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Et Si le Clonage Humain Était Légal?

AlterHis

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[0:06]Comment réagiriez-vous si vous vous retrouviez face à un humain qui vous ressemble en tout point ? Un être non pas né de manière naturelle, mais créé à partir d'une de vos cellules, à partir d'un bout de votre peau ou d'un de vos cheveux, possédant le même visage, le même corps, le même timbre de voix. Une personne qui pourtant n'est pas totalement vous, car au-delà de son aspect physique, ce miroir de vous-même possède une personnalité quelque peu différente. Un mental façonné par des expériences que vous n'avez jamais vécues, par une éducation que vous n'avez jamais eu. En somme, vous, mais en un peu différent, votre clone. Que veut ce miroir déformé de vous-même ? Veut-il entamer un dialogue ? Veut-il se battre ? Veut-il vous remplacer ? Il est bien possible qu'avant la fin de ce siècle, certains d'entre vous doivent se poser ces questions-là. À quoi pourrait bien ressembler une société où le clonage humain est entré dans les mœurs, où l'homme a définitivement vaincu sa propre nature, est devenu capable de mettre au monde des êtres vivants à la demande, similaires, modifiable, grandissant dans des utérus artificiels, se passant de tout processus naturel pour venir au monde. De la science-fiction, me direz-vous, à ça je vous réponds, plus pour longtemps. Seules les législations des différents pays et des applications scientifiques limitées empêchent la création de clones humains. Mais vous savez, ces derniers temps, tout avance si vite. Ces législations, ces barrières éthiques qui existent aujourd'hui sont fragiles et dans le monde où nous vivons, croyez-le bien, à la seconde où le clonage humain deviendra rentable ou financièrement intéressant, ce sera le début d'une nouvelle ruée vers l'or, qui changera en profondeur nos sociétés, ce que nous sommes et ce que nous deviendrons. Je vous invite encore une fois à me suivre au fin fond du terrier pour découvrir les tréfonds d'une société future où le vivant est une marchandise comme une autre et où l'on peut vous recréer à l'infini à partir d'une de vos pellicules.

[1:54]Bonjour à tous chers abonnés et spectateurs, ici le clone d'Alterhis qui revient du futur pour répondre à la question suivante : et si le clonage humain était légal ? Alors le titre, c'est un peu de l'abus de langage, je l'avoue, car techniquement le clonage humain n'est pas illégal en tout cas pas sous toutes ses formes. Déjà, ça fait longtemps qu'on peut cloner des animaux. Les entreprises proposent même aux particuliers de cloner leurs animaux de compagnie pour plusieurs centaines de milliers de dollars. Il est possible de créer un clone quasi parfait de Kiki à partir d'un poil laissé sur un coussin pour avoir la joie de le voir à nouveau chier sur la moquette. Dans certains pays, il est même devenu légal de manger des animaux clonés dans des élevages. Tout évolue à une vitesse incroyable et il n'était alors qu'une question de temps avant que les humains puissent être clonés, ce qui est devenu possible en 2013, lorsque des chercheurs américains sont arrivés à développer un embryon humain de 5 jours à partir d'une simple cellule. Plus largement, l'expérimentation sur des cellules humaines et sur des embryons humains clonées, de plus en plus courante. En effet, même si le clonage reproductif humain est interdit, cela n'empêche pas les scientifiques de travailler sur des cellules ou des embryons. Le clonage thérapeutique qui permet de créer artificiellement une partie du corps dans le cadre d'une greffe par exemple est maintenant autorisé dans plusieurs pays. Encore plus dingue, la découverte des cellules reprogrammables, les cellules IPS permet en théorie à quelqu'un de se reproduire avec lui-même grâce à un processus ultra chelou que j'aurai pas le temps d'écrire dans cette vidéo. Mais malgré ce petit tour d'horizon un poil flippant, que ce soit dans la loi ou dans les têtes, les obstacles à la légalisation du clonage humain et à des expérimentations à grande échelle restent nombreuses. Maintenant, imaginons que ce ne soit plus le cas. Imaginons qu'dans un futur pas si distant, ces limites éthiques et morales sautent. Imaginons que le clonage et plus largement les expérimentations sur les humains se répandent, se banalisent jusqu'à devenir une partie intégrante de notre quotidien. C'est ce scénario que je vais développer aujourd'hui, un scénario de fiction totalement inventé qui va vous emporter dans un monde un poil, vraiment un poil dystopique, où le clonage s'est totalement fondu dans le paysage. Et si vous aimez mon travail, bande de clones que vous êtes, alors faites exploser les compteurs de pouces bleus et d'abonnement. Et d'ailleurs petite pub rapide, le livre Paris 1328, le livre que j'ai écrit un peu plus tôt dans l'année, est maintenant commandable en librairie et sur internet. Donc si vous avez raté la campagne de Preko, vous pouvez vous rattraper en visitant les liens que j'ai mis en description et sur ce assez parler, place au scénario. Au commencement de l'humanité était l'homme, seul au milieu du jardin d'Eden. Adam avait été façonné par Dieu, l'Éternel, tourré d'un paradis terrestre, vivant en harmonie avec les animaux de la nature, il se sentait pourtant seul. Au point que Dieu en vint à l'endormir pour pouvoir lui procurer la compagnie dont il avait besoin, prélevant une côte dans le corps d'Adam, Dieu façonna la première femme, Eve, un autre être vivant créé seulement à partir d'un os. Un exploit que seul un Dieu tout-puissant pouvait accomplir, mais que l'humanité a depuis longtemps dépassé. Un cheveux, un ongle, un simple cils, nous sommes désormais capables de créer, de modifier des êtres humains à partir du plus petit morceau d'ADN. Une révolution qui nous a permis d'entrevoir la fin définitive de la plus grande affliction que connaît l'humanité. Le deuil, la disparition d'un être cher d'une tristesse infinie, qui pour la première fois dans l'histoire, pourrait être atténuée en clonant le défunt, en lui donnant une seconde vie entourée de l'amour de ses proches. Mes amis, cette ère-là est maintenant terminée. D'ici 2 ans, grâce au projet Genesis, nos laboratoires seront capables de cloner vos proches décédés, mais également de les ramener à la vie avec la même personnalité. Grâce à nos systèmes d'apprentissage intra-utéro, nos intelligences artificielles de pointe et nos techniques d'imagerie cérébrale, nous serons bientôt capables de ressusciter n'importe qui d'entre les morts. Grâce à la technologie nous avons vaincu la nature, nous affranchissant d'une reproduction longue et fastidieuse. Nous avons maintenant vaincu cette archaïsme qu'est devenue la mort et la souffrance qui l'accompagne.

[5:42]L'auditoire applaudissait à tout rompre. Seuls quelques rabajois visiblement peu convaincus par ce projet Genesis affichait des mines sinistres. Pour Klaus Mouritsen, un homme d'affaires danois venu assister à cette conférence exceptionnelle, l'occasion était trop belle et pourrait lui permettre d'enfin reprendre une vie normale en compagnie de sa famille. Celle-ci avait disparu 2 ans plus tôt. Son fils avait trouvé la mort dans un accident de voiture alors qu'il conduisait, tandis que sa femme qui s'était laissé dépérir à la suite de cet événement, avait succombé à un cancer foudroyant que même la médecine de l'année 2200 n'avait pas réussi à contenir. Cette période horrible lui avait laissé une grande cicatrice sur le ventre suite à l'accident, de morts à pleurer et une solitude écrasante. Seulement, il avait maintenant une occasion de tout recommencer. Grâce à ce projet d'ici 2 ans, sa femme et son fils lui reviendront d'entre les morts, pareil physiquement et mentalement avec leur propre personnalité. Une promesse miracle qu'il avait financé avec une partie de son immense fortune, un don gigantesque qu'il avait propulsé tout en haut de la liste des commandes de l'entreprise. Mais comment en était-on arrivé là ? Comment l'humanité avait en 2200 acquis la capacité de jouer à ce point avec la vie et avec la mort ? Alors que dans la salle, trois serveurs, tous des clones de la même personne, passaient entre les chaises pour distribuer des amuse-bouches. Klaus pensait à ses cours d'histoire, notamment à l'année 2030, qui avait marqué le début de la révolution du clonage. C'est durant cette période que le premier fœtus humain cloné à partir de l'ADN d'un adulte avait été mené à terme dans une clinique gouvernementale chinoise. Le tollé avait été mondial et le sujet était resté plusieurs années sur le devant de la scène. Le petit Tao, tel que le clone avait été nommé, était la version juvénile exacte de l'adulte dont il était issu, était viable et avait pu grandir comme un enfant normal. Seulement, pour produire un clone humain viable, il avait fallu en cultiver plusieurs dizaines qui eux n'étaient pas arrivés à terme. Le taux de clone défectueux ou mal formé était encore haut en 2030, mais les scientifiques qui avaient cloné le petit Tao étaient confiants dans le fait que ces incidents iraient en diminuant. Sommet de se justifier, le gouvernement chinois avait expliqué dans un communiqué laconique que toute limite légale aux expérimentations sur le clonage humain avait été levée dans le pays. En cause, le vieillissement de la population et l'infertilité croissante des individus de sexe masculin, du fait de facteurs encore flous mais attribués à la pollution et aux perturbateurs endocriniens. De cette perspective, le clonage devenait une solution potentielle pour empêcher une dépapulation qui serait gravissime pour le pays. Très vite, le petit Tao avait été suivi par un deuxième clone, puis un troisième. De très grandes entreprises, de puissants lobbies et de nombreux individus très riches s'étaient intéressés de près à ces événements. Si le clonage devenait une solution à la dépopulation mondiale, ainsi qu'à la crise de la fertilité qui était apparue dans tous les pays développés, alors les potentiels revenus tirés de ce business pourraient se chiffrer en centaines de milliards. En 2050, l'intérêt pour le clonage était au plus haut. Confirmant les prévisions les plus catastrophistes, l'humanité venait d'atteindre prématurément son pic de population. Pour la première fois, le nombre de décès mondiaux était supérieur au nombre de naissance et le pire était que la fertilité avait reculé de manière catastrophique partout dans le monde. En Europe ou en Asie, en Afrique, de plus en plus d'hommes mais également des femmes devenaient stériles. Les taux de natalité s'effondrait partout. Les fœtus implantés par PMA ne prenaient plus. La pollution, le mode de vie, les ondes radio, on ne savait toujours pas exactement ce qui avait provoqué cette chute catastrophique de la fertilité, mais il fallait réagir. Devant la catastrophe annoncée, les barrières légales au clonage avaient été levées. Le secteur privé, le secteur public, avait alors dévoilé des recherches qui mettaient au point depuis très longtemps. Une concurrence à l'échelle mondiale avait émergé, chaque pays injectant des dizaines de milliards dans la construction d'immenses fermes à clones. De vastes programmes avaient été lancés, d'abord en implantant des embryons clonés dans les ventres des femmes encore fertiles, puis ensuite en développant des utérus artificiels de plus en plus complexes. Personne ne voulait manquer cette révolution biotechnologique. Les premiers clones étaient sortis des usines dans une zone grise légale totale. N'étant pas né de manière naturelle, il ne possédait pas d'identité et appartenait corps et âmes aux entreprises qu'ils avaient créé. Le but était de contrebalancer le vieillissement de la population par le clonage d'individus hyper fertiles. Pour éviter le risque de consanguinité, leur brassage génétique était régulièrement modifié et mis à jour sur le modèle de personnes différentes. Petit à petit, le taux de clone défectueux recula jusqu'à passer en dessous de 5 %. Des pertes considérées comme acceptables au vu du danger qui guettait l'humanité. Parmi la première génération de clones, nombreux avaient été ceux qui étaient morts du fait de malformations génétiques, de gigantesques tumeurs malignes. Certains avaient vu leur ADN se détériorer et des maladies génétiques rares les foudroyait. Mais selon les scientifiques, tout cela appartenait maintenant au passé. Des législations furent mises en place. En Chine, par exemple, les clones produits par l'État devaient fournir 20 ans de service à la nation pour payer leur existence. Aux États-Unis, de grandes entreprises s'étaient mises à produire leurs propres clones. Devant ses dérives, l'ONU avait vite adopté une charte du clonage humain, interdisant notamment l'esclavage des clones, mais également l'utilisation du clonage pour produire des êtres supérieurs génétiquement ou intellectuellement. Dans le même temps, le taux de clones défectueux était officiellement passé en dessous de 1 %. Les défect étaient maintenant devenus rares et le rêve ressemblablement de plus en plus. En 2100, grâce aux différents programmes gouvernementaux et privés, le nombre de clones vivant sur Terre avait atteint les 10 millions d'individus. La population clone était devenue une minorité officiellement reconnue par l'ONU. Le nombre de clones explosait de jour en jour. Chaque couple infertile voulait maintenant cloner son enfant en prenant l'ADN de papa et l'ADN de maman, en les recombinant en laboratoire pour enlever les gènes porteurs de maladie, puis en les clonant pour trouver un embryon fiable qui grandirait en utérus artificiel, il était devenu possible d'avoir en 9 mois, un enfant viable, génétiquement similaire à ses parents et parfaitement sain. La solitude, l'individualisme ainsi que la numérisation des échanges sociaux poussaient de plus en plus de personnes à rester célibataires. Beaucoup donc ne s'embarrassaient pas d'un partenaire et souhaitaient faire un enfant tout seul, ce qui était désormais possible. Avoir un clone juvénile de soi-même en guise d'enfant devint bientôt une des modes les plus raffinées dans certaines sociétés. La fertilité baissant sans cesse, la reproduction naturelle, vue comme fastidieuse, commençait à être passée de mode dans de nombreux pays. Les progrès réalisés dans le domaine des utérus artificiels avaient permis aux enfants d'y rester plus longtemps. D'abord 9 mois, comme une grossesse classique, puis 1 an, puis 2, puis 3, ce qui avait l'avantage pour les parents de ne pas avoir à s'en occuper et de récupérer un enfant totalement formé, parfois même capable de marcher ou d'articuler quelques mots. Dans ses utérus artificiels, les muscles étaient stimulés par de petites décharges. Les membres pliés et repliés par des bras robotiques pour apprendre au bébé à se coordonner, tandis que les premiers programmes d'apprentissage intra-utérin commençaient à apparaître, consistant en des stimulation cérébrales touchant des zones bien particulières du cerveau, liée à la marche, au repérage dans leur environnement, puis après plusieurs décennies de progrès scientifiques à la lecture, aux interactions sociales. Les gènes qui présentaient le moindre problème étaient systématiquement éliminés. Ainsi, la trisomie 21 avait presque disparu ainsi que la plupart des maladies rares. On s'aperçut vite qu'il était bien plus rentable d'élever des enfants de cette manière. De plus en plus de familles avaient recouru au clonage pour se reproduire. Des records étaient sans cesse battus. En Inde, un bébé était né en combinant l'ADN de 2000 personnes en même temps. Les abus étaient très nombreux. En 2095, la cité-État de Singapour avait été envahie par une force multinationale, car des usines financées par l'État avaient produit plus de 10000 clones sélectionnés pour leurs compétences physiques et intellectuelles supérieures. Les programmes de développement de clones eugénistes étaient désormais plus surveillés dans le monde que les programmes nucléaires clandestins. Personne n'avait intérêt à ce qu'une nation produise une armée d'humains supérieurs. Pourtant, de nombreux lobbies poussaient la législation à faire des écarts pour servir leurs intérêts et leur puissance, ainsi que les intérêts financiers ne tarderaient pas à dépasser les volontés des États. En 2200, à l'époque de Kloss, toutes les frontières éthiques et morales ont été franchies. Les usines à clone tournaient à plein régime. Les chartes de l'ONU font maintenant figure de vœux pieux, incapable de rivaliser en puissance avec le monde financier. Les états avaient dû abandonner l'idée de réguler le génisme. Cette pratique était largement entrée dans les mœurs, se mettait maintenant à produire des clones d'êtres décédés. Il avait d'abord cloné des mammouths, des tigres à dents de sabre, puis des dinosaures, puis des espèces disparues et enfin, selon les caprices d'une personne richissime, des proches ou des stars. Elvis Presley, Madonna, Michael Jackson, Jean-Paul II ou encore Charles de Gaulle avaient été développés dans des cubes qui pouvaient désormais faire grandir artificiellement les êtres clonés jusqu'à 30 ou 40 ans, à l'aide d'hormones de croissance, d'électrochocs et de stimulation cérébrale. Le concept même d'enfant s'était en train de disparaître au profit d'une croissance de plus en plus tardive dans des cubes, afin de mettre directement au monde des individus productifs et utiles à la société. Bien sûr, ses clones n'avaient en commun que le physique avec les personnes décédées, car leur expérience de vie différente et leur enfance en cube, leur forgeaient un autre caractère. Il existait désormais des fermes à clones, produisant sans cesse des humains spécialisés selon les besoins de tel ou tel entreprise. Des clones musclés pour les travaux de force, des clones petits pour le ménage, des clones physiquement agréables pour servir d'autres. Des êtres spécialisés étaient créés par des criminels, par les entreprises les moins regardantes pour servir des buts précis. La robotique, nécessitant des ressources de plus en plus rares, dans certaines usines, des masses informes de chair sentinelle réduites à une seule fonction firent leur apparition. Clones sans jambes à trois ou quatre bras chargés de visser des portières de voiture, clones sans langue et avec la moitié du cerveau, servant empacté de la drogue, sans aucun risque qu'ils parlent à quiconque. Ces humains déformés volontairement, qui grandissaient dans des cuves clandestines, ne vivaient en général pas très longtemps. Une fois mort, ils servaient à alimenter un trafic d'organes qui faisait partie des activités les plus lucratives au monde. La population clone représentait désormais 20 % de l'humanité, une nouvelle caste théoriquement humaine, mais dont le traitement était rarement exemplaire. Les manipulations génétiques infimes dont leur ADN avait été l'objet, étaient maintenant détectables par toute une gamme d'appareils. Ainsi, il était facile de déterminer qui était un clone et qui ne l'était pas avec un simple scan génétique. De nombreuses situations existaient pour ces clones. La plupart travaillaient dans des métiers exigeants physiquement, mal payés dans le service à la personne ou le bâtiment, tenant à bout de bras une population humaine vieillissante. Tandis qu'une élite des clones sélectionnés pour leurs gènes travaillaient dans la recherche de pointe. De très nombreuses discriminations touchaient encore cette population qui était considérée comme des humains de laboratoire par la majorité des gens. De ce fait, personne n'était trop regardant sur la manière dont les clones étaient traités. Chaque personne ayant les moyens disposait désormais d'un réservoir à organes, un clone, tout simplement. Parfois libre d'aller et venir, mais qui serait dans l'obligation de donner un rein si celui de son humain d'origine venait à défaillir. Le nombre de réservoirs d'organes non déclarés était phénoménal. Les cartels, les triades, faisaient transiter des millions d'organes chaque année, grandit artificiellement ou prélevé sur des clones qu'ils élevaient eux-mêmes dans des fermes. Pire, le business du clonage à des fins de prostitution avait lui aussi explosé. Il était désormais possible pour les plus détraqués de se cloner une Marilyn Monroe de n'importe quel âge, docile, dont il pourrait user à l'envi sans que personne ne s'inquiète d'une disparition. Voire de se donner à leurs fantasmes les plus inavouables en commandant des humains mutés des pires manières possibles, produisant parfois des chimères hommes animaux. Le grand public qui se reproduisait désormais principalement grâce au clonage et aux manipulations génétiques, s'arrachait des extraits d'ADN dans une bourse spécialisée afin d'améliorer leurs enfants. Faites-le courir comme Usain Bolt pour seulement 300000 dollars, donnez-lui l'intelligence de Stephen Hawking pour la modique somme d'1 million. Les familles d'athlètes ou d'intellectuels célèbres décédés, dont l'ADN était vendu à des prix délirants, étaient devenus riches grâce aux royalties. D'ailleurs, de nombreuses personnes vivaient en vendant leur ADN. Les cimetières étaient devenus des forteresses, dans le but d'endiguer les saccages et les vols commis par les pillards. Ceux-ci saccageaient et ouvraient les tombes, cherchant des traits génétiques spécialisés. La clientèle était nombreuse et prête à payer cher. La mode du moment était de fabriquer un clone de soi-même, combiné à des gènes de grands sportifs ou de grands intellectuels afin de se montrer en société. Seuls les plus pauvres des plus pauvres, ne pouvant pas s'offrir ce luxe, peinaient encore à se reproduire de manière naturelle. Toutes sortes d'expérimentation étaient menées au détriment des clones. Les collectifs qui portaient des affaires devant la justice étaient souvent ignorés. Voire emprisonnés si un de leurs membres clones avait été produit dans un laboratoire clandestin et ne disposait pas d'une identité propre. Plusieurs révoltes avaient éclaté, vite et brutalement réprimées par des forces de l'ordre souvent elles aussi composées de clones. Premier pays à avoir généralisé cette pratique, la Chine était devenue pionnière dans les technologies d'apprentissage intra-utéro. Chaque mois des milliers de clones sortaient des usines gouvernementales avec leur éducation déjà faite. Plus besoin d'engager des moyens disproportionnés pour contrôler la population, elle se contrôlait désormais toute seule. En Occident, l'individualisme forcené qui y régnait n'avait pas mené à de telles initiatives. Mais avait permis à tous ceux qui en avaient les moyens d'expérimenter à l'envi ou d'exploiter des clones pour leur profit. Mais tout cela, Kloss Mouritsen, l'homme d'affaires en deuil n'en avait cure, car il avait désormais la certitude que son fils, que sa femme seraient bientôt à ses côtés, comme avant, lorsque tout était si parfait. La technologie mise au point par Genesis ne se contenterait pas de cloner sa famille et leur donnerait également la même personnalité. Après la conférence, l'homme d'affaires, brisé par le deuil avait fourni aux scientifiques du projet Genesis une boucle de cheveux de sa femme, une dent de lait de son fils, accompagné de leurs deux imageries cérébrales, ainsi qu'une liste de détails personnels qui leur permettrait de reproduire en tout point la personnalité de sa famille. Il n'avait pu s'empêcher de verser des larmes devant les regards faussement compatissants des commerciaux de l'entreprise. Le clonage était maintenant lancé. Kloss n'avait pas pu dormir de la nuit. Dans le miroir de sa salle de bain, il contemplait la cicatrice qui déformait son ventre, celle qu'il avait récolté à la suite du funeste accident qui avait coûté la vie à son fils. Bientôt, tout rentrera dans l'ordre, se dit-il. 2 ans après la conférence qui avait changé sa vie, il attendait d'un jour à l'autre qu'on l'appelle. Il s'habilla et alluma les infos. Le sujet du moment portait sur les usines à clones, très opaques, qui depuis une ou deux décennies s'étaient mises à construire des annexes possédant d'immenses cheminées. Celle-ci crachait H24 de large volute de fumée noire, une violation directe des normes anti-pollution, et qui ne semblait pas provoquer de réponse des autorités. Sur un autre sujet, Jean-Jean, l'homme le plus cloné au monde, avait annoncé en fanfare à 110 ans la production de 10000 autres clones de sa personne. Un scientifique indiquait dans une interview que cet exemple et bien d'autres, illustraient le risque grandissant d'un manque de diversité génétique parmi les clones, et donc parmi la population. Kloss senti une légère vibration dans son oreille. Un message venait d'arriver. Après 2 ans d'attente, sa femme et son fils étaient enfin prêts à sortir de leur cube. L'homme au téléphone lui avait dit de venir le lendemain, mais Kloss avait insisté. Il finançait en grande partie le projet et il n'attendrait pas une seconde de plus. Kloss éteint la télé sur le sourire Colgate de Jean-Jean. Il n'y croyait pas encore mais dans un état second, il se rua dans sa voiture et ordonna à son chauffeur de le mener de toute urgence à la clinique Genesis. Sur le chemin, il ne fit pas attention à la manifestation anti-clone qui traversèrent. Un pauvre homme sans abri, certainement un clone, qui s'était effondré sur le côté dans l'indifférence générale, victime d'une crise cardiaque foudroyante comme on en voyait de plus en plus. Arrivé à la clinique, il fut accueilli par un scientifique à l'air apeuré. Kloss eut à peine le temps de jeter un œil sur l'usine dont les cheminées crachaient une large fumée noire qu'on lui pris le bras pour lui faire visiter les installations. Le long de grandes allées, de gigantesques cuves alignées en rang contenaient toutes sortes d'humains, nus comme au premier jour. Des corps de bébés, d'enfants et d'adultes baignaient dans du liquide amniotique, leurs corps reliés par câble à tout un assortiment de machinerie. Sur le côté, plusieurs écrans de contrôle permettaient de consulter à tout moment les images projetées dans la tête de ses clones. Un mix des paysages, des formules alambiquées, des souvenirs flous. De petites décharges faisaient tressaillir les clones épisodiquement. Sur le côté, des personnels à l'air inquiet jetaient des regards en coin à Kloss. Ceux-ci s'activaient à empiler de grandes boîtes sur un chariot, puis se dirigèrent ensuite vers un local semblant jouxter la salle principale. Mais vraisemblablement pressé, le scientifique pris à nouveau Kloss par le bras et l'entraîna dans une salle attenante. Sa femme, son fils, tous deux si calmes dans leur cuve. Kloss devint blanc comme neige, il n'en croyait pas ses yeux. Il y avait devant lui sa famille, ressuscité d'entre les morts, avec la promesse qu'il serait inchangé en tout point, des êtres uniques, la promesse d'une vie meilleure. Mais cela l'était-il vraiment ? Kloss réalisa soudainement son aveuglement. Revoir sa famille comme ça dans une cuve, le corps percé de part en part par des câbles, grandit artificiellement tel du bétail. Il se rendit compte que cela lui était douloureux. Son jugement avait été obscurci par sa propre douleur. Comment avait-il pu penser une seule seconde que ses clones allaient remplacer sa femme et son fils ? Même si le physique était le même et que la personnalité était pareille, même si des années entières d'expériences personnelles et de faux souvenirs avaient été implantés dans ses corps, ses clones, ces choses n'étaient pas et ne seraient jamais sa femme et son fils. Juste des copies parfaites. La réalité du deuil s'abattit d'un coup sur lui. Il se rendit compte qu'il aurait beau cloner des milliers de fois sa femme et son fils, il ne reverrait jamais les originaux, ce qui était mort il y a de cela des années, qui avait disparu pour toujours. Une soudaine envie de vomir lui tenailla les tripes, et Kloss courut à toute vitesse vers la sortie pour trouver des sanitaires. Sous les yeux horrifiés du scientifique qui l'accompagnait, il eut le temps d'ouvrir une porte à la volée et de dégueuler le contenu de son ventre par terre. Son accompagnant s'était mis à hurler et à appeler la sécurité. Encore ébêté, Kloss releva la tête et découvrit la salle dans laquelle il venait d'entrer. Derrière de grandes vitres blindées, il vit de très larges fours, opéré par des clones équipés de combinaison jaune. Ces béhemoths exhalaient une fumée puante qui masquait à peine l'odeur douçâtre de chair en décomposition qui régnait dans la pièce. Un par un, les clones jetaient dans l'immense four des pelletées entières de cadavres, partout, partout des montagnes de corps recouvraient le sol, des corps, des corps étranges, mutilés, incomplets, voire carrément monstrueux. Ici, un homme n'ayant pour membre qu'un demi-bras atrophié. Là, un corps d'enfant à qui il manquait une tête. Ici un groupe de corps d'adolescents déformés par d'énormes tumeurs. Malgré la vitre qui séparait Kloss de cette vision d'horreur, l'odeur de la mort s'infiltrait dans le moindre interstice. Les yeux écarquillés devant cette immonde amoncellement, Kloss fila le lien dans sa tête. Les multiples expérimentations, le brassage génétique insuffisant, les incessantes manipulations auxquelles étaient soumis les clones avaient manifestement eu des conséquences inattendues, des défaillances que personne n'avait vu venir. Le taux de défect, le clone défectueux, était clairement supérieur à ce que toutes les entreprises vendaient au grand public. Après des siècles d'expérimentation, il était évident que les ADN s'étaient appauvris. Les manipulations génétiques avaient cassé des chaînes invisibles, bouleversé des équilibres sans le vouloir. Les embryons qui ne présentaient aucun problème finissaient par grandir et par ressembler à ses horreurs, à ses masses de viande qu'on jetait dans les flammes. Ces montagnes de cadavres indiquaient clairement que pour produire un clone viable, il fallait maintenant en produire une dizaine de défectueux. Le business du clonage étant une industrie de plusieurs trillions de dollars, le secret avait été bien gardé mais à quel prix ? C'est alors qu'il croisa un regard qui le pétrifia. Ou plutôt, le double regard vide qu'un clone à deux têtes de son fils lui renvoyait. Deux têtes atrophiées, lui rappelant vaguement son enfant, se promenaient sur un tronc beaucoup trop large pour être normal. Au côté de cette monstruosité, une version chimérique de sa femme s'était éteinte dans un grand sourire provoqué par une monstrueuse excroissance qui lui déformait le visage. Combien de versions de sa femme et de son fils avaient été créés, avaient été effroyablement mutés, puis jetés au feu avant d'arriver au résultat qu'on avait présenté à Kloss. Il n'eut que le temps de hurler de rage et de terreur avant d'être emporté par la sécurité hors de la salle. Vous n'auriez jamais dû voir ça, lui dit le scientifique. Puis un choc, et tout devint noir. Kloss se réveilla dans son lit, baigné de la lumière du soleil. Il se sentait bien aujourd'hui. Il se leva et s'avança vers la cuisine où sa femme était en train de préparer le café. Kloss vit son fils en train de dessiner sagement sur la table à manger. Plusieurs années s'étaient écoulées depuis l'incident à la clinique Genesis. L'affaire était vite retombée, un deal avait été signé, l'incident avait été mis derrière eux. Kloss vivait maintenant heureux avec sa famille dans leur immense maison. Kloss se dirigea vers la douche. En se déshabillant, il décocha un regard vers son ventre lisseron et se dit qu'il avait pris du poids. Des pensées désagréables lui passèrent dans la tête. N'avait-il pas eu une cicatrice à cet endroit un jour ? Il balaya cette réflexion d'un revers de la main. Prédicule. Il s'en serait souvenu, sinon. Redevenus guérés, Kloss se mit à siffler son air favori. Au loin, par la fenêtre, des incessantes volutes de fumée noire s'élevaient depuis les abords de la ville.

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