[0:10]Bonsoir à toutes, bonsoir à tous, bienvenue dans cette nouvelle édition de Frontale. Régulièrement dans notre pays, des gens se retrouvent devant la justice pour avoir enfreint des règles en place dans le système juridique et judiciaire. Et régulièrement ces cas alimentent la polémique et nourrissent les débats, remettent sur la table des questions et des lois qui ne peuvent être figées dans une société en mutation. On parle ici des lois, règles, habitudes en matière de liberté fondamentale, privée ou publique. Depuis quelques années, les réseaux sociaux servent de caisse de résonance à ces joutes qui étaient circonscrites avant dans les cercles des initiés. L'opinion publique a ses avis et ses modes de fonctionnement. La loi reste la loi et tout entorse à cette loi est jugé par les tribunaux et les réseaux jugent, accablent, polarisent, entrent dans les détails. Mais sans entrer dans les détails justement de ces affaires judiciaires qui restent dans les enceintes des tribunaux, nous allons essayer de discuter de ce système moral qui sous-tend l'existence et surtout la coexistence et la cohabitation dans la cité. Est-ce qu'on doit changer la loi? Que faire pour changer la loi? Doit-on attendre que la société évolue, comment appréhender et gérer la concomitance des lois avec des habitudes? Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans la dynamisation, dans la dynamique tout court de la société. Voilà, avec nous pour en débattre Nabil Adil, bonsoir. Merci d'avoir été, d'être avec nous, d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes professeur universitaire. Tout à fait. Merci, c'est Nabil. Mohamed El Kair, maître Mohamed El Kair. Merci aussi d'être avec nous, vous êtes avocat. Bonsoir. Merci, merci à vous deux d'avoir accepté notre invitation. Avant de commencer le débat, je vous propose de visionner, d'écouter ce sujet qui se rapporte bien sûr à notre discussion. Que je demanderai, je demanderai plus tard bien sûr juste après à nos invités de le commenter. Au Maroc, la question des libertés publiques ou privées revient souvent. Chaque gouvernement y est confronté et chaque fois le débat refait surface. A-t-on le droit de tout dire, de tout faire? Oui, mais dans le cadre de la loi et c'est là que les avis s'opposent. Certains s'appuient sur la religion, d'autres sur les libertés individuelles. Les deux positions sont fortes et le Maroc vit avec ces deux visions parfois contradictoires. Le pays avance, les lois changent, mais les pratiques évoluent peu. Le Maroc est entre trois logiques, la religion, les libertés fondamentales et l'ordre public, l'État lui doit trouver l'équilibre. Mais un nouvel acteur pèse lourd, les réseaux sociaux. Chaque affaire y explose, on y juge, on y condamne souvent avec violence et ce sont surtout les figures connues qui font réagir. Alors une question se pose, les libertés sont-elles devenues un débat réservé aux élites? Dans la rue, le vivre ensemble semble tenir, mais sur les réseaux, l'attention est forte. Certains appellent même au lynchage ou au viol. Ce climat dit beaucoup de notre rapport à la justice, à l'autre et à nous-mêmes. Où fixer la limite entre notre foi, nos valeurs et nos engagements dans le monde? Voilà, c'était un sujet préparé par la rédaction de M1. Je commence par vous Nabil Adil votre avis sur le sujet donc qui vient d'être présenté mais uniquement sur le diagnostic entre la coexistence fois loi et débat. En tout cas merci, merci pour l'invitation et et merci pour le choix de ce sujet. Les Marocains ont montré à travers les réactions à ce genre de sujets sérieux qu'ils que la société marocaine demande ce genre de de débat, de débat de fond. euh entre deux visions de la société et et ce soir, je suis dans une dans une configuration où chacun de nous va présenter ses son avis. Il y a pas de de logique vainqueur-vaincu au contraire c'est une c'est un débat qui doit être apaisé. Mais un débat apaisé où chacun va écouter l'autre, va va recevoir ses arguments, poser des questions, interagir et l'idée c'est de que ce. L'objectif n'est pas de nous convaincre mutuellement, c'est pas ça l'objectif puisque chacun a ses idées mais que la société marocaine dans son ensemble puisse voir les positions des uns et des autres. Maintenant pour répondre plus spécifiquement à votre question on revient toujours à cette question de de cadre. Aujourd'hui quand on dit la liberté, quel que soit la liberté, il y a toujours un cap. Aujourd'hui par exemple si on prend une liberté très simple la liberté de circulation, il y a des zones où on peut pas aller, des zones militaires, des zones réservées on peut pas aller. Donc la loi vient, vous avez la liberté de d'entreprendre mais vous avez des secteurs pour lesquels il faut une autorisation. Vous avez des secteurs où vous pouvez pas investir. Euh et donc la le la loi vient encadrer la liberté parce que la liberté une liberté sans encadrement devient l'anarchie. Donc la loi vient encadrer la la liberté. C'est bien le but de la discussion la loi sur la sur quoi elle se fonde? Alors justement alors là vous avez toujours une morale derrière et ça peut être une morale musulmane de de laquelle on s'inspire, ça peut être une morale chrétienne. Euh ça peut être une morale laïque la notion du bien ou du mal dans une conception purement euh laïque se réduit à euh ne faites pas aux autres ce que vous voulez pas qu'on vous fasse. Et donc c'est ça l'idée mais aujourd'hui je pense et rapidement pour pour conclure, je pense que aujourd'hui le sujet n'est pas sur les libertés au sens global. Parce que nous sommes tous d'accord mais sur une partie des libertés qui est clé de voûte pour la société c'est notamment les libertés qui se perdent dans le cadre. Non mais je pense que le effectivement Oui, il me semble que justement Oui, vous avez posé la question essentielle. Est-ce que les lois finalement, est-ce qu'elles ne sont qu'un outil ou est-ce que c'est elle qui dispose du cadre et et le prévoit? Et on voit bien que c'est un outil de mise en œuvre, donc la question c'est où on va. Et là il y a une question à la fois philosophique, moi je parlerai plutôt de philosophie plutôt que de morale, il y a une question philosophique et il y a une question euh juridique. Philosophie est aussi basée sur une morale donnée, non? Ah moi je vois l'inverse. Non, justement. Non, je considère que la morale est fille de la philosophie, pas l'inverse, mais bon. Pour en débattre peut-être une autre fois mais l'idée essentielle c'est que euh dans cette notion de philosophie, la liberté, c'est en réalité le libre arbitre. Et donc la question c'est de savoir est-ce qu'on a un libre arbitre ou pas? Et déjà à ce moment-là la question se pose. Puisque dans certains cadres ou certaines réflexions philosophiques, on vous dit qu'il y a pas de libre arbitre puisqu'il y a un déterminisme matériel, un déterminisme sexuel, si on on parle de Freud. Un déterminisme religieux, si tu es Ghazali. Donc on voit que dans ce cadre là, quand il y a pas de libre arbitre, et ben cette philosophie qui va sous-tendre ses lois et ses textes éventuellement. Ne pourront pas permettre de déclencher et de mettre en place les libertés. Et puis il y a des philosophies qui elles considèrent qu'il y a un libre arbitre, que les choix de chacun sont importants, que ces choix doivent être respectés. Et c'est cette ce débat philosophique à mon avis qui est premier, qu'on ne traite jamais d'ailleurs d'interroger euh quelle est la philosophie sous-jacente. Excusez-moi Maître, est-ce que vous dites qu'on finit un peu l'anarchie si chacun doit avoir sa manière de voir les choses, son libre arbitre réagir comme il veut, là ça va un peu dans tous les sens, non, vous pensez pas? Je dis pas si chacun doit avoir je parle pas de son libre arbitre, je parle de cette notion est-ce que nous avons un libre arbitre ou pas? Et ça renvoie à cette discussion qui est fondamentalement à mon avis le cœur du problème. Est-ce qu'on est dans des sociétés holistes ou non? Dans des sociétés holistes, on va considérer que le bien commun, le collectif prime. Et si le collectif, il est majoritairement de telle ou telle tendance, bah ça devra primer quoi qu'il arrive. Dans des sociétés où on considère qu'il y a un libre arbitre, bah c'est plutôt les droits des individus qui prime et le collectif lui sera au service de ces droits ou de ces individus. C'est ce concept d'état de droit quand on parle d'état de droit, il s'agit de borner, de limiter, d'encadrer l'état, d'encadrer la collectivité pour qu'elle n'empête pas sur les droits des individus, droits qu'on considère être immanent préexistant à tous ces à l'état lui-même, à la société en elle-même et à la collectivité. Et donc c'est ce débat essentiel qu'à mon avis nous n'avons pas encore fondamentalement tranché ce que l'on peut constater et ce que l'on peut dire de manière tout à fait simple, c'est que le débat à l'heure actuelle au Maroc, c'est ce passage qui est en train de se faire, qu'on le veuille ou non, d'une société holiste collectiviste, avec un objectif collectif encadré par un certain nombre de principes. Vers une société où il y a de plus en plus de place pour l'individu et donc forcément ce type de glissement ça s'est fait dans d'autres sociétés, ça se fait toujours avec quelques heures quelques difficultés. Dans certaines zones avec beaucoup de sang, dans d'autres de manière beaucoup plus pacifique. Et j'ai l'impression que la transition que l'on fait aujourd'hui au niveau du royaume est beaucoup plus pacifique. Vous voyez bien que vous que vous défendez votre position, personne ne vous dit rien et pourtant vous défendez une position qui n'est pas véritablement celle de l'esprit du Code Pénal et pourtant personne ne vous dit rien. Donc dans cette société l'état fait ce qu'il a à faire mais les gens parlent discutent. Non, je ne parle pas de liberté d'expression. Non, je parle des éléments en met pas les gens en prison parce que ils ne respectent pas des faits d'attente ou parce qu'ils sont inciviques mais c'est socialement pas forcément bien accepté. Mais est-ce qu'on est obligé de pousser le curseur jusqu'à mettre des sanctions pénales? Et c'est cette différence là. Mon interlocuteur lui considère que des personnes qu'il ne connaît pas, qui n'ont jamais vu, qui sont pas mariées et qui passent un weekend ensemble, si on peut, on doit les enfermer. Moi, je considère que ça met totalement indifférent qu'il mène leur vie comme ils l'entendent et qu'il y a aucune raison d'enfermer et juger ces gens là. Merci, merci, merci de nous avoir suivi et je vous donne rendez-vous donc dans Frontale sur TV la semaine prochaine.

Les libertés individuelles entre cadre légal, croyances religieuses et mutations sociales
Medi1TV Afrique
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