[0:00]On va donner la parole à celle qui a été classée substance euh cancer érogène par les gens qui aiment se faire titiller les émotions par ses chroniques.
[0:09]J'ai lu ça dans la presse. C'est Juliette Arnaud.
[0:15]C'est pas marqué dans les livres. Mais j'ai important à vivre. Regarde!
[0:22]Juliette Arnaud. En avant les histoires.
[0:25]Je sais pas si vous avez vu euh l'affiche du festival de Cannes 2026 de cette année, allez la voir, c'est une photo qui est issue du film Thelma et Louise de Ridley Scott de 1991.
[0:35]On y voit les deux personnages, Thelma et Louise dans leur caisse décapotée et il y a la crosse d'un flingue qui dépasse de la poche de Thelma. Alors, on devine que c'est une photo de plateau à ce que Suzanne Sarandon regarde droit dans l'objectif.
[0:50]Dans un film, les acteurs ne doivent jamais regarder la caméra, c'est la règle. Elle a un coup de calé sur un genou, elle a un sourire, un petit sourire, défiant, narquoi et un peu triste.
[0:59]Ce regard, ce sourire, c'est aussi celui de l'actrice qui a buglé pour Gaza ces dernières années loud and clear dans une industrie qui en majorité s'est tenue soigneusement à l'égard, industrie qui va s'empresser de la récompenser Suzanne Sarandon en lui offrant des tonnes de rôles. Non.
[1:16]Alors je célèbre l'affichage international de ce sourire IPKI, motherfucker.
[1:23]Et je retourne aux personnages Thelma et Louise qui s'offrent dans le film 2 jours, 2 jours de liberté avec la bagnole de Louise qui est serveuse de profession et avec le flingue de Thelma, enfin, du mari de Thelma, au cas où il y aurait un ours.
[1:37]Ça sera pas un ours. Le mari de Thelma n'est pas au courant que sa Desperate Housewife de femme s'est tirée de jours parce qu'il aurait dit non, parce que c'est un connard infidèle en même temps qu'il est doté d'un gros sens de la propriété. Bref, ce sont deux femmes qui opèrent une petite déviation temporaire dans leur routine habituelle et prennent la route.
[1:56]Et à partir de là, ça va dévier sec et dur et elles vont devoir dévier continuellement pour rester encore encore encore un peu en liberté jusqu'à la dernière scène du film, du dernier plan, juste avant cette dernière scène, Thelma, la femme d'intérieur se retourne vers Louise et lui dit Let's keep going.
[2:13]Nous ne nous arrêtons pas. La force de Thelma et Louise, c'est leur amitié, leur convergence, leur solidarité, c'est L2 et le problème de Thelma et Louise c'est qu'elles ne sont que deux.
[2:24]Et c'est là que le personnage de Pierrette dans le roman Beau masque de 1954 de Roger Vaillant m'intéresse parce que Pierrette, elle est beaucoup.
[2:32]Pierrette, elle représente comme dans un son hip-hop, mais en milieu ouvrier au début des années 50, dans une petite ville montagneuse et industrielle.
[2:40]Comme la Mome de Jean Ferrat, Pierrette a 25 berges et travaille en usine. Je sais pas pour la Mome de Ferrat, c'est pas dit dans la chanson, mais Pierrette, en plus, depuis 8 ans, elle lutte, elle est déléguée syndicale, politique, communiste, jusqu'au fond de ses os.
[2:54]8 ans, euh, c'est long. Alors souvent il y a des gens qui la croisent qui lui font, Pierrette, encore en politique ? Et Pierrette, elle répond à chaque fois Tant que nous n'aurons pas changé le monde.
[3:02]Beau portrait d'une militante par un écrivain ancien résistant et soutien du PC. Une femme Pierrette qui ne dévie pas. Il y a un autre personnage qui dit d'elle, elle me faisait penser à une épée.
[3:12]Elle est comme une lame d'acier. Il y a des êtres qui sont d'une texture toute différente de tout le reste des humains, il rait, mais on peut pas les rayer.
[3:21]C'est un beau portrait parce que le personnage de Pierrette n'est justement pas une communiste de roman, son cœur ferme et mis à l'épreuve continuellement par la vie, le désir, l'amour, les trahisons du monde, la fatigue, parce qu'il y a pas tant de monde que ça pour lui crier sur la route. 500 m, et c'est la buvette. 500 m, et c'est la buvette.
[3:39]Pierrette, elle sait une chose, il faut être plusieurs pour se battre. Plus de deux. En fait, il faut être en surnombre et on est en surnombre.
[3:47]Je vais citer une dernière fois Roger Vaillant. Le peuple semble morne, désespéré, impossible à émouvoir et soudain, comme la pâte qui se lève, sa volonté prend forme, c'est ce qui permet de dire que les révolutions éclatent.
[4:00]Pour mon épitaphe, veuillez écrire s'il vous plaît, Pierrette, Louise, Thelma et les autres, ce qu'il y a de bien ici, c'est qu'on peut pas faire demi-tour.
[4:08]Juliette Arnaud. Merci Juliette.
[4:12]On retrouve ses chroniques en podcast comme toutes les chroniques de cette émission ainsi que sur Instagram. Juliette Arnaud Pénélope.



