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janvier 2024, soirée "jeunes initiés" - Le regard de l'universitaire : Pascal Lardellier

Chaine officielle de la Grande Loge de France.

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[0:08]Je vous propose maintenant d'accueillir Pascal Lardelier.

[0:18]Pascal Lardelier est professeur à l'Université de Bourgogne. Il est auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages de recherche et de vulgarisation d'articles scientifiques. Il est avec nous ce soir, il est également auteur d'une série de podcasts et je vous recommande notamment tout particulièrement qu'il a fait dernièrement sur sur France Inter et qui est véritablement très intéressant. Et il est l'auteur de ce livre qui vient de sortir qui s'appelle Éloge de ce qui nous lit, l'étonnante modernité des rites, donc en totale cohérence avec ce sur quoi nous échangeons ce soir. Vous pourrez vous le vous le procurer. Mon cher Pascal, vous avez la parole. Bien, merci Eric. Mesdames et messieurs, chers amis, j'ai voulu vous parler ce soir. J'aurais pu garder pour cette allocution le titre donné à la synthèse des paroles de jeunes initiés. Petit larcène.

[1:31]Je vais me décaler un peu. on peut y aller cette fois-ci c'est bon. Très bien. Donc, je disais que j'aurais pu garder pour cette allocution le titre donné à la synthèse des paroles de jeunes initiés. Que l'on m'a fait l'honneur de demander de signer et ce titre était le feu sacré. Mais j'ai choisi d'intituler cette conférence un peu plus sombrement la voix de l'initiation, un parcours de vie. Vous comprendrez pourquoi le choix ce choix au terme du propos. Après tout, nous sommes dans un lieu où, me semble-t-il, des mystères se dévoilent au fur et à mesure du parcours, précisément. Je tiens à remercier dans un premier temps la Grande Loge de France de son invitation à prendre la parole ce soir dans un contexte aussi prestigieux. Et puis bien évidemment, je remercie toute l'équipe de la revue Points de vue Initiatique pour sa confiance et pour son engagement. Je précise que cette conférence qui assume sa dimension et sa tonalité poétique, a été écrite sous la forme de ce que l'on appelle entre ces murs, un morceau d'architecture.

[2:59]Donc, je disais que cette ce travail a été écrit euh sous la forme de ce que l'on appelle ici, un morceau d'architecture et je ne voulais pas oser une parole libre en apparence qui aurait pu paraître désinvolte dans son expression ou désordonnée dans sa structure. Afin de donner du rythme aux propos, nous avons conçu la chose avec Eric sur le mode du duo. Alors mon cher Eric, je vais parler un tout petit peu plus que vous, mais ça vous le saviez hein, je pense que C'était pour ça monsieur Pascal. C'était prévu. Enfin, je remercie tous ces jeunes initiés initiés de m'avoir permis d'être leur héros. Héros, entendons-nous que j'écris avec un suffixe en haut bien évidemment au sens de porte-parole. À Athènes, ce héros apportait les nouvelles tout en représentant celui dont il portait la parole. Héros et non héros, Mercure oui, Hercule non. Merci Pascal. Vous êtes anthropologue. Est-ce que vous pouvez nous expliquer de quoi il s'agit ? Alors Eric, on pourrait dire que l'anthropologue est un radiologue du social. Il ne relève pas les plans, non, mais révèle les lignes de force et les lignes de fracture. Il scrute les les contours des corps collectifs et les appels structures. Là où l'on voit des liens, il voit des lois. Il recompose des mosaïques à partir de fragments épars. auxquels il faut faire rendre sens. Précisément ce que j'ai essayé de faire avec ses paroles de jeunes initiés. Alors Pascal, il faut avouer que l'anthropologie reste assez méconnue. On connaît mieux la sociologie. En deux mots, comment vous définiriez l'anthropologie ? Et bien Eric, je pourrais dire que l'anthropologie est la science des filigrane et des ressac. Percevoir ce qu'il y a derrière, mettre au jour ce qu'il y a dessous. Derrière les communautés, il y a des imaginaires, des idéaux, des mythes et des légendes. Tous ces textes tissent un lien fort entre ceux qui les partagent. Porteuse de mémoire et de valeurs, ces narrations sont structurantes pour les communautés qui adhèrent. Elles sont l'arrière-plan donnant couleur et profondeur à ce que l'on a en commun. On raconte des histoires aux enfants pour les endormir. On raconte des légendes aux adultes pour les éveiller. pour leur transmettre une tradition. Celle-ci les lira aux générations de ceux qui ont écouté avant eux. Les légendes, un lien de mots, de vers et de rêves. Et puis dessous, il y a des lois intangibles et puissantes. Des lois non juridiques mais symboliques qui nous obligent mais ouvrent aussi des horizons relationnels telle la fraternité. Ce lien de solidarité, de bienveillance, de confiance unissant les francs-maçons. Elle est bien une force puissante qui structure en profondeur les relations entre initiés. Je pourrais dire que la sociologie est horizontale. Et l'anthropologie verticale. Elle étudie ce qui relie à d'autres dimensions. Or, le rite est tout à la fois la colonne porteuse et la courroie de transmission entre l'ici, notre être au monde, dirait un philosophe, et ces autres dimensions. Étudiant les mythes et les rites, l'anthropologie étudie ce qui relie au sacré, percevant le filigrane, ressentant le ressac. Concrètement, Pascal, comment avez-vous travailler par rapport à cette réflexion sur les jeunes initiés ? Par-delà la diversité des regards et aussi des thèmes proposés à la réflexion des jeunes des jeunes initiés. Il convenait de dégager des thèmes, des lignes de force, de repérer des similitudes, de percevoir de l'unité et peut-être de rassembler des choses éparses de l'ordre du vécu initiatique. La méthode a consisté pour moi à lire patiemment la petite trentaine de travaux proposés et de faire remonter les évidences exprimées par tous autant que l'implicite de leur propos aussi. Ce qui leur est commun comme ce qui est du registre de l'expérience singulière. Et puis, je me suis souvenu de la fulgurance énigmatique de René Char. Les mots qui surgissent savent de nous des choses que nous ignorons d'eux. Ainsi en en va-t-il de ces paroles de jeunes initiés faisant perler des émotions singulières, affleurer des traits de personnalité louable et même admirable. Alors je précise que j'ai quand quand je dirais guillemets au fil de mon propos, cela signifiera que je cite des verbatime éloquent issus de ces impressions d'initiation. Entrons dans le vif du sujet. Comment entre-t-on en franc-maçonnerie ? Est-ce que cela répond à un manque, à un appel ? En effet, on ne rentre pas en franc-maçonnerie par hasard. Ou alors, ou alors, le hasard, c'était le grand architecte qui passait incognito, orientant un chemin à dessin. Souvent le désir d'initiation s'appuie sur un manque, sur une frustration. On ressent confusément l'envie de stabilité, le besoin de ralentir, la nécessité de se poser. Or, le rite et la tradition, la fraternité paisible et puissante, offre précisément cela. Et c'est ce que les semaines et les mois suivant l'initiation révéleront ou confirmeront. Pascal, il semble que notre société rapide, ce qu'on pourrait appeler notre époque tique, n'a pas vraiment bonne presse auprès des jeunes initiés. Non Eric, notre époque n'a pas le beau rôle. Bien sûr, il ne serait être question d'endosser ici le rôle du vieux conservateur. Et de brûler au bûcher de la technophobie les 1000 bienfaits technologiques et les progrès indéniable de notre époque. Cependant, notre société du clic et du clash où tout se donne instantanément au doigt et à l'œil, mais où les écrans font écran. Cette société du seul ensemble, nous voyons être fortement communiquant mais faiblement rencontrant, ne satisfait pas les futurs initiés. La technologie est devenue l'architecte de nos intimités. Mais c'est à c'est à une connexion d'une autre nature que tous les jeunes initiés font référence. Finalement, c'est parce que notre société se caractérise par son urgence, son impermanence, son individualisme forcené, son matérialisme, ses carences spirituelles et son brouha permanent, que directement ou indirectement, des jeunes gens frappent à la porte du temple. Tous éprouvent une impérieuse envie, un besoin même, de se recentrer au milieu du tourbillon contemporain, disant la nécessité d'un réenracinement, alors que règne le hors sol. Dès 1947, Georges Bernanos affirmait dans la France contre les robots qu'on ne comprend rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas qu'elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure. Bien sûr, c'est peu de dire que les choses ne se sont pas arrangées depuis. Et plus que jamais, les personnes en quête d'éveil sont sensibles à l'appel de la voix initiatique. On devine avant de postuler qu'on devrait trouver là ce qui fait défaut dehors. Un havre régit par d'autres lois, vivant à un autre rythme. C'est toujours un homme qui se sent incomplet qui frappe à la porte du temple. En manque de sacré et en quête de sens. J'y reviens, on ne rentre pas là par hasard. On demande à être initié où on est proposé pour l'être parce qu'on ressent ce manque ou l'entourage le perçoit et souvent c'est le bon moment. L'initiation va orienter, montrer l'orient. Elle va montrer la voie, elle va ouvrir sur des corpus symboliques qui vont assouvir l'appétence à la spiritualité tout en œuvrant avec le temps, les jeunes initiés, à produire la quintessence entre les différentes dimensions de l'être Apinien et Dionysiaque. Surtout, refaire l'apprentissage du silence au cœur d'un monde bavard et bruyant. Et l'expérience d'une temporalité lente et d'un temps long qui vont changer la perception des choses. Et puis être au cœur d'une chaîne d'hommes, des frères désormais unis par le même idéal alors que l'individualisme règne. L'air du temps anxiogène est mise à bonne distance. Dans le temple règne une harmonie sereine. Ce lien est d'autant plus important dans une société d'individualisme connecté dans laquelle la distance et la méfiance se sont imposées entre Covid et hashtagisation de nos relations, se sont imposés distance et méfiance comme de nouveaux impératifs sociaux et moraux. Déçu par mes pères, j'aurais pu finir misanthrope sans la rencontre avec la fraternité ose glisser un jeune frère. Vous avez analysé ces 30 témoignages au cœur de ces témoignages l'initiation. L'initiation est un choc en même temps c'est une rencontre, ce sont des rencontres. L'initiation. Une expérience unique, saisissante, hypermnésique. On ne l'oubliera jamais, elle se grave dans la mémoire cognitive et sensible, passant par le corps, par la sensibilité. Elle résonne en chaque jeune frère entérinant un passage du monde profane à l'univers sacré et spirituel. Qui marque un avant d'un après, un dehors d'un dedans et qui surtout fait que tous ces frères des nôtres alors qu'ils étaient auparavant les autres. Des inconnus hier encore deviennent des intimes par la magie de l'initiation. Et l'initiation, comme la belle inconnue des songes du poète est toujours la même et pourtant toujours différente. Chacun la vit avec sa personnalité, mais cette seconde naissance bouscule et bouleverse même le regard et les certitudes profanes. La première naissance biologique est celle du bas. La seconde spirituelle se fait par le haut. Par cette initiation, on meurt au vieil homme pour renaître à l'homme neuf qui sommeillait en nous. On écrit son testament symboliquement, mais c'est franchir un Rubicon plus que l'Acron. L'initiation permet d'être révélé à soi-même. Elle frappe le corps et l'esprit, elle prend possession de la sensibilité. C'est une libération et même une renaissance, un moment psychodramatique qui remue en profondeur. Et puis, c'est aussi une rencontre avec une communauté, avec des frères et avec soi-même. On va habiller le monde d'un sens nouveau. Être initié, nous dit lyriquement un jeune initié, c'est un privilège qui se mérite et qui se gagne. Surtout, la progression initiatique se révèle au cours des cérémonies et chaque frère devient l'acteur de son changement intérieur, de son évolution personnelle. Les jeunes initiés, tous différents dans leur parcours et leur profil, mais tous unis par une culture nouvelle, foisonnante qui déconcerte et enchante. La culture selon les anthropologues, c'est tout ce qu'il faut savoir pour appartenir. Des codes, des langages, des rites, des références et des valeurs partagées. Et bien ces jeunes initiés découvrent et partagent vite un corpus de rites, de symboles, de mythes et aussi le lien fort de la fraternité. Un privilège en héritage. Une rencontre, la franc-maçonnerie, des rencontres, les francs-maçons. La fraternité est tout sauf une abstraction. Elle permet d'entrer dans une boucle physique, morale et émotionnelle, ouvrant à une nouvelle dimension de l'être par cette Égrégore qui est une ascension. On monte ensemble vers quelque chose d'été et de puissant et on y revient de sacré. Cette fraternité matérialisée symboliquement et rituellement par la chaîne d'union, transcende les différences par l'égalité entre les frères. Elle gomme l'individualisme au profit d'un universalisme qui se vit dans la reconnaissance de soi en l'autre et de l'autre en soi. Cette question du lien est fondamentale. Retrouver, renouer les fils d'une communauté qui sera toujours là désormais pour écouter, pour aider, pour aimer. Dans la société du calcul et du contrat, la fraternité se donne de manière inconditionnelle. Illustration, un nouvel initié demande un conseil, un service même, à un frère plus ancien. Bien sûr, il le remercie et l'aîné s'exclame, tu n'as pas me remercier, on est frangin. Il y a l'initiation, vous venez de nous en parler et après l'initiation, la découverte du rite et le langage symbolique. Alors, le rituel est un élément fondamental de la voix initiatique et on le découvre précisément avec l'initiation. Avant, il se donne à lire tout au mieux aux curieux. Le soir de l'initiation, il se donne à vivre à l'initié. Ce qui va se passer derrière la porte du temple, ce qui va être vécu est encore de l'ordre du mystère. Et bien des rituels d'initiation s'appelle des mystères précisément, faisant par exemple référence au célèbre mystère des lecis de la Grèce antique. Il y a le mystère et puis il y a les épreuves données à vivre à très forte portée symbolique, existentielle même. Elles vont permettre par des jeux de miroir une prise de conscience réflexive sur soi, sa vie, la destinée. La science se gagne par la preuve. La conscience se gagne par l'épreuve. La franc-maçonnerie l'a compris qui éprouve régulièrement les initiés et sous-pèse leurs vertus et leurs ailes sur le chantier, au trébuché du rite et des travaux qui scandent la vie de la loge. C'est sur ce socle d'épreuve, de serment, de mystères révélés et partagés que l'on va se construire comme maçon. La tenue parfaitement séquencée est perçue comme une chorégraphie. Bien sûr, cette tenue ordonnée par le rite n'est pas une simple représentation théâtrale. Il y a une dimension spirituelle et la puissance du rite est un outil pour penser la complexité du monde et l'opacité de l'univers. Microcosme et macrocosme entre en résonance dans l'espace sacralisé de la tenue. Les symboles se densifient, le temps ordinaire se suspend. Ceci peut même ouvrir sur un changement d'état de conscience quand la méditation s'invite ou que l'égore prend corps. Et puis le symbolisme, ce nouveau langage qu'on va expérimenter empruntant les chemins buissonnier du sens. Les jeunes initiés font l'expérience d'une promenade dans les interstices de la rationalité. Le langage symbolique est en un sésame enchanteur, la clé magique pour voir les pour voir la réalité autrement. Très belle intuition d'un jeune frère, tous ces symboles nous sont proposés, offerts et à nous de reconstituer la deuxième partie du symbole du symbolon. À nous de la retrouver pour la mettre en lien avec l'universel. Vous avez étudié les 30 témoignages de ce PVI. Quels sont vos mots de conclusion ? C'est pas tout à fait la conclusion. Mais oui, en effet, Eric vient le moment d'une mise en perspective anthropologique. A bien à bien réfléchir à ce qu'est l'initiation, à ce que sont les initiations dont j'ai eu l'écho. Les adouments, les triomphes, je pense à Saint-cyre, les intronisations, les vœux, les serments, les prestations. J'en retiens quelques principes quasi invariant. Je les ai classés ces principes en trois paires, six, plus un, ce qui fait sept. L'initiation est d'abord une phénoménologie. Elle s'inscrit dans l'essence autant que dans la conscience, alignant la perception à la leçon de vie que le rite va faire éclore. Elle est ensuite une esthétique. Une conversion du regard qui va proposer une autre manière de regarder, de lire et de contempler. Elle offre à l'initié un nouvel alphabet qui lui permettra de faire de la beauté une manière d'habiter le monde. Tourner son regard vers la lumière et vers la beauté devient un programme de vie courageux. à une époque qui sacralise l'éthique et le to, l'éthique, TIC par une curieuse inversion des valeurs. L'initiation est de même une cosmogonie. On prend conscience le jour de cette initiation que l'on entre dans un temple. et dans un ordre plus largement plus largement qui articule des correspondances puissantes entre l'ici et l'ailleurs, le microcosme et le macrocosme, l'intime et l'univers. On sera alors attentif aux résonances qui nous rappellent que nous appartenons à ce mouvement global qui nous dépasse et nous oblige. Nous sommes une part vibrante de ce grand tout et y participant avec conscience. Le grand Hugo avait raison. Une lanterne aide les soleils. L'initiation est encore une anthropologie. Elle va proposer de nouvelles représentations morales et symboliques qui redéfiniront notre place et notre rôle dans notre époque et dans la société. Elles vont redessiner nos relations avec nos communautés de cœur de sang, de vie. Elle est aussi une hiérarchie qui remet de la verticalité dans nos vies terriblement horizontalisé par l'air du temps, qui est parodique, numérique et souvent cynique. Réinstaurant une hiérarchie, étymologiquement un ordre sacré, l'initiation rappelle que pour progresser, il faudra il faudra il faudra être patient, humble et opiniâtre. Et surtout travailler sans relâche. L'initiation n'est pas un aboutissement, elle est un commencement. Elle n'est pas une récompense, elle est une responsabilité. Elle est aussi une éthique avec son corpus de valeurs qui ne sont ni des dogmes rigides ni des serments proférés mais un engagement moral incitant à l'exemplarité en toute chose, parole et action. Enfin, l'initiation est une psychagogie étymologiquement en grec, une véritable formation et transformation de l'âme. qui fera qu'à l'échelle d'une vie, il y a un avant d'un après avec cette intuition, cette conscience même d'avoir vécu quelque chose de l'ordre de la renaissance. Pascal, on parlait de conclusion.

[24:46]Vous avez souhaité une échappé belle pour conclure. Oui Eric, trois dernières remarques qui me semblent importantes. Sur la puissance majestueuse de la tradition. La perfection formelle du rite et l'état d'esprit du franc-maçon. Ce qui se donne à vivre en franc-maçonnerie, ce qui s'offre le jour de l'initiation s'inscrit plus largement dans la constellation de la tradition avec une majuscule. À l'air de l'impermanence généralisée, j'aimerais définir cette tradition de la manière dont Sylvain Tesson définit le phare dans son dernier ouvrage avec les faits. Tout phare dans l'écume résume l'ordre du monde. Ce qui se dresse dans ce qui en doit. Ce qui demeure dans ce qui varie. Ce qui résiste dans ce qui frappe. La tradition c'est selon moi ce phare impassible, puissant et lumineux dans la tempête et dans la nuit. Le rite de même, sa perfection formelle, sa beauté émouvante et son potentiel de transformation pour ceux qui vivent en son creusé matriciel, le privilège, la grâce de l'initiation. Le rite est un moment de magie sociale dont les molécules sont les symboles. Il possède aussi ce supplément d'âme, le voyant être doté d'une force performative, transformant les statues des initiés par leur passage dans le rite. À la question Shakespeareenne qui t'a fait roi, quelle réponse plus simple et évidente que le sacré. Le rite est un natanor flamboyant, transmutant la matéria prima de l'initié en un maître de venir. Enfin, l'état d'esprit du franc-maçon et du jeune initié aussi. Un inaltérable optimisme alors que tout incite au désenchantement. Un optimisme de combat qui sait qu'il faut croire en soi, qu'il faut croire en l'homme et qu'il faut croire en l'humanité. Il s'accorde le franc-maçon avec Apoline pour qui jamais les crépuscule ne vaincront les aurores. Le franc-maçon est enthousiaste, étymologiquement pris dans un souffle divin. Ce souffle l'anime, les initiés savent que la franc-maçonnerie n'est pas une partie de plaisir, elle est une partie de bonheur. Je pourrais dire en conclusion en revenant circulairement à mon titre que les jeunes initiés empruntent la voix avec un E de l'initiation et entendent la voix avec un X de l'initiation. Vocation, vocaré en latin, fait d'être appelé. Pour devenir franc-maçon, il faut être porteur d'une intranquillité sereine. Il faut être un quêteur de sens, sens de la vie, sens de sa vie. Le sens, ce diamant de la langue française qui rayonne sur trois facettes. La sensation, la signification, la direction. Or, le rite donne à ressentir, il donne à comprendre et il donne le cap. S'ouvre un chemin qui sera un chemin de vie. Et puis, il y a cet appel impérieux pour aller vers soi-même, pour écouter la tradition, pour être attentif à une voix intérieure qui relie à une dimension spirituelle et invite à une contemplation au milieu des fracas du siècle. Une contemplation spirituelle, disais-je, à laquelle s'éveille les jeunes initiés. Or, dans spirituel, il y a rituel. Et au cœur du mot contemplation, on entend le temple. On pourrait méditer pour conclure sur cette injonction griffonnée il y a 2000 ans sur les murs d'une basilique romaine. Quatre mots de quatre fois quatre lettres. Hiver, verri, érite, rito. L'exhortation est claire, va. C'est le rite qui fera éclore la vérité. Belle exhortation à la pratique du rite qui est le cœur palpitant de la tradition. Ce rite vivant en tenu comme expérience sans cesse renouvelée, tout à la fois sensible et intellectuel, symbolique et spirituel. Arpenter les voies du rite et y faire moisson de lumière. Les jeunes initiés, rayonnant déjà, sont en chemin ensemble. Ils portent la flamme, ils portent le flambeau, ce feu est sacré. J'ai dit ce que je pensais avoir à vous dire et je vous remercie de votre attention. Merci Pascal Lardelier. Merci pour ce partage autour des jeunes initiés sur la trentaine de de témoignage que sur lesquels vous avez travaillé.

[30:20]On peut retrouver votre article dans le numéro de PVI, puis je rappelle le titre de votre ouvrage, Éloge de ce qui nous lit, l'étonnante modernité des rites. Pour ceux qui nous suivent sur Zoom, vous pouvez continuer à poser des questions pour la partie interactive de de cette soirée tout à l'heure et notamment poser des questions à Pascal.

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