:00]J'ai découvert cette spécialité le jour où j'ai été invité pour la première fois à un repas de Noël en France.
[0:00]Sur la table, il y avait du champagne, je connaissais, des huîtres, je connaissais aussi et du foie gras.
[0:00]Le pâté couleur brun clair ressemblait à la Leberwurst, le pâté de foie allemand.
[0:00]On en dépose un petit morceau sur un toast, quelques grains de gros sel, peut-être même un peu de confit de figue.
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