[0:00]Bonjour à toutes et tous et bienvenue sur le français C'est clair. Je m'appelle Marie Astrid, je suis professeur de français et dans cette vidéo, nous allons traiter d'un pan de la littérature qui a pris de plus en plus d'ampleur ces derniers temps, l'autobiographie. Les élèves de troisième commencent à l'explorer grâce au questionnement intitulé se raconter, se représenter. Si vous êtes plus âgé, c'est un genre qu'il est utile de réviser car il fait souvent l'objet de commentaires de texte, il entre alors dans la catégorie des récits et romans. Si vous n'avez jamais lu d'autobiographie, pas de panique, vous avez étudié des extraits d'œuvres que je vais vous remettre en mémoire et de toute façon, je vous donnerai des astuces pour compléter vos lectures en fin de vidéo. Mais avant tout, qu'est-ce qu'une autobiographie ? Ce terme, apparu au 19e siècle, est formé grâce au grec auto soi-même, bio la vie, graphie l'écriture. Le spécialiste du genre autobiographique, Philippe Lejeune, définit l'autobiographie comme un récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité. Pour résumer, on peut parler à coup sûr d'autobiographie lorsque ces critères sont respectés. Il s'agit d'un récit rétrospectif, fait au passé, raconté à la première personne, par un auteur qui est aussi le narrateur et le personnage principal du récit. Ajoutons aussi qu'une autobiographie repose sur un pacte de sincérité, de vérité, passé par l'auteur avec ses lecteurs et ce qui est souvent expliqué par l'auteur dans un texte préalable, nous le verrons. Mais qui sont les précurseurs de l'autobiographie ? Le premier à consacrer tout un récit à examiner son propre moi, c'est Saint-Augustin ou Augustin d'Ipone, romain né dans l'actuelle Algérie à la fin du 4e siècle. Il écrit des confessions dans lesquelles il se repent d'une jeunesse tumultueuse racontant son enfance, sa jeunesse dissipée, son goût des femmes avant de consacrer toute la fin de ses confessions à sa conversion et à sa foi en Dieu. Autre jalon dans l'histoire du récit de soi, les essais de Montaigne, écrits au 16e siècle où ce dernier se livre à la difficile description de soi-même, c'est moi que je peins, écrit-il dans son avertissement au lecteur et il précise aussi que son livre est de bonne foi. Mais le premier écrivain à consacrer fièrement un livre à lui et à lui seul, c'est Jean-Jacques Rousseau, né à Genève au 18e siècle. Avec ses confessions, il fait écho au titre de Saint-Augustin sans y attacher le sens religieux que mettait son prédécesseur. Rousseau annonce dans un préambule célèbre ses intentions qui sont loin d'être modestes. Reprenons ses mots, je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature et cet homme, ce sera moi, moi seul. Si vous ne connaissez pas ce texte, je vous encourage à le lire et même en apprendre quelques phrases, c'est vraiment un modèle du genre et Rousseau ouvre une voix qui sera ensuite empruntée par bien des auteurs. Prenons justement quelques exemples d'autobiographies qui sont parues ensuite et que vous pourrez facilement utiliser pour le brevet ou pour une dissertation sur le genre autobiographique. En dehors de Rousseau, vous pouvez citer des textes comme Histoire de ma vie de George Sand, par exemple, lorsqu'elle raconte son enfance de fille rebelle, ne suivant pas les conseils de sa mère et de sa grand-mère et heureuse de naître, ni belle ni l'aide. Une autre autobiographie intéressante est celle de Michel Leiris, L'âge d'homme, qu'il écrit après des années de psychanalyse et où il raconte avec humour comment sa confiance dans l'avenir a été détruite par une opération surprise des végétations. Du côté des femmes, citons trois autrices du 20e siècle qui racontent leur parcours d'émancipation par l'écriture. Simone de Beauvoir, avec ses mémoires d'une jeune fille rangée, Nathalie Sarraute, avec Enfance, et Annie Ernaux. Son œuvre toute entière explore son histoire et celle de sa famille proche. Mais avant de dire pourquoi ces auteurs et autrices se sont penchés sur leur moi, allons maintenant vers des œuvres qui ne respectent pas tous les critères définis pour l'autobiographie, mais qui en sont très proches. Parlons d'abord des mémoires comme celles de Saint-Simon qui se place comme témoin pour faire non pas son portrait mais celui de la cour de Louis XIV, qu'il connaît bien. Et plus proche de nous, les mémoires de guerre de Gaulle, montre bien qu'un mémorialiste n'est pas le seul sujet de son œuvre puisqu'il peut être le témoin et l'acteur en ce qui concerne de Gaulle de moments historiques déterminants. Citons aussi la correspondance comme celle de Madame de Sévigné. À une époque, le 17e siècle où l'on éprouvait de la réticence à parler de soi, elle se donne à voir et fait des confidences dans des lettres qu'elle envoie principalement à sa fille, madame de Grignan. De même, ce qu'on appelle le journal qu'on appelle surtout pas journal intime, l'adjectif paraît bête, le journal permet à son auteur d'écrire chaque jour ses pensées, ses réflexions. Deux noms à connaître, le formidable journal de Jules Renard, l'auteur de Poil de Carotte qui a écrit son journal pendant des décennies et avec un style fantastique. Et bien sûr, il faut lire le journal d'Anne Frank qui raconte son quotidien et celui des autres personnages cachés dans l'annexe pendant la Seconde Guerre mondiale. Puisque le programme de 3e en histoire permet d'aborder ces tristes sujets, vous pouvez bien sûr citer le témoignage autobiographique de Primo Levi, si c'est un homme. Là encore, c'est une œuvre majeure qu'il faut avoir lu, même s'il existe bien d'autres témoignages de rescapés de la Shoah peut-être un peu plus facile à lire. Tous sont douloureusement instructifs et il est bon de les lire par les temps qui courent, il ne s'agit pas, hélas, de détails de l'histoire. Les romans autobiographiques permettent encore de parler de soi sans que l'auteur s'y décrivent en tout point. Dans L'enfant, Jules Vallès raconte le parcours de Jacques Vintra, un enfant maltraité par sa mère qui lui ressemble beaucoup, même s'il ne porte pas le même nom. On notera toutefois que son personnage principal porte les mêmes initiales que lui. De même, Albert Camus choisit le prénom de Jacques pour se décrire, enfant, à Alger, dans Le premier homme. Pour citer un roman autobiographique écrit par une femme, citons encore l'amant de Marguerite Duras inspiré de sa propre jeunesse en Indochine. Et vous concernant un genre nouveau et encore mal défini, qu'on appelle l'autofiction et dans laquelle on pourrait placer Proust et Colette puisque tous deux construisent leur œuvre sur des personnages avec lesquels ils ont des points communs et qu'au détour d'une page, ils raccrochent à eux-mêmes. L'un fait entendre le prénom Marcel, l'autre les noms de Colette et Claudine, mais à aucun moment, il ne passe avec le lecteur ce fameux pacte autobiographique dont nous avons parlé tout à l'heure. De manière générale, avec la littérature contemporaine, le jeu de l'auteur se fait plus présent. On l'entend réfléchir et se poser des questions, ainsi dans L'adversaire d'Emmanuel Carrère. J'ajoute pour finir une œuvre hybride, celle de George Perec, qui a perdu ses deux parents lors de la Seconde Guerre mondiale. Dans W ou le souvenir d'enfance, il fait alterner chapitre autobiographique et une fiction qui évoque de manière indirecte la guerre. Comme il l'écrit, il n'a pas de souvenir d'enfance. C'est aussi pour cela qu'il écrit son autobiographie sous forme de fragments dans les Je me souviens que vous vous souvenez peut-être d'avoir lu en 3e. Mais revenons-en au récit de soi et à ce qui pourrait faire l'objet d'une question au brevet ou deux ans plus tard au bac français. Pourquoi évoquer par écrit sa propre vie ? Certains veulent se peindre dans les moindres détails comme Rousseau. D'autres veulent témoigner de l'époque à laquelle ils ont vécu. Certains cherchent à se retrouver, c'est le cas de Perek. Certains écrivent correspondance ou journal pour s'échapper ou même se libérer d'un monde dont ils se sentent captifs. Écrire, c'est essayer de mieux se comprendre soi-même, mais cela permet aussi de rendre hommage à des proches. Souvent les mères sont à l'honneur avec Sido de Colette, mais aussi avec le magnifique livre de ma mère d'Albert Cohen dont il revendique évidemment la dimension autobiographique. Écrire sa vie, ce peut être aussi dénoncer, ainsi la mère d'Hervé Bazin est visée dans Vipère au point, mais plus largement un témoignage autobiographique peut être l'occasion d'observer et d'analyser la violence des hommes. Évoquons maintenant quelques caractéristiques de l'écriture autobiographique auquel vous devez penser face à ce type de texte. Remarquez la présence d'un double jeu, celui du personnage et celui du narrateur auteur. Le personnage est naïf, le narrateur plus expérimenté, il observe, analyse le jeu avec distance, doublé parfois d'une certaine tendresse. Voyez aussi comment les temps alternent dans un texte autobiographique. Le récit au passé est commenté au présent d'énonciation, c'est-à-dire le présent de l'écriture, celui du narrateur. Souvent le texte autobiographique contient ce que l'on appelle des modulateurs par lesquels l'auteur fait entendre son propre point de vue. Chercher des adverbes qui marquent la subjectivité comme vraiment très ou le doute comme peut-être. Des formules comme je crois ou il me semble que montrent bien que la mémoire peut jouer des tours à celui qui tente de se souvenir. Il peut transformer les faits ou en oublier, c'est ce qu'on appelle les failles ou les lacunes de la mémoire. De même, comment être objectif et impartial lorsqu'on raconte sa propre histoire ? On a beaucoup reproché à Rousseau ses indulgences vis-à-vis de lui-même, mais la posture de Leiris est-elle vraiment meilleure, lui qui se trouve d'une laideur humiliante ? Un conseil, écrivez donc votre propre portrait. Vous verrez si vous êtes du genre à vous défendre ou à vous blâmer. Pour finir, pour tous ceux qui manquent d'exemples, voici quelques astuces pour compléter vos lectures. Pensez à la bande dessinée, par exemple, à la formidable adaptation du journal d'Anne Frank en version illustrée, mais vous pouvez aussi lire Mouse, Persepolis ou l'arabe du futur, ce sont des autobiographies dessinées que vous lirez avec plaisir et intérêt. Pensez également au cinéma, le modèle du genre est un film dont j'ai déjà parlé dans une autre vidéo, le magnifique film des 400 coups de François Truffaut ou bien Vipère au point, adapté du roman autobiographique d'Hervé Bazin. Vous pouvez aussi évoquer la peinture puisqu'il est question de se peindre soi-même. Faut-il se représenter avec la maîtria d'un Rembrand ou se montrer tel qu'on se perçoit, déformé comme Francis Bacon. Pour finir, savez-vous que la symphonie fantastique de Berlioz est une sorte d'autobiographie puisqu'elle comporte un livret explicatif intitulé épisode de la vie d'un artiste inspiré de la vie du compositeur. N'hésitez pas non plus à citer des autobiographies de personnages inspirants comme celle de Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté. J'espère que cette vidéo vous sera utile et que vous avez entendu en arrière-plan les oiseaux chanter. Un grand merci à tous ceux qui m'écoutent et commentent mes vidéos, quelle chance d'avoir des auditeurs si bienveillants et attentifs. Je compte sur vous pour la suite car je fais ce vendredi le premier anniversaire de cette chaîne. Merci encore à toutes et tous de votre soutien.

RÉCITS AUTOBIOGRAPHIQUES : ce qu'il faut connaître !
Le français c'est clair
11m 32s1,901 words~10 min read
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