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Trump : Quel 1er bilan géopolitique ?

ESCE - International Business School

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[0:18]Trump, quel bilan géopolitique ? Alors que Donald Trump a engagé son deuxième mandat présidentiel depuis un an, cette question paraît non seulement incontournable, mais aussi essentielle. Incontournable, pourquoi ? Parce que les initiatives américaines se multiplient et sont variées, complexes et nécessitent de revenir dessus. Nécessaire parce que à travers ce bilan, il est peut-être possible de saisir quelle est la stratégie et les objectifs structurels de l'administration Trump. Enfin, ça va nous permettra de comprendre peut-être quelle influence géopolitique ont eu cette action sur le monde. Fabrice Ravel, bonjour. Bonjour Olivier, bonjour à toutes, bonjour à tous. Alors ma langue a fourché, j'ai dit cette action, alors qu'il faudrait dire ces actions et elles sont infiniment nombreuses depuis le début du mandat de Trump. Ça c'est le moins qu'on puisse dire et c'est vrai que à votre invitation, je vais m'empresser de m'efforcer de décliner les principales. Et on va se rendre compte euh nos auditeurs vont se rendre compte au fur et à mesure de mon énumération, ils vont se rappeler à quel point effectivement je serais presque envie de dire, il y a eu une débauche d'activité de la part de Trump et de son administration. Donc entre le 20 janvier 2025 et janvier 2026, puisqu'on rappelle que euh il a pris ses fonctions le 20 janvier 2025. En réalité, il y a pas moins de neuf événements qui me paraissent importants à à rapporter et que je vais m'efforcer donc euh de retracer succinctement pour qu'on puisse bien effectivement essayer ou s'efforcer de répondre à la question quel premier bilan encore faut-il se rappeler quelles sont les actions qui ont été mises en place. Alors d'abord, dans tous les sens du terme et d'un point de vue chronologique et en terme d'importance tel que Trump euh y accorde, il y a la reprise de négociation avec Vladimir Poutine et la diplomatie russe. Je ferai remarquer que d'ailleurs c'est une sorte de fil rouge, ça c'est une expression, je pense qu'il est assez opportune ou de fil conducteur où on va dire presque de série B ou de feuilleton tellement il y a eu un nombre incalculable d'épisode et d'événements qui n'ont fait que s'égréner tout au long de l'année ou qui ont marqué tout au long de l'année. avec des rencontres, des ruptures, des retours. Alors dans la foulée, c'est le moins qu'on puisse dire, début avril, j'insiste nous auditeurs à se rappeler de cette image assez truculente d'un Donald Trump en train de montrer un immense tableau qui était censé rappeler le 3 avril, quelles étaient euh les excès de l'ensemble du monde vers les États-Unis d'Amérique par des droits de douane qui étaient excessifs, c'est que 6 jours plus tard. Donald Trump donnait un moratoire de 90 jours et que au mois d'août, il y a certains pays avec lesquels il a effectivement mis ses droits de douane et d'autres avec lesquels il avait prolongé le moratoire. Donc on sent bien là déjà que euh on est à la fois dans le dans la dynamisme, mais dans la nécessité que d'avoir à interpréter par la suite ce qui est en train de se mettre en place. Dans la continuité, on fera remarquer que Trump s'est targué que d'avoir joué un rôle essentiel sur son raison sociale le 10 mai 2025 pour qu'il y ait une sorte de cessez-le-feu entre l'Inde et le Pakistan. Ça c'est euh difficulté entre ces deux pays que là aussi on a eu l'opportunité de retracer dans une séance précédente entre l'Inde et le Pakistan où on s'interrogeait de savoir si ça allait se transformer en guerre ou s'il allait y avoir un apaisement. Puis je rappelle que dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, il y a eu les bombardements de plusieurs sites de centrales nucléaire en Iran, euh avec les les B2. Donc là on est déjà sur une 4e intervention, puis il y a eu un 5e événement qui est la tentative euh de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. Euh avec euh on peut déjà d'emblée le dire un premier traité qui aurait été signé fin juin et qui aurait été pérennisé par des accords de Washington le 5 décembre pour essayer de mettre un lien de de continuité. Puis il y a eu un traité qui est le le traité sur la bande de Gaza ou qui a appelé le projet ou le traité de Trump qui aurait été signé fin septembre 2025. Alors ce qui est intéressant c'est que là on a une succession apparemment de tentative de mise en place de traités de paix, mais dans la continuité, on fera remarquer que le 20 décembre 2025, Trump a donné l'ordre à l'armée américaine de bombarder euh des bases de l'État islamique en Syrie et que le 25 décembre, le jour de Noël, dans la continuité 5 jours après, il a envoyé une douzaine de Tomahawk sur des bases de l'État islamique euh dans le nord-ouest du Nigéria. qu'enfin le samedi 3 janvier 2026, il y a donc euh, on va dire, la capture du président vénézuélien.

[4:59]Et autre fil rouge, serait-on tenté de dire, puisque le fils de Donald Trump euh Donald Trump Junior a lui-même été au Groenland dès janvier 2025, avant même l'investiture de son père. Il y a, on va dire avec insistance, la demande pour ne pas dire la pression, nos auditeurs choisiront le terme qui leur convient le mieux. La pression qui est fait est sur le Canada et sur le Groenland. On voit bien que là il y a une sorte de frénésie et qu'il va falloir d'ailleurs interpréter parce que on est face à des actions qui sont multiples, qui concernent énormément de parties ou de régions du monde différentes, pratiquement tous les continents sont concernés. et qu'en plus, on est dans l'alternance entre des démarches qui visent plutôt à essayer de rétablir la paix euh entre des belligérants et puis des démarches qui sont plutôt des opérations militaires qui cherchent à remporter la décision euh par des conflits ou par la guerre. Donc là, me semble-t-il, afin qu'on puisse atteindre l'objectif de l'appréciation des actions telles qu'elles ont été menées, une interprétation va être nécessaire. Oui parce que là, du fait de la grande variété des actions, de leur nombre, de leur localisation, des modalités, c'est difficile d'y voir clair et de voir une cohérence à ces actions. Donc peut-être que pour y parvenir, on peut mettre en place des démarches. La première, ce que je vous propose, c'est de s'intéresser aux résultats de ces actions ou de ces initiatives américaines. Et puis peut-être dans un deuxième temps, d'essayer de relier ces actions aux objectifs qui ont été affichés par l'administration Trump. Donc dans un premier temps, les résultats déjà. dans un premier temps, il convient d'essayer de percevoir objectivement quels pourraient être les résultats des actions telles qu'elles ont été menées. Et là, à mon sens, en terme de méthode, il y a une distinction qui s'impose et cette distinction qui s'impose est assez naturelle. Comment peut-on apprécier ces résultats à court terme et à long terme ? Parce que on va bien voir que tant que d'un point de vue diplomatique que d'un point de vue militaire, il est pas impossible qu'on soit déjà amené à considérer que l'appréciation qu'on va être amené à apporter va être à nuancer selon justement qu'on est sur un temps court, on est sur un temps long. Si on commence déjà par évoquer les résultats sur un ton court, l'impression spontanée que ça peut donner, j'insiste, c'est que euh objectivement, on peut avoir le sentiment que un certain nombre de succès ont été remportés. D'abord d'un point de vue diplomatique parce que c'est vrai que le constat qu'on est amené à faire, c'est qu'en tout cas Donald Trump s'est efforcé d'amener si pas la paix des cessez le feu et la fin des combats dans au moins trois parties du monde qui sont essentielles.

[7:38]entre l'Inde et le Pakistan d'une part, entre le Rwanda et la République démocratique du Congo d'autre part et puis au Proche-Orient, enfin, euh avec euh la mise en place d'un plan de paix pour la bande de Gaza. Et puis au niveau militaire, là aussi on pourrait être amené à considérer que les succès sont importants. Parce que d'ailleurs ce qui est assez intéressant à souligner dans cette perspective, je vais essayer de les reprendre en en par complexité croissante en terme d'opérations militaires. Il est incontestable que les frappes ont réussi d'un point de vue des missiles qui ont été déployés au Nigéria, que si on regarde les opérations aériennes, je pense à celles qu'on a évoqué en Syrie d'une part, je pense aussi à celle sur lesquelles on s'était arrêté plus longuement sur les centrales nucléaires en Iran, ça nécessite en plus des coordination entre les bombardiers et les forces aériennes d'autre part, elles sont une réussite. Et puis enfin, si on s'arrête strictement à la dimension opérationnelle, j'insiste, si on s'arrête strictement à la dimension opérationnelle d'un point de vue militaire sur l'opération qui a été mené au Venezuela, on voit bien que là, on est sur la réussite d'une coordination inter-arme qu'a nécessité que de pouvoir conjuguer une intervention aérienne, le déploiement de troupes au sol. Donc ça c'est très différent quand même et la capacité de projection et de retour sur des forces maritimes qui les accompagnent.

[9:03]Donc de ce point de vue-là, euh c'est clair qu'on a un succès. Après par contre, si on remet ses ses ces événements dans des perspectives à plus long terme, on peut légitimement s'interroger un peu plus sur euh euh les résultats tels qu'ils ont été obtenus. Je ne manquerai pas de souligner d'ailleurs que quand on bascule de ce court terme à ce long terme, finalement, on bascule d'une dimension tactique à une dimension stratégique. Ça me paraît pas inintéressant à expliquer parce que on voit bien que là, euh ça nécessite peut-être que de mesurer la portée que ces actions semblent avoir eu dans un premier temps. Et euh on va être évidemment dans un dans un mouvement de balancier parce qu'on va remarquer là aussi que tant d'un point de vue diplomatique que d'un point de vue militaire, il va falloir peut-être attendre davantage pour euh totalement pouvoir apprécier la portée de ces actions.

[9:56]D'abord parce que d'un point de vue diplomatique, oui, dans les événements qu'on a cité auparavant, on a pu avoir des cessations de combat et des cessez-le-feu. Mais ce qu'on est obligé de remarquer, c'est que sur le fond, on n'a rien résolu. D'abord, il est évident que dans la rivalité qui est très longue entre l'Inde et le Pakistan, rien n'a été résolu. On sera tenté de rajouter que pour ce qui concerne le Rwanda et la République démocratique du Congo, il a fallu que les diplomates américains insistent énormément pour que les accords de Washington qui ont été signés le 5 décembre et qui ont été plusieurs fois euh retardés parce qu'en fait les les combats ne s'arrêtent pas vraiment et que non seulement les combats ne s'arrêtent pas vraiment, mais qu'ils ont l'air plutôt de s'intensifier au moment où les accords de Washington ont été signés. Donc on a on a le sentiment qu'on est plutôt, malheureusement, dans la continuité de tous ces traités de paix dans la région euh et qui ont été avortés. Quant à la situation au Proche ou Moyen-Orient, on voit bien que s'il y a une première phase qui ont été signés le 9 octobre en Égypte entre Israël et un certain nombre d'autorités palestiniennes, on est bien loin d'avoir obtenu une paix définitive et que les tensions restent très importantes. Donc déjà là, il faut quand même mesurer son appréciation et puis alors d'un point de vue militaire, ce qu'on est obligé de remarquer, c'est que bah finalement, les résultats obtenus peuvent apporter des succès tactiques, temporaires, mais ils ont rien résolu non plus sur le fond. Alors, je parle même pas des frappes épisodiques euh qu'on évoquait en Syrie ou au Nigéria, mais par contre, j'insiste sur ce qui s'est passé en Iran. Parce que nous avions eu l'opportunité dans une séance précédente qui s'intitulait l'Iran, l'Iran pardon, la puissance aérienne suffit-elle à remporter la victoire ? On avait justement bien insisté Olivier, rappelons-nous sur le fait que c'était pas une victoire, c'était la capacité que de gagner du temps et que de repousser euh la recherche ou l'atteinte par l'Iran des armes nucléaires. Donc en fait, ça demandait des totalement nuancées. Et à ces propos, me semble-t-il, il faut rajouter deux éléments supplémentaires. D'abord, si on maintenant s'arrête sur toutes les mesures qui ont été prises sur les accords douaniers ou sur les tarifs douaniers, ce qu'il faut pas manquer de remarquer, c'est que les effets de telle mesure ne peuvent s'apprécier que sur un temps beaucoup plus long. Et donc on sera certainement amené dans une prochaine séance des rendez-vous de la politique à revenir sur cette analyse. Mais on peut compléter euh notre appréciation en faisant remarquer qu'en plus, pour ce qui est des relations avec la Chine, suite à la rencontre entre Trump et Xi Jinping, euh Donald Trump a considérablement révisé l'importance des droits de douane tel qu'il se proposait de les mettre en place. Et c'est d'autant plus important à signifier que s'il y a bien un acteur qui était visé en particulier à travers cette démarche, c'était la Chine. Donc on voit bien quand même que là, il n'est pas totalement certain que les résultats escomptés dans un premier temps soient aussi significatifs que ce qu'on a pu penser.

[13:03]Et puis alors j'ai presque envie de dire pour pas rachever la analyse et finir par le point par lequel on avait commencé dans notre numération.

[13:17]S'il y a bien un point sur lequel pour l'instant euh la situation n'avait pas évolué, c'est la guerre entre l'Ukraine et la Russie. Donc on voit bien que là, euh c'est pas aussi simple de porter une appréciation et que c'est peut-être effectivement à travers d'autres démarches que on sera plus à même que de pouvoir prolonger un regard objectif quant aux résultats tels qu'ils ont été obtenus. Alors peut-être que pour mettre en perspective ces résultats, il vaut mieux privilégier une analyse qui se réfère aux objectifs qui étaient affichés par l'administration. que rechercher Donald Trump ? Oui, et là il y a trois éléments qu'il faut prendre en considération. Parce que c'est juste que les résultats peuvent être d'autant plus appréciés que on va pouvoir les rapporter à quels étaient les les objectifs tels qu'ils étaient recherchés par Trump et son administration. Quels sont ces trois éléments ? Bon, d'abord, il y a le discours du président J.D. Vance qu'on a évoqué à Munich sur la conférence de sécurité le 14 février 2025. Après, il y a un document qui est particulièrement important, qui a été finalisé en novembre 2025 et qui a été publié le 5 décembre 2025. Ce document quel est-il ? C'est le document sur la stratégie de sécurité nationale des États-Unis d'Amérique et c'est un document qui est évidemment particulièrement important parce que on va avoir l'opportunité d'y revenir. Sur plusieurs pages sont définis clairement quels sont les objectifs. Et puis il y a un troisième élément qui dans la continuité est arrivé le 8 décembre 2025, qui se veut être peut-être une sorte d'explication de texte pour ceux qui n'auraient pas été assez attentif sur ce document ou a une une explication en live par Donald Trump dans une émission de conversation qui était en fait une émission, une séance particulière mis en place par Politico où Donald Trump est interviewé pendant plus d'une quarantaine de minutes euh par une journaliste. Alors dans ces trois éléments, comme j'étais déjà en train de le préciser, manifestement, c'est euh le document sur l'analyse stratégique qui va être intéressant à mettre en évidence. Parce que là, il y a un certain nombre d'aspects qui vont nous apparaître assez rapidement. Alors, si vous le voulez bien, on va on va justement rentrer de plain-pied dans ce document. Quand on reprend les différentes parties du monde, la première partie du monde qui est clairement mise en avant sur quatre pages, c'est l'hémisphère occidental. Alors là, ce qui est intéressant à souligner, c'est déjà l'hémisphère occidental, qu'est-ce que qu'est-ce que ça comprend ou qu'est-ce que ça sous-entend? Et on va se rendre compte qu'en réalité l'hémisphère occidental, c'est en grande partie l'Amérique latine et ce qui est pas inintéressant à expliquer pour nos auditeurs, c'est que dans un document de stratégie de sécurité nationale, qui est un document récurrent aux États-Unis, c'est la première fois, Olivier, que l'Amérique latine est mise en première. Donc ça déjà, c'est pas inintéressant à à à mettre en avant. Ensuite la deuxième région du monde telle qu'elle est déclinée aussi à peu près sur quatre pages, euh c'est l'Asie et notamment l'Asie Pacifique. Et là, il y a pas énormément de surprise parce qu'on voit bien que la Chine est désignée comme l'adversaire ou le compétiteur systémique et qu'il est expliqué que il faudra d'ailleurs la la repousser to roll back. Et que non seulement il faudra la repousser, mais qu'il faudra pour pour ce faire s'appuyer sur des alliances, le Quad et l'Aukus qui sont des alliances qu'on avait présenté dans une séance précédente euh des rendez-vous de la géopolitique. La troisième région du monde qui est abordé, c'est l'Europe. Mais alors ce qui est intéressant là, c'est que en fait, c'est assez ambivalent parce que les États-Unis considèrent que c'est c'est une zone qui est importante mais c'est une zone que les États-Unis doivent prendre en considération parce que il faut qu'il réexplique aux aux européens à quel point les européens doivent d'ores et avant beaucoup plus contribuer à leur défense en particulier.

[17:26]Et ce qui est pas inintéressant à souligner, à forcerie, c'est que la Russie est citée dans le cadre de cette zone européenne, page 25. Donc, ça veut dire que d'une part, il y a pas une partie particulière qui est attribué à la Russie, dont il est dit par ailleurs qu'elle est très affaiblie dans la guerre en Ukraine. Et dont il est dit que le rôle de la diplomatie américaine, c'est que de réapprendre aux européens à mieux vivre avec la Russie et à permettre d'évoquer euh les grands risques ou les grandes dichotomie sur le continent européen pour éviter que les Américains soient amené à disperser leurs moyens par rapport à l'objectif premier qui est la rivalité avec la Chine. Ça c'est très très important à entendre et on voit bien que là, il y a un enchaînement qui permet de mieux comprendre donc dans quelle perspective stratégique on est en train de s'insérer. Enfin, il sera pas inintéressant de de dire que le proche et le Moyen-Orient arrivent qu'en 4e position sur deux pages et que l'Afrique n'est citée que sur trois paragraphes dans la dernière page. Et qu'il est dit que d'ailleurs, que la politique qu'il faut y mener n'est plus du tout une politique pour contribuer à amener une politique libérale ou une politique de développement, mais que c'est plutôt une politique d'investissement pour développer les formidables ressources je cite naturelle de l'Afrique. Donc là, on sent bien qu'il y a quand même un certain nombre de de grandes logiques qui sont en train de se mettre en exergue ou de se mettre en lumière. Et qu'on va peut-être encore mieux percevoir si on s'efforce maintenant de les synthétiser dans une grille de lecture de géostratégie globale. C'est assez clair ces logiques qui sont en train de se mettre en place mais est-ce que on peut dégager derrière ça une philosophie générale de Trump et de son administration. Oui, là, il y a il y a une philosophie générale qui se dégage et on commence à s'en rendre compte si on on arrive à les remettre en perspective et à repenser à deux références en particulier. Euh et d'ailleurs qui sont mis clairement en avant dans le document qu'on a cité auparavant. Quelles sont ces deux références ? Bon, d'abord, c'est clairement la doctrine Monroe et c'est très intéressant de rappeler que ce discours du 5e président des États-Unis, James Monroe, 2 décembre 1823. Il faut faire attention parce que on a tendance souvent à le caricaturer ou à le réduire uniquement à l'isolationnisme. Mais ça ça n'est qu'un pan ou qu'un versant de cette doctrine. Parce que dans l'autre perspective de cette doctrine, il y a il y a bien cette volonté, cette phrase traduite, l'Amérique aux Américains qu'il faut traduire. C'est euh le continent américain dans sa globalité aux seuls États-Unis d'Amérique du Nord qui sont les seuls habilités à exercer une hégémonie légitime et naturelle, ce qui en plus, et on le voit bien, c'est bien marqué dans le dans le document qu'on évoquait auparavant, ce qui veut dire qu'en plus les États-Unis interdisent toute autre puissance que de ne serait-ce même imaginer y jouer un rôle dans la région. Et dans le cas contraire, les États-Unis sont poussés à intervenir. Donc c'est très important ce qu'on est en train de dire et d'ailleurs, il est bien dit que en fait, il y a une application de Donald Trump sur cette doctrine qui est appelée le corollaire Trump de la doctrine Monroe. Donc là on voit bien que en fait, on est dans le ce retour à une la volonté que d'avoir une zone privilégiée ou une sphère d'influence. Certains géopolitologues ont l'air de de mettre en doute cette logique. Moi je les invite à relire le document, encore faut-il les lire les documents et on voit bien que là les États-Unis disent clairement euh il y a une logique d'influence pour nous. Il faudra pas oublier dans le cadre de la conclusion de notre séance à de faire remarquer que ça aura forcément des conséquences en géopolitique, plus globalement sur le reste du monde. Donc ça c'est la première référence. Il y a une deuxième référence qui apparaît de façon objective, euh c'est euh Ronald Reagan.

[21:37]Et la la démarche de Ronald Reagan qui consiste à dire bah la paix par la force. C'est bien la démarche de Ronald Reagan quand on se rappelle que lors de son premier mandat de 80 à 84 puis même ça a été renouvelé dans son deuxième mandat de 85 à 88, on a une augmentation considérable du budget militaire américain parce qu'il se lance dans une course à l'armement en pensant que effectivement ça contribuerait à considérablement essoufflé la production soviétique et que ça pousserait les soviétiques à la négociation, donc la paix par la force. Moi j'ai j'ai il me semble qu'il est indispensable de se rappeler d'un d'un troisième président des États-Unis qui est peut-être moins mis de façon ostensible dans le document. qui n'est pas forcément aussi souvent cité que les deux premiers par Donald Trump lui-même, que beaucoup d'observateurs ont tendance à oublier, mais dont j'ai le sentiment qu'il est très important à rappeler dans le cadre de ce qu'on est en train de dire. Et ce président des États-Unis, c'était Theodore Roosevelt avec sa fameuse théorie du Big stick ou du gros bâton. Parce que je rappelle que Theodore Roosevelt d'abord, ça a été un changement assez important justement dans cette période cisure de fin 19e pour ce qui concerne Theodore Roosevelt début du 20e siècle. Et que surtout l'idée consistait à dire quand je cherche à obtenir un objectif en relation internationale, je viens avec un gros bâton, c'est la fameuse théorie le Big stick.

[23:04]Et que et je le fais d'autant plus ou à forcerie quand je dois parler à mes alliés, ça c'est pas inintéressant me semble-t-il à mettre à en évidence. Mais si on veut aller un peu plus loin, je crois que là, il est indispensable euh que d'avoir trois références ou que d'avoir trois analyses à l'esprit qui non seulement vont compléter cette vision, mais à mon sens qui vont permettre de définitivement pouvoir interpréter les objectifs tels que l'administration américaine est en train de la mettre en place et donc de pouvoir mieux apprécier les résultats. D'abord, euh on pourrait faire remarquer, si on reprend l'ouvrage d'Emmanuel Tott après l'Empire, que là on est clairement en train de s'afficher dans la logique qu'il avait très très bien décrite de la Ligue de Delos. Et là c'est la comparaison entre Athènes et les États-Unis d'Amérique. Et on voit bien que là en fait, on a une puissance qui assoit sa suprématie et son hégémonie d'abord sur ses alliés et que c'est les alliés qui doivent payer leur sécurité, c'est ça la Ligue de Delos. On contribue par le trésor qui est déposé à Delos. On contribue à façonner la flotte athénienne et la puissance militaire athénienne pour que en retour Athènes puisse apporter la sécurité de sa flotte et de son armée. Et donc on voit bien que là, c'était bien l'idée d'Emmanuel Tott d'ailleurs, il y a il y a une image qui s'impose spontanément sur euh le monde tel que Trump le voit et compris tel que l'OTAN le voit, quand il n'a de cesse que de euh que d'insister en disant que les européens ne payent pas assez notamment par rapport à leurs budgets sur le budget de l'OTAN. Donc ça, je pense que c'est une première chose qu'il faut bien avoir à l'esprit. C'est le livre de Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances parce que son propos consiste à essayer de savoir si de façon intemporelle, quelle que soit les situations concernées, on a bien toujours les mêmes logiques qui permettent à un état de grandir en puissance, d'arriver à l'apogée et puis ensuite de basculer sur le déclin. Pourquoi est-ce que je suis en train de penser à cet ouvrage ? Parce que Paul Kennedy souligne et il démontre d'ailleurs que quand c'est la puissance concernée bascule, on va dire d'une force macroéconomique et d'une transformer en puissance politique vers une trop grande puissance euh militaire, elle s'épuise. Et d'ailleurs, dans la continuité de ce raisonnement de Kennedy, il y a peut-être un un un point qu'on pourrait souligner et dont j'ai le sentiment qu'il est rarement fait. Parce que euh tout le monde finalement s'est attaché à observer les droits de douane, leurs pourcentages et leurs réalités par rapport à à quelles étaient les différentes relations commerciales. Mais ce qui est intéressant dans cette logique de droit de douane, c'est que là on a un formidable aveu en fait. Parce que si on y réfléchit bien, la le besoin ou l'impérieuse nécessité que de mettre un droit de douane. Est-ce que c'est pas souligner le fait que spontanément on se sent en difficulté ou on se sent en faiblesse sur le marché économique ? Parce que si on fait une comparaison avec l'histoire des États-Unis, je pense qu'on on constatera assez aisément que c'est jamais les États-Unis des années 50, c'est-à-dire les années 1950 ou des années 1960 qui auraient craint la compétition économique et qui aurait éprouvé le besoin de mettre des des barrières douanières pour se protéger de puissance économique qui avait l'air de menacer leur croissance. À contrario, on était plutôt dans des États-Unis dont il faut jamais oublier de rappeler qu'après 1945, il poussait les Français et les Anglais à décoloniser parce que les empires coloniaux étaient des territoires qui leur auraient été inatteignables parce qu'ils étaient protégés par des tarifs douaniers euh particuliers et que il se sentait suffisamment fort pour pouvoir s'y imposer. Donc le simple fait qu'on soit déjà dans une logique de barrière douanière a l'air de montrer quelque chose qui est assez intéressant. En fait, il y a il y a un étalage, il y a une débauche de puissance, mais c'est étalage et cette débauche de puissance dans l'esprit de Paul Kennedy et dans la logique telle qu'on l'a exprimé, c'est en train d'affirmer beaucoup plus qu'une faiblesse, c'est en train d'affirmer en fait la peur d'un déclin.

[27:33]Ça c'est un paradoxe qui est me semble-t-il, très important à souligner. Et puis alors, il y a aussi un troisième élément qu'on pourrait apporter à notre réflexion, c'est que finalement les États-Unis sont en train de revêtir un rôle qu'ils n'ont jamais eu depuis leur naissance, depuis le 4 juillet 1776. Parce qu'en fait, si on regarde bien, pour des raisons qui sont fort différentes par ailleurs, les États-Unis, ils ont toujours joué un rôle particulier ou en tout cas, ils ont toujours prétendu jouer un rôle particulier euh dans les relations internationales. Et ça, euh c'est c'est quelque chose que Gérard Chalian et Arnaud Blin rappellent bien dans leur ouvrage les nouveaux Césars du Pentagone. Je pense notamment à la page 99 quand il y a l'intitulé du 4e chapitre parce qu'en réalité, on a le catéchisme de Woodro Wilson. Et c'est un assez intéressant le terme de catéchisme parce qu'on voit bien qu'il y avait cette prétention que d'avoir apporté un message singulier, d'être un acteur singulier. Alors à tort ou à raison, que de prétendre être le défenseur de la démocratie, de la liberté et donc d'être un acteur très particulier dans les relations internationales. Mais il y a rien de tout ça dans le document qu'on est en train d'évoquer et il y a aucune volonté que de porter un message politique.

[28:46]On a donc à faire à des États-Unis d'Amérique qui se sont banalisés. On a à faire à un acteur qui tout d'un coup ne prétend plus être qu'un acteur classique des relations internationales. qui défend ses intérêts et qui joue un rôle de puissance comme toutes les autres puissances dans l'histoire et comme toutes les autres puissances rivale euh dans cette 3e décennie du 21e siècle. Ça c'est peut-être pas l'un des moindres paradoxes qu'on pourrait soulever, mais il y en a peut-être même un qui est encore plus important et plus surprenant quand on va pouvoir commencer à le décliner ou à le mettre en évidence. Ah, c'est autre paradoxe que vous pointez mais que nous avez pas indiqué pourrait infléchir le bilan de l'administration Trump à l'issue de ce second mandat. Parce que quel est donc ce paradoxe ? Donald Trump à travers les actions tel qu'on les a énumérées semble être parfaitement en symbiose avec ce monde de rapport de force de la géopolitique. Mais il y a un mais. En fait, si on regarde bien, l'action de Donald Trump s'inscrit quasiment uniquement dans des logiques macroéconomiques. Et là, en fait, on pourrait reprendre tous les événements qu'on a cité et surtout tous les discours et et toutes les explications verbales qu'il en a donné. Et on verra que on est vraiment quasiment uniquement centré sur cette grille de lecture ou circonscrit sur cette ligne de lecture. Alors, je vais je vais en prendre quelques exemples, peut-être pour que on en soit convaincu davantage. C'était très étonnant déjà, suite à la frappe sur l'Iran, que d'assister à cette explication du président des États-Unis dans le Air Force One, devant quelques journalistes, où il disait mais finalement, euh l'Iran doit vraiment oublier que d'atteindre euh l'arme nucléaire. Il il ferait beaucoup mieux de s'intéresser à des opérations commerciales. D'ailleurs, les iraniens sont de remarquables commerçants et ils vont pouvoir se développer remarquablement sur des logiques commerciales. Et puis dans la continuité, quand donc les accords de Washington ont été signés le 5 décembre 2025, c'était tout aussi surprenant que de voir Donald Trump qui accompagnait d'ailleurs ses propos de vaste tape euh dans le dos euh euh des représentants du Rwanda et de la République démocratique du Congo, en disant vous allez voir, on va tous se faire énormément ou beaucoup d'argent.

[31:09]C'est c'est vrai que c'est quand même assez décalé par rapport aux perspectives, mais il y a un autre un autre exemple qui me semble-t-il nous amène encore plus loin. Parce que quand fin juin, il reçoit le secrétaire général de l'OTAN Marc Rutte, dans son bureau et qu'il évoque justement les rapports entre Israël et l'Iran de façon assez connaissante d'une part, mais surtout assez décalée d'autre part, il compare l'Iran et Israël à deux écoliers qui se battent dans une cour d'école et qu'il va falloir séparer.

[31:42]Mais ce qu'on est en train de dire est beaucoup plus important que ce qu'il n'y paraît. Parce que en fait, ça prouve une chose. Il y a une incompréhension des logiques fondamentales de la géopolitique. Parce qu'en fait, il y a une réduction de la géopolitique à sa seule dimension macroéconomique et aux seule logique qui consiste à faire des bénéfices. Or si la le rapport de force a bien été intégré, par contre ce qui a pas été intégré, c'est qu'il peut y avoir des logiques idéologiques, des intérêts nationaux qui transcendent les logiques macroéconomiques ce qui est le cas en géopolitique. Et donc là, ça met parfois Trump et l'administration Trump dans l'incompréhension de l'évolution de certaines situations et je pense notamment à la guerre entre l'Ukraine et la Russie, dont il est évident que dans l'esprit de Vladimir Poutine et du dirigeant russe, il est impossible de la limite à une simple perspective macroéconomique. Donc ça, je pense que c'est très très important parce qu'on peut avoir le sentiment que en fait, on a une administration Trump qui est parfaitement synchrone avec euh cette situation géopolitique.

[32:51]Mais en fait, il lui manque un habillage ou une interprétation politique, telle qu'on l'a évoqué par ailleurs, euh quand on évoquait les Césars du Pentagone. Il est pas impossible que ça soit l'avenir des États-Unis qui soit amené à à amener un nouveau cette cette grille de lecture politique, alors soit ça sera avec un retour d'une perspective wilsonienne ou soit ça sera avec une confirmation euh d'une perspective radicalement différente, telle qu'on la retrouve notamment chez le vice-président J.D. Vance. Par contre, ce qui est certain, c'est qu'il y a déjà des conséquences majeures au niveau géopolitique global. Voilà, avant de voir ce qui va se passer à l'avenir, il y a déjà les conséquences pas seulement pour l'administration Trump, l'Amérique et son sa sphère d'influence, mais pour le monde entier. D'abord, si et ce dernier mot est très important. Parce que il souligne qu'on est déjà dans le cadre d'une hypothèse et plus d'une évidence. Si l'Occident existe toujours, que recouvre-t-il ? Ça c'est une vraie question. Parce que d'abord, on a bien vu à l'énoncé du concept précédent que d'un point de vue géographique dans l'esprit de l'administration américaine, ça se soulevait. Mais on voit bien en plus que dans le rapport que les États-Unis envisagent avec l'Europe, c'est une question qui se soulève davantage. Et la question d'ailleurs, on peut aussi la prolonger en s'interrogeant à l'avenir si les américains dont c'est la prétention actuelle, vont changer la politique de l'Europe dont il considère qu'elle correspond plus aux défis pour s'en faire des alliés. Ou si c'est les européens qui vont réussir avec de nouvelles élections américaines à revenir à la nature des relations tel qu'elles étaient auparavant. Donc là on voit bien qu'on a déjà une première conséquence qui est très importante. Mais alors, il y en a une deuxième, c'est le dernier clou dans le cercueil. C'est le dernier clou dans le cercueil du droit international. Parce que maintenant, il va falloir m'expliquer comment on va pouvoir opposer aux russes le droit et leur réfuter la possibilité que d'accroître leur territoire. De même qu'il va falloir essayer de comprendre comment on va opposer aux chinois le droit international sur leur tentative à Taiwan. Quand on voit les actions américaines sur ces 12 derniers mois et en particulier les actions qu'ils ont mené au Venezuela, donc là on est dans un bouleversement. Et certains pensent qu'en réalité, c'est un retour à la ra politique. Je n'en crois rien. La real politique a toujours été présente. Et donc en fait, c'est une prise de conscience pour les occidentaux et en particulier pour les européens qui se sont si souvent accroché à ce rêve d'une paix éternelle pour ne pas dire d'une paix perpétuelle. Les européens, il va leur falloir réapprendre à vivre seuls. Et pour vivre seul en géopolitique, il faut réapprendre à se penser comme puissance. être une puissance ou ne plus être. Pour paraphraser Shakespeare dans la scène 1 de l'acte 3 d'Hamlet, Hamlet, le prince du Danemark, qui nous renvoie au Groenland. C'est une réponse que les européens vont devoir mettre en place. Seront-ils seulement capables de se poser la question ? En tout cas Fabrice vous remercie de nous amener à nous poser cette question de cette articulation entre la solitude et la puissance que je trouve très féconde et euh je vous propose de nous retrouver très prochainement pour un nouveau rendez-vous de la géopolitique. Merci. Merci à vous. Merci à toutes, merci à tous de nous avoir suivi pour ce nouveau numéro des rendez-vous de la géopolitique. Et à bientôt.

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