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1431, la chute d'Angkor | Quand l'histoire fait dates | ARTE

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[0:38]On peut aimer l'histoire, mais on peut aussi aimer les les lieux ou les moments où l'histoire est prise en défaut. Ou d'une certaine manière, on est plongé dans dans un océan d'incertitude, à un moment où le temps est suspendu ou ou étalé. Et Angkor, c'est ça qui se passe. Au nord du Cambodge actuel, se trouvent les vestiges de cette ville Angkor qui fut la capitale d'un empire. Un empire né au début du 9e siècle et disparu en 1431. Mais depuis 1431, Angkor ne cesse de réapparaître comme un fantôme. Son histoire est faite d'oubli et de révélation. L'histoire pourrait donc commencer bien plus tard en 1860. À cette date, un jeune voyageur français un peu dilettante, Henri Mouo, chasse les papillons dans ce qu'on appelle alors l'Indochine. En pleine jungle, il tombe nez à nez avec des ruines colossales.

[1:46]Il vient de découvrir le site d'Angkor. Le récit et les images de cette découverte relayées par la presse saisissent les lecteurs français. Les ruines d'Angkor témoignent de cette évidence, il y eu ici une grande ville et plus qu'une ville, une civilisation.

[2:07]Et l'on se demande, écrit Mouo, ce qu'est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé auquel on pourrait attribuer ces œuvres gigantesques. Bref, ce qui apparaît, c'est une disparition. Si on cherche absolument une date pour la disparition d'Angkor, on va dire 1431. C'est la date convenue. Celle que l'on peut placer dans une chronologie mondiale. Mais il faut d'emblée prévenir que c'est une date très incertaine, que c'est une date qui existe à peine, que d'une certaine manière cet événement, il va falloir qu'on le construise ensemble. C'est d'abord l'immensité qui frappe le visiteur. Plusieurs centaines de temples répartis dans un parc archéologique de 90 kilomètres carrés. On le découvre aujourd'hui à partir de son sanctuaire le plus vaste et le plus emblématique, Angkorvat. Des masses de touristes y guettent dès l'aube le moment où le soleil perce derrière les célèbres tours.

[3:23]Le nom Angkorvat signifie la ville en forme de temple. En réalité, il s'agit plutôt d'un monastère aux dimensions d'une ville. Une ville de plan carré selon le schéma oriental traditionnel. On y pénètre en franchissant une série d'enceintes et d'espaces emboîtés qui donne l'impression très puissante de la grandeur et de l'ordonnancement rituel d'une cité conçue comme le reflet du ciel sur la Terre.

[3:58]Pour les Cambodgiens, les ruines d'Angkor parlent moins de chute que de renaissance. Celle d'un pays qui se remet peu à peu du grand traumatisme du génocide des Khmers rouges de 1975 à 1979. Le temps aujourd'hui est à la frénésie du développement touristique et le site d'Angkor est devenu la vitrine internationale du pays. Il suffit pourtant de faire un pas de côté pour trouver d'autres temples moins vastes et plus isolés. Et il donne une idée de ce qu'ont pu ressentir les premiers découvreurs du site. Ce motif de la ville abandonnée à la jungle participe de la rêverie angkorienne. On y assiste à cette forme active de l'oubli, la lente reconquête de la nature, l'engloutissement progressif, la poussée végétative qui déchaussent les pierres, l'étreinte du temps sur le travail des hommes. Des images qui pour les Européens évoquent une histoire à grand spectacle, une leçon sur la grandeur et la chute des empires. Cette histoire, comment la raconter ? On aurait très envie de la dérouler comme une frise. Comme celle que l'on peut admirer sur le Bayonne en particulier, celle historique qui donne à voir l'épopée extraordinaire des rois Khmers qui en 177 repoussent les Cham. Et tout cela fait des scènes grandioses avec des batailles navales, avec des éléphants, avec des rois euh euh qui rivalisent euh de prouesses avec les héros euh de la littérature hindouiste et tout cela nous donne envie au fond de raconter cette histoire comme une épopée.

[5:58]Mais autant prévenir d'emblée, on ne racontera pas la chute d'Angkor. En tout cas, pas comme ça, parce que si cette chute a eu lieu, c'est un événement invisible, sans image, oui, un récit sans image et presque sans texte que nous devons tenter. Ce qui manque au fond dans je dirais l'arsenal ordinaire des historiens, ce sont les sources écrites. Or les sources écrites, les sources écrites autochtones, c'est-à-dire écrite par et pour les Khmers, elles ont disparu. Le support de l'écriture que ce soit qu'elle soit littéraire ou pragmatique, c'est-à-dire les écrits ordinaires de de de la vie quotidienne, n'est pas pérenne dans cette région. C'est le latanier, c'est-à-dire des palmes, et on sait que dans les conditions climatiques de cette région du monde, ça ne dure pas plus de 100 ans. Donc ça va être transmis si justement on peut le recopier. Or, il y a eu un accident de transmission au Cambodge. Donc les sources Khmers manquent.

[7:12]En l'absence des sources manuscrites, ce sont donc les monuments eux-mêmes qui servent de documents. Les seuls textes qui subsistent sont ceux qui ont été gravés sur les monuments eux-mêmes, dans la pierre. L'étude de ces inscriptions est une discipline spécifique qu'on appelle l'épigraphie. À Angkor, elle révèle une importance toute particulière. L'histoire de la connaissance d'Angkor, l'histoire de l'épigraphie, l'histoire de l'archéologie à Angkor est aussi une histoire française. Pour des raisons coloniales, parce que la France a imposé au Cambodge son protectorat en 1863. Et l'école française d'Extrême-Orient qui a fondé en 1900, et bien a en charge la gestion archéologique d'Angkor, mais aussi la collecte de des inscriptions.

[8:12]Cette histoire coloniale est toujours présente dans les paysages, dans les esprits, même si Angkor appartient depuis 1992 au patrimoine mondial de l'humanité. L'école française d'Extrême-Orient reste un acteur important de la conservation et de l'étude du site.

[8:39]Évidemment, le fait qu'une inscription, qu'un texte soit écrit sur le dans la pierre, euh détermine son mode de production. Une des grandes particularités euh de euh l'écrit épigraphique, donc de l'écrit des inscriptions, euh c'est euh le soin qui a été apporté à cette écriture là.

[9:00]Et euh c'est une particularité qui tient à la fois donc à ce support euh lapidaire, donc le fait que ces inscriptions sont gravées dans la pierre, et qui tient aussi, je dirais euh à la volonté des anciens Khmers, véritablement de graver des inscriptions de grande qualité euh esthétique.

[9:29]Fondamentalement l'objet même de ces inscriptions là, c'est de proclamer la gloire de son auteur, ou plus exactement ce qu'on appelle ici l'auteur, c'est celui pour lequel l'inscription a été gravée. Et euh ces éloges qui sont euh de nos euh auteurs, de nos commanditaires des inscriptions, sont euh écrits dans un style extrêmement orné, qu'on appelle en sanscrit le le cavia qui est truffé de figures de style. Et qui est une poésie qui comporte de nombreux jeux de mots et il y a plusieurs niveaux de lecture que l'on peut faire de cette poésie sanscrite. Le revers de cette de qualité des inscriptions là, de certaine manière c'est que ces inscriptions restent euh assez rares pour le Cambodge ancien. Euh pour donner un ordre de grandeur, nous avons quelques milliers d'inscriptions tout au plus pour environ 1000 ans d'histoire. Donc cela donne entre une et deux inscriptions par an si on veut donner un ordre de grandeur moyen euh sur l'ensemble de la période angkorienne. Alors, il faut y aller pas à pas, il faut y aller patiemment. Et pas à pas, le tableau va se reconstituer. Mais il faut dire d'ores et déjà au téléspectateur qui ne pourra pas se reconstituer avec la netteté, avec l'exactitude que on pourrait attendre ailleurs en Europe, mais aussi en Chine, d'une histoire qui fait date. Se devine peu à peu le portrait d'un empire prospère et conquérant où des milliers de soldats accompagnent le roi dans ses campagnes contre les Chams à l'est, du côté de la Chine. Et le royaume d'Ayuthaya à l'ouest du côté de l'Inde. Une société puissamment structurée composée d'artisans, de danseuses, de courtisans et surtout de prêtres au service de dieux divers, depuis ceux du panthéon hindou jusqu'aux différentes incarnations de Bouddha. Le temps ne s'est pas figé à Angkor, au contraire, il s'étale majestueusement en consommant l'espace. S'il existe autant de temples, c'est que leur construction se déploie sur plus de sept siècles. Disons pour nous du 9e au 15e, soit du temps de Charlemagne à celui de Jeanne d'Arc.

[11:41]Tout commence au nord, dans les montagnes sacrées du Cambodge, le Phnom Kulen. C'est ici que le Kbal Spean prend sa source, fleuve sacré qui est comme la réplique du Gange. Son lit est sculpté de mille lingam, symbole phallique de l'énergie masculine et du dieu Shiva. Ainsi le Kbal Spean fertilise symboliquement toute la plaine d'Angkor. On dit que Jayavarman 2, le premier grand roi, celui qui fait du site d'Angkor sa capitale, fut sacré ici. À partir de lui, chaque souverain ou presque fait construire ou réaménager un temple. Cette histoire est scandée par deux grands moments qui donnent naissance aux deux monuments principaux du site. Dans la première moitié du 12e siècle, Suryavarman 2 fait construire le grand temple d'Angkorvat. Puis Jayavarman 7 fait bâtir Angkor Tom qui est une ville dans la ville et dont les remparts forment un carré parfait de 3 km de côté entouré de douves. On y entre aujourd'hui encore par cinq portes surmontées de visages. Donc là où on voit aujourd'hui une grande forêt, il faut imaginer une ville. Une ville en bois, rassemblant une population de plusieurs centaines de milliers d'habitants, une ville majestueuse et animée, quadrillée d'allées et de canaux dont seuls les temples ont résisté au passage du temps. Parmi eux, au centre de la ville carrée, le Bayon honore Bouddha, ainsi que plusieurs centaines de divinités secondaires. Ces 59 tours qui évoquent une forêt de visages saisissent tous les visiteurs.

[13:38]On est à l'ombre imposante de montagnes et on les regarde et on se rend compte que ces montagnes nous regardent, nous sourient, nous dominent. Et ça, c'est une émotion, une émotion qu'il est impossible aujourd'hui, même entouré d'un flot de touristes, il est impossible de ne pas la ressentir à nouveau.

[14:09]Le Bayon sera le dernier grand temple construit à Angkor. Alors que de nombreuses inscriptions lapidaires ponctuent le règne de Jayavarman 7, commence après son règne en 1218 un véritable silence épigraphique. Jusqu'en 1300 environ, aucune inscription nouvelle. En tout cas, aucune qui nous soit parvenue. La pratique reprend ensuite mais timidement avant de disparaître tout à fait. En 1327, commence le règne d'un roi qui s'appelle Jayavarman, Mezhvaraka. Et puis après plus rien. On sait même pas quand est-ce qu'il meurt et on sait même pas qui lui succède. 1327. On doit donc étirer l'histoire jusqu'en 1431, c'est-à-dire que la date de 1431 qu'on nous donne comme la chute d'Angkor, elle intervient alors que ça fait 100 ans qu'on a oublié jusqu'au nom même des rois.

[15:07]Mais d'où vient alors cette fameuse date 1431 dont on a dit d'emblée qu'elle était artificielle. En remontant sa piste, on rencontre les premiers missionnaires français arrivés au Cambodge avec la colonisation dans les années 1860. Ce sont les Jésuites qui découvrent la date de 1431 dans un texte siamois du 19e siècle. Qui est lui-même la traduction d'une chronique thaïlandaise écrite à la toute fin du 18e siècle, c'est-à-dire tout de même plus de 4 siècles après les faits qui sont décrits. Est-ce que la chute d'Angkor est un événement ? Est-ce qu'elle fait date ? En réalité, on peut aujourd'hui en combinant toutes ces sources mieux comprendre au moins ce qu'elle n'est pas. Ce n'est probablement pas le sac d'une ville qui cède face à une armée étrangère. Car c'est depuis le 12e siècle que l'Empire Khmer est en prise avec les deux royaumes qui le flanquent. À l'ouest ses voisins thaïs et à l'est ses voisins vietnamiens pour reprendre les noms des peuples actuels. Et l'épisode de 1431 ne semble pas décisif. En réalité, il ne faut pas s'imaginer une chute qui aurait des raisons uniquement militaires. On a pu croire que la chute d'Angkor, c'est la 12e possibilité, avait des causes économiques. Au fond, on est très habitué à cette rhétorique de l'épuisement. Après Jayavarman 7, c'est-à-dire le roi bâtisseur qui met toutes les forces de son royaume dans cette apparaît monumental, le déclin. En réalité, cette explication qui peut nous paraître intuitive, les historiens n'y croient plus trop aujourd'hui. Plutôt qu'un épuisement des ressources locales, c'est une mutation économique à grande échelle qu'on pourrait mettre en cause. Partout, c'est-à-dire depuis les côtes swahili en Afrique orientale jusqu'au Gujarat en Inde, s'observe le même phénomène. Le développement du commerce maritime profite d'abord aux zones littorales. Les empires centraux s'affessent et la prééminence économique se déplace depuis le centre agraire jusqu'à la périphérie commerçante. Alors d'accord, une histoire graduelle. Mais il y a quand même quelque chose qui s'arrête en 1431. C'est le fait que Angkor soit une capitale. Elle ne l'est plus, ou elle va l'être encore peut-être de manière intermittente, on en n'est pas certain. Est-ce que ça veut dire qu'elle disparaît ? Est-ce que ça veut dire qu'elle est abandonnée, voire oubliée ? Pas du tout.

[18:03]Il existe de nombreuses preuves archéologiques de l'occupation du site bien après l'abandon supposé de 1431. On a aussi des exemples nombreux de réemploi des bâtiments anciens. Au Baphuon, sur le flanc d'un temple montagne du 11e siècle, a été sculpté au 16e siècle ce gigantesque Bouddha couché. Il y a aussi moins monumental, ces images de Bouddha sculptées, elle aussi probablement au 16e siècle dans le temple de Preah Pithu. À partir en fait de la fin du 12e siècle, on rentre dans une longue phase qui est une phase incertaine de transition. Et toute la question, c'est de savoir si c'est un déclin ou simplement une transition. Ce qui décline véritablement, c'est l'expression écrite et l'expression monumentale dans la pierre. Mais l'expression écrite, elle se poursuit, mais uniquement sur des supports non pérennes, donc les manuscrits qui sont eux écrits gravés sur des feuilles de palmier. Et les monuments, de la même façon, les fondations religieuses, elle se poursuivent mais sous d'autres formes. Non plus sous la forme de grands temples, de grandes maisons divines érigées du soubassement au sommet dans la pierre, mais désormais en usant du bois et des charpentes. À partir du 13e siècle, la construction de temples semble s'être ralentie, puis arrêtée. On ne trouve plus que de simples plateformes qui sont soit en grès, soit en latérite. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est qu'elles étaient la base de grands monuments en bois, dont on sait qu'il suscitait une admiration aussi vive que la grande architecture angrie. Alors pourquoi passe-t-on euh de la pierre au bois ? Est-ce par faiblesse ? Est-ce par incapacité économique ? Est-ce euh par euh le signe est-ce est-ce le signe d'un déclin ? Mais pas forcément. À ce moment-là, c'est-à-dire à partir du 13e, 14e siècle, on rentre dans un une autre phase où plus exactement l'influence d'un autre bouddhisme qu'on appelle le bouddhisme theravada qui contrairement au bouddhisme Mahayana qui était qui a accompagné la grande royauté Khmer et disons sinon plus modeste, du moins prone un rapport plus léger, plus fragile à la surface du du du monde. Au fond, à partir du 15e siècle, et bien l'architecture, elle aussi s'exprime sur support éphémère. Exactement comme la littérature sur les feuilles de latanier. Alors tout disparaît, alors on rentre dans une autre phase euh de l'histoire Khmer qui n'est pas figé dans la pierre, mais qui se laisse au fond glisser à la surface du temps, pas par faiblesse, mais peut-être par choix. Et c'est cela qu'on doit comprendre, et c'est cela qui est peut-être le plus mystérieux, c'est cela le dépaysement le plus euh au fond déstabilisant pour un œil occidental, tellement habitué à contempler les ruines comme une sorte de pédagogie euh qui viendrait nous rappeler sans cesse les leçons de l'histoire des empires qui s'écroulent, de la fragilité des constructions politiques. En réalité, ça dit peut-être pas ça. Ça dit simplement le rapport à la fois paisible et profond à l'impermanence. Et pendant ce temps-là dans le monde, il n'y a pas qu'en Asie que s'observent de grands basculements religieux. Il y a d'autres prophètes, d'autres mystiques qui parcourent la Terre. Le 30 mai 1431 à Rouen, Jeanne d'Arc périt sur le bûcher. Le 17 juillet s'ouvre le grand Concile de Bâle où la chrétienté soumise à la pression turque cherche à réconcilier ses deux parties, grecques et latines. Le monde est en train de se connecter et l'Islam est le principal vecteur de sa modernisation. En Asie, un eunuque musulman chinois de la cour des Ming, l'amiral Cheng He, entreprend sa dernière grande expédition maritime. Il frôle les côtes orientales de l'Afrique. C'est à partir de cette autre périphérie, le Portugal, également caractéristique de la littoralisation des pouvoirs dont on a parlé, que s'organisera bientôt le décloisonnement des mondes avec la découverte de cette Amérique dont l'Europe ignore l'existence. Toujours dans ces années 1400, deux empires se constituent en Amérique, l'un au Mexique, l'autre dans les pays andins, les Aztèques et les Incas. Mais ces deux empires s'ignorent l'un l'autre.

[23:18]Au Cambodge, l'histoire ne s'est pas arrêtée en 1431. Elle a traversé d'autres conflits, d'autres guerres, la colonisation par la France, l'indépendance en 1953, le retour à la monarchie et même la vague des années 60. L'histoire ne s'est pas arrêtée en 1431, date incertaine. Le 17 avril 1975, date très certaine en revanche et qui forme une entaille dans la mémoire du 20e siècle, les Khmers rouges rentrent dans Phnom Penh.

[23:55]Et eux, ils veulent arrêter l'histoire.

[24:02]Ils vont tenter de de détruire en même temps que leur peuple les archives qui ont raconté l'histoire. Ils vont brûler la bibliothèque de l'EO, ils vont détruire les manuscrits qui demeuraient des anciens royaumes Khmers. Ils vont en revanche, ils ne vont pas détruire encore. Au contraire, ils vont se nourrir de ce rêve d'un peuple ancien et laborieux. Ce qu'ont détruit les Khmers rouges ou ce qu'ils ont tenté de détruire, c'est toute l'histoire qui s'est déployée entre 1431 et 1975, entre la période angkorienne et eux qui voulaient redevenir aussi pure que les anciens Khmers.

[24:52]Et c'est cette histoire qu'on doit relancer, c'est cette histoire qu'on doit repeupler, c'est cette histoire qu'on doit reconstituer à partir de ces sources fragiles fugaces, mais qui ont peut-être d'une certaine manière était fragile et fugace par un choix de civilisation. Et cela c'est aussi ce à quoi invite les ruines d'Angkor au-delà de de la rêverie méditative sur l'impermanence, la nécessité au fond de toute chose de faire une histoire malgré tout. Parce que il y a des hommes et des femmes qui ont vécu. Il y a donc toujours, quelle que soit la trace légère qu'ils ont laissé sur la surface de la terre, à raconter.

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