Thumbnail for Tristan CORBIÈRE, analyse linéaire des dernières strophes du "Crapaud" - (Les Amours Jaunes) by Guadalupe - La littérature expliquée

Tristan CORBIÈRE, analyse linéaire des dernières strophes du "Crapaud" - (Les Amours Jaunes)

Guadalupe - La littérature expliquée

2s2,924 words~15 min read
Auto-Generated

[0:01]Donc on va essayer d'étudier ensemble la dernière strophe de notre poème Le crapaud. Vous avez l'étude des trois premières strophes dans un document Word qui a été mis aujourd'hui en contenu de séance. Donc là vous avez l'étude linéaire des trois premières strophes. Si jamais il y a la moindre, la moindre question, vous passez par l'NT, le forum de discussion pour la poser. Il chante. Horreur. Pardon, mais j'ai des enfants qui parlent à côté, c'est assez insupportable en fait. Il chante. Horreur. Horreur, pourquoi? Vois-tu pas son œil de lumière? Non, il s'en va froid sous sa pierre. Bonsoir. Ce crapaud-là, c'est moi. Donc vous voyez que la strophe, qui est le dernier quatrain de ce sonnet inversé, commence par des points de suspension. On a vu ensemble lors de la classe virtuelle que ces points de suspension formaient comme un parcours de lecture associant les différents vers parlant du chant. Donc, ça fait comme une pause au début de la strophe. En fait, la strophe commence par un silence comme la deuxième strophe. Donc la première, le premier vers se termine sur un silence, le premier la première la deuxième strophe commence sur un silence, la dernière strophe aussi commence sur un silence. Donc on commence par du silence pour introduire après la réintroduire après la thématique du chant. Le personnage essaie d'attirer l'attention de la femme qui représente en fait le public standard, la la foule, la foule vulgaire, la foule constituée de tous ceux qui ne savent pas reconnaître la vraie beauté. Il essaie d'attirer l'attention de cette femme sur cette qualité particulière qu'à le crapaud, à savoir qu'il est capable de chanter. Alors évidemment le chant du crapaud quand on quand on se plonge dans l'anecdote, c'est un chant extrêmement disgracieux, c'est un chant qui est objectivement, qui apparaît, peut-être pas objectivement, qui apparaît dans la la pensée commune comme quelque chose de laid. Mais ça reste un champ, ça reste une musique, un type de musique inhabituel, un type de musique qui sort du cadre, qui sort des normes habituelles et cette poésie du 19e siècle essaie de proposer quelque chose de nouveau. Vous vous souvenez de Baudelaire, plongez au fond du gouffre pour trouver du nouveau. Donc on essaie de proposer une nouvelle musique, une nouvelle théorie, penser à Verlaine avec sa son vers impair, son vers inachevé, son vers imprécis. Les les les luttes contre la rime, prends la rime et lui son coup. Donc on essaie de proposer une poésie nouvelle qui sort des codes du joli euh antérieur, quelque chose qui ne soit pas seulement agréable à entendre, agréable à l'oreille, agréable à chanter. Et euh et c'est pour ça que ici, il met en valeur la l'intrinsèque, l'intérieur beauté du chant du crapaud, qui n'est pas décelé, qui n'est pas vu d'ordinaire par les gens et qui existe pourtant. La réaction de la femme est toujours aussi violente. Cette violence, et bien elle est dite par le la phrase nominale, il n'y a pas de verbe, et le double, la double ponctuation. On n'a plus un seul point d'exclamation, mais deux. Et vous avez vu que la femme à chaque fois qu'elle parle, elle parle en s'exclamant. Elle est dans l'émotion. Elle est dans l'émotion immédiate. Alors les l'émotion, c'est ce qui s'oppose à la réflexion. L'émotion c'est immédiat. D'ailleurs, on ne peut pas susciter une émotion de façon différée, il faut quelque chose d'immédiat pour la l'émotion est une réaction à un stimulus. Alors que la réflexion nécessite du temps, du recul, un retour sur les choses et l'usage de son intelligence. Donc l'émotion, c'est assez instinctif et ici cette réaction est dans l'émotionnel. Ce que nous dit le point d'interrogation, le point d'exclamation. Tout le poème est fondé sur un certain nombre de sur un certain réseau de répétition. Le mot qu'on a ici, il est répété, il est répété trois fois. Horreur, dernier mot de la strophe 3, et deux fois horreur dans le premier vers de la strophe 4. Donc c'est un rythme ternaire, ça veut dire que cette ce terme, il il synthétise, il résume, il condense l'intégralité de la réaction de la femme. L'intégralité de la réaction de la foule, de la femme qui la symbolise, c'est le rejet, l'incompréhension, la violence, l'indignation. Et le poète lui, il est dans le questionnement. Horreur, pourquoi? Donc il va s'interroger et il repose la même question, la même question qu'à la strophe 3. Pourquoi cette peur? Horreur, pourquoi? Donc le poète lui, il est dans le questionnement, il demande finalement à la foule, il demande à la femme de justifier sa position. Il demande à la femme d'expliquer les raisons profondes de ce rejet, de cette indignation. Et là, on reprend des thématiques post-romantiques, romantiques, enfin, romantiques, post-romantiques, symboliste. Cette la thématique de l'incompréhension de la foule vis-à-vis du poète, incompréhension qui a quelque chose d'irrationnel parce que si la foule réfléchissait, si la foule euh prenait le temps d'analyser vraiment ses œuvres qui lui sont proposées, elle pourrait en extraire la beauté, elle pourrait voir que ce sont de vraies œuvres d'art. Mais elle réagit de façon immédiate, ça sort de l'ordinaire, ça sort de ses habitudes, ça sort du cadre, donc c'est rejeté. Vois-tu pas son œil de lumière? Là encore, le poète revient sur le portrait du crapaud. On avait un portrait très mélioratif, mais on avait vu qu'il était ambigu dans la strophe précédente. Euh poète tondu sans elle, rosignol de la boue. Donc on avait trois euh trois expressions qui décrivaient le qui décrivait le crapaud. On en a ici une on a une quatrième description qui s'intéresse à une partie de son corps, de son corps, son œil. Alors, ça paraît assez peu vraisemblable puisque le crapaud est à moitié enterré, il fait nuit, le crapaud est sous le massif. Alors au niveau de l'anecdote, du réalisme de l'anecdote, donc il faut faire un sort à cette question du réalisme de l'anecdote. Euh donc par rapport au réalisme de l'anecdote, c'est peu vraisemblable et en même temps pas impossible parce que euh on a bien vu le crapaud. On ne l'a pas seulement entendu, euh, vois-le. Poète tondu sans elle. Donc on avait cette cette évocation de la du sens de la vue dans la troisième strophe. Et euh et la première strophe dans le le décor intégrait le la lune. Donc euh et la lumière toute particulière de la lune, qui est l'inverse de la dans l'imaginaire collectif, un peu l'inverse, le le le négatif de la lumière du soleil. Donc, il décèle l'œil du crapaud, l'œil au niveau symbolique, c'est évidemment une partie du corps importante. On dit que l'œil est le miroir de l'âme, qu'on a accès à l'intériorité des gens en les regardant dans les yeux, que votre regard dévoile ce que vous êtes, dévoile vos pensées, dévoile votre personnalité. Donc avoir accès à l'œil du crapaud, c'est aussi avoir accès à son intériorité. Donc que nous dit ce vers, au-delà de l'anecdote réaliste donc, que nous dit ce vers, et bien que si l'on sait regarder, vois-tu pas, si l'on sait regarder, euh, on peut déceler la beauté intérieure du crapaud, la beauté cachée du crapaud derrière son apparence qui effectivement est assez disgracieuse, qui n'est pas très engageante. Donc là encore, le poète nous invite à une lecture plus exigeante. Il nous invite à une lecture plus précise, plus approfondie des œuvres poétiques qui est une lecture qui ne s'arrête pas à l'étrangeté apparente, qui ne s'arrête pas à la différence apparente mais qui creuse, qui aille à l'intérieur pour trouver le trésor, la beauté qui est à l'intérieur. Cette beauté, ce trésor, il est dit c'est dit dans le texte par le le terme lumière dont quasi toutes les les connotations pour les humains sont positives. Dans la connotation de la lumière, il y a aussi la notion de vérité. Mais tout ça évidemment, le vers se termine par des points de suspension, tout ça c'est un échec. Tristan Corbier, c'est un poète qui est assez désespéré. Vous avez lu sa biographie, c'est un poète qui va mourir extrêmement jeune, qui est malade quand il écrit son son recueil, qui ne verra pas la publication de son recueil et et tout ce tout ce dialogue se solde dans un nom. Voyez, là aussi, phrase nominale, un seul mot, un mot intégralement négatif, un monosyllabe, non, il s'en va froid sous sa pierre. Tout est ternaire dans cette dans cette dans cette strophe. Vous voyez, il s'en va froid sous sa pierre. La froideur du crapaud, c'est symboliquement l'indifférence du crapaud face au fait qu'on ne l'ai pas compris. Il n'a pas été réchauffé par la par le le le la chaleur humaine de ce dialogue, cet échange qu'il aurait pu avoir avec ceux qui lui auraient tendu la main. Donc il mais il il reste indifférent finalement à cela, il reste seul. Il s'en va, vous voyez, froid tout est au singulier. Sous sa pierre avec le le l'adjectif possessif, ça souligne la solitude de ce crapaud qui retourne dans son isolement, qui retourne s'enterrer après cette tentative de communication finalement par le chant avec le couple qui se promenait dans le dans le jardin. Vient le dernier vers, qui est séparé du troisième par cette ligne de points. Donc par un silence. Le poète a introduit une rupture dans son poème et a isolé le dernier vers. Ce dernier vers pose l'équivalence entre le poète et le crapaud. Ce crapaud-là, pas n'importe lequel. Vous avez ici un double démonstratif. Ce crapaud-là, euh, double démonstratif qui insiste bien sur le fait que il ne s'agit pas d'une assimilation du poète avec la race générale des crapauds, avec n'importe quel crapaud. Mais ce crapaud qui correspond à la description précise qui en est faite dans le poème. Donc à ce portrait euh ce crapaud qui est un poète tondu, ce crapaud qui est sans elle. C'est rare de désigner dans un portrait euh de de faire le portrait de quelque chose à travers ce que cette chose n'a pas. Vous voyez, si je veux décrire ce qui est un chien, je ne vais pas forcément aider la personne à qui je parle à se faire une idée de ce qui est un chien, si je dis un chien, il est sans aile, il est sans plume, il est sans bec, il est sans grille, sans sans serres, il est sans quoi sans, je ne sais pas, sans triple perdue. Donc vous voyez, on peut terminer à l'infini, quasiment une liste de ce que les choses ne sont pas. C'est une liste qui n'est qui ne peut pas être exhaustive, qui ne peut pas être être complète. La liste de ce qu'on est, de ce que l'on a, peut à la rigueur elle est elle peut être longue mais elle peut être terminée. La liste de ce qu'on n'a pas est par définition infinie. Donc euh et c'est pourtant ce qu'il avait utilisé pour pour faire le portrait du crapaud, poète tondu sans elle. Donc ce crapaud-là, celui qui dé qui correspond à la définition au portrait précis qui a été fait par le poète, celui-ci est assimilable au poète. Et vous avez vu que vous n'avez que des démonstratifs, ce là et c'est avec le présentatif. Et le dernier mot du poème, c'est quand même moi. Donc là aussi on est dans la poésie symboliste, on est dans la poésie post-romantique avec le le la personne du poète, la personne de l'artiste qui est vraiment au cœur de la création, avec un un système après de de rayonnement autour de lui. Et euh et ce vers a quelque chose de très pathétique parce que c'est triste par un certain côté de se comparer déjà à un animal aussi dégradant, aussi aussi bas dans la hiérarchie des animaux que le que le crapaud. Vous voyez, c'est pas la même chose que de se comparer à un aigle ou de se comparer à un ours ou de se comparer à un lion. Donc déjà, c'est un petit peu pathétique, ça émeut le le le lecteur de voir le poète comme ça se rabaisser à cette comparaison. Et euh et en plus, bah il y a toute l'anecdote qui qui est en arrière-plan, toute cette anecdote qui qui nous raconte le le le la solitude du crapaud, euh cette espèce de misère du crapaud enterré dans l'ombre, l'incompréhension qu'il subit, euh sa tentative de communication quand il se met à chanter à l'arrivée des gens, et le le la réaction violente de ce public à son à la la proposition artistique entre guillemets que le crapaud a faite. Donc tout ça, créer une atmosphère un peu pathétique qui va pouvoir qui va inviter, inciter le lecteur à avoir pitié du euh poète, à porter sur lui un regard bienveillant, un regard de compassion par rapport aux souffrances du poète que Corbier a réussi à parfaitement faire sentir sans jamais les évoquer directement. Et vous vous souvenez que l'art symboliste, c'est aussi un art de la suggestion. Euh c'était l'expression, je crois que je vous l'ai cité, je sais plus où quelque part, euh l'expression de Mallarmé, suggérer, voilà le rêve. Donc ne jamais dire les choses de façon nette mais les suggérer, les faire comprendre avec un petit peu de délicatesse. Donc c'est ce qu'on a ici, la suggérer toutes ces toutes ces souffrances du poète sans les dire de façon explicite. Mais le lecteur les a parfaitement comprises et il va entrer en empathie avec le poète. Ce qui fait qu'il va sortir finalement le le le lecteur qui comprend ce poème et qui adhère à ce poème. Et bien, il sort de la foule vulgaire, de la foule des matelots de Baudelaire. Vous voyez, qui s'amusait à à maltraiter le l'albatros et il intègre le l'élite des lecteurs, ceux qui sont capables de se de de dépasser les apparences, d'être ouvert à la nouveauté, d'être ouvert à l'originalité, d'être ouvert à l'étrangeté. Pour aller chercher une beauté nouvelle, pour aller chercher cette lumière qui est dans le dans ses poèmes. Le on en avait parlé. Le poème se termine quand on avait fait la classe virtuelle, le poème se termine par des éléments qui qui le tirent du côté de l'autobiographie. Puisqu'il est daté 20 juillet euh et qu'il il est prétendument écrit le jour même où l'histoire s'est passée. Vous voyez, ce soir. Donc euh l' on est dans la fiction, hein. On évidemment, on ne prête aucun aucun crédit particulier à cette à cette notification. Mais euh là encore, ça renforce le pathétique. Puisque le poète fait comme si il nous livrait une sorte de témoignage, le récit à chaud de quelque chose qui vient de se passer. Donc ça nous implique, vous voyez, dans le dans le dans l'anecdote et ça la rend un peu plus frappante, un peu plus marquante. Donc voilà, pour bien entrer dans ce poème, je vous invite quand même à aller faire quelques recherches sur le sur le symbolisme. Entre autres, je vous invite vraiment à aller regarder des tableaux symbolistes. Alors les grands les grands auteurs symbolistes mais nous on en a parlé du symbolisme puisqu'on a fait Baudelaire. Euh attendez le crapaud c'est pas pour quelle classe? Non, vous on avait vous on a fait Apollinaire. Donc donc vous ne connaissez pas le symbolisme. Euh tac tac tac tac. Je suis en train de réfléchir pour savoir si je vous mettrai pas en ligne un QCM que j'ai fait pour les pour les l'autre première. Un QCM que j'ai fait sur le symbolisme quand ils ont à commencer à travailler sur Baudelaire. Donc voilà, il faut aller regarder les poètes symbolistes principalement Odilon Redon, R E D O N. Donc les tableaux d'Odilon Redon, les tableaux de Gustave euh comment il s'appelle? Euh Moreau, voilà, j'étais à courbé. Les tableaux de Gustave Moreau. les tableaux de Ferdinand Knop, Fernand Knop, pardon. Euh et bah si je vous en mettrai quand même quelques-uns, je vous ouvrirai le QCM pour euh pour vous, parce que c'est peut-être plus ludique pour vous. D'aller vous renseigner à partir d'un QCM, en vous renseignant pour essayer de trouver les réponses au QCM que d'aller vous renseigner comme ça dans l'absolu, en allant un petit peu au au hasard. Dans votre manuel, vous avez un dossier sur le symbolisme et sur le symbolisme en peinture. Donc vous pouvez déjà partir de là. Parce que euh dans le mouvement symboliste, la peinture a une place tout à fait exceptionnelle. C'est vraiment le le le cœur encore plus que la littérature, le cœur du mouvement, c'est la peinture. Euh donc voilà. N'hésitez pas si vous avez des questions. Euh euh et je vous ai donné la problématique normalement par écrit. Et euh voilà. Euh pas d'autres remarques à faire, il me semble. Je suis en train de réfléchir à voix haute, à d'être super pénible pour vous. De m'entendre enfin d'entendre mes silence de réflexion personnelle. Et donc j'arrête là, n'hésitez pas à poser des questions si vous voulez des éclaircissements sur ce poème. Faites vos fiches, faites-les à chaud comme ça à chaque fois que vous avez fini l'étude d'un poème et on passe au roman à partir de du prochain à partir de très bientôt quoi en fait, de la semaine prochaine.

Need another transcript?

Paste any YouTube URL to get a clean transcript in seconds.

Get a Transcript