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ClaP 60 — L'EXISTENTIALISME en 7 minutes ! (SARTRE)

Culture Philo

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[0:00]Bonjour. Quand on se balade à Paris et que l'on passe Boulevard Saint-Germain devant le café de Flore, il est difficile aujourd'hui d'imaginer que c'est pourtant là que s'est élaboré une des pensées les plus marquantes du 20e siècle, l'existentialisme. Il s'agit d'un courant philosophique qui, comme son nom l'indique, part de l'existence individuelle plutôt que de l'être ou du concept. C'est dans ce sens que des philosophes comme Pascal et Kierkegaard, mais aussi des romanciers comme Dostoïevski et Kafka peuvent être considérés comme des précurseurs de l'existentialisme. Mais c'est véritablement avec Jean-Paul Sartre que ce courant philosophique va trouver son représentant le plus célèbre. En 1945, Sartre donne une conférence dont le texte sera publié l'année suivante sous le titre L'existentialisme est un humanisme. Et c'est sans doute dans ce texte assez court et que je vous recommande que Sartre explique de façon claire et dans un langage très abordable ce courant philosophique. La formule clé de l'existentialisme, c'est l'existence précède l'essence. L'existence, ça désigne simplement le fait d'exister, d'être là, de se manifester, d'être au monde. C'est le fait pour un individu d'être au monde, le fait pour un objet, une table, par exemple, d'avoir été fabriqué. Dire qu'une personne ou qu'une chose existe, c'est affirmer sa réalité. L'essence, ça désigne la nature intime d'un être ou d'une chose. C'est en quelque sorte sa définition. L'essence d'une table, par exemple, c'est d'être un meuble sur pied comportant une surface plane. Dire d'une chose ce qu'elle est, c'est dire son essence. Quand on envisage les différentes choses qui ont été produites par les êtres humains, comme par exemple une table, on peut dire que l'essence précède l'existence. L'essence d'une table, c'est l'idée de la table qui a permis sa fabrication en vue d'une fonction particulière. Cette essence préexiste à sa fabrication, elle préexiste à l'existence effective de la table. Par contre, l'existentialisme considère qu'en ce qui concerne l'être humain, c'est l'inverse. On ne peut pas le définir avant qu'il existe. Tout simplement parce qu'il n'est d'abord rien, il n'y a pas de nature humaine. L'être humain ne sera qu'ensuite et il sera tel qu'il se fera. J'existe d'abord et je me définirai ensuite par mes actes. L'existence précède l'essence. Non seulement l'existence individuelle est donc première, mais pour Sartre, qui défend un existentialisme athée, cette existence n'est justifiée par rien. L'existence est un fait contingent. Il n'y a aucune nécessité au fait d'exister. J'aurais pu ne pas exister. Par la naissance, j'ai été jeté dans l'existence et j'existe sans raison dans la mesure où il n'y a aucune finalité ou aucune intention divine qui puisse expliquer ma présence sur terre. Mon existence est à la fois gratuite et absurde. Cette conception va avoir pour conséquence directe que je suis totalement et fondamentalement libre. L'existentialisme est une philosophie de la liberté et une des plus radicales qui soit. Pour Sartre, la liberté humaine est absolue. L'homme est condamné à être libre, écrit-il. Cette formule célèbre, a priori paradoxale, exprime pourtant bien le sens de l'existentialisme de Sartre. Je suis condamné parce que je ne me suis pas créé moi-même, je n'ai pas demandé à exister. Mais je suis libre car dans la mesure où il n'y a pas de nature humaine, dans la mesure donc où je ne suis pas défini par avance, dans la mesure où je peux en permanence m'inventer et me construire une essence, une fois que je suis jeté dans le monde, une fois que j'existe, je découvre une infinité de choix possible, je découvre une infinie liberté, une vertigineuse mais aussi une pesante et angoissante liberté. Car ma liberté étant absolue, ma responsabilité sera elle aussi absolue. Évidemment, et comme chacun d'entre nous, je suis un être en situation, c'est-à-dire que je fais des choix et je pose des actes en fonction des circonstances qui s'imposent à moi. Il est vrai que j'ai été jeté dans une existence que je n'ai pas choisi, mais la façon dont je vais mener cette existence, la manière dont je vais vivre, ça, c'est quelque chose que je choisis. Et même quand j'ai l'impression de subir un événement, c'est toujours moi qui choisis la manière de le subir. Par exemple, si je suis soldat en temps de guerre, pour l'existentialisme, je dois me considérer comme responsable de cette guerre. Car en effet, je n'ai pas accepté de devenir soldat, j'ai choisi de le devenir quand je pouvais aussi refuser de prendre les armes ou je pouvais déserter ou je pouvais choisir d'aller en prison ou je pouvais même me suicider. Je suis toujours libre. Affirmer que j'ai été contraint, que je n'y pouvais rien, affirmer que ce sont les circonstances qui m'ont obligé à agir dans tel ou tel sens, ce n'est jamais que justifier un choix parmi d'autres. La liberté étant totale, on a toujours le choix. Dire « je n'avais pas le choix », c'est faire preuve de mauvaise foi. La mauvaise foi, c'est faire semblant que je ne suis pas libre afin d'atténuer ma responsabilité. Ce que j'ai accompli a été accompli librement et je suis donc toujours responsable de ce que j'ai fait. Je n'ai pas choisi l'époque et le lieu où je suis né, je n'ai pas choisi mon corps non plus, de ça, je suis pas responsable. Par contre, je suis libre et responsable de tous mes actes et ma vie, ce n'est que le résultat de l'ensemble de mes actes qui sont autant de choix libres. Ce sont mes choix qui écrivent mon essence, ce sont mes actes qui montrent ce que je suis. L'homme n'est rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie, écrit Sartre. Je peux et je dois inventer librement mon existence et forger moi-même mon destin. Au risque d'être réducteur, mais un existentialiste me dira que j'ai choisi d'être réducteur. Ce courant philosophique peut se résumer en trois propositions. L'existence précède l'essence, je suis totalement libre, je suis totalement responsable de mes choix. Allons même encore un peu plus loin et réunissons ces trois phrases en une. J'existe d'abord et je me définis ensuite par mes actes qui sont autant de choix libres dont je suis totalement responsable. Je vous remercie d'avoir regardé et écouté cette courte vidéo et je vous invite à rester curieux et ouvert, à toujours faire preuve d'esprit critique, mais aussi à profiter de la vie.

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