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Pourquoi je suis devenu musulman – Bruno Guiderdoni

Portrè Avrupa

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[0:01]J'ai été un très bon élève à l'école, très curieux du monde qui m'entourait.

[0:10]assez rapidement, je pense, j'ai eu une vocation scientifique.

[0:18]Quand j'ai atteint l'adolescence, vers l'âge de 14, 15 ans, je commençais à me poser des questions plus profondes sur le sens de ma vie.

[0:33]La lecture de cet ouvrage m'a profondément marqué.

[0:40]Je me suis senti appelé par l'Islam ou plutôt appelé par Dieu. si je ne faisais le pas pas le pas d'une adhésion à l'islam, je quelque chose me manquerait fondamentalement dans ma vie.

[0:58]Bonjour, je m'appelle Bruno Guiderdoni en Islam mon nom est Abdallah. Je suis né à Paris il y a maintenant 67 ans et j'ai vécu mon enfance à Paris avec des vacances sur la côte méditerranéenne et aussi en Normandie. Je suis né dans une famille d'intellectuels et d'artistes. Euh mes parents s'intéressaient à beaucoup de choses mais ils n'étaient pas particulièrement religieux. Mon père était protestant, ma mère catholique mais quand je suis né, ils n'ont pas jugé bon de me faire baptiser et de me faire entrer ainsi dans la religion chrétienne version protestante ou ou version catholique.

[1:55]Et donc j'ai été un un très bon élève à l'école très curieux du monde qui m'entourait. curieux de la science, curieux de lire des encyclopédies pour découvrir la Terre, le cosmos. Et assez rapidement, je pense, j'ai eu une vocation scientifique. J'ai senti l'envie de d'explorer le monde à partir de la science et d'en faire mon métier peut-être. Et quand j'ai atteint l'adolescence, vers l'âge de 14 15 ans, je me suis rendu compte que en plus de mes intérêts pour la science, pour l'astronomie, les mathématiques, la physique, la biologie, je commençais à me poser des questions plus profondes sur le sens de ma vie. sur la réalité, la réalité ultime dont le monde n'est que l'apparence.

[3:00]Et ces questions n'ont pas reçu de réponses pendant plusieurs années donc j'ai un peu papillonné sur différents livres que je puisais dans la bibliothèque de mon père. J'ai je me suis intéressé à beaucoup de de sujets philosophiques voire théologiques jusqu'à ce que je tombe vers l'âge de 16 ans, je crois ou 17 ans sur un ouvrage de l'auteur français René Guénon. un ouvrage qui s'intitule La crise du monde moderne. Et la lecture de cet ouvrage m'a profondément marqué. À la suite de cette lecture que j'ai commencé à m'intéresser aux religions, à lire sur l'ensemble des grandes traditions de l'humanité à commencer par le christianisme qui est la tradition dominante en Occident. Euh mais aussi le judaïsme bien sûr également les traditions d'Orient et l'islam et assez rapidement, je me suis senti appelé par l'islam ou plutôt appelé par Dieu à travers le canal de l'islam, à travers le message de l'islam.

[4:11]Et j'ai commencé à apprendre l'arabe avec l'intention bien évidemment de comprendre davantage l'enseignement de l'islam, de pouvoir accéder aux textes fondateurs dans la langue d'origine, le Coran et la tradition prophétique et éventuellement inshallah de devenir musulman comme chemin vers la connaissance à laquelle les êtres humains sont promis. En parallèle de cette effort intellectuel pour essayer de retrouver le goût de l'enseignement traditionnel, j'ai commencé mes études scientifiques d'abord en physique, puis après je me suis spécialisé en astrophysique et vers l'âge de 23 ans j'ai fait un séjour au Maroc de 2 ans en tant que professeur de physique au lycée Liotey de Casablanca qui est le grand lycée français du Maroc. Et euh je suis parti au Maroc avec l'intention de rester là-bas et de devenir musulman et de m'établir au Maroc finalement. Et ça ne s'est pas fait providentiellement pour différentes raisons un peu complexes, probablement parce que je n'étais pas prêt ou je n'avais pas bien compris quels étaient les enjeux de la vie spirituelle en islam. Donc je suis rentré en France où j'ai fait une thèse d'astrophysique et je suis rentré au CNRS en tant que chercheur en astrophysique au CNRS spécialisé dans la formation des galaxies. Et c'est en France vers les années 1986-1987 que j'ai rencontré à Paris une communauté d'Occidentaux convertis à l'Islam également lecteurs de René Guénon pour beaucoup et c'est ce contact avec cette communauté qui m'a conduit à embrasser l'islam. Donc au début de 1987. Et cette adhésion à l'islam s'est faite dans la conviction que toutes les grandes religions de l'humanité viennent de Dieu et permettent à leurs adeptes à leurs fidèles de retourner vers Dieu. Donc il n'y a dans cette conversion à l'islam un refus du judaïsme et du christianisme mais plutôt une adhésion à l'enseignement de René Guénon à la tradition primordiale dont toutes les grandes religions de l'humanité sont issues.

[6:50]Et j'ai retrouvé au sein de l'islam bien sûr cet enseignement sous une forme spécifique à l'Islam puisque le Coran nous apprend que qu'il n'y a au fond qu'une seule religion ad din la religion immuable ou la religion axiale qui est le message unique de la révélation qui prend des formes différentes des langues différentes au fur et à mesure de la succession des prophètes sur eux la paix depuis le premier d'entre eux Saïduna Adam notre Seigneur Adam sur lui la paix jusqu'au dernier notre prophète Mohammed que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Donc il y a dans l'Islam cet enseignement de l'unité de la religion et des adaptations providentielles du message divin aux différents peuples auxquels les prophètes s'adressent. Donc j'ai retrouvé cet enseignement au sein de l'islam. Donc j'ai poursuivi ma carrière scientifique au CNRS en tant que chercheur et puis en parallèle j'ai commencé à approfondir l'islam à travers la pratique, pas simplement la doctrine ou l'apprentissage de l'arabe, mais à travers la pratique, les cinq piliers de l'islam et au-delà. Et puis assez rapidement, j'ai été amené à faire des petites conférences ou des petites interventions notamment dans le cadre de dialogues interreligieux pour présenter la tradition musulmane à des européens, des occidentaux, des des Français qui pour beaucoup ne la connaissent pas ou la connaissent à travers les clichés qu'ils rencontrent dans les médias. Donc ça a été un premier travail à la fin des années 1980, au début des années 1990, un effort pour reformuler les éléments fondamentaux de l'enseignement de l'islam à la destination des de mes mes compatriotes, concitoyens francophones pour finalement leur expliquer les fondamentaux de l'islam à partir de la compréhension que j'en avais puisque moi-même j'avais dû faire un effort pour retrouver ce goût de la spiritualité qui était en germe chez moi quand j'étais adolescent mais que j'ai eu petit à petit développé au fur et à mesure de mes lectures et de mes rencontres.

[9:12]Qu'est-ce qui se passe dans la tête ou dans le cœur de quelqu'un qui a entrepris un chemin de retour vers Dieu à travers l'adhésion à une religion? D'un certain point de vue, je ne suis pas un converti puisque je n'étais pas chrétien avant de devenir musulman.

[9:39]Alors il y a une tradition bien connue qui dit que tous les enfants naissent musulmans et que ce sont leurs parents qui en font des Juifs, des chrétiens, des bouddhistes, des des hindous. mais moi je n'avais pas grandi dans une forme religieuse donc je n'avais pas de religiosité, je n'avais pas de foi. Même si j'avais cet appel cette vocation qui était de plus en plus insistante et qui m'a conduit petit à petit à me dire que si je ne faisais le pas pas le pas d'une adhésion à l'Islam, je quelque chose me manquerait fondamentalement dans ma vie. Donc il y a ce travail qui se fait avec beaucoup d'hésitation parce que il est assez confortable d'étudier les choses de loin, d'étudier même les religions. Il y a beaucoup de gens qui se contentent d'une érudition sur les religions et qui ne veulent pas faire le pas d'une pratique, d'une mise en œuvre de la foi qu'ils étudient. Et c'est à travers la rencontre avec le Sheikh Abdel Wahid Palaviccini et la communauté qui s'est formée autour de lui que j'ai finalement été suffisamment fort et courageux pour poser cette demande d'une adhésion qui s'est produit à Milan le 1er mars 1987, s'il faut donner des dates précises.

[11:03]Évidemment il y a toujours une hésitation juste avant de demander cette adhésion. Mais cette adhésion finalement a été demandée et on peut toujours donner des raisons pour lesquelles on devient musulman. la doctrine de du Tawhid, de l'unicité d'Allah qui est évidemment très profonde et très métaphysique. On peut parler également de la simplicité de la doctrine musulmane, de la beauté de la prière, de la beauté de la langue arabe coranique. Mais au fond, on ne sait pas pourquoi on fait des pas aussi importants qu'une conversion. Plus on avance dans la vie spirituelle, plus on se rend compte que quelqu'un décide pour nous, que Dieu décide pour nous. qu'il nous conduit et qu'il nous donne des raisons de faire les choses mais que ces raisons nous apparaissent que plus tard petit à petit au fur et à mesure qu'on progresse spirituellement. Et quand on entre en islam, on a l'impression d'arriver dans un pays qu'on connaissait. C'est évidemment ce que la tradition islamique appelle la Fitra la nature spirituelle de l'homme. Nous sommes créés pour la connaissance d'Allah, le Coran dit euh Allah a dit dans le Coran je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils m'adorent. La raison d'être de notre présence sur Terre, c'est l'adoration d'Allah et la connaissance qui en résulte. En adorant Allah, nous le connaissons comme Seigneur et nous nous connaissons comme serviteur et par la connaissance de celui qui est Seigneur et et de celui qui est serviteur, nous renforçons notre adoration d'Allah. Donc il y a ce lien entre l'adoration et la connaissance qui est très important. Alors la Fitra c'est la nature dans laquelle nous avons été créés et nous avons oublié malheureusement cette nature spirituelle pour beaucoup d'entre nous. L'homme a été créé obscurci et ignorant dit le Saint Coran. Nous sommes obscurcis et ignorants et quand cet obscurcissement se dissipe parce que nous se dissipe parce que nous faisons un pas vers Allah et bien nous retrouvons cette lumière de la Fitra au moins pendant un certain temps et nous avons l'impression de réintégrer un état qui est notre état normal, l'état naturel de l'être humain et c'était évidemment une grande bénédiction.

[13:49]Le chemin spirituel est difficile. Après nous avons des épreuves bien sûr, il y a des tentations, il y a éventuellement des difficultés, il peut y avoir des doutes, il peut y avoir toutes sortes de difficultés sur le chemin spirituel, des épreuves qui nous sont envoyées pour que nous renforcions notre foi. Et au fur et à mesure qu'on avance et bien cette foi se doit se renforcer et nous nous rendrons compte que finalement cette adhésion au cheminement spirituel est l'acte le plus important que nous avons fait dans notre vie. Pendant toutes ces années où j'ai appris l'islam à travers les ouvrages et les rencontres et les les enseignements qui étaient donnés dans différents cadres de mosquée ou de communauté, j'ai aussi continué ma pratique scientifique en tant que chercheur au CNRS.

[14:53]J'étais spécialiste de la formation des galaxies, j'ai travaillé sur des modèles de formation et d'évolution des galaxies qui permettent de prédire les propriétés des galaxies à partir de principes généraux et qui donnent donc un cadre spécifique pour interpréter les observations qui sont menées depuis maintenant plusieurs décennies de galaxies de plus en plus lointaines et de galaxies qui sont donc observées telles qu'elles étaient dans des passés de plus en plus lointains puisqu'observé loin c'est observé dans le passé. Est-ce que ma conversion, est-ce que ma foi m'a aidé dans ma pratique scientifique ?

[15:40]Pas vraiment parce que il y a quand même une séparation entre la l'adhésion à à une vision du monde religieuse qui nous explique les les fins dernières, c'est-à-dire le le but de notre vie et la pratique scientifique qui a pour objectif de décrire le monde, de dire comment les galaxies se sont formées, comment les étoiles ou les planètes se sont formées.

[16:10]Donc il y a une séparation entre ces deux domaines.

[16:19]Évidemment, quelqu'un qui s'efforce de progresser sur la voie spirituelle mais en pratique des valeurs, des valeurs d'honnêteté, d'intégrité, de respect qui imprègne son activité professionnelle et pour ce qui me concernait son activité scientifique. Donc j'ai toujours essayé de mettre en œuvre ces valeurs dans ma pratique de la science.

[16:44]Et les choses se sont développées en parallèle, on pourrait dire pendant plusieurs années, c'est-à-dire que pendant les heures de bureau j'étais un un scientifique m'efforçant de comprendre les les énigmes que le cosmos nous pose et puis le soir ou le weekend j'étudiais la religion musulmane ou je pratiquais cette religion pour mon compte chez moi.

[17:19]Quand on fait un pas important dans la vie spirituelle, il y a toujours des contrecoups, des épreuves qui vous sont imposées par le créateur comme bon d'essai de votre sincérité. Et j'ai pu voir autour de moi mais aussi pour moi-même ces épreuves qui apparaissent soit tout de suite après la conversion soit un peu plus tard quand il y a des étapes spirituelles à franchir. Un des aspects qu'on peut remarquer, c'est qu'il y a parfois des des gens qu'on croyait être nos amis qui s'éloignent de nous parce que cela représente pour eux un trop grand changement d'avoir des amis musulmans. Mais les amis qu'on perd sont remplacés par de nouveaux amis ou des frères. Donc on perd d'un côté mais on retrouve de l'autre. C'est d'ailleurs ce qui caractérise une épreuve, une épreuve c'est un moment où il y a une transformation, il y a un passage, il y a une crise qui débouche sur quelque chose d'autre et on a besoin des épreuves pour progresser.

[18:31]Nous vivons depuis quelques temps des périodes de crise qui se succèdent et qui se superposent. On parle bien évidemment de la crise environnementale, réchauffement climatique, pollution diverses, diminution de la biodiversité. Mais il y a d'autres crises que rencontre actuellement l'humanité, il y a une crise économique, le partage entre les plus riches et les plus pauvres qui est de moins en moins juste. Une crise de l'information ou de la connaissance puisque nous avons des masses d'informations qui arrivent sur nos téléphones portables mais nous n'avons plus de connaissance et nous ne sommes même plus en mesure de nous plonger de façon approfondie dans la connaissance véritable, c'est-à-dire rester pendant des des semaines, des mois sur un sujet pour pouvoir nous en imprégner. Donc nous avons des crises à différents niveaux et ces crises sont toutes liées les unes aux autres ce qui fait que certains ont même parlé de méta crise, de crise par la succession ou la superposition des crises. Et ça rend la résolution de ces crises très difficile mais le danger principal c'est le retour au réel qui est effectivement l'état de la nature, l'état de la planète, de ses ressources qui sont bien évidemment limitées et qui ne permettent pas un développement économique sans frein et sans fin comme nous l'avons imaginé au 19e siècle où on pensait que le progrès allait constamment nous amener vers des situations matérielles de plus en plus riches, florissantes et cetera. Donc nous devons trouver une solution pour ça. Et c'est pas facile parce que pour cela nous devons renoncer à une illusion qui s'est développée pendant des décennies et des décennies, depuis le 19e siècle, l'illusion du progrès matériel sans fin. Le mais nous en fait nous confondons le progrès avec l'innovation. Donc on est dans une innovation constante, on note constamment des nouveaux objets, des nouvelles technologies mais il n'y a plus vraiment de progrès au sens de bien-être ou de spiritualité. Donc nous devons découpler l'innovation technologique du véritable progrès. Et le véritable progrès c'est peut-être d'avoir davantage de temps pour étudier, pour lire, pour se rencontrer, pour passer des moments avec sa famille, avec ses amis, avec les autres, apprendre les cultures des autres, apprendre les langues des autres, faire de pratiquer les arts et aussi prier, méditer. Donc ça c'est peut-être ça, c'est ça c'est peut-être le véritable progrès et non pas la consommation à outrance. Mais prendre conscience de cela et accepter de renoncer à ce que toute la culture populaire vous propose en terme de un bien de consommation, c'est une étape extrêmement difficile et c'est ça le grand défi qui se présente devant nous, c'est de renoncer à cela pour comprendre qu'il y a autre chose qui représente un véritable progrès pour l'humanité qui est donc finalement le développement intérieur ou le progrès intérieur par opposition au développement extérieur ou au progrès extérieur ou en tout cas l'innovation extérieure. Ça c'est le grand défi et il faut évidemment mobiliser tout le monde sur le sujet. Et c'est pas facile parce que il y a peut-être une minorité de gens qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges ou à un confort absolument extraordinaire et qui sont prêts à se battre pour garder ce confort. Donc nous sommes dans cette période de crise mais nous devons être optimistes au sens où nous devons croire que le témoignage que nous donnons finira par porter ses fruits, c'est une petite graine que nous essayons de planter dans le cœur des gens et qui inshallah pourra un jour germer et donner des fleurs et des fruits.

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