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La "juste distance" thérapeutique dans la relation de soin

L'écoute Soignante

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[0:14]La notion de juste distance thérapeutique est bien souvent difficile à comprendre et à ajuster. On comprend souvent qu'il faut être distant dans la relation de soin. Mais quelle est ma posture en tant que soignant pour délivrer une qualité de soin au service du malade, mais aussi pour moi en tant que soignante me préserver. Alors comment peut-on définir cette juste distance thérapeutique? Déjà dans ce terme nous retrouvons ce mot de distance qui est synonyme d'éloignement, de recul. Et puis quelque chose aussi dans cette distance qu'on peut mesurer. Mais est-ce qu'on peut mesurer avec une règle la distance qu'il faut avoir avec un patient? C'est difficile. Cette notion de distance, elle est souvent synonyme d'éloignement ou de fusion. C'est-à-dire que trop proche du patient, je risque de fusionner avec son histoire, d'être en sympathie, donc de ne pas l'aider puisque ce qui aide c'est l'empathie et trop loin de lui, je risque de ne rien entendre à ce qu'il me dit, de renvoyer au patient de la froideur. Or, le patient a besoin qu'une personne l'écoute avec empathie, avec chaleur dans un espace de confiance et de sécurité. Au lieu de parler de distance thérapeutique, je parlerai plus d'espace thérapeutique, un espace d'échange, de rencontre entre le soignant et le soigné et même pour aller plus loin entre deux êtres humains. D'ailleurs, Carl Rogers, le fondateur de la relation d'aide, parlait de personne, de client et non plus de patient. Donc cet espace thérapeutique c'est un mouvement intérieur à réajuster en permanence au moment présent. Et ça ça demande de bien se connaître en tant que soignant, de connaître peut-être nos blessures, de connaître ce qui peut nous impacter et d'accepter de se laisser toucher par ce que dit le patient. Accepter de se laisser toucher, ça veut dire accepter de ressentir mes propres émotions quand je suis en interaction avec la personne face à moi et de ne pas me fermer, de ne pas me blinder. Et j'aime beaucoup aussi l'approche de Thierry Tournebize. Il nous dit que au lieu de parler de juste distance, lui, il parle de distinction. Nous sommes deux êtres, le patient et moi, la soignante, nous sommes deux êtres faisant partie de la même espèce. Donc nous sommes des êtres humains et en même temps nous sommes différents avec notre propre histoire, nos propres caractéristiques. Et ça c'est important de s'en souvenir quand je suis face à un patient, je me souviens régulièrement que ce qu'il me dit, c'est son histoire parce que lui c'est un être singulier qui vit cette histoire de sa façon et qui est différent de moi. Et ça ça me permet de me distinguer de l'autre pour le voir dans sa globalité. Cet espace thérapeutique aussi sert pour protéger le soignant pour ne pas se laisser embarquer par l'histoire du patient qui peut faire résonance avec notre propre histoire, je me souviens d'une patiente qui parlait du décès de son père et ma collègue qui était complètement effondrée parce que elle-même venait de perdre son père et que ça faisait résonance avec sa propre histoire. Donc c'est important parfois mais oui, de se laisser toucher, de réaliser que oui ce que me dit le patient peut être difficile pour moi à entendre. Déjà en avoir conscience et puis me dire qu'est-ce que je fais? Est-ce que je peux mettre de côté ces émotions qui me traversent le temps de l'entretien avec ce patient et puis après en parler, ça veut pas dire je mets de côté et après j'en parle plus. Si j'en ai les moyens prendre acte de ce qui se passe pour moi et en parler après cet entretien à une personne ressource, ça peut être une collègue en qui j'ai confiance ou un psychologue par exemple. Ou alors, je suis vraiment dans l'incapacité d'accueillir ce qui est en train de me dire le patient et là c'est peut-être passer la main. Donc faut-il se blinder pour trouver ce juste espace thérapeutique? Faut-il ne pas ressentir nos propres émotions? Eh bien non. Parce que non seulement je me coupe du patient, mais je me coupe aussi de moi, de mon corps qui est en souffrance parce que il y a des émotions qui le traversent. Je risque d'accumuler ces émotions non exprimées. Je risque de les accumuler dans mon corps et puis un beau jour, tout explose. Le juste espace, c'est le fait d'accueillir ce qui se passe chez le patient, de l'accueillir aussi en moi, de voir quand je suis touchée et pas attachée par ce que me dit le patient. Vous voyez là c'est cette notion, elle est importante. Je me laisse toucher dans cette relation et non pas attaché. Attaché, ça veut dire que je me mettrai une corde autour de la taille qui serait reliée au patient et s'il saute de la falaise, je saute avec lui parce qu'il m'embarque. Donc c'est cette notion de je me laisse toucher sans être attaché. Et pendant l'entretien par exemple, pendant que je suis avec le patient c'est quand je sens qu'il y a une résonance qui se fait en moi, il me parle de quelque chose et je vois que ça m'impacte. Mais me poser la question qu'est-ce que ça me fait d'entendre ça? Qu'est-ce que ça fait dans mon corps? Je sens que je suis touchée là par ce qui se passe. Donc en prendre conscience, si possible, le mettre de côté pendant la durée de l'entretien, puis aller en parler à quelqu'un. Et c'est pour ça que c'est important d'avoir des espaces de parole où le les soignants peuvent s'exprimer en confiance et en sécurité. C'est important de se laisser toucher, de ne pas vouloir se blinder ou montrer qu'on peut tout encaisser. Si le patient voit face à lui un soignant au visage impassible, comme un bloc, bah ça risque de le déstabiliser parce que il ne sait pas si ce qu'il dit est entendu et compris. Donc en tant que soignant, c'est important de détendre notre corps. Vous voyez, cet espace thérapeutique, on a vu là précédemment, c'est un espace énergétique de cœur à cœur entre le patient et moi et de moi à moi. Mais il y a aussi cette notion de d'espace thérapeutique physique, c'est-à-dire que je vais positionner mon corps vers le patient. Je vais avoir les épaules relâchées, le dos droit mais sans rigidité, les mains plutôt ouvertes et les bras non croisés, les bras et les jambes non croisés. Donc vous voyez, il y a à la fois une notion d'espace intérieur mais aussi d'espace extérieur, c'est ce qu'on appelle la proxémie. Physiquement, où est-ce que je vais me placer par rapport au patient pour qu'il se sente en confiance et en sécurité et que ce soit bénéfique du coup pour la relation? Et je peux simplement lui demander, est-ce que ça va si je m'assois près de vous à cette distance? Est-ce que ça vous va si je vous mets une main sur l'épaule? Parce qu'il y a des personnes qui n'aiment pas le contact physique. S'il est dans son lit, eh bien je pourrais m'asseoir pour être à peu près à sa hauteur. Et puis il y a aussi dans cet espace thérapeutique cette notion de de place. Où est ma place dans cette relation unique que je suis en train de vivre avec le patient? Et on le voit, le geste sera 1000 fois le même pour faire une piqûre, mais à chaque fois 1000 fois je rencontrerai ce patient dans un espace différent. Chaque rencontre sera unique. C'est une question assez philosophique quelle est ma place même dans ce monde et quelle est la place aussi que j'accorde à l'autre? Est-ce que je me laisse toucher par ce qui est en train de raconter l'autre? Et puis cet autre, quelle place aussi m'accorde-t-il? Pour résumer, voici quelques conseils pour ajuster l'espace thérapeutique au fil de l'entretien avec le patient ou alors au cours du soin. Déjà, avant l'entretien ou le soin, respirez calmement. Et pour ça, vous pouvez vous aider de techniques de respiration abdominale. Revenez à l'instant présent et posez-vous la question comment je me sens?

[12:38]Pendant l'entretien ou pendant le soin, respirez calmement avec le ventre en respiration abdominale. La posture si vous êtes en en entretien, par exemple, en relation d'aide, posture du corps vers le patient, les épaules relâchées, les mains et les jambes décroisées et les pieds bien ancrés au sol. Si vous êtes touché à un moment par ce que dit le patient, faites une pause intérieure à l'intérieur de vous et posez-vous la question comment je me sens? Ça me touche là ce qui est en train de se passer, ce que me dit ce patient. Et vous voyez cet espace thérapeutique est à ajuster à chaque instant, hein. C'est un mouvement qui va vers l'autre, vers le patient pour lui offrir un espace, mais c'est aussi un mouvement qui va de soi à soi. C'est un petit peu comme une danse, une danse avec le patient, mais aussi une danse à l'intérieur de nous. Donc accueillez ce qui se passe en vous, accueillez vos émotions. Si vous le pouvez, continuez l'entretien. Recentrez votre attention sur le patient et surtout parlez après de ce que vous avez vécu et qui était difficile pour vous. Et puis si pendant l'entretien ou pendant le soin, vous n'arrivez pas, si vous êtes submergé par vos émotions, passez la main si c'est possible. Après l'entretien, parlez de ce que vous avez vécu, respirez calmement et surtout ressourcez-vous. Prenez du temps pour vous, pour recharger vos batteries, prenez soin de vous pour mieux être au service de l'autre.

[15:26]Un autre conseil aussi, utilisez le vousvoiment, faites preuve d'empathie et non de sympathie et apprenez aussi à exprimer vos limites. Rappelez-vous que ce qui va vous protéger de l'épuisement professionnel, ce n'est pas le fait d'être distant ou le fait de vous blinder. C'est au contraire, le fait de parler de vos difficultés et de ressentir vos émotions, d'accueillir ces émotions qui vous traversent. Parce que nous sommes des êtres humains, des êtres de relation et ce n'est pas dans le blindage que nous trouverons de l'apaisement mais au contraire

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