Thumbnail for Le seul domaine où l’IA ne nous remplacera jamais by Cato Minor

Le seul domaine où l’IA ne nous remplacera jamais

Cato Minor

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[0:00]Il y a quelques mois, un concours d'écriture a été organisé entre Chat GPT et cet écrivain célèbre. La consigne est simple, écrire un texte de 3000 mots avec la première et la dernière phrase imposée. Et d'après les observateurs, le grand gagnant de ce concours, c'est Chat GPT. Pourtant, Hervé Le Tellier c'est pas n'importe qui. Il a vendu des centaines de milliers de livres dans sa carrière et en 2020, il a même gagné le prix littéraire le plus prestigieux de France, le prix Goncourt. Le truc, c'est qu'il a pas seulement perdu contre l'intelligence artificielle, il a carrément été bluffé par la qualité du texte qu'elle a produit. Alors ça peut paraître étonnant, mais ça c'est loin d'être un cas isolé. En 2024, au Japon, la gagnante du plus grand prix littéraire du pays a admis avoir utilisé Chat GPT pour écrire des parties entières de son roman. Et plus généralement, sans même parler de littérature, l'utilisation de l'IA pour écrire est en pleine explosion. Les posts LinkedIn, les descriptions YouTube, les mails professionnels, les légendes Instagram, j'ai l'impression de lire du Chat GPT partout. Et ça vient pas de nulle part. Il est estimé que 60 % du contenu écrit sur internet vient d'une intelligence artificielle. Tout le monde l'utilise. Et vous aussi, vous l'utilisez. Je le sais parce qu'il y a un mois, j'ai organisé mon propre concours d'écriture. Vous avez été nombreux à participer et le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai pas été déçu. Alors oui, je vais vous présenter le vainqueur dans cette vidéo, mais avant ça, il faut qu'on discute d'un truc sérieux, on va parler d'écriture. Qu'est-ce qui fait qu'un texte est bon, pourquoi les auteurs commencent à paniquer, pourquoi les IA ne savent en réalité pas écrire, et je vais même vous prouver avec de la télépathie et un lapin bleu que vous êtes tous, sans la moindre hésitation, de bien meilleurs écrivains que Chat GPT.

[1:36]Écrire un bon texte, c'est pas évident du tout. Apprendre à bien s'exprimer à l'écrit, à bien rédiger, c'est souvent une étape difficile de l'éducation. D'ailleurs, on passe une énorme partie de notre scolarité à apprendre à écrire. Et le truc, c'est que l'école se focalise énormément sur la forme. Alors c'est assez logique, hein, parce que c'est important d'apprendre les règles de notre langue pour pouvoir la manier au mieux et donc s'exprimer clairement à l'oral comme à l'écrit d'ailleurs. Mais forcément, ça se traduit en pratique par des centaines d'heures d'apprentissage de l'orthographe et du vocabulaire, une plongée dans les méandres de la grammaire et dans l'absurdité des règles et leur multitude d'exceptions. Et tout ça, ça laisse des traces. Parce qu'à force de répéter mais, ou, et, donc, or, ni, car, d'essayer de trouver un mot qui rime avec triomphe ou de s'efforcer désespérément de se rappeler qu'on n'accorde pas le participe passé avec le verbe avoir, sauf si l'auxiliaire est précédé d'un COD, et bien on finit par croire que c'est ça bien écrire : respecter les règles. Alors, entre la difficulté de la langue française, le traumatisme des 2/20 en dictée et la fâcheuse tendance humaine à vouloir s'affranchir des principes, beaucoup de gens pensent qu'ils écrivent mal. Et c'est pile à ce moment-là que l'intelligence artificielle devient séduisante. Chat GPT peut reformuler un texte en un clin d'œil et il devient nickel. Aucune faute d'orthographe, une syntaxe maîtrisée, les phrases s'enchaînent, le vocabulaire est propre, bref, tout est carré, ça prend 10 secondes, donc la tentation est grande. Et je vais pas vous mentir, si Chat GPT avait existé quand j'étais au lycée, je me serais sûrement pas cassé la tête. Les commentaires composés, les dissertations, les fameux devoirs maison, j'aurais tout balancé dans la machine comme un escroc et basta, ça retourne faire des quickscope à l'intervention sur Favela. Je me souviens, à l'époque, j'étais déjà hyper content quand j'arrivais à trouver un plan ou un extrait d'une dissert disponible sur internet et que je pouvais le copier. Alors maintenant, une IA qui sort un texte parfait instantanément, c'est du pain béni. Enfin, j'ai dit parfait, mais si vous suivez ce que je vous raconte depuis le début, vous comprenez que cette soi-disant perfection, elle se situe dans la forme de l'écriture. Mais est-ce que ça suffit à dire que les IA écrivent bien ? Je vous ai dit tout à l'heure qu'écrire un bon texte, c'était difficile, mais il y a un truc encore plus dur que ça, c'est définir ce qui fait qu'un texte est bon. Et si cet exercice est complexe, c'est parce qu'il ne repose sur rien de bien précis. Un texte peut vous paraître excellent, mais laisser quelqu'un d'autre complètement indifférent. Il y a certains livres que je trouve hyper puissants, mais quand je les conseille à des potes, ils les trouvent chiant comme la pluie. Bref, un bon texte, c'est un concept subjectif. On ne peut pas le réduire à la qualité de sa forme. Je vous ai récemment parlé sur la chaîne de Chuck Palahniuk et son style hyper minimaliste. Des phrases très courtes, un vocabulaire limité, quasiment pas d'adjectifs, c'est tout l'inverse d'un Marcel Proust, par exemple, qui abuse des phrases à rallonge et d'accumulation descriptive avec des points-virgules et des adjectifs à la pelle. Aucun de ces deux auteurs ne respecte vraiment les fameuses règles dont je vous parlais plus tôt et pourtant beaucoup de gens, moi y compris, s'accordent à dire que leurs textes sont bons. Donc c'est clair, la forme ne fait pas tout. Et c'est là que se situe la faille de l'intelligence artificielle. En fait, ce qu'elle fait quand on lui demande de générer ou de reformuler un texte existant, c'est purement du calcul. Chat GPT ne réfléchit pas. Il prédit le mot le plus probable à venir en fonction de votre prompte, de l'historique des conversations et de son entraînement sur des milliards de textes. En gros, il ne se dit pas quelle est la meilleure phrase pour cette idée, mais plutôt après cette suite de caractères, quel mot a le plus de chance d'apparaître ? C'est-à-dire que, concrètement, l'IA ne sait même pas ce qu'elle écrit. Qu'elle écrive une blague, une lettre d'amour ou un article scientifique, elle fait la même chose. Et c'est là qu'on se fait avoir parce que, du coup, on a l'impression qu'elle trouve toujours le mot juste. Et c'est vrai, statistiquement. Par exemple, si elle a vu dans 10 000 textes que l'expression dans ce contexte est suivie de il est pertinent de considérer, c'est ce qu'elle va écrire. Et c'est ça qui rend l'effet général très convaincant. C'est aussi pour ça que son écriture semble très académique avec une forme impeccable. Alors pas de doute, c'est impressionnant au premier abord. Souvent, on compare ce que nous donne Chat GPT avec ce qu'on a écrit et ça nous paraît largement mieux. Donc, c'est hyper tentant, on a l'impression de lire nos idées, sauf qu'elles sont mieux formulées. Ça a l'air parfait. Mais en réalité, ce n'est qu'une illusion. Les textes générés par l'IA sont creux et leur beauté apparente cache un énorme problème. Et ce problème, il est difficilement descriptible. C'est comme un malaise, une sensation bizarre qui s'empare de nous pendant la lecture, comme si quelque chose sonnait faux. Je suis souvent confronté à cette difficulté parce que je donne des cours d'écriture et je le vois chaque semaine. Pourtant, à chaque fois, quand je suis face à un texte généré par l'IA, je galère à mettre des mots sur ce qui ne va pas. Il y a un truc qui cloche, c'est clair, mais c'est pas facile à cerner. C'est comme un visage généré par intelligence artificielle : la symétrie est parfaite, la peau est lisse, le regard aligné, mais on le sent, ce malaise, quand on regarde l'image quelques secondes. Souvent, ce que je finis par dire à mes élèves, c'est ça manque d'humanité. Ça paraît un peu bateau, mais franchement, je trouve que c'est ce qui décrit le mieux le problème. Parce que l'une des caractéristiques indissociables de l'être humain, c'est son imperfection. Les petites imprécisions grammaticales, les structures bancales, les adjectifs pas parfaitement adaptés à la situation, les passages de moins bonne qualité, les envolées lyriques trop précipitées, c'est tout ça qui rend un texte authentique, c'est ce qui permet de s'y identifier et d'y trouver un sens. Et c'est ça que l'IA est incapable de fournir. Parce que le propre du style académique qu'elle adopte, c'est de ne jamais donner son avis. Elle cherche à tout prix à ne pas choquer, ne pas cliver et surtout à rester correct. Et quand on cherche à ne heurter la sensibilité de personne, on finit par ne rien dire du tout. Pire que ça même, on finit par ne plus penser. Avec tout ce que je vous ai dit, vous vous demandez peut-être comment Chat GPT a pu gagner un concours d'écriture contre le lauréat du prix Goncourt. Mais le truc, c'est que tous les défauts que j'ai pointés jusqu'à maintenant, ils s'appliquent à l'utilisation grand public des intelligences artificielles. Et qui dit grand public, dit mauvais prompte ou en tout cas pas hyper optimisé. En gros, les textes IA qui sonnent creux, c'est la faute de ceux qui tapent les instructions. Avec un bon prompte, on peut injecter une bonne dose d'humanité dans ces modèles pour compenser leur biais, mais c'est un sacré taf ! Pour vous donner une idée, le prompte qui a servi à écrire le texte qui a impressionné Le Tellier est deux fois plus long que le texte lui-même. En fait, c'est quasiment un travail d'écriture à part entière. On est très loin de l'utilisation qu'en font la majorité des gens et c'est même plus forcément une solution de facilité. À ce niveau-là, c'est presque une forme de direction littéraire. Mais ce que ça veut dire, c'est qu'avec le bon savoir-faire, on peut pousser l'IA à écrire des textes extrêmement convaincants. Le gars qui a piloté Chat GPT pour le concours d'écriture a d'ailleurs écrit un bouquin de 200 pages entièrement avec l'intelligence artificielle en seulement deux jours. Et là, c'est carrément autre chose, on assiste à l'émergence d'un tout nouveau profil d'écrivain : les auteurs augmentés. Ils sont de plus en plus nombreux chaque jour et ils sont sujets à énormément de controverses. Leurs techniques et leurs capacités de production font beaucoup parler ces derniers temps. Les auteurs classiques tirent la sonnette d'alarme, la littérature est en danger.

[8:17]Lui, c'est Garry Kasparov, un des meilleurs joueurs d'échecs de tous les temps. En 1997, il a participé à un événement qui a marqué l'histoire. C'est un match qui a transcendé la barrière des 64 cases et a fait parler de lui dans le monde entier. Il a joué contre un ordinateur. Enfin, non, il a perdu contre un ordinateur.

[8:40]Et même si maintenant, en 2025, ça nous paraît évident parce que le moindre processeur à peine assez puissant pour faire tourner un Minitel est capable de calculer toutes les variantes d'une position avec une profondeur d'une vingtaine de coups en une fraction de seconde, il y a 30 ans, c'était autre chose. En fait, cette défaite de Kasparov contre Deep Blue a marqué les esprits. Elle a été hyper médiatisée et a tout de suite pris une importance emblématique. C'est la première fois qu'une machine est capable de surpasser l'intelligence humaine de façon si spectaculaire. Ce match est devenu un symbole, c'est le moment Kasparov. Un instant charnière de l'histoire, provoqué par un événement spectaculaire et médiatisé, où l'humanité se rend compte de l'avancée de l'IA dans sa capacité à résoudre des tâches complexes que l'on pensait jusqu'alors strictement réservées à l'Homme. Ce moment, on l'a vécu dans d'autres sphères depuis, l'image, la reconnaissance vocale, la musique, alors est-ce que le moment Kasparov de la littérature est arrivé ? C'est pas une question en l'air, c'est une réelle inquiétude. Récemment, la mise à jour de GPT 4.0 a mis un énorme coup d'accélérateur. Le texte, l'image, la voix, tout fusionne. Ce qui relevait de la simple démo technique devient une fonctionnalité accessible à tous et du même coup, une menace concrète pour des dizaines de métiers. On assiste à des nouveaux moments Kasparov toutes les semaines et à chaque fois, tout le monde prend une sacrée claque. Il y a quelques mois, on a eu droit à la trend des starter pack générés par IA. Un simple prompte et ça sort une image stylisée avec les logos, les vêtements, les objets demandés. Des comptes TikTok entiers se mettent à en produire à la chaîne, ça fait des millions de vues, les marques s'en emparent et les artistes commencent à s'inquiéter. Dans la foulée, c'est le coup de grâce avec la mode des filtres Ghibli. Ça transforme n'importe quelle photo en décor de Miyazaki, et cette fois, les images sont tellement belles que ça déclenche une énorme polémique. Parce que les artistes qui ont passé des années à apprendre à dessiner à la main se font doubler par des utilisateurs d'IA qui peuvent sortir des dizaines d'images en quelques minutes sans aucun effort. Les graphistes, les miniaturistes, les créateurs de logos, bref, les artistes picturaux, tous au jour, montent au créneau. Mais en vérité, il n'y a pas grand-chose à faire. Et c'est bien ça qui inquiète maintenant les écrivains. Tout récemment sur les réseaux, certains auteurs ont commencé à filmer leur routine d'écriture, leur carnet, leur rature, tout ça pour prouver qu'ils écrivent à la main. Ils ne trichent pas, ils ne font pas appel à l'intelligence artificielle, c'est une sorte de signalement de vertu ou même d'argument marketing : une garantie sans IA, 100 % humain. Un peu comme les fruits bio, sauf que là le pesticide, c'est Chat GPT et le label, il est pas vraiment vérifié. Alors comme d'habitude sur les réseaux, tout est amplifié, les réactions sont tranchées et grandiloquentes. Ça y est, la littérature va mourir, on a atteint le point de bascule, l'instant où la machine passe du statut d'outil à celui d'adversaire. Le moment Kasparov de la littérature, c'est maintenant. Bon, je vais pas vous mentir, je trouve tout ça un petit peu ridicule. En fait, je pense même que cette peur d'être remplacée repose sur une erreur fondamentale. On est en train de projeter sur la littérature le même fonctionnement que celui d'un jeu d'échecs. On croit qu'il y a une meilleure réponse possible et qu'un texte peut être objectivement optimal, comme si la machine était en train de progresser vers un idéal, d'améliorer peu à peu sa compréhension de l'écriture pour trouver un jour l'enchaînement de mots parfait : la résolution du jeu, l'échec et mat, imparable. Mais ce raisonnement, il tient pas debout parce que la littérature n'est pas un système fermé. Ce n'est pas un jeu à règles fixes avec un nombre de possibilités fini. Le Roi se déplace d'une case dans toutes les directions, mais la Littérature avance à l'aveugle. C'est un langage vivant, une faille ouverte dans laquelle on met nos doutes, nos désirs, nos réflexions, nos colères, c'est un chaos organisé, une harmonie hasardeuse, c'est de la pensée sur papier. Un livre, c'est une voix qui interprète une intention. Le lire, c'est imaginer les traces d'encre fébriles sur une page blanche au moment où l'auteur y dépose une partie de son cœur. C'est une tentative toujours imparfaite de mettre des mots sur un ressenti ou une analyse. Un texte, c'est de la transmission, et je parle pas d'information, je parle d'une présence. C'est un message qu'on lance dans le vide en espérant que quelqu'un le reçoive. Ça peut être une personne qu'on connaît, ça peut être soi-même dans une dizaine d'années, ça peut même être quelqu'un qu'on a jamais vu, qui ne nous verra jamais, mais qui, l'espace d'un instant, va ressentir exactement ce qu'on voulait transmettre. Et c'est ça qui rend l'écriture irremplaçable, ce frisson de reconnaissance entre deux esprits humains. L'intelligence artificielle peut essayer de faire semblant, mais en réalité, c'est tout ce qu'elle peut faire. Elle ne peut ni le vivre, ni en être l'origine.

[13:03]Bon, je me suis un peu emballé comme à mon habitude. Alors pour illustrer ce que je viens de vous dire, je vous propose une petite expérience de pensée. En fait, elle vient pas de moi, mais de Stephen King, un écrivain contemporain très influent, auteur notamment de Shining ou La ligne verte. Et en 2000, il a écrit Écriture, mémoires d'un métier. C'est une sorte d'essai autobiographique. Il y a deux grandes parties dans ce livre : la première s'appelle CV, et en gros, il raconte sa vie et son expérience d'écrivain. Dans la deuxième partie, il parle d'écriture. Il donne des conseils sur la construction d'une bonne histoire, il partage ses réflexions sur le métier, sur la créativité, l'inspiration, sur le style. C'est vraiment hyper intéressant, mais c'est pas de ça dont on va parler. Parce qu'entre ces deux grands chapitres, il y a une petite partie transitoire de quelques pages, c'est une sorte d'introduction à sa réflexion et il essaie, dans cette transition rapide, d'adresser la question qu'est-ce qu'écrire ? Il va y raconter dès sa première phrase : de la télépathie, bien entendu. Pour illustrer ce qu'il entend par là, il va nous décrire une scène très simple. Je vais vous la lire et vous allez comprendre. Normalement, au fur et à mesure de la lecture, une image mentale s'est formée dans votre esprit. Chacun de vous aura sûrement un résultat légèrement différent avec un rouge plus ou moins prononcé, des détails sur la nappe, la cage ou la taille du morceau de carotte, mais globalement, on a tous la même scène dans notre tête.

[14:38]Voilà, l'expérience de télépathie a fonctionné. Alors là, je vous l'ai lu à haute voix, mais ce que dit Stephen King, c'est que cette transmission d'images peut se faire sans aucune communication palpable, seulement à travers des mots. Pas besoin d'être au même endroit ni au même moment, il suffit qu'un humain écrive et qu'un autre humain lise pour que la scène existe dans deux esprits séparés. Alors le terme de télépathie est peut-être un peu exagéré, mais je trouve que c'est une très bonne façon d'imager le procédé. Écrire, c'est établir un dialogue mental entre l'écrivain et le lecteur. Un dialogue qui traverse le temps et l'espace pour faire passer des pensées qui transcendent les barrières du monde matériel. Et finalement, c'est peut-être ça, un bon texte. Quelque chose qui met des mots sur une expérience humaine et qui fait ressentir au lecteur une sensation de proximité, d'intimité même. Mais cette expérience du lapin et son huit bleu sur le dos, elle a encore quelque chose à nous apprendre. Et celui qui l'explique le mieux, c'est Stephen King lui-même. Avant que vous ne poursuiviez, il faut bien comprendre que je n'essaie pas de faire le malin, qu'il y a bien quelque chose que je veux vous montrer. Vous pouvez entreprendre cet acte, l'écriture, en étant nerveux, excité, plein d'espoir ou même de désespoir avec le sentiment que jamais vous n'arriverez à mettre sur la page tout ce que vous avez dans l'esprit et dans le cœur. Vous pouvez l'entreprendre les poings serrés, les yeux plissés, près à bouter des culs et à relever des noms. Vous pouvez l'entreprendre parce que vous voulez épouser une fille ou parce que vous voulez changer le monde. Vous pouvez l'entreprendre comme bon vous semble, mais pas à la légère. Permettez-moi de le répéter : n'approchez pas la page blanche à la légère. Non que je vous demande de l'approcher avec révérence ou sans vous poser de questions. Je ne vous demande pas davantage d'être politiquement correct ou de mettre de côté votre sens de l'humour. Nous ne sommes ni dans un concours de popularité, ni aux jeux olympiques moraux, ni dans une église. Mais il s'agit d'écrire, non d'un chien, pas de laver la voiture ou de se maquiller les yeux. Si vous êtes capable de prendre l'écriture au sérieux, nous pouvons faire affaire. Si vous n'en êtes pas capable, ou si vous ne voulez pas, le moment est venu pour vous de refermer ce livre et de faire autre chose, de laver la voiture par exemple. Voilà pourquoi ces tendances TikTok de se mettre en scène pour prouver qu'on écrit sans intelligence artificielle me paraît si ridicule. Parce que l'IA est incapable d'écrire. Elle peut sortir des textes fluides, structurés, brillants même, mais elle n'écrit pas. Elle ne sait pas ce que ça fait de ne pas trouver ses mots, elle ne connaît pas la frustration d'avoir un truc au fond du cœur qu'on n'arrive pas à formuler. Elle ne ressent pas cette pulsion créatrice qui pousse à gratter, raturer, recommencer pour enfin trouver la phrase qui exprime exactement ce qu'on ressent. Et c'est pour ça qu'utiliser l'IA pour écrire n'a aucun intérêt. Et oui, même pour des communications formelles, pour écrire une lettre de motivation ou rédiger un compte-rendu, chaque opportunité d'écrire est bonne à prendre. C'est une gymnastique mentale formatrice, ça force à structurer ses idées, à clarifier sa pensée, ça développe l'inventivité, l'empathie, la qualité de l'expression, la visualisation abstraite et même si le texte final n'est pas incroyable, même s'il n'est lu par personne, le simple fait de l'avoir écrit, ce suffit à lui-même. C'est ça que tous ces auteurs augmentés et ces écrivains terrifiés par l'IA ont oublié. Ce n'est pas le résultat qui donne sa valeur à l'écriture, c'est l'acte en lui-même. Et c'est pour ça que j'ai lancé mon concours d'écriture. J'espérais pas recevoir des chefs-d'œuvre ou trouver le prochain Victor Hugo, je voulais juste vous faire écrire. Et franchement, je suis ravi du résultat. J'ai reçu plus de 200 textes, des histoires d'amour, des récits de deuil, des souvenirs d'enfance, des poèmes, des lettres, des trucs drôles, des trucs tristes, des trucs bizarres, j'ai tout lu, c'était varié, souvent très personnel et beaucoup d'entre vous ont même accompagné leurs textes de messages de remerciement. La plupart du temps, c'était parce que ce concours a été l'opportunité pour vous de retrouver le plaisir d'écrire. Vous vous êtes prêté au jeu et vous êtes rendu compte que vous aimiez cette activité. Et ça, pour moi, c'est une grande victoire parce que je crois qu'on a tous tendance à l'oublier dans ce monde où tout devient marchand, rapide et un petit peu fake, une activité créative qui a pour unique but sa seule existence, c'est précieux. Bon, tout ça, c'est très beau et ça suffit largement à considérer que ce concours est une franche réussite, mais vous vous en doutez, avec le sujet de cette vidéo, vous avez aussi été nombreux à utiliser l'intelligence artificielle. Déjà, pour trouver l'indice caché dans ma vidéo de présentation. Alors, je suis peut-être un peu naïf, hein. Je vous imaginais écouter ma vidéo et vous creuser la tête à la recherche de cette fameuse référence musicale. J'avais même mis le texte en description en me disant que certains allaient le relire et tourner en rond en cherchant la clé dissimulée à l'intérieur. Mais en fait, c'est bien mignon ça, mais un simple copier-coller dans Chat GPT avec un prompte d'une seule phrase et l'indice ressort direct. Et je vais être honnête, j'avais pas anticipé ça. Bon, si vous voulez savoir comment je m'en suis aperçu, quel était l'indice caché et aussi plein d'autres infos sur le concours en général et sur vos textes, vous pouvez aller voir la vidéo dédiée que j'ai fait sur ma chaîne secondaire. Donc l'indice, c'est un échec. C'est pas très grave, ce qui m'a un peu plus embêté, ce sont les textes. Alors, c'est pas dramatique, hein, il y en a finalement très peu qui ont été entièrement générés par l'IA. Mais j'en ai repéré quand même pas mal où c'était juste des reformulations, quelques tournures ou ajustements. Et je pense être pas mauvais pour repérer ça, mais il y en a forcément qui m'ont échappé. Alors je vous en veux pas, après tout, c'est un outil et je n'avais pas spécifié dans les règles que c'était interdit de l'utiliser. C'est juste que je sais pas, j'avais une vision où je vous voyais assis à une table, un carnet devant vous, un crayon dans la main, en train de chercher vos mots, de raturer et de regarder le plafond pendant plusieurs minutes en quête d'inspiration. C'était peut-être un peu enfantin, mais c'est bien plus sexy que des enchaînements de prompte sur Chat GPT pour optimiser un texte. En fait, c'est ça que j'ai ressenti, du désenchantement. Parce qu'au fond, je vais pas me prendre pour ce que je suis pas. Mon concours, c'est pas grand-chose, il n'y a pas d'enjeu délirant ou de prix super attractifs. C'est principalement pour le plaisir. Et en fait, c'est presque ça qui rend l'utilisation de l'intelligence artificielle très triste. Même dans un concours d'écriture pour le fun, on a du mal à résister à la tentation de la facilité. Ça montre à quel point on est devenu impatient et omnubilé par le résultat et l'efficacité. Sauf que l'écriture, c'est tout l'inverse. C'est lent, c'est pénible, c'est souvent chiant même. On rature, on tourne une phrase 50 fois dans notre tête, on a juste une formulation pendant une heure, alors que personne va la remarquer. On écrit un passage entier, puis on le réécrit et finalement, on se rend compte qu'il est nul, donc on le jette. On bloque sur un mot, on perd confiance, on doute. Oui, c'est long, c'est dur, c'est fastidieux, coûteux en énergie, mais c'est ça qui fait la beauté du truc. C'est cette lutte contre soi-même, cette progression lente et difficile. À force de creuser, de ramer, de galérer, il se passe quelque chose. Une phrase qui claque, une image qui apparaît, un souvenir qui refait surface, c'est ça qui donne du poids au mot. C'est le travail et l'humanité qu'il y a derrière. C'est en ne cédant pas à la facilité qu'on peut produire quelque chose de beau. En se jetant à corps perdu dans l'effort et dans l'ennui. Et c'est pour ça que le texte que j'ai choisi comme gagnant m'a autant touché. Parce que c'est un éloge de ce qu'on fuit trop souvent, de ce que l'IA est incapable de comprendre et ne pourra jamais reproduire. L'instant où il ne se passe rien, on ne sait pas quoi faire, on regarde dans le vide et on trouve. Le gagnant s'appelle Adrien, et voici son texte.

[21:26]Te voici fait, Ennui, et moi me voici roi Car notre société m'a élu comme loi Et aujourd'hui enfin l'homme s'est asservi À l'électricité et la technologie. Le bruit partout demeure et tu ne viendras plus Torturer l'homme ; en moi, ils trouvent leur salut. Quel malheur ton triomphe apportera au monde ! Il ne sentira plus le temps que tu inondes. Mais je te combattrai cataracte insidieuse, Ambassadrice de la vacuité rieuse. J'ignorais ton souci du bien-être du monde. Toi qui l'avalerais en bâillant, bête immonde, Tandis que mon dessein est celui de la paix. J'ôterai de la terre et de la société, Tous les maux, tous les vices, et le malheur d'un coup. Je ferai mieux que Dieu, je serai Dieu au bout. Orgueil démesuré d'un narcisse séduit Tu tueras le péché mais la vie avec lui. Même si tu dis vrai, que je suis redouté, Le bonheur est à ceux qui savent m'apprécier Et plonger au fond de l'abysse de mes yeux. Sans redouter le profond silence ennuyeux. Loin de l'anesthésie que tu voudrais prescrire Je veux voir rire l'homme d'un véritable rire Et au creux de mes bras pouvoir le ressentir Former contre mon sein ses multiples désirs. Privé de volonté, l'homme n'est qu'un pantin Auquel tu pourras vendre tes tristes festins. Je le sauverai du même coup qu'il me tue Et je reviendrai tant qu'il se sera perdu. Ainsi ai-je endossé, depuis la nuit des temps, Terrible et monstrueux le rôle d'un tyran. Si je disparaissais, que restera de l'homme ? Plus de Napoléon, plus d'Arthur, plus de Rome, Fini les Delacroix, fini les Caravage, Fini les Magellan, les hommes de courage, Les Supertramp, les Barbara, les Debussy, Les Cyrano, les Don Quichotte et Hernani, Les Aragon, les Baudelaire et les Pagnols... L'attente crée l'espoir comme sait l'Espagnol. Comme une femme qui, dans la douleur, enfante Les génies naissent de cet Ennui qui les hante. Mon silence est un cri qui réveille leurs âmes Car les hommes sont nés pour brandir l'oriflamme Qui incarne ici-bas leur liberté conquise. Recule les sirènes que tu leur as promises Un homme qui s'ennuie est un incorruptible Qu'il se réjouisse de l'honneur d'être ma cible.

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